LOUDUN
MoirooirToi;&.
Le nom primitif de Loudun, Lansdunum, se compose de deux mots celtjques, qui signiQent assemblée de la colline; Loudun occupe, en effet, le sommet d'une montagne, entre les rivières de la Dive, de la Creuse et de Martiel. C’était, dès 849, le siège d’une viguerie, cl la capitale du Laudunois , Pagus Laasidunensis. I.ÆS comtes de Poitou le donnèrent en Hcf aux comtes d’Anjou, vassaux redoutables, qui, dans leurs discussions avec leurs suzerains, tollirenl et dévastèrent plusieurs fois Loudun. Toutefois cette ville était assez tranquille, en 1109, pour
I. P. Mérimée, Note» archéologique» d'un t dan» VOtie»t. — Fte de»aint Gtnoui^ liv. ti.
Dictionnaire de La Harliuière. >~ThilKiudeau , Ui»toire du Poitou. — Mémoire» de la eociéti de» Antiq. de l’Ou»»t. ^ Vhil. Labtie, TaUlaufiénéalogique^ Paria ^ 179i, in->l9. Barrére de Vteu^ac, le Point duJour^ L x } vu Courrier français ^ 110 , du samedi S9 mai. — Le sHoni’^
t«ur universel.
l'ülTOU.
qu'on y tint un concile , dans le but de régler quelques points de juridiction ecclésiastique. Les évéqucsdu .Mans, de Saintes, d'Agen, l'érigueux, .Angers, Hennes, Nantes, Dol et Vannes, y assistèrent, sous lu pn'-sidence de Gû'ard, évôque d'AngouIénieet légat du saiiit-siégc. l’hilippe-Auguste enleva le I-oudunoisàJean- Sans-Terre, et le donna à Aimeri, vicomte de Tliouars (120V). Loudun était alors, disent les du'uiiiqueurs, une ville riche et bien fortiliée, oppidum opulenlum et hene inuniluin. Son administration municipale, établie dès le régne de Louis-le-Gros, se composait de deux conseils, six érhevins et un syndic, nommés tous les trois ans par les chefs des deux paroisses, Saint-l'ierre-du-Mortrai et Saint Picrre-du-Marché. l u chapitre y avait été fondé, à la fin du xr siècle, sous rinvoration de Saintc-Ooi». I^harles V accorda aux chanoines des leltres de sauvegarde, datées de Paris, au mois de mai 1316, et leur assigna pour protecteur le bailli de Touraine. Le 4 février 1336, il abandonna la châtellenie de Loudun à son frère Louis; mais elle revint à la couronne, en 1 476. Louis XI , étant au château du Plcssis lei Tours, le 28 septembre 1480, érigea le siège de Loudun en bailliage royal. François L', â la requête d’Olivier Fontaine, avocat, et de Guillaume le Febvre , procureur du roi , ordonna qu’on rédigerait la coutume du Loudunois. Les justiciables s'assemblèrent, le 4 juin 1508, dans la grande salle du couvent des Cordeliers, fondé à l.oudun, en 12'»2, par les premiers disciples de saint François. I.c travail , achevé en deux jours, fut imprimé à Paris en 1536, et quoiqu’il n'ait jamais été homologué par le parlement , il a eu force de loi jusqu'à la Révolution.
