‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 99 sur 120 · SARREGUEMINES.-BITCHE · texte numérisé non relu

SARREGUEMINES.-BITCHE

Saireguemines , ville importante du département de la Moselle , est située sur la rive gauche de la Sarre , où elle forme l'extrême frontière de la France et du royaume de Prusse. A son nom ancien de Guemùnde fut ajouté plus tard celui de Sarre, que les Allemands écrivent Sddr (non/luen/). En effet, sur la rive droite de cette rivière , en face de Sarregucmines , la Blies vient confondre ses eaux boueuses avec celles de la Sarre et justifie ainsi le nom actuel de la ville. Sarreguemines se trouve adossée en partie contre une montagne, dont elle gravit les pentes , et va confondre ses édifices avec les ruines d'un vieux châteaufort. Ce que l'on voit aujourd'hui des restes de cette ancienne forteresse ne permet guère de juger de son étendue et de son importance primitive, surtout depuis qu'on a construit sur son emplacement une vaste prison. L'aspect général de la ville, ainsi bâtie en amphitéâlrc, est des plus pittoresques Les nombreux vergers, couronnant le sommet de la côte, où ils simulent une épaisse forêt ; les belles prairies qui entourent sa base , et au milieu desquelles la Sarre promène scs flots tranquilles ; le pont avec ses arches solides, et les moulins si pittoresquement groupés sur les bords de ce cours d'eau ; tout enlin contribue à rendre le paysage charmant. Si vous pénétrez dans la ville, vous admirez ses rues et ses places régulières , ses maisons généralement jolies et surtout fort propres ; vous êtes frappé de l'air d'aisance de cette population active et industrieuse qui a conservé la vieille franchise du Lorrain , et en partie scs mœurs et ses habitudes. L'habitant de Sarregucmines parle indistinctement l'allemand et le français; mais le peuple de la ville et de la campagne se sert encore, de préférence, de la première de ces langues.

Les envaJiissements de Louis XIV ont été pour Sarreguemines une cause indirecte d'accroissement. On se rappelle que le roi de France s'étant emparé de la Lorraine, vers la fin du xviii' siècle, avait envoyé Vauban sur cette frontière et s’était décidé, d'après ses conseils, à y ériger une place île guerre sur les rives de la Sarre. En même temps que la nouvelle forteresse s'élevait comme par enchantement, une vieille ville , la capitale de la Lorraine allemande, voyait nonseulement détruire ses remparts , mais encore .s'exécuter l'arrêt qui la condamnait à disparaître complètement du monde : son nom était Vaudrevange, et elle était le siège du bailliage d'Allemagne et la résidence d'un grand nombre de personnages marquants. Le traité de Kyswick , par lequel la France fut forcée de restituer ses états au duc de Lorraine , décida ce prince ù choisir un autre lieu pour y instafier son bailliage d'Allemagne. Ses vues se portèrent sur Sarreguemincs , qu'un édit du 31 août 1(>98 érigea en chef-lieu de toute la province. Cette ville ne devait plus perdre la prééminence administrative qu’elle venait d’acquérir. En effet, i fépoque de la réunion, en 1736, elle conserva la vaste

SAUREGUEMINES. — BITCHE. SCI

jaridicüon de 8on bailliage et elle vit afllaer dans son sein une population chaque jour plus considérable. Lors do la division de la France en départements, elle Tut encore choisie pour être le chef- lieu d'un district; plus tard enfln, on y établit une sous-préfecture.

Ce qui , de nos jours, a contribué à maintenir Sarreguemines au rang qu'elle occupe parmi les villes de la Moselle, c'est son industrie. Nous mentionnerons, en première ligne, sa belle faïencerie, dont les produits variés et la qualité supérieure sont recherchés dans toute la France et même au delà de la frontière.

Nous parlerons encore d'une industrie établie depuis vingt ans à peine dans cette ville, c'est-à-dire de ses fabriques de peluches et de velours, lesquelles luttent avec avantage contre les produits du même genre sortis des ateliers du département et de l'intérieur. Enfin, une foule d'ouvriers, soit de la ville soit des environs, sont occupés à la fabrication de tabatières en carton, recouvertes d'un vernis qui en constitue la beauté et la solidité, et dont l'inventeur fut, dit-on , un meunier du pays de Nassau.

