BRIANÇON
Le nom de Briançon ( Brlganlium , Briganlio ) est dérivé du mot celte brig ou briga, qui signifie ville, et, selon quelques étymologistes , réunion, troupe
I. ('Iiorior, Hittoire du Dauphiné. — Valbunnais, Bi$toire du Dauphiné. — Le baron d'Hau^'Z, 5ouuen^ri mr le département de VUère. — Pilot, Bitlaire de Grenoble. — Jnnuâtra etatittique de la cour royale de Grenoble, )>ar Pilul.
D ig i 1 12 O og le
d'hommes. L’origine de cette cité est fort ancienne , mais inconnne. Pline lui donne pour fondateurs des Grecs chassés du lac Como ; d’après quelques autres historiens, elle aurait été bétie par Bellovèsc ou Brennus. Briançon était la métropole des Briganlini, peuple qui, du temps de César, habitait le Briançonnois. Elle était depuis longtemps fortiflée, lorsque les Komains en tirent un poste militaire ; une garnison en occupa le château. Sous Honorius, Briançon et son teiritoire se trouvèrent compris dans la province des Alpes Maritimes.
A la chute de l’empire d’Occident, les Briançonnois se constituèrent en république, et, grâce à leurs montagnes presque inaccessibles, iis parvinrent à maintenir leur indépendance; mais, dans la suite, lassés du pouvoir despotique que les principaux d’entre eux s’étalent arrogé, ils résolurent, pour mettre un terme à ces dissensions, de se donner un maître, et ils se soumirent volontairement aux dauphins de Viennois, à condition qu'ils seraient maintenus dans leurs privilèges. La manière dont on prêtait hommage aux Dauphins variait suivant la condition et la qualité des personnes. Les nobles accomplissaient celte cérémonie, armés et la télé découverte; ils présentaient leurs deux mains jointes à leur suzerain, qui les pressait dans les siennes, et ils en recevaient le baiser de paix et d'aniour, après lui avoir renouvelé la promesse de vasselagc. il n'en était pas ainsi pour les roturiers , qui , agenouillés et sans armes , étaient tenus de baiser son pouce en signe de servitude. Humbert II accorda aux Briaiiçonnnis la faveur de lui baiser le drasiis de la main ou le cbaton de son anneau ; ce qui leur donnait un rang intermédiaire entre les nobles et les vilains, (à; prince leur conféra, en outre, la qualité de Francs (libres) et plusieurs autres privilèges En revanche, ils étaient obligés de prendre les armes pour lui, à la réquisition du bailli et dans son ressort. S’il fallait sortir de leur territoire, ils n'étaient tenus de fournir (|uc cinq cents hommes , moitié archers, moitié lam^iers, et c'était nu Dauphin è payer la solde, qui était d’un gros tournois par jour. Loi-sque Humbert II céda le Dauphiné au petit-flis de Philippe de Valois, les Briançonnois refusèrent de rernnhaltre la souveraineté de la France; ils envoyèrent des députés à ce prince pour apprendre de , sa propre bouche ce qu'ils devaient faire; il leur ordonna de se stuimcttrc au nouveau Dauphin et de lui obéir.
Briançon fut brûlé en (vartie, vers la fin du xvi* siècle, durant les guerres de religion. Cette ville, dont les ligueurs s'étaient emparés et la seule qu’ils occupassent encore dans les montagnes , fut assiégée par Lesdiguières en 1590. Claveyson, qui y commandait, ne fit pas une longue résistance; il capitula, après une légère canonnade, et rendit la place. Lesdiguières lui en laissa la garde, et SC contenta de la soumission des iuibitants. Briançon fut de nouveau ravagé par le feu en 1621, incendie qui se renouvela en 1692, et consuma h>s archives de la ville, dont la perte nous a privés de l'histoire civile cl militaire des Alpes Cottiennes.
Par le traité d'Utrechtde 1713, Louis XIV ayant cédé au duc de Savoie quelques places du Briançonnois qui couvraient le Dauphiné, Briançon devint une ville-frontière. Le roi en lit réparer et augmenter les fortifications. Cette ville est située sur le versant d'un mamelon, au pied du col du Genèvre, au confluent de
Guiieune et du Clairet, qui sont les deux sources supérieures de lu Durance.
