‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 51 sur 120 · DECIZE · texte numérisé non relu

DECIZE

« nerir.c est petite ville, » dit Guy Coquille, « assise en une Ile environnée de rivière de Loire, qui n'est pas une Ile plate, comme sont ordinairement les Iles sur rivière, mais est élevée et surgit en une petite montagne, en ro<her, en laquelle est le ch.lteau et partie de la ville. » Cette petite cité, environnée par la rivière de Ijvire, a marqué de bonne heure dans riiistoirc. Ce fut à Decize ( Decetin], que César convoqua les principaux des Éduens, pour casser rélection de Cotus, l’un des deux vergobrets (pie ce peuple avait nommi^, nu pins fort de la guerre des Komains contre Vercingétorix. L'itinéniire d'Antonin désigne également Decize sous le nom de Decetia: dans ta carte de l’eutinger, elle est appelée Degena, et dans une bulle du pape Innocent III , Uicesia; terminai.son qui se ra|>proebe davantage de la dénomination moderne.

Decize ne tarda point à être un des lieux les plus importants du Nivernais. Apix's avoir passé entre les mains de divers seigtimirs, inconnus aujourd'hui, il devint, en 990, sous le comte laindry, un fief héii’ditaire dépendant du comté de Nevers. I.a ville fut fortifu'edès le xii' siècle, et, grâce â .«a position isolée, il ne fut point difficile d’en faire une place forte. .Aussi, lorsque les Anglais, vaiiuiueurs a la bataille de Poitiers, remontèrent la Loire, les populations d'abmtour cherchèrentelles un refuge dans si's murs. I.es échevins envoyèrent même des barques pour prendre et garder cliez eux les habitants du village de Duite, avec leurs (dijets les plus précieux: Dans les premières années du xvi' siècle, Decize eut l'imprudence d’ouvrir scs portes aux troupes du capitaine Malcuvricr et aux lansquenets du

I. GaUia Chrùtiana.^iluy Coquille, Histoire du ^’ivsmais.— Histoire d’Aujeerre.

— Do Histoire des dues de Bourgogne. — Ch. de Lacretollc, Histoire de France p<n-

dont tes guerres de religion. — Nt'edu l.a Rochelle, Mémoires sur le département de la Nièvre.

— MurelUH, ^f&um du iVii'erruiû.**‘Michaud , Biographie universelle.

duc de ailTort. Elle ne Tut pas livrée précisément à un pillage régulier ; mais après les rapines de toute cette soldatesque , les riches touchaient & la pauvreté et les pauvres à la famine. Une si rude leçon devait profiter aux habitants : en 1525, ils refusèrent le passage et le gîte à trois mille Italiens, qui, sous la conduite de Bellejoyeuse, se rendaient de Lyon en Picardie. Les Italiens donnèrent l'assaut à la ville et y pénétrèrent par escalade , non sans éprouver une vigoureuse résistance. Le sac de Deciie dura trois joui's, et l'on peut penser ce qu'elle eut à souffrir; car < gens d'Italie, » selon Brantéme, «sont gens qui savent le mieux s'esbattre et piller. » Decize commençait à réparer ses désastres, lorsqu'elle fut presque détruite par un terrible incendie : vingt-cinq maisons à peine restèrent debout (1559) ; enfln, en 1585, une inondation y porta 1a désolation et la ruine. Tant de malheurs ne purent abattre l'industrieuse cité : son commerce prospéra , et dans le xviii* siècle elle se trouvait assez riche pour prêter quatre-vingt- ’ quatre mille francs à la capitale du Nivernais qui même, dit-on, les lui doit encore.

La ville de Decize était le siège d'un archidiaconat compris dans le diocèse de Nevers et possédait un prieuré dépendant, dès le xiii' siècle, de l'abbaye de Saint-Germain-d' Auxerre (1267); elle disputa longtemps à Clamecy le premier rang dans les assemblées du pays : le sort termina quelquefois le débat , par exemple, aux obsèques de la princesse de Cléves. En 1790, sa position centrale, constatée par un proverbe local ( Decize , ville bien assise, à sept lieues de sept villes] , la fit ériger en chef-lieu de district ; sous l'Empire , elle descendit nu rang de chef-lieu de canton et fut enclavée dans l'arrondissement de Nevers. I.a population de Decize s'élève aujourd'hui à prés de 3,000 Ames : c’est une ville agréable et pittoresque , où le voisinage du canal de Nivernais , et le passage de deux rivières (l'Arou et la Loire], entretiennent une grande activité commerciale. On e.tploite dans les environs une carrière de pMtre rouge, et des mines de fer et de charbon. Chaque année, à l'automne et au printemps, d'immenses charbonnières descendent la Loire et vont alimenter les forges établies le long du rivage. Les habitants font, en outre, le commerce du sable blanc et du pidtre , et c'est chez eux que se vend la majeure partie du poisson pêché dans les étangs du Bazois et du Morvand.

La ville de Decize a donné le jour au jurisconsulte Ouy-Coquilte, historien du Nivernais et commentateur de ses coutumes, si bien apprécié par M. Dupin aîné, dans un de ses discours de rentrée à la cour de Cassation. Coquille, né le 11 novembre 1523, reçut les premiers éléments de l'instruction des Bénédictines de Nevers. Plus tard, il Ht ses humanités au collège de Navarre, à Paris, et devint le disciple de Marian Socin, professeur de droit à Padoue. Il s'acquit rapidement une brillante réputation , qui le fit nommer avocat général au bailliage de Nevers. De 1560 A 1588, il fut quatre fois député du tiers-état de la province ; enfin, en 1568, les bourgeois de Nevers l'élurent échevin de cette ville, où il mourut à l’Age de quatre-vingts ans Guy-Coquille avait été honoré de l’amitié de Bacon et de celle de L'Hospital, les deux plus grands esprits du xvi* siècle. '

i. Commentalra de César. — Kinéraired'Anlonin.— Carie de Peiiünger. — Goj-CoqiiUlc , Bislolre et eoulamee du Nivernait. — Gaillard , lUiloire de Franfoit !•' — Parmenlier, Bittoire du Mquu de Nevers. — Née de La Rochelle, Mimoires sur le Nivernais.— Dapia , Dise, derenirée.

PRÉMERY.

SAmT*BEinK-J>ES-BOIS. — SAIKT-SATIXAE.

Sur la rive ganchc de celle branche de la Nièvre dite de Saint-Benin-des-Bois, au milieu d'uii territoire abondant en gi'ains et en pâturages, entre des collines resserrées, nu penchant desquelles s’étendent de beaux vignobles, tandis que de vastes forêts en couronnent la cime, s'élève (a petite ville de Pi'cmery, comprise autrefois dans les vaux et district de Montenoison Prémery avait litre de châtellenie et appartenait à l’évéquc de Nevers ; elle dépendait du diocèse et de l'élection de la capitale du Nivernais. Son église, dédiée â saint Marcel , était collégiale ; sa population ne dépassait pas 900 habitants. Iæs bois et le minerai de fer, trèsabondants aux environs, y avaient fait établir deux forges et un fourneau. Plusieurs forges et un haut-fourneau constituent encore la principale industrie de Prémery, où l'on ne compte pas moins de 2,000 âmes, et qui est l’un des chefslieux de canton de l'arrondissement de Cosne ; on y exploite, en outre, une fonderie cl des fabriques de tuiles et de briques. Les principaux objets du commerce local sont les bois , les fers et tes cuirs.