Nous avons dit plus haut que le nom ancien de Sarreguemines était Guemünde; mais il ne faut pas confondre ce lieu avec un autre, nommé aussi Guemonde, et qui a changé son nom contre celui de Uornebach, lieu célèbre par l'abbaye que saint Firmin y fonda , vers 727, et dont il ne reste plus rien aujourd'hui.

C'est de Guemonde que, le 13 mai 706, Pépin, duc d'AusIrasic, sous le roi Childebert, fit expédier une charte en faveur de l'abbaye d'Epternach; mais on ignore si ce Guemonde est notre Sarreguemines ou bien Horiibach. Comme on le voit, l'origine de la ville dont nous nous occupons est fort obscure : elle se confond, sans nul doute, avec celle du château qui ta dominait, et ^

' pour l'origine duquel il y a aussi absence de date précise. La même remarque s'applique, du reste, à tous les châteaux dont un voit les ruines éparpillées sur les rives de la Sarre. I.es chroniqueurs semblent cependant s'accorder pour admettre qu'ils furent tous érigés, à l'époque des invasions des Normands, vers le X* siècle. Il parait que, dans le xi‘, ces lieux firent partie du domaine des ducs de Lorraine. En effet, un de leurs descendants, Charles III, aflirme, en 1541, que « Gucmünde. a été autrefois le siège des durs, et, par conséquent, qu’elle n'a jamais appartenu aux comtes des Deux-Ponts.» On sait, d'ailleurs, que Gérard d'Alsace, premier duc hérv'ditairc de Lorraine, jouissait, en I04B, lorsqu’il fut élevé sur le trOne ducal, de vastes propriétés sur les bords de la Sarre, et dans les environs de Bitche. Selon toutes les probabilités, Sarreguemines, avec ses immenses forêts et son château fortiüé, en était une dépendance. EnOn, en écartant même toute conjecture , il est hors de doute que les ducs de Lorraine possédaient ce domaine dès le xiir siècle; nous en trouvons la preuve dans des pièces authentiques : telles que la cession faite à sa femme par le duc Thiébaut If de Dalheim et Bérain contre (iuemünde ( 1236), et l'acte dans lequel Henri, comte des Deux-Ponts, et la comtesse Agnès, sa femme, reconnaissent que Valéran , leur lils, relient figement, envers et contre tous, Guemündc et ce qui en dépend, en fief, alleu, hommage, etc. (19 octobre 1263).

Depuis cette époque, jusqu'en 1736, les ducs de Lorraine réguèrenl, sans interruption , sur les liciix dont nous venons de parler. Ils se virent plus d'une IV, 71

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fois , il est vrai , forcés de céder temporairement une partie de leurs droits à des seigneurs lorrains ou étrangers; mais ce ne fut jamais que 'dans des circonstances difllrilcs, et surtout à l’occasion de quelque crise financière. Ainsi , pour ne citer que ceux de ces actes qui nous semblent le plus signifleatifs, René l’% pendant la guerre qu'il soutint contre Cliarles-le-Témèraire , duc de Bourgogne, engagea le cli.lteau et la ville de Guemündc, avec faculté de rachat, à Wéric de liochemburg et è Jean d’Altdorff, moyennant la somme de six mille florins du Rhin; et, en 1628, l’inconstant et capricieux duc Charles IV vendit à Jean- Philippe, comte de Cratz et de Scherrfen, la ville, le cIvAteau et la seigneurie de Sarregueminos, pour le prix de deux cent mille florins, rachctables en tout temps.