EMBRUN
Environnée de rochers et de inonlagncs dont l’art a tiré tout le parti possible pour la mettre hors d'insulte, elle occupe le haut d’une vallée qui cojnmunique avec le Piémont. Les deu\ plus' es<arpécs des montagnes qui l'enloureut ont été fortiOées avec le plus grand soin; on y a construit plusieun forts,, dont les deux principaux sont le RandouiUet et la forteresse des Trois-'l'cles, ainsi nommée parce qu’elle couronne un mamelon h triple sommet. Ces deux forteresses contiennent de vastes et superbes casernes à l’épreuve de la bombe et capables de loger plusieurs bataillons. Séparées par un gouffre horrible au fond duquel mugissent les eaux du torrent, elles communiquent entre elles par un i>ont d'une seule arche de quarante métrés d’ouverture , qui s’élève 5 une hauteur de soixantecinq mètres au-dessus de l’abime. Cet ouvrage, d’une merveilleuse hardiesse, a été conslniit en 1734. Une triple enceinte de murs et sept forteresses, diptit les feux se croisent, entourent et défendent la ville ; plusieurs redoutes cl lunettes en couvrent les abords.
Briançon est Wti en amphithéâtre, à treize cent six mètres au-dessus du ■liteau de la mer : c’est lu ville la plus élevée de France. Elle n’a qu'une belle rue , qui la traverse de haut en bas. On y voit une vaste et magnilique ca.sernc, et une jolie église bittic sur une terrasse. Les enviions de Biiançon sont fort pittoresques; ils offrent des sites d'une merveilleuse beauté, où la nature présente les plus admirables contrastes. Un peu au nord de la ville , au pied du Monl- Genèvre, on voit un obélisque élevé en l'honneur de Napoléon, lorsqu'il lit travailler à l'élargissement de la route du Bi'iançonnais. Briançon , ville de 3,000 Ames, a quelques fonderies et des fabriques de faux, de faucilles, de ci’ayons, de bonneterie et de cotonnades ; les produits agricoles de l’arrondissement , dont il est le chef-lieu et dans lequel on compte 31,000 habitants, y sont l’objet d’un commerce assez considérable. '
EMBRUN
Embrun est une ville d’une haute antiquité; on ignore complètement l’époque de sa fondation. Son nom, qui est d’origine celtique, et signifie éléralion, vieid d’Ëbris, divinité gauloise en gi'andc vénération dans le pays, et qui présidait, dit-on, aux forêts. Cette ville était la méti’opole des Caturiges (Catun),qui la nommèrent Ebrodunum. Les Embrunois étaient réputés pour leur vaillance parmi les peuples des Gaules. Ils se distinguèi'ent surtout dans les guei'res dis Cimbres et des Teutons contre les Romains. Ce fui’cnt les Embi’undîs qui forcèrent, aux bords du Khânc, le camp de Caïus .Manlius et de Servilius Capion , et détruisirent leur armée. Sous les Romains, Ebrodunum , poste militaire fmt im-
1. I.a<ioncelte, Antiquités rfu département des ffautes-Àlpes. — ClKirif*r, Histoire du Dauphini. — VidiM, Vit de /.eediÿmVri'*, — Pilol , Herherches sur tes antiquités dauphinoises.
portant par sa situation , s'embollit considérablement. Elle étaH la résidence du préfet des barques que les Romains tenaient sur la Durance pour la sûreté de la navij'ntion. Plus tard, Auguste y établit le siège du gouverneur des Alp<‘s Maritime.s : Néron lui accorda les privilèges des colonies latines , quoiqu’elle n'en fît pas partie ; et Galba y ajouta les droits des cités alliées de Rome. Lorsque l'empereur Adrien forma une nouvelle division des Gaules en quatorze provinces. Embrun reçut le titre de métropole des .Alpes maritimes. '\’ers 370, saint Marcellin y prêcha la foi : il fut le premier évêque de cette ville dont l'église fut érigée, dans le vin* siècle, en archevêché.
La ville d'Embrun , fortifiée par Valons , était devenue une place d’armes importante. En raison même de sa forte position elle fut exposée à de grands désastres. l.os Huns et les Vandales ia saccagèrent tour à tour. En 573, les Lombards, ayant ravagé la Provence, s'avancèrent jusque sous ses murs, d'où ils furent chassés par le |>atrice Mummol. L’année suivante (374), elle fut menacée par des hordes de Isaxons qui, n’ayant pu trouver è s’établir en Italie, s'étaient rejetées en deçà des Alpes. Dans cette circonstance, ce fut encore Mummol qui vint la sauver. Quelques années après, les Lombards ayant fait une nouvelle irruption dans la province viennoise et en plus gi'and nombre que la première fois, un de leurs corps d’armée, commandé par Amon, se dirigea sur Embrun et en ravagea les moissons; mais il fut rencontré et taillé en pièces par Mummol. Plus tard , les Hongres ou Hongrois, qui avaient été appelés en Italie et en deçà des .Alpes par les deux Bérenger, assiégèrent et prirent cette ville (910). Chassés depuis par les habitants du pays , ils s'en emparèrent une seconde fois lorsqu'ils envahirent le Graisivaudan. Toutefois ils ne purent s'y maintenir, et ils se retirèrent au delà des montagnes.
