‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 12 sur 128 · BRI ENNE- LE-CHAT EAU · texte numérisé non relu

BRI ENNE- LE-CHAT EAU

retraite du pore l'ulrault suivit de près celle de Pichegru : protégé par le cardinal de Brienne , il fut sécularisé, devint son vicaire général et géra ses nombreux bénéfices'. Le personnel des élèves s’était aussi presque entièrement renouvelé :cn 1788, par exemple, Bourienne avait quitté le collège pour aller1 étudier le droit et les langues étrangères à Lcipsig. Enfin , le temps approchait où tous ces changements dans les personnes devaient être suivis d’un plus grand changement dans les choses. La révolution amena la suppression du couvent des Minimes et de l'école militaire de Brienne. En 1792 , on en vendit les bâtiments aux enchères et ils furent aussitôt démolis. I)e ce théâtre des premières années de l’empereur , il ne restait donc plus que Brienne-le-Ohâteau , lorsqu'une destruction complète la frappa elle-même en 1814.

Depuis que Napoléon était sorti de l’école de Brienne, en 1784, le monde, remué par sa main puissante, n'était plus reconnaissable; il l’avait parcouru en conquérant et comme illuminé de son génie; et partout, selon l'expression d’un grand poète , il avait laissé l'empreinte poudreuse de ses pieds sur la tête des rois. Aussi, favorisés à leur tour par la victoire ou plutôt par la trahison, poursuivaient-ils jusque dans sa dernière retraite ce sanglier de la France, qui avait si profondément renversé ou miné tous les trônes.

Vers la fin du mois de janvier 1814, un corps russe de deux mille chevaux, culbuté par la cavalerie des généraux Milliaud, Grouchy et Lefebvre- Desnoucttes, s'était replié sur I rienne. Le feld-maréehal Blücher occupait cette ville, dont il avait confié la défense aux généraux Sacken et Alsufief. Une partie de ses troupes se déployait sur les hauteurs, et lui-mème s'était installé avec son état-major dans l'ancien château des Loménie. Le 29 janvier, l’empereur se dirige de Mélièrcs vers les points occupés, pour en chasser l'ennemi. Plusieurs bataillons de grenadiers, gravissant des terrains défoncés par la neige et la pluie, cernent le château et s’en emparent avec une telle rapidité que Blücher et son état-major sont un moment entourés par nos soldats et se tirent avec grande peine de leurs mains. Ix> maréchal Ne y, qui attaque la ville, éprouve plus de résistance; les Russes, les Français, s’en disputent la possession avec un incroyable acharnement ; et les rues, les places, les avenues, les vergers, se couvrent de blessés et de morts. Les maisons, dont chaque étage soutient un siège, étaient construites en bois. Le feu se déclare à la fois sur plusieurs points, et c'est à la lueur des flammes qu'on se bat jusqu'à onze heures du soir. Cependant les Français voient l’armée prussienne se retirer peu à peu devant eux , et se porter vers la ltothière. Napoléon retourne cette nuit encore à son quartier général de Mézières; mais le lendemain, dès le point du jour, il revient à Brienne et occupe le château. Son affliction fut profonde de voir toute cette ville détruite, noircie , fumante et désolée : le présent lui faisait faire de tristes retours vers son passé, surtout vers les tranquilles années de sa jeunesse. Il prodigua les secours aux habitants, promit de

1. a Lors de la révolution, le père Palraull, d*ime opinion politique bien opposée à son archevêque (M. le cardinal de Brienne était archevêque de Sens), 'n’en lit pas moins les plus grands efforts pour le sauver et s'entremit à ce sujet avec Danton, qui était du voisinage; niais ce fut inutilement, et l'on croit qu'il rendit au cardinal le service, à la manière dis Romains, de lui procurer le poison dont il se donna la mort pour éviter l'echafaud. » Mémorial de Sainte-Hélène, t. I, p. 44.

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reconstruire leurs maisons, et résolut, pour se rapprocher d’eux, d'acheter l'ancienne demeure des Loménie, et d'y établir une résidence impériale. Le 1" février, il livra la bataille de la Kothière, revint au château et y passa une seconde nuit. Quand il le quitta le lendemain, à quatre heures du matin, ce fut pour toujours. Cette fois la route de Brienne à Paris devait le conduire, en définitive , à Sainte-Hélène.

Napoléon, exilé sur ce rocher, n'oublia point Brienne. Il lui légua un million, par son testament daté de Sainte-Hélène, le 15 avril 1821 ; cette pieuse volonté ne fut point remplie. Mais le temps a réparé les malheurs de la campagne de 1814. Brienne l'enfermait environ 900 habitants au temps où elle était un simple archidiaconé ; chef-lieu de canton, elle en compte aujourd'hui près de 3,000. Le château, composé d'un vaste corps de bâtiment et de deux pavillons, subsiste toujours; c'est un des édifices les plus remarquables du département de l'Aube. '

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