Nous ne savons rien sur le chdtcau de Sarreguemines, si ce n'est qu'il fut pris et détruit, en ou 1635, par l'armée française qui avait envahi la Lorraine; depuis lors, il n'a plus été réédifié. Quant à l’existence de la ville, elle remonte assez loin. Un 1380, le duc Jean III la fil brûler, afin de punir les habitants de s'étre soulevés contre lui pour soutenir leurs piHviléges êt franchises. I.a chronique rapporte que les chartes de la ville périrent dans l'incendie; mais le duc s’engagea, par écrit, à respecter scs immunités. On lit, à la fin de ces lettres ducales, que Jean donna aux bourgeois les produits de la gabelle nouvellement éta- ■ blie il Guemündc , /lour Cemployer en travaux de fortification , comme ils avaient fait jusqu'alors ; ce qui démontre clairement que cette ville était depuis longtemps fortifiée. En 1525 , tes luthériens d'Alsace ayant, au nombre de quatre mille , traversé les Vosges pour soulever la Lorraine, vinrent se retrancher dans les bois près de Sarreguemines. Ils y furent attaqués par le duc Antoine , qui , à Saverne et aux environs, en fit un affreux carnage. De nos jours, en 18U, l'armée française, battant en retraite, se porta sur Sarreguemines, après avoir coupé le pont de la ville et avoir fait sauter plusieurs arches de celui de Sarrebruck. Mais l'ennemi, ayant passé la Sarre au gué de Welferding, nos troupes se replièrent sur Metz, où elles arrivèrent le 12 janvier. Les alliés se présentèrent encore, le 2'» juin 1815, devant Sarreguemines dont le pont, faiblement défendu, fgt emporté après une courte résistance. Le corps bavarois y établit son quartier général.

Sarreguemines est aujourd'hui une ville ouverte : ses maisons s'étendent en tous sens et prennent, diaquc année, plus de développement. La maison commune, vieux bétiment, précédé d'une très-belle place, ne mérite aucune mention. L’église, située au centre de la ville, fut fondée, en 1765, sur remplacement d'une vieille chapelle dédiée à sainte Catherine et autrefois collégiale; c’est un monument vaste et solidement construit , mais dont l'architecture est lourde. Depuis quelques années, on a bûli à Sarreguemines un temple destiné aux nombreux ouvriers protestants employés dans les fabriques. L'ancien couvent des Capucins, qui date de 1721 , est actuellement occupé par les écoles primaires. La caserne de cavalerie et le collège commumü peuvent passer pour des édifices remarquables. Sur les terrains du château s’élève la prison, grand bâtiment de fornte carrée, principalement peuplé de contrebandiers. La population de Sarreguemines dépasse 4,2ü0 âmes , et celle de l'arrondissement est d'environ 125,500 habitants. Parmi les hommes distingués que cette ville a vus naître, nous citerons

SARREGUEMFNES — BITCHE.

Claude Bennol, peintre, graveur et membre de l'Institut. Plus récemment la tombe s’est fermée sur les dépouilles d'un modeste et savant manufacturier, de lltzschneider, dont le souvenir sera longtemps cher encore aux nombreuses familles d’ouvriers, et à tous les habitants dont il a emporté l'estime et les regrets. Durival , dans sa description de Ja Lorraine, dit que les armes de Sarregnemines étaient un champ d'or traversé d'une bande de pueuUes chargées de trois ailerons d'argent.

A environ quarante kilomètres sud-est du chef-lieu de cet arrondissement, on trouve la petite ville de Bitche , dont la forteresse, fondée sur un rocher presque à pic, défend les défilés des Vosges entre Sarreguemines et Wissembourg : c’est une des clefs de nos frontières sur ce point. Le fort domine d’étroites vallées, d'immenses forêts de sapins et des montagnes tapissées de bruyères. |j> gouverne’ment s’occupe avec activité des fortifications de Bitche, et, pour leur donner tout le développement dont elles sont susceptibles, consacre aux travaux projetés des sommes énormes. La ville basse, autrefois appelée Kaltenhansen, est construite è la base ouest du rocher, et près d’un étang spacieux où la Rome prend naissance. Bitche correspond, par des chaussées d’une fréquentatiou difiidie, avec Strasbourg, Wissembourg, Pbaisbourget Sarreguemines. C’était anciennement le chef-lieu d’un comté considérable et l’un des pins anciens domaines des ducs de Lorraine. Adalbert, aïeul de Gérard d’Alsace, premier duc héréditaire de cette province, était en possession de Bitche, dés le xi* siècle. En 1397, Ferry III céda Bitche au comte Éverard de Deux-Ponts , en échange de Guemünde (Sarreguemines). Ce fut Éverard qui fonda le château.