1,'n écrivain, M. Gillet, dans son Annuaire de la Nièvre pour l'année 1807, donne au nom de Prémery une étymologie celtique : Preme, proche, et Ky, rivière ; nous ne prendrons point la peine de discuter cette opinion. Un fait positif, c’est que la ville actuelle ne garde aucune trace du séjour des Romains : en revanche, Panliquaire peut y admirer, presque tout entière, l'enceinte fortifiée construite au moyen Age. Il parait que le domaine seigneurial de Prémery fut de bonne heure la propriété de l’église de Nevers, puisque Louis-le-Gros en confirma la possession à l’évèché , en 888. Le comte Guy, dans une charte datée de f.oulangcs-la -Vineuse , permit A l'évèquc Bernard de Saint-Saulge de l'entourer de murailles (1173); un an après, le même prélat y fit bâtir un château défendu par des fossés, des tours et des mâchicoulis. En 1196, neuf prêtres du Nivernais fondèrent la collégiale, composée de neuf prébendes. Jusqu’aux premières années du xiii* siècle, les habitants de Prémery demeurèrent serfs de l’église de Nevers : aucune veuve ne pouvait convoler en secondes noces sans l’aveu de l’évêque, et celui-ci gérait de droit la tutelle des mineurs. L’évêque Rpgnaut, en 1225, les releva de ces servitudes, et, du consentement du chapitre cathédral, leur octroya une charte de commune ; Hs eurent dès-lors un scel, une cloche et des prud’hommes, officiers municipaux et judiciaires, à 1a nomination desquels néanmoins concourut avec eux le prévôt épiscopal. Une redevance annuelle remplaça la taille ; l’évêque ne se réserva que la dîme sur les vignes et le ban du vin, chaque 1" mai, jour de grande foire, à part le ban du vin seigneu-

1. Pnr bpposHifin i riincioniu* tlivHtion lorriloriaic, c'esl le l>ourt< <te Montenoison , pmplO de 7 ^ 800 Ames , qui se trouve aujourd'hui situé <Uns lu uiuilon «lu Pn^nierv.

rinl, réduit à un mois dans l’amiéc. Le droit d'usage dans les bois de l’érèché, droit qui, un siècle plus lard, devait occasionner une riie sanglante entre les nouveaux bourgeois et les Jacobins de Nevers , lut continué aux habitants de Prémery, et ils curent en outre le privilège de pécher dans les eaux du seigneur.

Vers l.'iliO, (irimond de Faval, chef d’écorcheurs à la suite des armées d'Édouard d'Angleterre, surprit la ville et le chiltcau de Premery et s'y établit si rortemeiit, que plusieurs gentilshommes du voisinage, ayant à leur U'te Erard de Giry, essayèrent vainement de l'en chasser. Il fallut traiter avec lui : Grimond et les siens n’évacuèrent le cliâteau que a moyennant une dé(diarge générale des ricJiesses et du butin qu’ils y avaient trouvés ou dont ils avaient pu s'emparer dans le pays. » Iæ chéleau, cependant, avait été rebâti dès le xiv siècle (1316) ; il reste encore une partie intacte de cet édil'n'c : c’est la porte d’entrée dont le style rude et sévère représente bien l'architecture de ré()oqiie. Ue 1462 à li‘J9, l'évèque Pierre de l'ontenay dé|R‘nsa plus de six cenLs livres à la réparation des murs, des l'oss<''s et des canaux dont la ville est entourée. Les habitants se reconnurent ses débiteurs pour la. même somme, et de plus s'obligèrent « à parfaire ou à entretenir les forlifications. u Lu clef de la porte principale fut coiinée à l'évèque ou à son fondé de pouvoir; les habitants ou leur délégué curent celle de l’autre porte. Il fut enfln stipulé que les bourgeois ne procéderaient à l’élection d’aucun officier municipal sans l'assenliroeht du prélat.

Vers la fin du xv* siècle, les habitants de Prémery canonisèrent de leur propre mouvement un chanoine de lu collégiale de Saint-Marcel, appelé Nicolas d' A pleine, natif de celte ville où il était mort en odeur de sainteté, l’an 1466. Pierre de Fontenay approuva l’institution d’une confrérie en son honneur; le corps du saint fut, beaucoup plus tard, renfermé dans une châsse par Eustache de Ghéry, et placé derrière l'autel de la collégiale (1646). Louis XI avait entendu parler de Nicolas d'Aidcine : pensant que son intercession pourrait lui rendre la santé, il SC tu apporter la robe du chanoine, qu'il renvoya ensuite dans un coffre à l’évèque de Nevers, avec une lettre de remerciements, invitant le prélat à consr'ner une si précieuse relique dans le trésor de la collégiale (1481). A cette lettre sc bornèrent, d’ailleurs, les témoignages de la gratitude royale. Charles VIII neve montra pas plus libéral, et refusa aux habitants de Prémery l'exemption des tailles et subsides, pendant douze années, qu'ils lui avaient demandée en considération de leur saint. I.a collégiale de Saint-âlarcel échappa, dans le xvi' siècle, aux déprédations des calvinistes : on y voyait eiROre d’assez grandes richesses, avant 1789; toutefois, sou chapitre avait cessé d’exister dès 1747. Ix; château servit, jusqu’au milieu du xvii* siècle, de maison de plaisance aux évêques de Nevers ; à cette époque, Édouard Vallot édiOa le château d’Urry, plus rapproché de la métropole.

A l’est de Prémery, on voit s’élever sur une colline boisée, au milieu des prés du val de Lurcy, l’église et le clocher de Saiut-Bcnin-des-Bois. Ce village où l’on compte un peu plus de 900 habitants, n’a rien de remarquable en lui-ménK‘; il ne parait pas avoir été érigé en flef, au moyen âge, et son nom ne figuie point dans les annales du NivernaLs. Mais parmi les habitauLs de Soinl-liéidn-des-

PKÉMERY.

Bois, il on est un petit nombre ipii \iviiil isolés des autres et forment une association d’un grand intérêt. I.'eiistcni'e de la communauté des Jault remonte probablement ans premiers temps de la féodalité : en 1810, son chef ou maitre, Claude-Le-Jault , conservait encore dans une arche des titres antérieurs à l’aiint-e 1500, et dans lesquels il est parlé de l’association des ancêtres de sa famille comme d’une institution déjà nnei-nne.