I.es marquis d’Yvrée, qui avaient dominé dans Embrun sous le nom des Hongrois, et pour qui cette place avait toujours été un objet de convoitise, profitèrent de la circonstance pour faire revivre leurs prétentions. L’un d'eux , nommé Arduin, vint mettre le siège devant la place, et l’emporta d'assaut (1002). Trente et un ans auparavant (900), la ville avait été prise, pillée et incendiée par les Maures, c|ui en avaient exterminé la population. On ignore quel fut son sort pendant les premières années du x' siècle. On sait seulement qu’elle relevait du royaume de Bourgogne à l’époque où Rodolphe , qui en fut le dernier roi , le céda à l'Em|)ire. Après la mort de ce prince, l’archecêque et Ic' comte ou gouverneur d'Embrun , s’etant déclarés independanLs , partagèrent la souveraineté de l'Kinbrunois ; l'un eut sous sa domination la ville et son district, l’autre le reste du pays.
.Mais ce petit État était trop faible pour exister longtemps. Dès le milieu du X' siècle, il fut annexé au Gapençois, et les deux comtés ne formèrent plus qu'un seul gouvernement, que le pape Urbain II réunit dans la suite au comté de Forcal(|uier (1090) Au commencement du xiii* siècle, les deux comité passèrent dans la maison des dauphins de Viennois par le mariage de Guigues-André avec Itéatrix, dame de Claustral, qui en avait hérité du chef de son aïeul, Guillaume V, dernier comte de ForcalciuicT ( 1202). Après elle, ils échurenl à sa fille, nommée aussi R(’■utrix, épouse d’Alméric, fils du comte de .Monlfort (1222). Plus tard, ils
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retournèrent dans les mains de Guigues-André , à qui sa Allé les céda poui' In somme de cent mille sous tournois ( 1232]. Ce prince, afin de s'affermir dans sa nouvelle possession, crut devoir attacher à ses intérêts l'archevêque d' Embrun, et, dans ce but, il consentit à tenir de ce prélat le comté d'Embrunois en fief ( 1210). Cet hommage, qui avait été purement volontaire, en investissant l'archevêque d'un nouveau pouvoir, n’eut d'autre résultat que d’affaiblir l’autorité des Dauphins. Guigucs, fils d'André, ne tarda pas à s'en apercevoir; il se plnigiiit, il réclama ses droits, et ne fit par là qu’irriter davantage contre lui l'archcvéque et la cour de Roipe. Enfin, après bien des contestations, on en vint à un accommodement (1217). Il fut convenu «que la juridiction des tailles et la connaissance des affaires criminelles, appartiendraient exclusivement au Dauphin; qu'il serait établi un juge commun , nommé conjointement par les deux co-seigneurs ; que les appellations seraient portées devant eux, et qu’en cas d'absence de l'un ou de l'autre, on créerait un auditeur pour les remplacer. Le domaine impérial fut résené à l'archevêque, à qui l'on pouvait encore en appeler, en certains cas, de la sentence de l’auditeur. »
Cependant les habitants d'Embrun, lassés du double joug qui pesait sur eux, avaient essayé plusieurs fois de s'en affranchir, mais toujours sans succès, et leurs tentatives n'avaient servi qu'à le rendre plus lourd. Enfin, en 1257, le jour de l'Assomption, ils prirent de nouveau les armes, investirent le palais et la cathédrale au moment où l'on chantait l'office, et s'en rendirent maîtres sans obstacle. L'archevêque d'Embrun était alors Aimar, qui fut depuis le fameux cardinal d’Ostie : surpris par les insurgés, il n’eut que le temps de se sauver ; il se réfugia à Thorges, où il rassembla quelques troupes, et d'où il fulmina une sentence d'excommunication contre ses ouailles rebelles. Les insurgés, d'abord décidés à bien se défendre, voyant leurs murs investis par les troupes du Dauphin, qui étaient venues se réunir à celles de l’archevêque, perdirent tout courage, et se rendirent presque à discrétion ; aussi furent-ils traités avec la dernière rigueur, malgré l’intervention officieuse de l' évêque de Nice. On leur imposa les conditions les plus dures; encore fallut-il qu'ils donnassent préalablement en otage cinquante des plus notables d'entre eux. Les clefs de la ville et celles de la maison commune leur furent êtées, ainsi que le sceau public et les registres qui renfermaient leurs statuts et leurs franchises. On abolit leui's privilèges, et on les condamna a payer une forte amende, l’our comble d'Iuimiliation, il fut ordonné que chaque année, désormais, à ta fête de l'As.somption, jour où avait éclaté la révolte, tous les chefs de famille seraient tenus d’assistei'à la grand’ messe, dans f église cathédrale, et d’offrir chacun à l'officiant un tribut d'un denier, dont le montant devrait ètn; ré|iarti le lendemain entre les membres du clergé présents à cette étrange cérémonie. Mais cet de choses ne dura pas longtemps. Le Dauphin ayant eu (M'u à peu des démêlés avec l’archevêque, et voulant s'attacher les habitants d'Emhruu, leur rendit leurs anciens privilèges, et améliora leur sort. I.a ville, toutefois, continua de rester soumise, du moins en partie, à scs archevêques, dont le pouvoir fut presque toujours en lutte avec celui des Dauphins. Ce ne fut qu'en U.’>5 que Louis XI, ayant renversé toutes ces dominations féodales, parvint à la réunir définitivement au domaine comtal.
