ANTIQUITÉS
Le pays arrosé par la Charente , la Sèvre et la Boutonne a toujours été compté au nombre de nos provinces les plus fertiles : si la France était un œuf, dit un ancien proverbe, « Xaintongc en seroit l'moyeuf. » Quoique le sol, de cette contrée soit généralement crayeux et sablonneux , il n'en est pas moins susceptible de recevoir tous les genres de culture. Une sorte d’algue , appelée tari, varech ou qoimnn , employée comme engrais depuis longtemps par les populations de la côte et des Iles, a, d'ailleurs, contribué puissamment à l'améliorer. Les terres grasses du bassin de la Sèvre et les magnifiques pâturages des vallées de la Charente, sont d'une fertilité et d'une richesse inappréciables. Les campagnes riveraines, bien loin de souffrir des débordements périodiques de ce fleuve et de ses affluents, en reçoivent un limon nourricier, qui les répare et les fortifie , comme les alluvions du Nil fécondent et nourrissent la terre d'Égypte. D’un autre côté, les dépôts , laisses ou relais de mer, si propres au développement de la végétation , ne forment pas moins de la sixième partie du territoire général. Enfin les marais pestilentiels qui pendant longtemps couvrirent la lisière maritime des deux provinces, ont disparu depuis le xvm* siècle, et la vie surabonde aujourd'hui dans les lieux d’où s'exhalait un souffle de mort.
L’agriculture, favorisée par ces heureuses circonstances locales, a fait depuis cinquante uns de rapides progrès. Les dunes de sable, quelques marais, et les landes de l'arrondissement de Jonzac existent encore, sans doute ; mais combien d'autres terrains, tout aussi improductifs, ont été successivement défrichés. On récolte des luzernes, des sainfoins , des trèfles, des colzas, des pommes de terre et des betteraves, dans un grand nombre de cantons où cette culture était jadis complètement ignorée. Les laboureurs élèvent, en outre, plus de gros bétail, principalement dans les marais supérieurs de Brouage ; ils apprécient bien davantage la méthode des assolements , les prairies artificielles et les plantes sarclaires.
la prodigieuse extension de la culture de la vigne est une des causes les plus oefives du déboisement de l’Aunis et de la Saintonge, où l'on ne trouve plus que cinq forêts de quelque étendue et presque point de hautes futaies. L'origine de cette industrie nous reporte aux premiers siècles de la Gaule. C’est & l'occupation romaine, par exemple , que le vigneron Saintongeois et Aunisien est redevable de l'introduction de la méthode des ceps hautains, c'est-à-dire appuyés à des arbres , des palissades ou des échalas. Les Romains faisaient un très-grand cas des vignes blanches et vermeilles de l'Aunis ; Ausone parle de l'excellence du vin de la Saintonge, nostri gloriavini. Au moyen âge, on l'estimait tellement encore que des flottes entières de vaisseaux marchands étaient employées à le transporter dans les contrées septentrionales de l’Europe. De notre temps, la concurrence
redoutable que lui font les vins du Midi , a porté quelque atteinte à la prospérité de cette branche de production saintongeoise. Cependant le département de la Charente-Inférieure contient environ 111,682 hectares de vignes donnant, année moyenne, 1,974,100 hectolitres de vin : les indigènes en consomment à peu près 800,000 hectolitres et en distillent une égale quantité. Les vins les plus estimés sont ceux que fournissent les vignobles situés sur la rive droite de la Charente. Dons les arrondissements de Saintes, de La Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely, ainsi que dans les lies de Rhé et d’OIéron, tous les propriétaires un peu aisés ont chez eux un alambic pour convertir une partie de leur récolte en eaux-de-vie, auxquelles on donne le nom de Cognac. Le vignoble de la Charente-Inférieure est, d’ailleurs, un des trois premiers vignobles de France : ceux de la Gironde et de l’Hérault sont beaucoup moins considérables.