Le comté eut ensuite des seigneurs particuliers , lesquels se liguèrent souvent avec les princes voisins contre les évêques de Metz et la république, quoiqu’ils se fussent reconnus vassaux et hommes liges des seigneurs spirituels de cette ville. Confisqué, en 1571 , par Charles III, .sur le comte de Hanau, pour félonie, le comté de Bitche demeura en litige jusqu’en 1606, époque à laquelle il rentra définitivement dans les états du duc de Lorraine. Le duc Charles IV, n’ayant pas voulu accepter les articles du traité de Nimègue, Louis XIV s’empara de Bitche et la fit bien fortifier. Il en jouissait encore , en 1608, quand l’article .30 du traité de Rysirick la rendit avec le reste de la Lorraine à Léopold. Les fortifications de la place et celles du château, qui avaient été construites d’après les plans de Vauban, furent rasées, et l’on arrêta qu’elles ne pourraient être rétablies (1698). Lorsque Louis XV eut enfin ajouté, en 17.36, celte province à ses états, on s’occupa de relever les fortifications de Bitche, dont la première pierre fut posée en 17Ak : elles sont d’une extrême solidité, et fondées sur un roc impénétrable et continu , qui s’élève à quatre cent quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. En 1703, l'armée prussienne pénétra è travers les gorges des Vosges jusqu’à Bitche , dont le fort n’était défendu que par sept cents hommes ; mais quoique, à la lïiveur de la nuit, l’ennemi eiU déjà enlevé les premières sentinelles et une partie des ouvrages de la place , cette faible garnison fit une défense tellement vive que les Prussiens durent se retirer, laissant dans les fosst''S deux cents morts ou blessés et deux cent cinquante prisonniers, A la même époque ,

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un corps de quatre mille Autrichiens fut complètement battu .«ous les murs de Bitclie.

Il y avait dans cette ville, avant la Révolution , un couvent d'AiigusIins, fondé , en 1651 , par Henri de Bourbon, duc de Verneuil, évêque de Metz. Dans ses bétiments on a établi un collège, dont la direction est confléc à des prêtres. La population de Bitche s'élève à 2,000 habitants. L'industrie y est nulle et le commerce très-borné. Bitche a donné le jour au lieutenant-général Schneider, ex-ministre de la guerre. '

THIONVILLE

Parmi les chefs des tribus franques, qui traversèrent le Rhin pour faire ta conquête des Gaules et s’étendirent d'abord sur le territoire du diocèse de Trêves, il y en avait un, d'après quelques historiens, nommé Théodoii. Ce chef choisit un vallon fertile situé sur la rive gauche de la Moselle et y jeta les fondements d’un chêteau, fortifié peut-être, qui, plus tard, devint célèbre, au temps de la domination carlovingiennc, sous le nom de son fondateur [Thinnvitle, Theodonis rilla). L'histoire garde le silence sur le commencement de cette future demeure des empereurs, jusqu’au règne de Pépin-le-Bref Elle est désignée alors comme l’une des résidences habituelles des souverains franks ; le nom de Diedenhafen , ou Tierleiiharen , que lui donnent les Allemands , confirme cette transformation ilu petit chétcau de Théodoii.

Nous ne suivrons pas les auteurs contemporains en relatant les divers passages où ils citent le palais (palntinm piiMicinn) de Thinnvillc; son histoire est celle des souverains .carlnvingiens , qui l’habitèrent par intervalles dans leurs courses guerrières. Ces détails appartiennent a un travail , sinon pins complet du moins plus étendu. On pourra les trouver dans les ouvrages nombreux qui ont été écrits sur la Lorraine , et dans ceux qui traitent des faits et gestes de la race de Charlemagne. Nous dirons seulement que tour à tour visité par ce prince et par ses fils, le palais de Thionville fut le Ihéélre de tous les grands événements de ces époques reculées; que la reine Hildegarde y perdit la vie (783): qu'on y convoqua plusieurs assemblées générales de la nation- et quelques conciles , notamment ceux où les prélats fidèles à la- cause royale, présidés par l'évêque Dragon, fils naturel de Charlemagne, vengèrent Louis-le-Débonnaire , en déposant Ehbon , évêque de Reims, principal auteur de la révolte qui avait privé Louis de son trône.

Après la mort de ce prince, Thionville, devenue une dépendance du royaume

I. DnniCilnii'l. Ilisloire de la /.orrninc. — Diirival , Deseriplion de la Lorraine. — Aiicleilello, Ueecription dee frontières nord-est de la t'rance.