DAUI'HINÉ.
Pondant los gucrros roligieusos, Embrun fut pillée et inrondiée par les grandes bandes qui ravageaient 1e Daupbiné (1573) ; elle Tut aussi prise p^ir l^sdiguièrcs, qui l’avait déjà assiégée une première fois sans succès. Ce célèbre capitaine s'était ménagé des intelligences dans la place. la: 9 novembre 1.583, par une nuit obscure, il partit de Cliorges, sans bruit, pour sui'prendre Embrun; Cessans et Descrottes y commandaient, l'un dans la citadelle, l’autre dans la ville ; mais le premier avait le commandement principal. lai porte de la citadelle fut enfoncée de d(Mi\ coups de pétard , la garni.son surprise et passé-e au fil de l'épée. En même temps, Lesdiguières attaqua la ville et il n’eut besoin, pour s’en rendre malti'c, que d'emporter une barricade qui avait été élevée à la bâte par les babitants. L'église, dédiée à la sainte Vierge, et le palais de l'archevêque furent dévastés par les soldats. Les habitants se rachetèrent du pillage moyennant la somme de mille écus. L’arrbevêque Guillaume d'Avanson, ligueur obstiné et l'un des principaux ennemià de Lesdiguières, s'étant sauvé dés le premier bruit, parvint à s'échapper. Ce prélat, lélé ratbolique, avait été accusé précédemment d'avoir tenté de faire assassiner Lesdiguières par Jacques Platcl, son valet de chambre. I.orsque, en 1590, le chef des protestants se rendit maître de Grenoble, il y trouva encore l’archevêque d'Embrun. Lesdiguières le vit, et, par ses prov’édés généreux, parvint à le gagner et à s’en faire un ami dévoué. En 1692, Embrun eut à subir un nouveau désastre ; elle fut prise encore et saccagée par le duc de Savoie qui avait pénétré dans le Dauphiné.
(’.ette ville a été célèbre par son siège archiépiscopal ; les évêques d'Embrun demeurèrent soumis à l’archevêché d’Arles, jusqu'au concile de Francfort, où ils furent à leur tour déclarés métropolitains (791). L'empereur Conrad leur accorda, vors l'an 1030, les droits régaliens, dont les comtes de Graisivaudan les dépouillèrent peu à ]>cu. Ils s'intitulaient princes d'Embrun, comtes de Ileaufort et de Guilic'strc. Leui's sulTragants étaient, en France, les évêques de Digne, de Grasse, de Vence, de Glandèvesct de Senès, et en Piémont celui de Nice.