On sait que M. Pupin, député de la Nièvre, s'est profondément identifié d esprit et de cœur avec scs compatriotes, et qu’un sentiment affectueux de prédilection l’a porté à étudier curieusement leur histoire et leurs nireurs. la? 15 août de cette année, jour de l’.Vssomption , il s’était rendu personnellement au milieu des Jault, pour faire connaissance avec des hommes dont la condition cvccplionnelle lui offrait un singulier sujet de méditation : il ne troiiia à la maison qu'une femme de garde, Claude-Le-Jault étant allé à vêpres arec toute la communauté; mais le maitre revint bientôt, comme un patriarcite è la tête des siens. Ceux-ci étaient alors au nombre de trente-six , hommes , femmes, enfants. Claude salua l urdialenient son lutte, qu!on lui présenta comme le député de l'arrondissement : isi'oui ben souvent entendu parler de li et de monsieur son père», dit-il. Il lui offrit un verre de vin, que M. Dupin but a à la prospérité de la communauté et de tous ceux qui la composaient. » Les hommes soulevèrent aussitôt leurs chapeaux et les femmes tirent une révérence. Le savant avocat avait d'abord' exposé en quelques mots l’objet de sa visite : il s’assit en cercle avec ses amis et Claude-Lc-Jault, tandis que les membres de la famille se tenaient à l’écart sur des bancs et des coffres. Le maître ordonna de tirer de l’arche les titres dont nous venons de parler : il mit sous les yeux de son hôte ces vieux actes, écrits sur parxdiemin et pour la plupart indéchiffrables; ensuite, il répondit avec une grande netteté aux questions qui lui furent adressées. C'est à cet entretien que nous devons la lettre intéressante dans laquelle M. Dupin rend compte à son ami, M. Ëticnne, de son excursion dans la Nièvre et de sa visite à la communauté des Jault.

I.e chef de cette association, qui, dans l’origine, fut sans doute le père de la famille, est de tous les hommes faits celui que scs communs, ou parsonniers, ont jugé le plus capable de bien conduire les affaires ; pareillement la femme la plus entendue préside aux soins du ménage : sous ce régime, d’ailleurs , le commandement est presque nul ; chacun connaît parfaitement sa tâche et s’en acquitte avec xéle. I-e maître ne manque jamais de consulter ses parsonniers sur les affaires du dehors dont il a la charge; comme par exemple l’achat et la vente du bétail, et les acquisitions de terrain. Ces acquisitions successives , jointes au domaine primitif, ont fini par constituer un fonds composé ainsi qu’il suit : les biens anciens ; les biens acquis , avec les économies de la communauté ; les bestiaux ; la caisse dont le chef avait autrefois la garde, mais qui, pour plus de sûreté, se trouve aujourd’hui en dépôt chci un notaire de la ville de Saint-Saulge.

Les mâles seuls font tête (caput) dans la communauté; par conséquent, ni les filles ni les femmes ne comptent : on leur donne néanmoins le nécessaire , en échange de leur travail. Si elles contractent mariage au dehors, elles reçoivent une dot en argent, dont le chiffre, jadis très-minime, s’est élevé dernièrement IV. 3'»

jusqu'à treize cent cinquante francs. Exduc.s dès lors , elles et leurs descendants, de l'association , elles n'ont plus le droit d'y rien prétendre ; mais , en cas de veuvage, la maison leur est rouverte, et elles peuvent y vivre comme auparavant.

Aucune femme du dehors qui prend un mari parmi les Jault, si elle possède une dot, ne In verse dans la caisse commune : c'est ce que le chef du ménage appelle son pcca/c, lequel est formé, à part cet apport matrimonial, des biens provenant de la succession de sa mère ou de tous autres biens distincts de la raison sociale, et qu'il a recueillis par dons ou par legs. La nouvelle épouse dépose , en outre , dans la caisse une somme de deux cents francs , représentant la valeur du mobilier livré à son usage; si elle perd son mari, elle peut à son choix restée et vivre dans la communauté avec ses enfants , ou se retirer en reprenant une somme égale à sa dot. Nul membre de l'association, s'il meurt célibataire, ne laisse d'héritier; c'est une tète de moins, voilà tout: sa part demeure aux autres, tout entière , non à titre de succession , mais par droit de non décroissement,jure non decrescendi. En cas de mariage, ses enfants, si ce sont des gar- ^■ons, par cela même qu'ils ont pris naissance dans la communauté des Jault et à son profit, y font tète, de leur propre droit, jure proprio; ai ce sont des filles, on leur alloue une dot, et on leur répartit par moitié le pécule du père. « Mais, » comme le fait observer M. Dupin, « elles ne peuvent rien prétendre de son chef dans les biens de la communauté, parex' que leur père n'était pas commun avec droit de transmettre une part quelconque à des femmes qui la porteraicut au dehors dans des familles étrangères ; il était membre de la communauté à condition d'y vivre, d'y travailler et de n'avoir pour héritier que la communauté elle-même. » A fépoque de la visite du savant député de la Nièvre, la propriété des Jault, comprenant cent cinq bichets de terre à froment, de nombreuses prairies où l'on récoltait quatre-vingt-dix milliers de foin, et quinze ouvrées de vignes, était estimée deux cent mille francs; fassociation possédait, de plus, quatre cents arpents de pitturages et trois cents arpents de bois, qui lui appartenaient en indivis avec les autres habitants de Saint-Benin. Les Jault se distinguent par une grande pureté de mœurs : la probité parmi eux est en quelque sorte une vertu de famille , et la charité une douce habitude de tous les jours. Ia:ur tempérament robuste résulte de l'aisance que leur a procurée et qu'entretient toujours le travail ; le présent suffit à leurs besoins, et nulle inquiétude ne les tourmente sur l'avenir ; la société fournil deux mille francs à celui de ses membres que la .conscription vient d'atteindre. L'usage où ils sont de vivre au même pain, pot et set, entretient parmi eux la concorde et la fraternité. Un seul procès, intenté par les enfants de Jeiume-le-Jaalt, a failli troubler leur union dans res derniers temps; mais la cour d'appel de Bourges, par son arrêt du 6 mars 1832, a sagement rejeté la demande en partage.

Claude-Le-Jault, interrogé par M. Dupin sur l'origine de la communauté, a soutint fièrement ({ue c'était un bien patrimonial, un bien franc; » toutefois il n'est guère possible » , comme le remarque l'illustre jurisconsulte, a qu'un franc-alleu placé en des mains si faibles ait pu Iravei'ser les siècles sans éprouver aucune mainmise seigneuriale. » Selon toute probabilité, la communauté des Jault fut dans le principe un de cos domaines appelés bordelages dans le Nivernais {province où

PRÉMER Y. ' 267

il existait des mainmortes et des servitudes contractuelles , bien que la maxime de droit féodal nulle terre sans seiyneur, n'y fût point connue). Les seigneurs concédaient ces bordclagcs à une famille de laboureurs, sous l’expresse condition que le domaine aliéné, quelque amélioration qu’il eût pu recevoir, leur ferait retour à la mort du concessionnaire, et à défaut d’hoirs nullcs vivant en cojninunauté sur la dite (erre.