Des bandes de routiers menacèrent Loudun, en 1.523; l'amiral Bounivet, gouverneur de la place, ordonna de réparer les murs, d'amasser des munitions, et mit le sieur la Rorhe-Tiercelin à la tête des nobles et des milices bourgeoises, qui combattirent avec succès les brigands. La réforme amena pour Loudun de nouveaux dangers Les calvinistes, commandés par le capitaine écossais Cornwale, et soutenus par le comte d’Araii, pillèreut les églises, et renversèrent les croix et les images (15311. Charles IX, pour leur ôter tout prétexte de violences, leur permit, par lettres datées du bois de Vincennes, le 6 juin 1563 , « de .s’assembler dans la ville et les faubourgs de Loudun , et de vivre en repos et liberté de leurs consciences, sans aucun scandale ou émotion, n Le roi vint en personne à Loudun, le 26 septembre 1565, avec Marguerite sa soeur, la reine-mère, le prince de C.ondé, et le cardinal de Bourbon, «et deux heures après leur arrivée, il tira au jeu d’arbalète à une butte que l’on avait faite à dessein dans les dunes du château, devant les Ordeliers. »
Loudun était, au dire de Varillas, «la plus zélée des villes de Franco pour le calvinisme, après celle de I.a Rochelle. » Dès que Charles IX se fut éloigné, les protestants prirent des mesures pour s'assurer du château , et forcèrent à la fuite tous les prêtres catholiques, à l’exception de trois conleliers trop courageux ou trop attachés à leur foyer, le P. Desmaniï, gardien du couvent, le P. de Melay et le P. Boyer, qui furent massacrés sans Quelques jours plus tard, le duc d'Anjou somma la garnisoti de Loudun; in8ial)aei(<r, gomerneurdii château pour le prince de Navarre, se mit en état de défense, et hientiH le prince de Condé accourut au secours de la ville. Les deux armées demeurèrent, pendant quatre
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LOUnUN. — MONCONTOÜR.
jours entiers, en présence : les rigtienrs du froid, in neige, le verglas, rendaient tout combat impossible ; enfin l'armée catholique décampa, le cinquième jour. Les protestants, comme pour célébrer leur triomphe, mirent le feu à l'église de Sainte- Croix, et au couvent des (Jirmes, vieil édifice quiavail été construit , en I33ï,aiii frais d'Amauri, seigneur de I^amothe de Beaussni. Les catholiques s'emparèrent de I^udun, le 25 janvier 1561); Rriant, bailli du Loudunois, commeiifa aussitét des informations contre les réformés qui avaient porté les armes. ïjt poix de Sainl-Cermain suspendit ces |)oursuiles , et enhardit les ennemis de la religion dominante, à tel point, que le jour de la Fête-Dieu 1570, la servante de la veuve David jeta un rat sur le poêle du saint-sacrement : délit pour lequel elle fut condamnée à faire amende honorable devant l'église Sainle-tToix , et à être fouettée dans les rues. Dans le murant de fév rier à mars 1577, le capitaine protestant Siré mit au pillage ifne partie de Loudun , et, par représailles, les catholiques détruisirent un temple élevé en 1570, dans la rue de Villecour. Henri de Navarre rétablit la tranquillité; après avoir signé à Veniès, le 23 février 1587, un traité avec ies habitants, il obligea les protestants à lui jurer fidélité par-devant le bailli, et exigea des ecclesiastiques séculiers ou réguliers qu’ils fissent acte public de renonciation à la Ligue. t;e prince honorait d'une estime particulière le sieur de l'.lairville, pasteur de l.oudiin, qu'il chargea de plusieurs négociations importantes. Il le déclara exempt d'impôts , par lettre adressée aux élus de I.oudun , au mois d’avril 159i , en ajoutant par un im.it-scripluiii autographe : « Ne fet(>s fautes à ce que je vous commande pour le sieur de Clairville, quy est de mes aiusyens cervyteurs et domostjques. »
Jusqu'au règne de Henri IV, le Loudunois avait eu des gouverneurs particuliers. Des lettres du 28 février 100'» le réunirent au Poitou et nu l^hdtelleraudaLs, sous l’administration du marquis de Itosny, qui fit son entrée solennelle à Loudun, le 15 juillet, fjiuis XIII et sa mère visitèrent Loudun, le 5 août lOli. Kn 1016, Loudun fut désigné comme lieu de réunion des négociateurs de la paix entre le roi et le prince de t:ondé, chef du parti pruteslanl. Les conférences s'ouvrirent, le 10 février, chez la comtesse ilouairière de Soissons, et furent, suivant d'Aubigné, « une foire pulilique de perfidies particulières et de lAchelés générales. » Ix chevalier Edmond , ambassadeur d'Angleterre , intervenait comme médiateur. Le traité fut signé, au bout de quatre mois de discu.ssions, et vérifié au parlement, le 13 juin. Malgré ce pacte définitif, les réformés cherchèrent à se saisir du chAteau de Loudun, dont le commandant, Bois-Guérin, leur partisan, releva les foi lilicatiuns démantelées en 1509; leur attaque ayant été repoussée l>ar Hervé du Moulin, lieutenant-criminel nu bailliage, Louis XIII, afin de prévenir de nouvelles entreprises, décida que le rhfttcau serait rasé, et en confia la démolition à l.aubardemont, intendant de Tours, par lettres datées du Fontainebleau , le 9 novembre 1CJ2, et de Monteremi , le G août 1633. Ainsi fut appelé h Loudun relui qui devait y acquérir une renommée si terrible en instruisant le procès d'I.rbain Grandier.