Embrun est située sur un sol couronné de plusieurs édifices, au-dessus desquels s’élèvent la grosse tour et la cathédrale. Le plateau qui lui sert de base est formé du poudingue ou cailloux roulés, agglutinés par un ciment calcaire. Cette ville est entourée de bastions, de remparts et d'un fossé profond; dominée par les montagnes vpii renvironnent, elle est défendue, du côté de la Durance, par un rocher inaccessible. L'aspect d'Embrun est inqMvsant et grandiose, quand on le voit de la vallée ; mais l’intérieur en est triste et sombre ; les rues en sont sales et tortueuses. Celte ville a conservé peu de vestiges des monuments élevés par les Itomaiiis. .Son palais archiépiscopal et sa cathédrale, attribués à Charlemagne, sont des ouvrages fort remarquables. Ui cathédrale est un vaste et magnifique v’slifice de style gothicpie, les voûtes et les fenêtres en sont formées de pierres de diverses couleurs, disposées avec beaucoup d'art, de manière à figurer des peintures. Elle était placée sous l'invocation de Notre-Dame, célèbre par la dévotion particulière de Louis XI. En 1V89, le G novembre, Charles VIII s’y rendit en pèlerinage. Non loin de celle église s’élève la lour brune, qui servait autrefois de prison. L ancien collège et le séminaire des Jésuites ont été transformés, depuis IKOi, en une maison centrale de détention; c’est le premier établissement de ce
Di
genre qui ail été cr^é en France. I,a population d'Embrun est dVnviroti 3,000 habitants; celle de l’arrondissement ne dépasse pas le cbiffre de 32,iil. Cette ville était jadis une place forte de première classe; mais depuis la fondation du Mont-Dauphin, elle a beaucoup perdu de son importance militaire, et l'on ne doit plus la considérer aujourd'hui (]ue comme une i)luce d’entrepôt. On y fait un grand commerce de fruits evcellents, de vins, de cuirs et de bestiaux ; ses principaux établissements industriels sont des fabriipies de draps et de cbapcJiux , de rubans de laine et de satin , et des niatures de coton. '
GAP
L’itinéraire d’Anlonin, dressé datis le xr siècle de notre ère, est le plus ancien document historique où, sous le nom de t'upinmm, il soit fait mention de Gap. t'.ette ville appartenait aux Tricot ii, une des tribus gauloises qui, 587 ans avaid J.-C., prit part aux grandes expéditions conduites par Bellovèsc et Sigovèse. Il semble dès lors démontré que sa fondation est antérieure à l’arrivée des Romains dans les Alpes. Quebiucs auteurs ont cependant soutenu le contraire. Selon eux, les noms de Yapinrum, Vapineum, Vapp/rensium pagiis, Vnppictnn ou Ynppiijum , ont été formés des deux mots latins Yattis pimjuis (vallée fertile), par allusion a kl vallée de la Luye, nu centre de laquelle Gap est biltie. lÀdte étymologie, que rien ne justifie, nous parait tout aussi peu acceptable que celle qui fait dériver Yapincum des deux mots celtiques wopin. armes, et cnin, belles.
S’il faut en croire la tradition, l'Évangile, dès le premier siècle de l’ère chrétienne, eut pour apôtres, à Gnp, Démétrius, disciple de saint Jean l'Évangéliste, et ensuite saint Nazaire et saint Celse, disciple du pape saint Léon, qui furent martvrisés sous le règne de l’empereur Néron. En 29i, cette cité fut comprise dans la quatrième Viennoise, loi’S de In nouvelle division de la Gaule par Dioclétien. Elle devint, au commencement du iv' siècle, le siège d’un évéclié, fut attacliée, vers la lin de ce même siècle, à la deuxième N'arbonnaise, et entin, dans le v% elle fut cédée aux llourguignons par Valentinien III. Gap et les pays d'nlentonr avaient déjà beaucoup souffert des invasions des Gotbs et des Vandales, (|uand les Lombards y parurent à leur tour, une première fois en 558, et, t>lus tard, en 572. I-a ville avait pour évêque, à cette dernière é(>oque, Sagitlarius, disciple de saint Nizier, évéque de Lyon. Ce prélat et son frère Salonins, qui oecuivait le siège épi.scopal d'Embrun , n'étaient rien moins que fidèles observateui's des règles canoniques : ils vinrent, à la tète de leurs diocésains, se joindre au patricc Mummol, dépouillèrent leurs habits sacerdotaux, et combat-
1. Commentaire! de César. — Histoire de la vie du conneitahle de l.etdiguières , par I . Vidt'l. — M. LailouoclU*. i4nfiçui7e« du de! Haules-.ilpes. ChoritiV, Histoire du
Dauphiné. — Pilot, Recherches sur les antiquités dauphinoises. — Annuaire du département des HauteS’.ilpes.
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tirent en vaillants hommes. Saint Grégoire de Tours, que ces hauts faits touchent peu, a consacré un chapitre tout entier au récit des scandales que donnèrent à l'Église ces deux frères, aux mains desquels une épée aurait mieux convenu que la crosse épiscopale. Sagitlarius, expulsé de son siège par un concile tenu à Chèlons-sur-Saône en 579, fut tué en 585, en même temps que Mummol, par qui il avait été entraîné dans une révolte contre le roi de Bourgogne. Il eut pour successeur immédiat Arige, qui depuis a été canonisé.
L’histoire de Gap présente ici une lacune. On ignore si, en 588, cette ville fut visitée par les Goths d'Espagne conduits par Récarède, et si lorsqu'on 739 les Sarrasins se montrèrent pour la première fois dans les Alpes, ils flreiil quelques tentatives pour s’emparer de Gap, comme deux siècles plus tard ils ressayèrent inutilement (905]. Gap, au x* siècle, faisait partie du royaume d'Arles ou do Bourgogne. Cependant, lorsqu'on 980 les Sarrasins furent dénnitivement chassés de son territoire par Guillaume 1", comte de Provence, elle changea partiellement de maître. Ce seigneur coméda à l’évèque la moitié de son droit de suzeraineté sur elle, pour indemniser le prélat des dommages occasionés par celte expédition.