Les Romains ont évidemment séjourné dans le vallon où s’élève aujourd'hui, entre deux montagnes boisées, la petite ville do Saint-Saulgc. Deux voies militaires , presque effacées il est vrai par la charrue , mais dont on distingue encore la trace au milieu des forêts, et, sur le plateau du nord, les restes d’un camp près duquel on a découvert quelques poteries et plusieurs médailles du temps de ’l’rajan, prouvent suftisamment cette assertion. Quant à la ville cllc-méme, en supposant que son existence soit antérieure à l'invasion romaine , ou , ce qui est plus probable, qu'elle doive son origine aux conquérants, nous ignorons complètement quel a été son nom à l'une ou à l'autre époque. Tout ce que nous savons, à ce sujet, c'est que les reliques de Sahius, évêque d’AIbi, y furent transportées , au viii* siècle, pendant les incursions des Sarrazins en Aquitaine , et que la ville prit dès lors le nom du saint évêque , devenu par corruption celui qu’elle porte actuellement. Ce lieu devait, d’ailleurs, être déjà assez considérable, puisqu’il y avait une église dédiée à saint Martin, où l’on déposa les reliques de Salvius; le roi Raoul y fonda, en 92i, un prieuré dont il fit donation aux moines de l’abbaye de Saint-Martin-d’Antun , et où fut transférée la précieuse chéssc du nouveau patron de la ville.

Nous ne trouvons dans l’histoire du Nivernais aucun événement relatif à Saint- Saulgc, durant tout le cours du moyen Age. Les habitants jouissaient d'une charte de commune; mais nous ne pouvons en indiquer la date ni l’auteur. Parmi les redevances féodales , il en était une (celle des poules, que les serfs ac(|uittaient è l'Église) qui revit encore de nos jours, dans un usage observé aux environs : à chaque célébration de mariage, les parents ont soin de se munir d’une poule, et la font crier au moment où l’on tend le poêle sur la tête des épousés : c’est ce que Ducange appelle gallina lecti, la poule du lit. Il parait, du reste , que Saint-Saulge passait dès lors pour une place de quelque importance, puisque les comtes de Nevers y avaient un château; Pierre de Cajurtenay s’en réserva expressément l’usufruit, en se démettant des comtés de Nevers et d'Auxerre; usufruit qu'il échangea, plus tard , contre une forte somme d'argent, treize cent quarante livres de Provins; la comtesse Mahaut retint pareillement l'usufruit de ce chûteau , quand elle marin sa petite-fille Yolande.

Saint-Snulge , aujourd'hui chef-lieu de canton, compris dans l'arrondissement de Nevers, possédait, sous l’ancien régime , un grenier à sel, une maîtrise particulière des eaux-et-forêts, et avait titre de châtellenie. Pendant la Révolution, la ville fut désignée olliciellement sous le nom de Marat-les-ForéIs ; elle a anjonrd’hni une fabrique de moulins à décortiquer les légumes, et sa population est de plus de 2,000 âmes. Un remarque dans l'église une représentation du fameux songe du Clmrlcsle-Chauvc, durant lequel saint Cyr apparut à ce prince, sous la figure d'un cn-

Digilized by Çoogle

9C8 BOUKBÜNNAIS. — BERRY. — NIVERNAIS,

fant et lui demanda la restauration de la catli^-drale de Ncvcrs et la restitution de tous ses biens. Malgré le proverbe nivcrnais, qui attribue aux Saint-Saulgeois une naïveté presque enfantine, leur ville peut revendiquer un grand nombre d'illustrations : il nous suHlra de nommer ici l'évêque Bernard dr-Saint-Soulge, légat du pape Alexandre III, dans l'affaire de Thomas Becket, et l'un des arbitres nn\(|uels avait été conlléc la réconciliation de Louis-Ie-Jeune avec Henri 11 d'Angleterre ; Jean Havisius, recteur de l'université de Paris, qui a laissé plusieurs ouvrages en vers et en prose; Jean Amolel, premier régent du collège de Nevers; Louis-Antoine de Marckangy, l'auteur de la Caulv portique, et de fristante Xogageur, et enfin Jeun Delavenne, qui institua, en 1685, les Sreiirs de la Charité chrétienne. Le père d'Adam Billaut était de Saint-Benin-des-Bois. '

GLAMECY.

L'aspect simple et grave de cette petite ville, empreint du génie particulier de ses habitants, reflète aussi le caractère essentiel de ses annales. Celles-ci, on doit se hâter de le dire, n'ont jamais eu beaucoup d'éclat; mais bien rarement aussi ont-elles offert de ces brusques et fitclieus contrastes qui appellent le liléme i ciUé des éloges. Il y a peu d'apparence que Clamecy subisse jamais de notables transformations : sans doute le bien-être public s'y développera de plus en plus ; mais modeste et sans faste, comme le sentiment de ta vraie dignité, l'esprjt d'amélioration ne s'y épuisera point en des embellissements stériles. Les habitants de Clamecy n'oublieront jamais que la principale base de la prospérité de leur pays réside dans l'activité laborieuse dont l'exemple et la leçon leur ont été transmis par leurs pères, et dans la fertilité d'un sol mis désormais en valeur avec la sagacité prudente de la nouvelle science agronomique. \ Clamecy, la masse proportionnellement très -nombreuse qui subsiste d'un travail quotidien, vit sans inquiétude sur l'immanquable iiériodicilé du rude labeur qui l'alimenle : la conliguration du pays lui assure sans rivalité ce travail , ses afllucnts y marquant l’entrepêt naturel du commerce des bois de chaulTugc du pays d'amont; des divers points de cette contrée forestière s'élancent les nombreux torrents qui se déchargent dans l'Yonne, à partir du pied du Mont Beuvray, où elle a sa source, et sur un parcours de dix-huit lieues qu'elle suit au travers des vaux, dans le département de la Nièvre, avant d’en sortir pour baigner celui auquel elle donne son nom, à quelques myriaraètres de Clamecy. Confiés aux courants qui les vcMcnt dans cette rivière, puis amenés par elle au port, ces, bois sont disposés en trains par les flotteurs de la ville, pour Paris, dont ils alimentent en partie l’immense consommation. Le Beuvron apporte aussi concurremment, et jette sur la

I. r;iijCo(iuillii, ruu/um«» du AOernaif.— Dupin aîné. Lettre à M. Étirn:ie sur les <mcietines

CÊj.iimtinautês niveriiaites, — Annuaires de ta ti'téore. — Murollcl, dlfrum du Mvernais.

O.LAMECV. 209

même plage de Clamecy.'le y?o^du Bazois. Le transport des pierres de Chevroclies fournit pareillement, depuis quarante ans, un supplément d'activité h l'indastric marinière de Clamecy, et cette activité ne peut que recevoir encore plus de développement par une exploitation récemment entreprise et qui a de même pour objet l'embellissement de la capitale ; celle des granits qui hérissent l'enveloppe rocheuse du Morvan.

Nous a\ons dit que , par la nature du travail auquel est vouée la population des flotteurs de Clamecy, elle a pleine sécurité contre les crises du chémage, qui, là, ne peutent être déterminées par des catastrophes ou de simples oscillations commerciales. Il y a plus, dans les rapports de dépendance et de commandement . entre l'ouvrier et le maître, il ne saurait apparaître un seul prétexte d'empiétement sur les droits et la IHterlé de ceux-ci, ni le moindre motif de récrimination contre une domination abusive ou arbitraire de la part de ceux-là. Certes, cette considération explique avec une grande énergie pourquoi se transmettent avec tant de fidélité, dans l'intéressante clas.se des flotteurs de Clamccy, ces traditions d’honorable soumission et de juste gratitude par lesquelles ils se plaisent à reconnaître la bienveillance afl'ectueuse qui se révèle pour eux et au-dessus d'eux. On conçoit facilement tout ce que de pareilles garanties ont de valeur et de puissance par rapport à la moralité, au bon ordre et au bien-être d'une cité.