Curé de la paroisse de Saint-Pierre-du- .Marché et chanoine de Sainte-Croix, Grandier s'était attiré l'inimitié et l'envie par sa hauteur, sa causticité, son avancement rapide, ses audacieuses prédications contre les confréries, la faveur qu'il
Digilized
POITOU
témoignait aux protestants, le scandale de ses séductions et de ses adultères. Dénoncé pour impiété et libertinage, acquitté par le présidial de Poitiers, le mai 1631 , et par l’archevêque de Bordeaux, le 33 novembre, il reparut en triomphe à Loudun , une branche de laurier à la main , et entama immédiatement des poursuites contre ses persécuteurs. Les principaux étaient le procureur du roi Tronquant, dont il avait déshonoré la tille; Jean Mignon, chanoine, et Mounier, prêtre, ses compétiteurs en diverses occasions; Mennau, avocat du roi, son rival en amour, et Barot , président des élus, qu'il avait publiquement insulté.
Miguon, directeur des Ursulines, établies à Loudun depuis 1636, persuada à ces religieuses qu'il fallait, par tous les moyens imaginables, purger l'église d'un tel délvauché et d’un tel hérétique. Elles accusèrent donc Urbain Grandier de les avoir ensorcelées; Mignon exorcisa la supérieure, Jeanne de Beiflel, et la Qlle Claire Magnoiin, le 1 1 octobre 1633, en présence de Cerisay de La Guérinière, bailli du Loudunois, et de Louis Chauvet, lieutenant civil. Les scènes de possession se renouvelèrent ; l'idée d'un pacte de Grandier avec le diable s’accrédita : les religieuses, au milieu de convulsions violentes, répondaient en latin aux questions des exorcistes et accusaieiit unanimement Grandier. Au bout d'une année, Laubardemont, de retour à Paris, instruisit Richelieu de ce qui sc passait. Le cardinal, étant prieur de Joussay, avait été exposé aux dédains du curé de Loudun, qui lui avait disputé le pas dans une procession. En outre, les Capucins, que le P. Joseph avait introduits à Loudun , en 1616, écrivirent à leur protecteur qu'Crbain Grandier, de concert avec Suzanne Hamon , Loudunoise, favorite de la reine, avait écrit la Lettre de la cordonnière de la reine à M. de Baradas , pamphlet virulent dirigé contre Richelieu. Celui-ci était donc disposé à écouter les ennemis du prétendu magicien , cl il donna à Laubardemont un ordre d'informer, en date du 30 novembre 1633.