En 1033, Rodolphe III, roi d'Arles, mourut en instituant pour son héritier l’empereur d' .Allemagne, Conrad-le-Salique. C’est sous le n'‘gne de ce Rodolphe 1 1 1 que l’évèque de Gnp prit le titre de comte, titre que l’empereur Conrad lui reconnut ensuite en lui accordant, en outre, le droit de haute et basse justice, celui de battre monnaie, et celui de percevoir des péages sur toutes les voies de (xiinmunicalion. Mais, bien que l’évèque exerçât les droits régaliens, il ne possédait pas le titre de comte sans partage. En 1088, un cei’tain Hugues, comte laïque de Gap, ayant refusé de se croiser è la suite de l’ermite Pierre , l'rbuin II lança contre lui les foudres de l’excommunication, releva ses vassaux de leur serment de fidélité, le dépouilla de son fief, et finit par en investir, en 1095, le comte de Forcalquier, qui s’en était emparé pendant ces discussions. Cinquante-sept ans plus tard, l’empereur Frédéric Barberousse donnait une nouvelle force au droit de suzeraineté de l’Empire sur le comté de Gap, en accordant .sa nièce A Raymond Béranger, qui possédait ce fief du chef de l’un de ses oncles, mari de la dernière héritière de la première race des comtes de Forcalquier. En 118'», cet empereur, dont la puissance était fort alTaiblie en Allemagne, essaya de la politique qui avait plus d’une fois réussi à d’autres souverains ; il opposa les prélats aux seigneurs laïques, accorda à l'évéque, comte de Gnp, la souveraineté exclusive sur celt<‘ ville, et le titre de prince de l’Empire. C’est dans cet état que le comté du Gu|)ençois passa, en 1202, aux comtes d'Albon, par suite du mariage du dauphin Guigues VI, l’un de ces seigneurs, avec Béatrix de Claustral, petile-lille de Guillaume, comte de Forcalquier.
Mais voyons quelle était aloi-s la situation intérieure de la cité. On trouve, au xr siècle, Gap en possession d’un cnmolat ou consulat, cliargé de pourvoir à l’administration de la commune ; le nom seul de cette magistrature civile, qui très-probablement était élective, indique assez son origine romaine. L’empereur d’Allemagne, toujours en opposition avec le seigneur du fief, s’était constitué le protecteur de la commune de Gnp: son vicaire dans le royaume d’Arles avait.
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GAP
en effet, déclaré que, pourvu qu’elle acquiUlt sa part de tribut (l'autre part était payée par l'évéquc), elle serait maintenue dans ses privilèges. Cet antagonisme n'était pas moindre entre les eo-scigneurs du même fief, çt il servait encore la commune. Le 10 juillet 1251, on voit le Dauphin, Guignes VI, ainsi que l'évéquc de Gap, Othon, consentir à un arbitrage pour le réglement d’une somme que ce dmiier avait injustement prélevée sur le bourg de Chorges, voisin de Gap. Ces mêmes seigneui's, s’étant donné rendez-vous, cinq ans après, au ch&teau de Corp, afin de s’entendre définitivement sur le partage des droits seigneuriaux, dont ils jouissaient par indivis, la commune de Gap intenint encore dans ce ll•aité;elle consentit, en cette occasion, à ce que scs consuls, précédemment nommés par elle seule, fussent, à l'avenir, choisis alternativement, par elle d'abord, et ensuite par l'évêque et le Dauphin réunis pour exercer ce droit; mais cette concession, imposée sans doute par quelque nécessité du moment, n'entralna point l'asservissement de la commune, car, lorsque, dans le même moment, le Dauphin demandait à lui emprunter une somme de trente mille sols, le syndic exigeait et recevait, en garantie de ce prêt, le chtUeau de Furmcycr.