Clamecy, aujourd'hui chef-lieu du deuxième arrondissement de la Nièvre, était, sous l'ancden régime, le siège d'une élection qui dépendait de la généralité d'Orléans, et comprenait soixante-six paroisses, payant communément ensemble une taxe de (|uatre-viiigt-deux mille huit cent quai-onte-cimi livres huit sols. On évaluait la popàlation dès soiiantc-slx paroisses à 7,i68 feux, et celle de Clamecy, en particnifèr, à feux. L’arrondissement dont cette ville est te centre administratif, renferme une population de 65,365 habitants ; on porte celle du chef-lieu à 5,500. • •

Que dire de l’origine de Clamecy? nous ne trouvons rien que de puéril dans les inductions étymologiques qu’on a prétendu tirer de l’appellation de cette ville, pour établir son existence celtique ou gallo-romaine. Nos propres recherches nous ont appris qu'aux dénominations de Cliiniciacum, Clemiciacttm et Castrum Clamiceium, recueillies par Hadrien de Valois, dans ses !\'otttiw (iaUiarum, comme applicables à Clamecy, on en pourrait joindre plusieurs autres qui ne seraient pas plus concluantes. Comment, par exemple, déterminer ce qu'était le Clfmenliniacm pagus dont il est question dans le diplême de Charlemagne, daté de Momac, l'an 769? Qui oserait préciser quel lieu désigne le nom Clamenciaeum porté au diplême de Rodolphe, roi de la Bourgogne transjurane, à la date de 903? Nous ne saurions croire qu'un intérêt sérieux puisse s'attacher à la solution d’aussi obscures énigmes ; par conséquent, nous n’hésitons point à rejeter comme une tâche futile la simple énumération des titres de possession prétendue sur les(|uels les moines de Clamecy auraient fondé leur domination jusqu’au xr siècle.

Du plus loin que semblent s'éclaircir les indications empruntées à des actes authentiques. Clamecy apparaît comme formant, à titre de seigiiftirie particulière, une vicomté dans lu maison des comtes de Nevers. C’est évidemment pour constater, par des faits de puissance seigneuriale , la maintenue de leurs droits en qualité de

patrons laïques, que quelques-uns de ces comtes intervinrent dans rorganisatio% du personnel de l’Église de Clamecy, au moyen d'actes de muniBcence. Telle ralt, en 1075, la charte d'établissement de huit chanoines en l'église SaiDlr^ tin , par Guy, seigneur de Clamecy ; telle la fondation, par Guillaume IV, de Nevers, environ l'an 1117, d'un hospice avec chapelle sous le vocaUe sainte Vierge, et chapitre de huit chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Au^stin, le tout pour l'hébergement des pèlerins malades revenant de la Ter^e-SriÉhfV, Ce même Guillaume ne tarda pas à modifier la destination de son |iieBiE^|h*hHAsement : ayant suivi Louis VH en Palestine, avec hon nombre de sold'atg^és h scs frais, il est atteint de la peste et meurt peu après son arrivée à IN|fina'is, le octobre 1168. Une clause de son testament ordonnait qu'on fqiiterrât dans l'église de Bethléem. Dans la prévision de l'expulsion des chrétiens par les infidèles, Guillaume IV transférait, par le même acte, à l'évëque Régnier, comme un asile en France, et pour tenir lieu de son siège de Bethléem, l’hôpital qu'il avait fondé dans Pcntlicnor, faubourg de Clamecy , avec les droits et revenus qu'il avait affectés à son entretien. Acte quelque peu irrégulier d'autorité souveraine, l’institution du nouvel évêché ne laissa pas que de rencontrer des'difficultés fort sérieuses, entre les prétentions contraires des évêques d'.Au.\erre et d’Autun, qui tous deux alléguaient, en tant que dépendance de la paroisse de Clamecy, un droit de juridiction spirituelle sur fhôpital de Penthenor, limite prétendue du siège de Bethléem. Il ne fallut , pour clore le débat, rien moins que la médiation du pape 11311) , après la ratification du testament de Guillaume IV par le vicomte de Clamecy, Guy V, son frère, laquelle ratification fut confinnée, en 1223, par Mahaut, comtesse de Nevers. C'est à f occasion de ce débat ^qe la juridiction spirituelle de Clamecy (Penthenor excepté) fut déflnitiveraent attribuée à l'évêché d'Auierre.

La concorde ne fut pas de longue durée entre les deux prélats, dont l’un croyait sa juridiction abrégée par les seuls semblants d’existence officielle de l'autre; il se mêlait bien aussi aux rivalités d'attributions quelques conflits sur le produit utile des offices. Pour régler plus nettement les prétentions respectives des deux sièges, Charles VI rendit, en 1V12, une sage ordonnance, en vertu de laquelle désormais le titulaire de Bethléem, quand il serait français d'origine, jouirait des mêmes prérogatives que les autres évêques du royaume.

Si nous en croyons le savant abbé Lebœuf , chanoine d’Auxerre , qui n'était pas entièrement désintéressé dans la question , et qui a fait insérer un factum sur ce sujet dans le Mercure de janvier 1725, le faubourg de Penthenor, simple résidence de l'évêque de Bethléem l’n partibut injidelium, serait demeuré entièrement, pour le spirituel , sous la juridiction de l’évêque d’Auxerre. « Il n’y a, dit-il, aucun prêtre résidant au bénétice de Bethléem ; aucun clergé n’y fait l’office que celui de Clamecy. Le fermier de l'évêque, qui occupe le l>dtimcnt contigu à f ancien cloître, fait ses Pâques à la paroisse de la ville de Clamecy, etc. Ainsi, Bethléem n’est point, comme beaucoup le croient, un petit diocèse indépcTidant : il n’a ni clergé ni diocèse. » Il est certain que les choses furent ainsi entendues, sans conteste , depuis Louis XIV, et il est juste de reconnaître que, tant sous le rapport du droit d'institution royale des évêques, qu’au point de vue de l’unité de la discipline ccclésias-

. CfcAMECY. 271

tique, l'ncle d'autorité qui eut lieu, le 3«eptembre 1697, pour l’inauguration du nouvel hôpital de Clainecy, à l'occasion d’une tournée épiscopale de M. Colbert, frère du ministre, fut une louable mesure. Il s’en faut de beaucoup que l’on puisse présenter comme faisant le même honneur à l'initiative du grand roi, le refus d’institution qu'il opposa à la nomination du P. Louis Sanléque au siège épiscopal de Retblécni(170t) : car ce docte et pieux génovéfain ne méritait, à aucun égard, une telle défaveur ; loin de là, le motif même de son exclusion l’honorc : c’était sa fameuse satire contre les faux directeurs. On a dit, du reste, avec toute apparence de raison, que les plausibles diatribes de ce poëtc contre les travers des gens d'Église de son temps n’avaient été livrées que sans son aveu à une publicité prématurée; la fait est qu’elle ne lui suscita pas seulement des haines et des vengeances, mais que même elle l’exposa, de la part de Boileau, à une critique plus que sévère.