Le sol de la Saintonge et de l’Aunis est très-propre à la culture du blé. César parle des plaines découvertes et fromenteuses des Santones : lotis patentants i naximèque frumentariis, dit-il , à propos de la guerre des Helvètes. Le fin miuol de Bagnaux a conservé sa vieille réputation comme farine de première qualité , et il est toujours l’objet d’un grand commerce d'exportation. On le tire principalement des grains récoltés sur les terres grasses de la Sèvrc et les marais desséchés de l'Aunis. Outre le raisin et le froment , la Charente-Inférieure produit du mais, du sarrasin, de l'avoine, de bons fruits, et surtout d’excellents légumes, entre autres, les fèves de Marennes ; on y recueille également de la graine de moutarde et de colza, du safran, du chanvre, du lin, du trèfle, de la luzerne et du sainfoin. Parmi les plantes qui croissent dans les marécages et dans les îles, nous citerons l'absinthe santonique et la criste-marine ou fenouil marin , dont les Romains faisaient usage dans leurs banquets. Les essences qu’on voit dans les forêts sont le chêne dur, le hêtre et le sapin ; mais on y rencontre cet arbre résineux beaucoup moins fréquemment que dans le nord de la France. L'élève des bestiaux se trouve naturellement restreint par la prédominance de l'industrie vinicolc; pourtant l’espèce ovine, grâce à des croisements bien entendus, s'est singulièrement améliorée. Les chevaux de la Saintonge et de l'Aunis ainsi que ceux de l'Angounmis sont de bonne race. Les marais et la campagne foisonnent de gibier : cailles , faisans, perdrix, bécasses, oiseaux aquatiques, etc. Les rivières, non moins riches que la mer, approvisionnent les marchés de carpes, brochets, perches, truites d'une grosseur extraordinaire et d’un goût délicieux. Au xvm* siècle, les patagaux (moules) , qu'on péchait dans la Charente , contenaient parfois des perles aussi remarquables, assure-t-on, que celles du Levant. Les cotes de Royan, de Rhé et d’OIéron sont semées de pierres dures, d'un poli supérieur à celles d’Alençon. Enfin la Charente-Inférieure renferme des carrières de plâtre et de pierre de taille, de la marne, de la tourbe, quelques terrains métallifères et plusieurs sources minérales.
Les salines et les pêcheries sont au nombre des principales ressources de cette contrée. I)e& marais salants qui bordent la côte et traversent les Iles d'OIéron, on retire une immense quantité de sel , réputé le meilleur de l’Europe pour la conservation de la viande et du poisson Une infinité de canaux, servant au dessèchement des marais d’eau douce et à l'introduction des eaux marines ,
coupent les rives plates et basses de la Charente dans son cours inférieur ; la mer y dépose un sel très-fin, dont les besoins croissants de la table, de la navigation et de l'industrie augmentent tous les jours le prix. La fabrication de ce précieux ingrédient remonte, du reste, à une époque très-reculée : elle occupait, aux vu* et vue siècles, les habitants de Marennes et de l’ile de Khé, et donnait lieu à un commerce considérable qui ne se ralentit point dans le moyen âge, comme nous l’apprend Charles le Bouvier, héraut d'armes de Charles VH. Dans le siècle dernier, l'exploitation du sel de Bretagne, moins pur mais aussi beaucoup moins cher, porta un coup sensible aux propriétaires des alines aunisicnnes et saintongeoises. Ils en transformèrent alors une partie en pâturages ou marais gais. De célèbres pêcheries existaient autrefois sur la côte sablonneuse de Royan , dont les sardines étaient les hôtes ordinaires et d'où elles se sont éloignées depuis. Celles des moules situées à l’embouchure de la Sèvrc, sur la côte marécageuse de Charron à Esnandes , continuent d'étre en pleine activité ; d'immenses quantités de ces coquillages y vivent et s’y engraissent , dans des parcs composés de claies soutenues par des pieux , qu’on appelle bouchaux. Cet établissement unique au monde peut-être , mais certainement aussi productif que celui où se fabriquent en quelque sorte les huîtres exquises de Marennes, jouit cependant d’une moins grande célébrité. Au sud de la Charente, sur les rives limoneuses du canal de la Seudre , dans un espace de neuf mille cinq cents mètres de long sur cent cinquante de large, s'étendent cinq mille e/nies ou parcs à huîtres, merveilleusement disposés pour que ces mollusques, « élevés dès leur enfance», s'y développent, verdissent et acquièrent, au bout de quatre ou cinq ans, la saveur qui, dans le siècle d'Ausone, les faisait déjà rechercher pour la table des riches. C’est de Marennes qu’on expédie les huîtres dans l’intérieur de la France et même à l’étranger : voilà pourquoi elles portent le nom de cette ville.
Les débouchés ouverts aux produits indigènes par la Sèvre , la Boutonne et la Charente, ainsi que la sûreté, la commodité des rades et des ports, font des deux provinces un pays éminemment propre aux entreprises maritimes et commerciales. Leur industrie, à part les pêcheries, les salines, les distilleries d'eaude-vie, les parcs à huîtres , consiste en fabriques de grosses étoffes de laine , bonneteries, mégisseries, manufactures de porcelaine et de faïence , poteries fines, creusets de grès, vinaigreries, raffineries de sucre, merrains et bois pour la marine. Les eaux-de-vie et les vinaigres, le sel gris et le sel blanc, les grains, le chanvre, le lin, les légumes secs, le beurre, les huiles, les épiceries et les denrées coloniales, les futailles et les bouteilles, constituent les principaux articles des transactions mercantiles. Les habitants du littoral font aussi des armements pour la pêche de la morue.