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de Meti, passa successivement sous la domination de Lothaire, de I>onis-le-Gerroanique et de Lothaire II (8U)-8r>5). A dater du milieu du i\* siècle cette résidence perdit son éclat primitif. Les souverains, sans cesse occupés par les guerres qu’ils soutinrent, ne la visitèrent plus; ils la conflèrent à l'udmini.stration d'un gouverneur temporaire, et souvent nous la voyons passer sous le sceptre allemand, pour revenir sous celui des Français austrasiens.

La chute des rois de la seconde rare fut précédée par un événement célèbre dans rivistoire du moyen âge. Des hordes hongroises ravagèrent nos provinces, orientales, et forcèrent les habitants des campagnes à cliercber un refuge dans les lieux écartés ou fortiliés. On est en droit de soupçonner que ce fut à cette irruption que Thionville dut ses habitants , et qu'à compter de cette époque elle ne lut plus seulement un château royal, mais une cité régie par un gouverneur toujours temporaire, t'u fait légitime cette hypothèse : lorsque üthon I” fut reconnu empereur d'Allemagne (en 9t)6). il marcha sur Metz, dont il s'empara malgré les efforts des habitants et de leur évéque. Il quitta anssitét cette ville et alla à Thionville, dont il détruisit la chapelle, monument que Louis-lc-l)ébonnaire y avait fait élever sur le plan de celle d'Aix-la-Chapelle. Othnn craignait, disent les historiens, que ses ennemis n’en fissent une place d’armes dangereuse : si Thionville fût toujours demeuré simple résidence royale , le nouveau souverain n’eùt pas eu sans doute des appréhensions de ce genre. Lorsque le fils de ce prince, Bruno, archevêque de Cologne, divisa la Lorraine en deux gouvernements , Thionville ne fit plus partie du territoire messin. Il appartint à celui de Luxembourg, qui fut érigé en duché au profit de Frédéric, comte de Bar.

En 963, Sigrefroy, comte des Ardennes, du consentement de Bruno, fit, avec un abbé de Suint-.Maximin de Trêves, l'échange du domaine de Viulna, in pago Arduennœ, contre le château de Luxembourg l.ucUinburAul, in pago

Metziiigowi) •. quelques petites villes situées sur les rives de la Muselle, tout en demeurant sous la suzeraineté impériale, firent partie de ses seigneuries; nous y voyons figurer celle de Thionville. Les chartes, émanées des Empereurs, et qui sont datées de cette cité, prouvent qu'elle méritait depuis longtemps ce titre, et confirment ce que nous avons dit plus haut ; elles sont terminées par ces mots: Actum TheoiUnit ri'f/â, sans y joindre, comme autrefois, celui Ac palatium ou ceux de villa puOUca.

La postérité de Sigefroy demeura feudalaire du Luxembourg et de ses dépendances jusqu’à son extinction, arrivée en 135A. Quelques-uns de ses membres, à l'imitation des rois de France, et peut-être aussi par des raisons analogues, octroyèrent des chartes d’affranchissement. Le 15 août 1239 , Thionville eut pari à ce bienfait des comtes luxembourgeois. Sa municipalité fut organisée , elle eut un maire, maiour, des échevins, acabini, des doyens, prœconea villœ, et des forestiers, tous exempts des taxes en argent. Les comtes furent représentés par un sénéchal qui à l’autorité militaire réunissait la haute juridiction adminis.trative. En 132i, une coalition puissante se forma entre Ferry IV, duc de Lorraine, Édouard I", comte de Bar, Baudouin , archevêque de Trêves , et Jean , roi de Bohême et comte de Luxembourg. Ces princes se réunirent à Tliionville dans le but de su concerter pour l’entreprise qu’ils projetaient contre l'iiidépendunce

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de la répgbiique messine. La guerre qdi s'allnma bientôt porta ses ravages presque sous les murs de la ville où elle avait été décidée Au mois de mai 1336, le maire et les éclievius signèrent, comme garants, le contrat de mariage de Jean , roi de Bohême et comte de Luxembourg , avec Béatrix de Bourbon , ce fut le dernier acte de fidélilé des Tliionvillois en faveur de ce prince qui périt, le 25 août 1356, à la funeste bataille de Crécy, et en qui Unit la maison que Sigefroy avait élevée au comble de la puissance.