L’évéché de Bethléem ne comptait plus guère, à vrai dire, que comme un bénéfice, depuis l’an 1635 qn'André de Soiéas, alors titulaire, et auquel l’évéque d’Auxerre Dominique Seguier avoit fait imputer une pension de cinq cents livrés sur les fonds généraux du clergé de France, cessa d’exercer son droit de collation des ordres sacrés. Ce fut au moyen de cette pension, dont même, dans la suite, on éleva le chiffre plus haut, que tous les successeurs d’André Sozéas suivirent son exemple. Mais cette abstention n’avait en rien diminué le pouvoir ni les immunités du -siège. Telle était donc la situation des choses, lorsque l’évéché de Bethléem disparut, de fait et de droit, à la révolution de 1789. Le Onconlat de l’an X, n’ayant pas rétabli le diocèse d’Auxerre, plaça le département de la Nièvre dans la circonscription de l'évèché d’Aiitun, alors sulfragant de l’archcvèché de Besançon ; il on fut détaché par l’ordonnance royale du 31 octobre 1822, imrtant institution d'un évêché à Nevers. Lorsque, depuis 1830, il fut question de revenir sur cette ordonnance, par une disposition législative, le maintien de l’évêché de Nevers ne fut accepté par la chambre des députés que grâce aux efforts de M. Dupin et de son frère, M. Charles Dupin.

Un mut encore sur l’église Saint-Martin de Clamccy.. Ca3 monument , qui pourrait compter avec honneur parmi les basiliques de France , a été bâti sur les fondements de l'ancienne église qui était dans le château du seigneur. Sa construction, digne de la magnificence d’un grand prince , n’a été cependant que l’œuvre de la piété des habitants. Elle fut commencée, l'an 1^97, sur le plan, à ce qu’on suppose, de quelqu’un de ces habiles architectes que le roi Charles VIII avait amenés d'Italie, et qui se répandirent, pour exmxn- leur art, dans les meilleures villes du royaume. Déjà la tour était terminée quand, au mois de juin 1515, on posa la première pierre de In façade du portail. On impute, avec toute apparence de fondement, aux diverses interruptions que déterminèrent les préoccupations ou les conséquences mêmes de la guerre, les di.sparntes qui rompent l'unité de style de ce bel édifice et nuisent à sa perfection, .\insi qu'on en a fait depuis longtemps la remarque, la tour, la façade de l'église, les pyramides, les arcades à jour, les premiers piliers de l’intérieur, le premier arc de la voûte , les clés et tout ce qu'on voit, du midi jusqu’à la tour, et du septentrion jusqu’à la chapelle des Chevaliers , est en pierre des ruches de Basseville, Cette partie est du

BOURBONNAIS. — BERRY. -NIVERNAIS, dessin et de la construction de l'architecte Cuvé. Le surplus, construit en pierre d’un autre territoire, et d'un grain moins lin, accuse l’effort d’ouvriers peu exercés à la stricte exécution d'un plan architectural. l)e leur inhabileté provint In déviation qui s’opérÿ vers le jubé , au grand risque de l'écroulement de tout l'éiiiticc , et qui lit dire à François I”, quand, pour In première fois, il visita ce« travaux en passant à Claroecy pour se rendre en Italie ; Voilà une belle ratoire / A l’avertissement sur le péril ce prince joignit la somme nécessaire pour l'éviter : d'après son conieil, on disposa des traverses de bois pour résister é l'écartement des piliers sortis d'équilibre. Ce disgracieux étançonnage a duré jusqu’à ces derniers temps. Sur les pressantes réclamations présentées depuis 1830 aux ministres du mi, par M. Unpin, député de Clamecy, d’importantes allocations ont été comprises au budget pour la réparation de l’église Saint-Martin '.

Autant sont nombreux les documents stériles qu'on possède sur l'histoire erclésia^que de Clamecy, autant sont restés incomplets les éléments nécessaires pour composer un tableau, même succinct, de l’établissement communal et de l'existence civique de la municipalité de Clamecy. Des faits, en assez petit nombre, que <

relate la chronologie, ressort plutôt le témoignage de l’oppression qui pesa sur Clamecy jusqu’à l'abolition de la féodalité, qu’on n’y démêle son progrès vers l'affranchissement. Quoique, dè« le commencement du siècle, cette ville edt déjà quelque importance, ses habitants, dit Née de la Rochelle, vivaient dans une servitude très-onéreuse. Cet historien allègue une charte d’Hervé, comte de Nevers , sous la date de l'an 1213, qui, selon son expression , u les affranchit généralement de tout droit contraire à l'entière et pleine liberté dont il veut qu’ils jouissent. Pour un présent si magnifique, continue-t-il, il n’exigea d'eux que la dtme des fruits qu'ils recueilleraient dans un climat qui fut limité, et cinq sols qui lui seraient payés chaque année par chaque famille. Et encore, pour les dédommager en quelque sorte , il leur donna droit d'usage dans une forêt de sept ou huit cents arpents de bois appelée .Montlambert, et à présent Mont-le-Duc. » Or, ce qui s’ensuivit montre assez clairement que ce n'avait guère été* de la part de ce comte Hervé, que de la munillcenre lénnienne, c’est-à-dire peut-être un moyen d’extorsion ; car, par un acte de l'année suivante, il concédait, comme une sorte de ferme perpétuelle , à un certain frère Constant , prieur d’un couvent appelé Balvcolis, de l'ordre du Val des Choux, et à ses religieux , cent vingt muids de vin à prendre sur. ses revenus de Clamecy. « C’est, ajoute Née de la Rochelle , ce que l'on appelle dans cette ville la dime du moine de l’Epau, qui est un prieuré près de Donzi, lequel se nommait dans le temps de la donation Baignaux, mot que l'on a sans doute voulu rendre en latin par celui de Balueolis. »

On ne saurait pénétrer avec plus de certitude l'intention et le but d’une autre déclaration subséquente, par laquelle, en 1290, le comte de Nevers proclama

I . Non contenC d'aiilcr cio loulc son inSnence à la réiiaralion el ù rrmhellis.'iciuenl de csüle c^gllsc, notre honorable collattoratenr, M. Dnpio . a vonin eontribner personnellement à sa dclcoralion , et il hii a fait don d'une statue de sainte Geneviève. Cette statue est de M. Btcx..L‘ioflueDce et les sages conseils de l'illustre député de Clauiec)' se reconnaissent aussi dans les dis[tositions adoptées pour la reeoiistnu’tinn partielle et la réjiarationdel'éditice tes travaux, d'abord coidlés à SI. Hnvé, membre de l'Institut, seront, sans aucun doute, terminés promptement , et avec la même distinction, par M. la-unnnand , son neveu , qui en poursuit l'eséculinn depuis trois ans.

OI.AMECV.

l'amortigsement de ses terres de t;iamery, i/raluilfnient et ennt ntirtine redevance ; e<H)(re («tte déclaration, en efTel, |inrnlt se heurter le nouvel acte, par lequel, l'année suivante , moyennant une somme de sohante livres par cliacun an , assise sur la châtellenie de Clamecy, le même comte achète de l'évèquc de Bethléem la juridiction , les foires et les marchés qu'il a dans le fauhour); de Penthenor,

Quoi qu'il en soit, la jouissance du droit d'usage en Montlambert, comme la petrcption de la dime du moine de l'Epau, futeiit pour les habitants de Clamecy une source de vexations et de procès. La dernière transaction entre les deux parties, qui est de l'année 1669, fixa enfin à une somme de cinq sols par arpent la dime que l'on paierait au prieur de l'Epau.