L'Angoumois, cette prolongation continentale de l'Aunis et de la Saintonge, était, autrefois, couvert d’immenses forêts dont celles de la Braconne et du Bois- Blanc et les bosquets de la grande et de la petite garenne d’Angoulêmc ont été pendant longtemps les plus remarquables débris. Les vieilles chartes ont conservé le souvenir de la glandée, qu'on y faisait jadis et qui servait même, dans les actes publics, à 'désigner une saison de l’année, la saison de Yaglantagr. Au commencement du xvm* siècle , on n’avait encore défriché qu’une
très-faible partie de 'ces forêts pour les convertir en terres labourables. Les propriétaires se virent enfin réduits à la nécessité de les vendre; les hautes futaies tombèrent sous les coups de la hache, et le sol commença dès- lors à produire assez de grains pour la consommation des habitants. Le département de la Charente, ne présente que des côtes et des coteaux plus ou moins élevés et d'une pente accessible à la culture. Quelques terrains pierreux n'ont qu'une légère couche de terre végétale recouvrant des bancs de graviers d'inégale profondeur. Les deux bassins secondaires, situés dans la partie nord-est de l'arrondissement de Confolons, offrent un tout autre aspect que l'Angoumois proprement dit ; la vigne aime peu ce sol granitique, et le maïs n'y balance point ses longues étamines en panache. Le versant des bassins de la Lizonne et de la Dronne, limite du département nu sud et au sud-ouest, rappelle les belles et riches contrées de la Saintonge. On recueille aujourd'hui dans le département de la Charente beaucoup de Trament, du seigle, du sarrasin, du maïs, de l’orge, de l’avoine, du safran, du chanvre et du lin assez médiocres, de la navette et du colza. Les vignes sont d'un grand rapport. Tous les propriétaires de vignobles fabriquent des eaux-devie : la meilleure est celle qu'on distille du vin que donne un raisin blanc appelé la Folle Blanche.
Les truffes contribuent au si pour un chiffre très-élevé à la richesse du pays ; c'est surtout dans les vignes, ou bien dans le voisinage des chênes, des genévriers, de l'épine noire, des noisetiers et des charmes, qu’on découvre ce tubercule. Le département a peu de pâturages et par conséquent peu de bestiaux. En revanche, le gibier y abonde, de même que le poisson d’étang et de rivière. Cela est surtout vrai des bords de la Touvre, dont nos ancêtres disaient qu'elle était lardée d'anguilles , bordée d’écrevisses, parée de truites et couverte de cygnes. Les cultivateurs angoumois engraissent généralement des porcs et de la volaille, et se livrent à l'éducation des abeilles. Il existe près d'Étagnar, commune de l’arrondissement de Confolens, des mines d’antimoine, et h Menet, près de Montbron, dans l’arrondissement d'Angoulême, une mine d'antimoine argentifère. Tout nous porte à croire que le canton d'Alloue possédait autrefois des mines d'argent; on y a découvert plusieurs galeries et des puits, indice rertain que dans les siècles passés la terre y a été soigneusement fouillée. Le sol de l'Angoumois recèle également des mines de fer : les plus importantes sont celles des Adjets, de Tairzé-Aizic, de Marlhon, de Sers, de Charment et de Nieuil ; on y trouve deux sources minérales : les eaux ferrugineuses de Condéon ou la Font- {touillée, et les eaux d'Availles que le défaut de communications a fait abandonner, malgré leurs excellentes propriétés médicales. Le commerce de la Charente ne diffère presque point de celui de la Charente-Inférieure : nous ajouterons seulement à la nomenclature de ses établissements industriels, des tanneries, des usines où l'on travaille le fer et le cuivre: des poudrières, des fonderies de canons en fer pour 1a marine, et surtout ces vastes manufactures d'ou sort l'un des plus beaux papiers de l’Europe, dû à la limpidité sans égale des eaux de la Touvre , de la Charrau et de la Bohême. Les noix , les châtaignes , le savon, la manganèse, les truffes, les dindes et pâtés truffés ajoutent aussi de nouveaux articles au développement et à l’activité de son commerce.
9A1 NTONGE. — A UNIS. — ANGOUMOIS.