Plus tard , la commune, en butte aux exigences de l'évêque, intéressa le Dauphin à sa cause, en lui faisant abandon du consulat et de tous ses droits : bans, justices, cens, sauf ceux qui étaient exercés par le prélat Celui-ci, de son côté, avait, dés le mois de janvier 1271 , cherché un appui et contre les bourgeois et contre le Dauphin, en se reconnaissant pour vassal du roi de Sicile. Ce premier acte de soumission n’ayant pas produit l'effet qu'il en avait espéré, il associa, dix ans plus tard (1281), Charles d'Anjou à sa souveraineté, à sa juridiction sut Gap et à la jouis.sance de ses droits régaliens. Cependant, la commune, qui, pauvre et accablée de redevances, avait cédé au prélat, en 1285, jusqu’aux quatre fours oi'i les habitants faisaient cuire leur pain, en stipulant seulement qu'il en établirait doux nouveaux, obtint enfin, en 1289, grâce à la protection de Charles, roi de Naples, la restitution des droits de fouage, poids public, gabelle et pâturage. Au milieu de ces transactions sans nombre , de ces hommages transportés d'un souverain à un autre , suivant les nécessités du moment , il existait toujours de la mésintelligence entre le Dauphin et l’évêque, pour le partage de leurs droits respectifs. L’archevêque d'Embrun, Guillaume, fut pris pour arbitre dans une nouvelle discussion et rendit, le 5 décembre 1300, une sentence, par laquelle il déclara que le consulat de Gap, cédé à Gui VI, en 1271, appartenait au Dauphin à titre de comte.
t;es discussions intérieures s’étaient apaisées à la longue, quand, en 1342, Robert, roi de Sicile, se plaignit, en qualité de suzerain, des atteintes portées h sa juridiction dans le Gapen(ois, par le Dauphin Humbert II; celui-ci soutint que malgré le soin pris plusieurs fois par les comtes de Provence, d’arborer leurs armes et bannières au haut de l'Iiôtel-de-ville de Gap, la suzeraineté sur cette ville lui avait été transmise par ses ancêtres. L’abdication d'Humbert II et le passage du Dauphiné sous la puissance des rois de France, en 1349, mirent fin a ces conflits.
C.ap, depuis sa réunion à la France, jusqu’en 1449, n’apparalt pas dans l’iiisloire. A cette dernière éjvoque, elle offensa Louis XI, encore dauphin; ce prince
donna au parlement de Grenoble l’ordre d’informer contre elle, à l’occasion du refus qu'elle avait fait de livrer passage auv troupes royales. L’évt'que, se croyant plus fort que la commune et comptant, d’ailleui'S, sur l'appui du roi de Sicile, osa aussi résister au dauphin; mais cette imprudence n’eut d’autre résultat que de lui faire perdre son indépendance, quant au temporel. En 1459, le duc de Calalire demanda, toujours au nom du roi de Sicile, se prétendant suzerain, des secours à Gap, qui les lui refusa. Irrité de ce qu'il appelait une félonie, il Ht saisir les marchandises que les commerçants de Gap avaient en Provence et voulut lever des conlributions sur cette ville; elle protesta et recourut au parlement de Grenoble, qui, malgré les réclamations et les oppositions du parlement d'Aix, retint la cause et repoussa les prétentions du roi de Sicile.
Gap n’eut pas d'abord à se féliciter de la réunion du Dauphiné à la France. Dépossédée aloi-s de son consulat et cruellement opprimée par les oHlciers de Louis XI , elle s’adressa au pape. Ce qu’elle obtint par cette médiation sc borna à un soulagement de charges. Louis XI, au lieu de cent fanta.ssins qu'elle lui devait, sc conteida de huit archers habillés, armés et soldés. L’évéque avait cependant conservé une grande partie de ses droits honorifiques; Charles VIII y porta la plus rude atleinte, en interdisant, en 1485, l'usage dans le royaume de toute autre monnaie que celle frappée par le roi et par le Dauphin. Le 30 août 1494, ce prince passa à Gap en sc rendant en Italie. Douze ans apres, en 1497, et ceci est le dernier acte de résistance de la commune, neutralisée sinon abolie, les habitants entreprirent de démolir les anciennes murailles de la ville, afin de faire perdre au roi le droit qu’il prétendait avoir sur les fossés, comme étant de son domaine direct, à titre de fortifications. Ce singulier expédient n’eut pas le moindre succès. Louis XII, en 1511, transféra à Gap le siège du bailliage du Gapençois, qui jusqu'alors était resté établi g Serres, petit bourg situé dans les environs de cette ville, et, en 1512,1a commune et l'évéque le reconnurent pour leur seul souverain. Son successeur, François 1", éta au chef de l'église de Gap le titre de prince, qui rappelait la suzeraineté de l’empire d’.4llemagnc, et ne lui laissa que celui de comte.