Cette dime, comme on a pu l'observer, n'était pas la seule redevance seigneuriale qui pesât sur les habitants de Clamecy : ils avaient, en outre, h sup|Mirter leur bonne part dans le fardeau commun des tailles. Cependant, et quoiqu'il soit impossible d'en préciser l'origine ou la provenance , on voit d'assez bonne heure la commune, qui s'est formée pour ainsi dire imperceptiblement, posséder divei's biens et quelques revenus, à la perception desquels elle préposait, par élection, un receveur, tenant ses comptes sous la surveillance de quatre échevins, également électifs. Quant au gouverneur de la ville, au maire et A leurs lieutenants, ils demeurèrent à la nomination du seigneur jusque vers la moitié du xviir siècle. Mais cette époque fut pour tout le Nivernais en général, et partiruKèrement pour Clamecy, une ère de notables améliorations, grâce aux lumières ét à la générosité de caractère du dernier duc. Ces revenus de la commune de Clamecy avaient déjà une certaine importance dans lu seconde moitié du xv* siècle , puisqu'il ressort des comptes dont Née de la Hochelle a conservé quelques extraits qu’elle entretenait à ses frais, dès l'on 1V78, une compagnie d'archers avec ses officiers. Le service permanent de cette troupe avait été rendu nécessaire par la fOrtiQcation de la ville, œuvre patriotique de la municipalité, mais sur laquelle les compilateurs annalistes de la province ne nous ont transmis que des détails sahs précision et sans valeur.

Cette omission, regrettable sans doute, s'explique du moins à quelques égards par le peu d’importance du rOle auquel dut être réduite la paisible cité de Clamecy dans les guerres dont le Nivernais fut passagèrement le théâtre. On la voit pour la première fuis assiégée et prise, en l'an 1323, par le capitaine La Baume, dans la guerre qui s'engage entre le comte de Nevers et de Flandre, Louis , et le duc de Bourgogne , Philippe , à l’occasion d’une contestation sur la délimitation de leurs frontières respectives. Le roi Philippe-le-Hardi vient, cette même année, à Clamecy. En LàOt , au moment où des corps armés sont mis en mouvement, de divers points du royaume , par les grands vassaux , pour prendre part à la lutte prête à s’engager entre le duc d’Orléans et le duc, de Bourgogne, Clamecy est maltraitée par divers corps de ces bandes qu'il lui faut héberger, et qui s'y livrent à de graves désordres. Pendant les agitations intestines qui remplissent la durée de la trêve de Charles VII avec les Anglais , Clamecy, assiégée par Pierre Aubert, bailli de Melun, surnommé Forte-Èpée, est réduite par lui à recevoir garnison ; mais à peine s'est-il éloigné que les habitants se révoltent contre nette troupe et la cha.ssent de la ville. Peu de temps après , le capitaine Forte-Épéc U. 35

Digilized by CîOOgle

BOIÎRBONNAIS— BERRY. —NIVERNAIS.

reparaît , l’assiège de nouveau , s'en rend maître et cette fois s’y établit. Mais , à l'approche du comte de Nevers, Aubert fuit, abandonnant dans la place ses bagages, ses vivres, ses munitions ( liVV).

I.orsque sévissent les fureurs de la l.igue, les faubourgs de Clamecy sont r.nagf-s, en 1.58'J, par Pleuvant de Rorhefort, capitaine de la compagnie de geodnrnies du comte de Brieuc et son gendre : c’est l’exploit par lequel ce ligueur débute dans rrn«'oH-Sain/e, dont jusque-là les milices ont maintes fois iMTupé la ville sans y commettre d'acte d’hostilité. Le duc de Mayenne, par exemple, avait passé proche de Clamecy, en 1.t85, se bornant à laisser deux gros canons dans ses faubourgs; la même année, le sieur de Randan, qui commandait à cini| mille ligueurs, avait occupé la ville pendant huit jours sans faire peser la moindre charge sur elle ; enfin, deux ans après, en 1587, elle avait été pareillement respectée par l’armée calviniste, qui, au nombre de quarante mille hommes, tant Français, qu’Allemands, .Suisses et lamsqucnets, traversa le faubourg de Beuxron, et n’y commit aucun excès.

Clamecy eut beaucoup plus à souffrir de l’agitation du pays, au commencement du règne de I,ouis XIII. Marie de .Médicis avait envoyé, pour y tenir garnison, un corps de six cents hommes , au mois de janvier 1617 : par ses désordres, cette troupe jeta l'épouvante parmi les hahitants, dont un grand nombre crurent pnident de chercher ailleurs leur sûreté. Cependant, à trois mois de là, cette garnison ayant été retirée, les calvinistes envahii’enl et pillèrent Clamecy ; puis le mari'chal de Montigny mit le siège devant la ville. A la vue des canons prêts à la foudroyer, les habitants demandèrent à capituler. Il leur en coûta une contribution de vingt-quatre mille livres, sans compter la rançon de plusieurs prisonniers, fixée à deux mille six cents livres.

.Mais toutes <'(>$ calamités, dont quelques-unes du moins ont pu aiguillonner l’euthiiusiasme patriotique des habitants de Clamecy, ne sont pas les pins rruellés qui aient afliigé la ville. Elle fut décimée par la peste, durant les années 1582 et 1.583, à tel point qu’au dire de ses annalistes, on y vit l’herbe croître dans les rues. Le mémorable hiver de 1709, qui fut suivi d’une disette affreuse, pesa particulièrement sur la ville de Clamecy. On y vendit jusqu'à dix-huit livres le boisseau de blé, dont le prix, auparavant, n’était que de trente sols. \ dix ans d’intervalle, de mara à wtobre 1719, la ville souffrit d'un autre fléau ; la sécheresse y fut si grande qu’elle détermina une mortalité plus effrayante que celle qui avait eu lieu |M-ndaut le grand hiver. De redoutables inondations ont aussi plusieurs fois désolé la ville de Clamecy et mis en péril les habitants de ses faubourgs en submergeant jusqu’à la Itantciir des toits les maisons des plus pauvres. Le dernier de res sinistres, dont on n'avait pas eu d’exemple de mémoire d'homme, fut l’inondation du & mai 1836. Elle renversa le principal pont de la ville ; elle enleva de dessus le port et entraîna tous les bois disposés pour le flottage des trains. On craignit même une interruption des communications avec le dehors. Au souvenir de cette calamité se mêle heureusement celui d'un grand acte de piété publique : la souscription qui vint en aide aux malheureux flotteurs, non-seulement de la part du département tout entier, mais même de plusieurs points de la France, qu'y convièrent d’illusties exemples.