L’empereur Charles IV érigea en duché, le 13 mars 135'r , le comté de Luxembourg en faveur de son frère Venceslàs. Peu de temps après les Thionvillois obtinrent de ce même Charles IV une charte qui les déclara non responsables des dettes des comtes de Luxembourg. C'est à cette même année qu'il faut reporter les désordres de la jacquerie dont les environs de Thiomille furent le théâtre.

Vers l'année 1388, Venceslàs II, ruiné par de folles prodigalités, engagea le duché de Luxembourg, qui était retombé dans le domaine de la couronne par suite de la mort du frère de l'Empereur, à Josse [Jodoaii), marquis de Moravie. Louis d’Orléans, frère de Charles VI, roi de France, remboursa au marquis la somme qu’il avait prêtée, et devint ainsi le détenteur provisoire du Luxembourg. Ce prince, quoiqu'il ne prît dans ses actes que les titres de mtnnhouret gouverneur des pays etduchiéde Lucembourc , s'empressa d'exercer les droits d'une souraineté véritable. Il se rendit à Thionville le mardi devant ta Sainct- Mathieu èt en prit possession. Après la mort de ce prince, assassiné à Paris, le 23 novembre 1507, Luxembourg et Thionville revinrent au premier engagisie, le marquis Josse, et bientôt passèrent entre les mains d'Ëlisalieth de Gnrlitz, â l’époque de son mariage avec Antoine de Bourgogne (1509J Ce prince ayant été tué en 1515 â la bataille d'Axincourt, sans laisser d'enfants , sa femme gouverna seule le duché. Mais les entraves qu'elle trouva 1a décidèrent â une nouvelle union ; elle épousa Jean de Bavière, alors évêque de Liège, et qui mourut aussi sans postérité, les diftlcultés devinrent alors beaucoup plus graves , et les peuples soumis â la duchesse ne tardèrent pas, excités par les émissaires de la maison de Saxe, A se révolter ouvertement. Trop faible pour opposer une longue résistance, elle appela à son secours Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne et neveu de son premier mari, le 5 mars 1551. La lutte n'en devint que plus vive. Les Luxembourgeois, irrités de la présence des étrangers , expulsèrent Élisabeth de Gorlitz avec ses partisans, et ouvrirent les portes aux troupes saxonnes; les Thionvillois suivirent leur exemple (1553).

Philippe-le-Bon rassembla promptement une armée ; la plupart des villes du duché rentrèrent dans le devoir, Luxembourg et Thionville seuls pei'si.stèrent dans leur révolte. Le !) septembre il marcha contre celte dernière ville, mais celte tentative ne fut point couronnée de succès, il fut forcé de se retirer. Le 21 novembre 1553, la capitale du duché tomba, par surprise, en son pouvoir. Les Thionvillois, persuadés alors de l'inutilité d’une résistance plus longue. Ouvrirent leurs portes aux Bourguignons, le 19 décembre li55. Jean de Ncufchâlel, sire de Montagu , prit possession de la ville , le 5 janvier suivant , au nom d’Élisabeth et du duc de Bmitgogne. Malgré les concessions qui curent lieu de la part des vainqueurs, la paix était loin d’élre .solidernent établie. La maison de Saxe, héritière

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THIONVILLE

naturelle du duché de Luxembourg, cherchait par tous les moyens à rentrer dans ses droits primitifs; la mort d'Élisabeth, survenue le 3 août 1^1 , ranima ses espérances. Ladislas V, roi de Uongrie et de Bohême, frère d'Anne, duchesse de Saxe , se ménagea des partisans dans le duché , lesquels , proGtant de l’absence de l’hilippe , alors occupé à la guerre contre les Gantois , se soulevèrent et chassèrent ses officiers. Pour assurer le succès de leur rébellion , ils marchèrent sur Thioiiville dont ils s’emparèrent. Cette lutte qui menaçait d’ètre longue fut bientét terminée paV un traité , dont Jacques de Sierck , archevêque de Trêves , fut le principal médiateur ( 1453 j. Par ce traité , Thionville et sa banlieue furent confiés à la garde de l’archevêque , qui confirma par une charte, datée du lundi après l’exaltation de la Sainte-Croix, de lu même année, les privilèges et libertés dont jouissaient ses habitants. mort de l^dislas, en 1457, changea cet état de choses et fit renaître les prétentions de la maison de Saxe. Gudlaume, beau-frère de Ladislas, vendit ses droits au roi de France Charles VU. Bien ne prouve que ce prince ait pris entière possession du duché dont il s’était, ainsi, rendu l’acquéreur. Par une charte émanée de Philippe (août 1461), les Thionvillois furent amnistiés de leur C4jopération à la révolte de 1453, et leur cité , à partir de cette époque, Dt partie du domaine des ducs de Bourgogne devenus souverains du Luxembourg , jusqu'au moment où ce dernier état passa sous la domination de la maison impériale d'Habsbourg par le mariage de .Marie de Bourgogne avec l’archiduc Maximilien. Cette princesse, à peine âgée de vingt-cinq ans, mourut le 27 mars 1483, et laissa deu.\ enfants, Philippe P', roi d’Espagne et père de Charlcs-tjuint, et .Marguerite de Savoie.