L’histoire de Gap, pendant les guerres de religion, se lie intimement à celle de Lesdiguiéres, qui a été le plus constant ennemi de celte ville. Dés le commencement de la lutte entre les protestants et les catholiques , les Gapençois forment le projet de s’emparer de la personne de ce capitaine; en effet, peu s’en fallut qu’il ne fût surpris au milieu des fêtes qu’il célébrait, en 1565, à l’occasion de son mariage. Trois ans plus tard , Lesdiguiéres prend sa revanche en s’associant à l’expédition de Furmeyer dans le Gapençois, et en taillant en pièces la garnison de Gap qui avait voulu secourir le château de la Homette. Mais là ne se termine point cette lutte acharnée de la ville contre son ennemi capital. En 1573, les habitants de Gap poussent encore leurs courses jusqu’à Saint-Bonnet, demeure du chef protestant. « l.esdiguières , ne pouvant souffrir cette liberté , » dit Videl , « mande le capitaine Anthoine pour leur aller faire une querelle. Celui-ci part de la tour de Layc, où il commandait, trouve leur bétail tout contre la ville , et l’emmène. Les habitants font sortir leur plus verte jeunesse, qui se partage en deux troupes, runc commandée par Étienne, comte, l’antre par le chanoine
Di. ■ ' '• Cooy^k-
GAP
La Palu... Lesdiguières, accompagné de Iji Croix de Tallard, s'avance à llarra, ' d'où , faisant reconnaître le chemin des ennemis, il apprend qu'ils venaient à lui ; ne sachant pas qu'il y fût et s'imaginant seulement d'y trouver leur bétail cl le capitaine Anthoine. Il marche droit à eux à la faveur d'un coteau dont il était couvert, et, bien assuré de ce qu'il allait faire, se tournant vers la ville, il dit ;
« Messieurs de Gap, n'attendez plus vos gens, ils sont à nous. » En effet, toute cette jeunesse y demeura , excepté deux ou trois qui s'étaient cachés dans les halliers (1573). » L'année suivante, cependant, LabourcI, gouverneur de Gap pour le roi, envoya quinze cents hommes au secours de Serres, assiégée par Moiibrun , et ce fut encore Lesdiguières qui les défit.
En 1675, après la mort de Monbrun, Lesdiguières, suivi de quatre cents hommes de pied, s'approcha sans bruit de Gap et la prit par surprise, è la faveur de la nuit, en faisant escalader les murs par quelques-uns des siens, qui , ensuite, lui ouvrirent la porte Saint-Arey. La cathédrale fut à peu prés déino'lie par les protestants, tandis que l'évéque et son clergé se retii’aient h Jarrains. Gap devint alors la place d'armes des religionnaires dans le haut Dauphiné. En 1577, le prince de Condé y assembla les chefs protestanUs de la province et désigna I..esdiguièrcs à leur choix comme successeur de Monbrun . .\prés quatre années de luttes, ceux-ci ayant accepté la paix, le duc de Mayenne vient, au nom du roi, prendre possession de Gap; mais six ans plus tard, en 1588, I.esdiguiéres tourne de nouveau ses armes contre cette place et, pour la forcer h se rendre , relève sur le coteau de Puymore, qui la domine , le fort qu'il y avait déjà commencé lors de sa première occupation. Deux fois, à prix d'argent, les habitants obtiennent de Lesdiguières une trêve et l'éloignement de ses troupes. Il fallut la mort du duc de Guise , celle de Henri III , et l'avénement de Henri IV, pour qu'ils consentissent à se rendre. Lesdiguières , bon juge en fait de courage et de Udélité , confia aux Gapençois la garde de leur ville. A partir de cette époque, Gap n'offre plus , dans son histoire particulière, de fait digne de remarque. Elle devint, quand tout le royaume fut rentré dans un ordre uniforme, le siège d'un gouvernement particulier, ressortissant à l'intendance et au parlement de Grenoble, le chef-lieu d'une élection et d’un bailliage, et la résidence d'un lieutenant de roi. Ses évêques, toujours suffragants de l'archevéché d'Aix, continuèrent à prendre le titre de comte et à mettre en pal, à cdté de leurs armes, la crosse et l'épcc, signes de la double nature de ieur*^ ancienne puissance.
Les invasions, dont cette ville a eu trop souvent à souffrir dans l'antiquité et au moyen Age et le rôle qu'elle a joué dans les guerres de religion, prouvent qu'autrefois elle hit plus peuplée, plus considérable que de nos jours. Il est certain qu’au commencement du xvii* siècle on y comptait 16,000 Ames; mais quand la révocation de l'édit de A'antes, en 1685, en eut chassé les protestants, et quand, en 1692, •
Yictor-Amédécr duc de Savoie, l'eut prise et livrée aux flammes, sa population se trouva diminuée dans une pro|>orlion effrayante. Un dénombrement, opéré en 1698, ne la porte plus qu'à 5,608 personnes, et ce chiffre dut baisser encore à la suite de l'épidémie qu'y apportèrent, en 1755, les troupes de l'infant Don Philippe.
Gap, au 'eommencement de la révoliition, fut élevée, par le décret du V mars 1790, au rang de chef-lieu du nouveau département des Houles-Alpes.