CLAMECV.

li D'est pas invraisemblable que le souvenir prolongé d’uiie misèi-e aussi aiïreuse que le fut celle de la classe laborieuse de Clamecy, en toutes ces désolantes conjonctures, ait produit pour la ville cette leçon de prudence qu'elle a si bien retenue , de ne point insulter à la misère du grand nombre par l'alTectation d'un luxe qui, là, serait sans dispensation de profits pour le manouvrier. Les temps et les mœurs ont bien changé depuis ces époques reculées , où , par leur visite d'apparat en leur bétel des Monnaies de Clamccy, qui était aussi leur lieu de plaisance, et surtout à la joyeuse entrée qu'ils faisaient dans la ville, lors de leur avènement, ces magnifiques seigneurs apportaient , comme dit Guy Coquille, liesse et bien-être an menu peuple.

Les preuves qui attestent l'existence de l'hôtel des monnaies de Clamecy, dès l'an 1000 environ, sont sans contredit le principal vestige des commencements de son importance. On voit encore quelques restes du château fort au sein duquel fut primitivement établi l'atelier monétaire ; ce sont les voûtes d'une cave dépendant actuellement de la maison Villiers-Ouvré. I.a construction du château seigneurial, où cet atelier fut transféré dans la suite, et où siège aujourd'hui le tribunal de Clamecy, est beaucoup plus récente. Par une charte de 1276, Robert, comte de Nevers, déclare qu'il a délivré la boëte de la monnaie de Clamecy à quati'e deniers, et à dix-huit an marc-lc-roi. Cette belle monnaie a, d'un côté, une croix pattée avec une étoile, et pour légende Robertus cornes; au revers est un lion avec lambel, et Nivernensis. L'n autre acte de 1355 établit que le comte de Nevers aliène au roi Jean, moyennant mille deniers d'or, son droit de battre monnaie.

A la joyeuse entrée des comtes de Nevers, les habitants de (ilamccy allaient le recevoir en grande pompe près de l'église de Rethléem. Après la harangue d'un des échevins, le comte jurait de maintenir et protéger les privilèges de la ville ; puis, à leur tour, les habitants lui prêtaient serment d'obéissance et de fidélité.

Vers le milieu de la première moitié du x vin* siècle, la municipalité de Clamecy, développant de plus en plus les ressoui'ccs et les revenus de la commune , s’élait mise en mesure de pourvoir à la reconstruction des bâtiments du collège. Mais , cet édifice achevé, on ne put d'abord s'entendre sur le choix des maîtres qu'un y appellerait : les uns voulaient des jésuites; les autres, des doctrinaires; un troisième parti, et ce fut le plus nombreux, prétendit qu'il valait mieux ne se point livrer aux communautés religieuses, et faire choix de régents, auxquels on imposerait des conditions , et qu'on demeurerait libre de changer si leur direction ne répondait pas à l’attente publique. C'est ainsi que furent institués, vers P2.>, deux régents qu'on avait fait venir de Paris, et qui ouvrirent, au collège, l’un un cours d'enseignement primaire, l’autre des classes de latin. Le nouvel établissement prospéra , et il reçut une flatteuse consécration de l’université de Paris , qui, par décision du 7 mai 1757, le prit sous sa protection.

Plus tard, en 1762, sur la demande qu'en firent plusieurs notables habitaiiLs, le collège de Clamecy fut transformé en une école royale militaire, particulièrem('nt alfectée aux armes de l'artillerie et du génie. Cette école royale militaire, ouverte à toute la jeune noblesse du royaume , comme aux enfants de Clamecy, ne put se soutenir longtemi» : elle était redevenue simple collège dès 1776, et pourtant, dans sa courte existence, elle avait fourni à l'armée plusieurs ofliciers distingués.

BOURBONNAIS. —BEKKY. — NIVERNAIS.

Par une conaéquenre naturelle de sa condition politique comme duché pairie , le Nivernais , en général , avait retenu une vive empreinte des institutions féodales; Clamccy en était particulièrement imprégné, mais l'enthousiasme qu’y rencontrèrent les réformes politiques de 1789 montra bien que le caractère inhérent aux choses n'alTectait pas l'esprit de la population de ce pays. A l'ancienne juridiction de la châtellenie de Clamecy, dont les appels ressortissaient au parlement de Paris , furent sulistituées alors de nouvelles formes administratives. Mais, tour à tour chef-lieu d'un district, pourvu d'un tribunal de première instance et d'un tribunal de commerce, puis d'une souspréfecture, Clamecy conserva avec orgueil et reconnaissance le même premier magistrat civil et politique sous ces phases diverses : M. Charles-André Dupin , administrateur habile et irréprochable, homme éminent et digne, qui avait sauvegardé la ville è l'époque des mauvais jours. Instruits par lui de bonne heure à considérer l'honneur, la dignité, les intérêts moraux enOn de la cité, comme une noble part de leur patrimoine, les fils de M. Dupin sont demeurés fldèles aux traditions et aux exemples de son patriotique dévouement. C’est sous l'inspiration de ces sentiments que l’ainé de ses enfants, devenu député de Parrondisseroent par option, après avoir été élu par les quatre collèges du département , provoqua et réalisa une souscription pour l'érection du buste en bronze de Jean Rouvet, avec cette inscription : Honneur au travail et à l'industrie.' I.'inauguration en fut faite, le dimanche 2ti octobre 18-28, sur le vieux pont de Bethléem, par le vénérable sous-préfet, M. Charles-André Dupin, qui, alors dans la cinquantième année de sa carrière publique, s’en glorilla comme d’un de ses actes administratifs les plus mémorables. En ell'et , ne peut-on pas croire que , s'il e6t été encore en fonctions, M. Dupin père n'auraH eu , pour épargner à sa ville le trouble passager qu'y occasionna, en avril 1837, la suspension des travaux du port, qu’à rappeler aux flotteurs les émotions de cette solennité, en leur montrant le buste de Jean Rouvet? Depuis l'année 1838, ce monument décore le nouveau iKint qui a remplacé l'ancien, détruit par l'inondation du i mai 1836.

Au souvenir de Jean Rouvet se rattache naturellement l’histoire de l'industrie dont il fut le créateur, et à laquelle Clamecy doit aujourd'hui toute son impovtaiÉce, On y expédie annuellement près de huit cent mille stères de bois, dirigés en trains, de ses ports, sur Paris, par l'Vniine. I.es ruisseaux sur lesquels on jette la moulée, (jui, plus tard, irst convertie en trains à Clamecy, .sont généralement entretenus par les étangs du Morvan. Les plus importants de ces flola (ear c'est ainsi qu’on les nomme), sont «eux d’Aringelte, d’Anguison, de Nivernais et de Beuvron.

Nous ne voulons point discuter ici la valeur des conjei-tures qui ont été produites sur l’origine des procédés du flottage. Il demeurera, d’ailleurs, toujours aussi difllcile que peu important de déterminer si le flottage à bûches perdues, qui est l'opération préalable de la confection des trains à Clamccy, appartient au Morvan, ou si l'application en aurait été empruntée à un usage pratiqué de plus longue-main en d’autres pays. Ce qu’il y a de certain, c'est que, dès le xiv' siècle, te mode «le transport des bois par le flottage à bûches perdues (vnralt avoir été connu et pratiqué eu France. Mais là n’est |)oint la difficulté historique i|ui intéresse Cla-

Page 1