Thionville, habituée depuis longtemps à changer de maîtres, semblait attendre de la paix seule la prospérité qu’elle avait vainement cherchée dans ses luttes récentes. Ln sire de Rodcmack , Itobcrt de la .Marck , duc du Bouillon , seigneur de Florange, Iroubla bientôt la tranquillité dont jouissaient ses habitants, en eluTclianl à se saisir de la ville au prolit du roi de France ; mais celte tentative n'eut aucun succès (1514).

Hans le but de se mettre désormais à l'abri de toute surprise, les Thionvillois, en 1519, augmentèrent, à leurs dépens, les fortifications de la place. Cet acte de dévouement, assez rare dans l’histoire, fut récompensé par des privilèges et des franchises pour une foire annuelle que leur accorda Charles-Quint. I.a guerre éclata bientôt entre ce prince et François I". Le Luxembourg et le pays .Messin devinrent alors le champ de bataille de ces deux princes. Metz tomba au pouvoir des Français; rhionville, forte de ses murailles et du courage de ses citoyens, demeura sous la domination espagnole. Le 23 juin 1558, ses efforts furent moins heureux; enveloppée par une armée que commandait le duc de Guise, et qui comptait f élite de la noblesse française, elle fut forcée de capituler après deux mois de siège. Elle ne rentra au pouvoir de lu monarchie que par suite du traité désastreux de Caleau-Cambrésis, le 3 juin de f année suivante.

Thionvilie , par suite de l’occupation française, avait perdu, avec ses habitants, son antique splendeur. Sans cesse sous le coup des entreprises de la garnison (le Me Z, investie successivement par les troupes de Henri de Bouillon, en 1596, par Celles du maréchal de Biron, en 1597, sa décadence était complète é l'époque

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de la paix de Vervins (â mai 1598 1. [.eü événements de la guerre de trente ans attirèrent sur cette ville de plus grands malheurs encore. Pendant qu’une armée suédoise, sous les ordres du duc \Veimar, -incendiait la Saxe, des corps de troupes françaises ravageaietil la partie wallonne du Luxembourg. Les environs de Thionville furent dépeuplés , quelques villages même disparurent pour toujours, et, pour accroître encore les souffrances de ce pays, une épidémie enleva, en peu de temps, une portion considérable de la population. Malgré les fléaux qui fondirent sur leur cité, les Thionvillois et la garnison espagnole trouvèrent asseï d'énergie pour opposer une vive résistance au marquis de Feuquières, qui vint les assiéger, le 15 mai 1639, à la tète d'une armée de douze mille trois cent quarante-quatre hommes. Piccolomini accourut aussitét à leur secours, jeta des troupes dans la place, livra batailllc à l’armée française et la défit. Ce revers fut bicn'ét suivi d’un second auprès de Terville; notre armée y fut à peu près anéantie et son général tomba au pouvoir des Espagnols. La guerre se ralluma avec plus de fureur après la mort de Louis XIII. I.cs armées espagnoles envahirent le territoire français, et ne furent arrêtées que par la victoire de Rov-roy. Le grand Condè m ireha sur le-champ contre Thionville, et l'investit, à la tète de cinquante mille hommes, le 18 juin 16'«3. Pendant ee siège , l'un des plus importants de l'histoire moderne, la garni.son montra la plus grande énergie : un boulet frappa le gouverneur sur la brèche , le maire fut tué d'un coup de mousquet. Enfin , la place ouverte en trois endroits, et près d'étre prise d'assaut, capitula le 10 août de la même année.

