BK1ENNE -LE-CHATEAU
de Marie de MoidfciTat, et se fait sacrer à Tyr Dans sa vieillesse , nommé empereur de Constantinople par les barons français, il livre plusieurs batailles aux Grecs et aux bulgares, disperse leurs armées et s'empare de leurs (lottes ( 1200- 1238). C'est lui que les poètes du xitr siècle comparaient à Hector, à Roland et à Judas Machabéc. Gauthier IV, dit le Grand , fils de Gauthier III et neveu de Jean , réunit à son titre de comte de llricnnc, celui de comte de Joppé II soutient la gloire de son nom et de sa race à la sanglante bataille de Gaza , où il tombe au pouvoir des Karismiens : res barbares le mettent en croix sous les murs même de Joppé, pour intimider les habitants et les forcer à rendre la place. Gauthier, conservant toute son énergie au milieu des tortures qu'on lui inflige, exhorte les chrétiens à persévérer dans leur résistance , et il périt sous les coups des infidèles, de la mort des martyrs et des héros (1251). Enfin, Gauthier VI, arrière petitfils de Gauthier-Ie-Grand , prend le titre de duc d'Athènes, sans toutefois pouvoir réduire ce duché par la force des armes; il se fait ensuite reconnaître seigneur de Florence, d'ou il est expulsé à cause de sa tyrannie, repasse les monts, est nommé par le roi Jean connétable de France, et tomlic mortellement blessé à la bataille de Poitiers en 1356.
Aucun fait important ne s'était passé à Brienne |>endant que ses remles guerroyaient dans la terre sainte. En 1451, Charles VH réduisit le château par famine, et en ordonna la démolition. Cette fois encore la forteresse fut rebâtie par ses seigneurs; du moins voyons-nous qu’elle soutint plusieurs sièges nu temps des guerres de religion.
Depuis la mort du connétable Gauthier de Brienne, en 1356, le comté était passé, par sa sœur Isabeau de Bavière et par Marguerite fille d'isabcnu, dans les maisons de l.uxembourg-Snint-Pnul et de Luxcmbourg-Rrienne. Louise de Béon-I.u\omhourg ayant épousé Henri-Auguste de Loménie, celui-ci achetu des Piney le titre de comte de Brienne et le transmit ù ses descendants. Nous ne ferons point l'histoire des hommes d'état qui ont porté le nom de Loménie-Briennc. Le cardinal Étienne-Charles, si fameux dans l'histoire de la révolution, céda son droit d'aînesse à son frère, le lieutenant-général Athanase-Louis-Marie ; tous deux furent comtes de Brienne, tous deux ministres, l'un des finances, l'autre de la guerre. Le premier s'empoisonna en 1793, le second fut guillotiné l'année suivante, l'n autre comte du même nom, Pierre-François-Marcel de Loménie, périt aussi sur l'échafaud vers ce temps. Ainsi finit une famille d'où , pendant plusieurs siècles, étaient sortis une longue suite de rois , de capitaines, de hères et d'hommes d'état.
.Mais revenons à l’histoire de Brienne. Quoique nous lui ayons donné jusqu'à présent le titre de ville, ce n’était encore, en 1784, qu’une simple bourgade, que le chef-lieu d'un arrhidiaconé. Le vieux château avait disparu, et le comte Louis-Marie-Athanasc en avait élevé un autre d'une rare magnificence. C’était dans l'ordre des choses : après la forteresse, la maison de plaisance. Brienne était encore redevable aux Loménie d'une des douze écoles militaires de l'ancienne France. En 1625, Louise de Béon-Luxembourg y avait fondé un couvent de Minimes, auquel on réunit plus tard l'HOtel- Dieu. Dans le siècle suivant (1730- 1735) , les religieux du monastère ouvrirent un collège (tour la jeunesse1 du pays ; lit. 7
CHAMPAGNE
grâce à la protection do la famille de Rrienne, cette institution acquit une haute importance et fut érigée en école militaire (1776). On construisit de nouveaux biltimcnts pour recevoir cette école, dans l'enclos même des Minimes. Im population de Brienne, où l'on ne comptait pas plus de trois cents feux, d'après Courtalon-Delaistre , s’accrut dès lors rapidement.
Dans les premières années qui suivirent l'établissement de l’école militaire, on y vit arriver un enfant d'une Ile éloignée (23 avril 1779). Son accent était celui de la Corse, dans laquelle il était né, et il avait environ dix ans : ses camarades, saisissant mal son nom, qu’il prononçait à l'italienne, l’appelèrent NapoiUoni. Du reste, on y lit peu d'attention. Kieu n'annonçait celte immense destinée qui devait dominer le monde. Le jeune Napoléon lluonapartc eut pour professeur de mathématiques le père Palrault , et pour répétiteur Charles Pichegru. Ce dérider, homme de dix-huit à vingt ans, à qui l'avenir réservait aussi un grand rôle , lie paraissait pas avoir encore le sentiment de sa voration : un moment il avait songé à prendre l'habit de l'ordre des Minimes, et l'on avait eu bien de la peine à l'en détourner. Assez médiocre sur le reste, l'enfant ronflé aux soins de ces habiles professeurs devint un excellent mathématicien ; c’est à celle science exacte qu'il allait bientôt tout réduire : morale, religion, politique, guerre, administration, gouvernement. Quelque profondes que fussent en lui les affections du cœur, il n'inspirait puint une bien vive amitié à ses condisciples. On assure, au contraire, qu'une expérience de quelques années leur avait appris à redouter la précoce énergie de son caractère ; et l'on ajoute, d'après une tradition locale, que Napoléon usant de son ascendant sur cette brillante jeunesse, imagina, un rude jour il hiver, de l'enrégimenter sous ses ordres, pour simuler le siège d'une place avec des tranchées et des boules de neige (1783-1784). De ses nombreux camarades, un seul, Rourienne, se lia intimement avec lui; encore ne l'aima-t-il et ne le servit-il jamais bien sincèrement , quoiqu'il lui dût sa fortune.
En 1784, Napoléon Buonaparte sortit avec honneur du concours des élèves, et l’inspecteur général des écoles militaires du royaume, M. de Kcralio, dérida qu’il irait achever son éducation à Paris. Voilà donc cet obscur jeune homme qui se dirige vers la grande ville, dont il doit foire un jour la capitale d’un nouvel empire d'Oceident (17 octobre 1784 1. Son équipage est fort modeste. Il se rend à Nogent-sur-Seine , où il prend le coche, espèce de voiture d’eau, qui, en deux jours, transportait alors à Paris les voyageurs et les marchandises de la Champagne.
Plusieurs années avant le départ du jeune Buonaparte, Pichegru avait renoncé . à ses fonctions de professeur et s’était engagé, comme simple soldai , dans un régiment d’artillerie. On sait quelle fut sa fortune, sa gloire, sa trahison et sa lin. 11 conserva toujours un vif souvenir de son élève corse. Quand il troqua l’incomparable honneur qu’il s'était acquis, comme le second capitaine de son siècle, contre la perspective des hautes dignités, des titres et de la dotation princière dont le leurraient les royalistes , il refusa constamment de faire des ouvertures , au nom des princes, au général en chef de l’année d'Italie, « N’y perdez paS votre temps, » disait-il à ses complices; «je lai connu dans son enfance; ce doit être un caractère inflexible; il a pris un parti, il n'en changera pus. » La