Urbain Grandier fut arrêté, le 17 décembre, par La Grange, lieutenant du prévét, en sortant de sa maison avant le jour pour se rendre à matines. Transféré dans les prisons d'Angers, il y resta jusqu'au 9 avril 163'». Cependant les démons se multiplièrent dans le couvent ; le 30 mai , le récollet Lactance en lit sortir trois, Atmodée, Aman, Oresde, du corps de la supérieure, en présence d'une foule immense réunie dans l'église de Sainte-Croix. Le 13 juin, Grandier, confronté avec onze possédées, opposa un calme inébranlable à leurs cris , à leurs outrages, à leurs transports furieux. L'effet de cette épreuve lui fut favorable ; c'est à peine si l'explosion de l'indignation publique put être comprimée par une ordonnance du 39 juillet, qui défendait de médire des religieuses et de leurs exorcistes, sous peine de dix mille livres d'amende et de punition corporelle. Les bourgeois, bravant les décrets de Laubardemont , se réunirent à l'hotel de ville, au son de la cloche, pendant le mois d'aoiit , et rédigèrent une requête au roi contre les exorcistes « qui abusoientde leur ministère et de l'autorité de l'Ëglise. m La supérieure, la sœur Claire , la sœur Agnès, et la femme Nogaret , témoins à charge , déclarèrent avec les signes du plus vif repentir qu'elles avaient calomnié un innocent. Les ennemis de Grandier présentèrent ces faits comme un artifice de Satan pour sauver un coupable, et sentirent la nécessité d’accélérer le dénouement. Douze commissaires, choisis parmi les magistrats des sièges voisins, condananè-
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rent le malheureux prêtre au supplice du feu , le 18 août 1G3^, « comme dûment atteint et convaincu du crime de magie, inalétice, possession arrivée par son fait. » .\ppliqué à la question , il déclara qu’il n'était point magicien , mais il avoua qu'il s’était abandonné aux plaisirs des sens, et avait composé un Traité contre le célibat des prêtres, atin de dissiper les scrupules d'une jeune fille qu'il entretenait depuis sept ans ( Madeleine de Brou). Il fut brillé vif devant l’église de Sainte-Onix , le jour de sa rondamnation , entre quatre et cinq heures du soir. Sa mort ne fit point cesser les possessions ; le mensonge était trop productif pour qu'on y renonçât; les Ursulines extorquaient des aumônes aux curieux, parmi lesquels se trouva Monsieur, frère du roi, qui leur donna une attestation, le 11 mai 1635. Laubardemont les installa dans le collège des calvinistes, malgré l'opposition des habitants ameutés. Les démons semblaient s’acclimater à Loudun, lorsqu’on retrancha la pension de quatre mille livres accordée aux exorcistes. Dès lors tout ■entra dans l'ordre naturel, et les religieuses vécurent dans l'oubli jusqu'en 177-2, époque à laquelle elles firent place è des dames de l’Union-Chréticnne.
Ainsi le dernier pi ocès de soi-cclleric fut jugé é Loudun. Cette ville avait alors une grande importance par son bailliage, son élection, son grenier à sel, et surtout par son église réformée, l’une des plus infiucntes du royaume, puisque sept synodes, provinciaux ou nationaux, s’y étaient réunis, du 22 avril 1610 au 12 janvier 16U. Le cardinal porta les premiers coups à I.oudun , qu’une partie de ses bourgeois abandonna pour se fixer dans la nouvelle ville de Kichclieu ; la révocation de l'édit de Nantes acheva l'ceuvrc de dépopulation. Quant au Loudunois, érigé en duché viager le 10 septembre 1578, en faveur de Françoise de Rohan, il fut engagé à la duchesse d'Aiguilloii en 16tv5, et au duc de la Trémouille le 12aoùtl65r».
On trouva A Loudun une nouvelle confirmation de cette remarque générale , que les villes où le protestantisme avait été puissant et actif, se montrèrent presque indifférentes à la révolution politique de 1789. La seule manifestation politique des Loudunois, à cette époque, fut l'envoi d’une adresse de sa société des Amis de la liberté, aux Jacobins de Paris : dans cette pièce curieuse, lue ù la Convention dans la séance du 3t décembre 1792, ils demandaient l’expulsion du cannibale Marat. ^
L'arrondissement de Loudun , formé de l’ancien Loudunois, renferme 36,364 habitants; son territoire est fertile en vins, huiles, chanvres, et lins; on y récolte aussi beaucoup de miel. La capitale de ce petit pays, autrefois l’un des gouvernements militaires de la province de Poitou, et aujourd’hui l'une des souspréfectures du département de la Vienne, n'a pas plus de 5,000 habitants, quoiqu’elle en pùt contenir 15,000. F.llc dépendait du diocèse de Poitiers et de l'intendance de Tours; elle était le chef-lieu d'une élection, le siège d’un bailliage et d'une sénéchaussée, et jouissait d'une coutume paticulièi'e, bien que ressortissant à Tours pour la justice et les finances. Le bailliage a été remplacé , par un tribunal de première instance, et un collège communal a succédé à celui, que (iuy Chauvet, avocat au parlement de Paris, avait fondé à Loudun, par tes- , tament du 17 février 1610. Les Loudunois exploitent des fabriques de drap, de tuiles et de dentelles communes, et font eu outre le commerce de l'orfèvrerie ,