Thionville, devenue ville française, tout en conservant ses anciens privilèges, fut gouvernée comme les autres parties du royaume. Les événements qui- y eurent lieu alors, sont trop peu importants pour être rapportés en détail. Elle fut placée sous la juridiction dn parlement de Metz. Louis XIV, appréciant l'importance de sa position militaire, lit élever de nouvelles fortiricntinns sur les plans de Vauban. En 1673, la ville fut dotée du pont couvert qui traverse la Moselle, et que construisit Rodolphe de galsgueber. Malgié les événements qui précédèrent la mort de Louis XIV, Thionville continua de jouir du calme dont elle avait un si pressant besoin pour redevenir florissante. Nous ne retrouvons son nom cité d'une manière remarquable que depuis la révolution de 1789.

La première coalition, en 179d, rendit à 'fhiunville ses habitudes guerrières, en lui fournissant une occasion de signaler son dévouement aux institutions nouvelles. Le '23 août , les Autrichiens^ .sous les ordres du prince de llolientohe- Kirchberg, parurent sous les initrs de la place. Le blocus, commencé sans énergie , fut conduit faibicmcid; la ville, défendue par Félix de AVimpfen, souffrit peu, et fut délivrt're le 16 octobre de la présence des étrangers. En 1814, lorsque les puissances coalisées envahirent de nouveau nus frontières, un corps d'armée prusso - hessois forma le blocus de Thionville et le conduisit avec vigueur. Le général Léopold Hugo , commandant supérieur de la ville, déploya dans ces circonstances ditfrciles une rare énergie. Manquant de troupes et des approvisionnements les plus indispensables, il se défendit jusqu'au moment où le sénat conservateur adhéra à l'acte d'abdication de l'empereur Napoléon. La relation de ce siège mémorable, ainsi que de celui de 1815, ayaid été écrite avec soin et avec

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les plus grauds détails sous les yeux du général Hugo, nous croyons devoir y renvoyer nos lecteurs.

L'histoire militaire de Thionville, on vient de le voir par les événements remarquables qui s'ofrrent k chacune de ses pages , est assurément l'une des plus glorieuses de nos annales. Il est à regretter que son histoire monumentale nous soit à peu prés inconnue. Le palais, qui vit la cour de Charlemagne et de ses fils, les roonumeuts dont ils dotèrent leur résidence , seraient un objet digne de la curiosité et de l'examen de nos archéologues ; mais il n'en reste plus rien que le vague souvenir qui se mêle à relui des combats par lesquels ils ont été elTarés do la carte thionvilloise. Les monuments qui les ont remplacés sont tous d'origine moderne, et c’est à peine si , d'après un auteur digne de foi , l'on peut faire remonter à trois siècles d'ancienneté les cuisines dites de Charlemagne. I.a tour aux Puces, aujourd’hui magasin de l'artillerie, rappelle bien encore, il est vrai, son foudateur présumé par le nom de tour de Thîon que lui donne le peuple ; peut-être occupe-t-elle la place où le soldat frank planta sa bannière. lies murailles de Thionville sont percées de trois portes, celles de Metz, de Luxembourg et du Pont- Couvert. Les rues, ce qui est rare dans les places de guerre, sont larges et belles. Quelques batiments publics méritent d'être vus; on peut citer l'église paroissiale , les casernes, la halle au blé, la salle de spectacle et le manège. Nous ne parlons point du pont beaucoup trop vanté, qui réunit les deux rives de la Moselle. Chef-lieu d'un arrondissement de 90,000 Ames, Thionville compte près de 6,000 habitants. Cette ville a un tribunal de première instance, un collège communal et une société d'agriculture : on y trouve des fabriques de bonneterie, des tanneries, des distilleries d'eau-de-vie de grains, des verreries, des forges, et elle fait un commerce assez considérable en produits agricoles, tels que céréales, chanvre, lin , etc. Thionville a donné le jour à fltienoe de Bock, à Pierre Stator, à tioudet de Puyuiaigne, au conventionnel Antoine-<Àhristopke ilerlin , et à ses trois frères. '

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