A quelques exceptions près, les habitants de la Saintonge, de l'Aunis et de l'Angoumois présentent les mêmes caractères physiques et une frappante analogie morale. On reconnaît surtout, en les comparant les uns aux autres, qu’ils ont dd avoir une commune origine et qu'ils forment un peuple homogène , sous diverses dénominations géographiques. La ligne de démarcation tracée entre les deux grandes parties de cette contrée est purement fictive. Que le voyageur, par exemple, se dirige de l’Angoumois vers le Périgord, il ne trouvera plus, au delà de la frontière, le même langage, la même race, ni les mêmes mœurs; mais qu'il descende, au contraire, de la première de ces provinces dans la Saintonge, en suivant la pente naturelle de la Charente, et rien dans la physionomie du peuple , dans la langue , les coutumes locales et les habitudes domestiques, ne l'avertira qu’il a passé d'une contrée dans une autre. Les hommes du beau pays compris entre la mer et le Limousin sont , en général, grands et robustes ; la culture même de la vigne, quoiqu'on en ait pu dire, ne fait nullement perdreaux paysans le commun avantage de la taille ; il suffit, pour s'en convaincre, de voir, entre Segonzac et Cognac, la haute stature des vignerons de ta Champagne. Quant ou caractère moral de ces populations, on retrouve chez elles la pétulance et la légèreté qu'on reproche à la race méridionale, mais moins vives et, pour ainsi dire, tempérées par la réflexion. Partout se montrent une intelligence active et distinguée, bien que répugnant peut-être à une trop forte application, soit dans les sciences, soit dans les lettres; l'ambition d’arriver à la fortune et de réussir dans le monde , combattue par une nonchalance qui dégénère quelquefois en pay ressc ; une rare aptitude cependant pour les affaires maritimes, agricoles et industrielles ; le godt très-vif des plaisirs et des jouissances matérielles se conciliant avec une tempérance telle que, dans le département de la Charente, où les vins et les eaux-de-vie abondent, on n'en connaît point l'abus; enfin, des mœurs hospitalières, et un caractère sociable et doux, à part toutefois le littoral de la Saintonge, où l’on remarque encore dans les habitudes cette rudesse que donne la fréquentation de la mer. Rien de bien tranché, du reste, dans les opinions politiques des Saintongeois et des Angoumoisins; esprits plutôt inquiets qu'indépendants, et moins hostiles au pouvoir que rebelles à l'impôt. Les habitants du nord-ouest de la Charente, dont Confolens est le chef-lieu administratif , constituent seules une exception remarquable à cette homogénéité morale : ils ressemblent, par beaucoup de côtés, à la race limousine avec laquelle ils confinent, et se sentent attirés vers elle autant par leurs intérêts que par leurs sympathies. Souvent on entend les Confolenlais dire : aller en Angoumois ,- — on fait de telle manière en Angoumois ; comme s'ils parlaient d'un pays étranger.
Les superstitions populaires ont beaucoup d'empire sur les Saintongeois , vers le haut pays surtout. Us croient à l'existence et au pouvoir des loups-garoux et des fées ; celles-ci ne se montrent guère, selon eux, que sous la figure de vieilles femmes et qu'à la pâle lumière du la lune, qui relève encore la blancheur éblouissante de leurs robes ; on les rencontre près des fontaines et sur les bords de la Charente , presque toujours au nombre de trois, comme les sorcières de Macbeth. Mêmes préjugés et mêmes terreurs dans la Charente. Une singulière croyance s'est conservée parmi les populations de^uelques cantons. Le vieux connétable de
Die
Montmorency, è l'époque de l'insurrection des Pilaux, fit jeter au fond des rivières les cloches des paroisses insurgées : ces cloches, disent les paysans, sont tellement ancrées sous les eau* qu'il a été impossible de les en tirer, et elles y ont si bien gardé le souvenir des solennités de l'Église, que souvent on les entend sonner les jours des grandes fêtes. Les paysans de l’Anjou, remarquons-le en passant, attribuent le même prodige aux cloches de l'ancienne Herbaugc, englouties dans le lac de Grandlieu avec les habitants de cette ville impie.
Dans tous les districts de la Saintonge , où le français ne domine point exclusivement, c’est de l'idiême national, et non pas du roman, que sont dérivés les divers patois du pays. Les limites qui séparent les provinces de la langue d'oc de celles de la langue tfoyl, commencent au département de la Charente : elles sont indiquées par une ligne de démarcation qui ondule du sud au nord et oblique légèrement vers le nord-est; et, chose remarquable, le changement d’idiôme, d'un côté h l'autre de la ligne, correspond presque toujours à une différence marquée dans les idées, les costumes, les mœurs et les habitudes. D'origine lémovique et prêtrocoriennc , les habitants de la partie est et nord-est de l'Angoumois se servent des dialectes du Limousin et du Périgord; ceux du nord-ouest parlent la langue commune de la France, souvent avec une pureté surprenante.
Les révolutions ont amené la ruine de la plupart des monuments druidiques des deux Charcutes. Nous ne connaissons, dans la Saintonge, que les dolmens de Civrac, Saint-Fort, Saint-Brice, la Jnrne, Charras, Ardillières, la^ausaye, Montguyon , Beaugeay et la Vallée, l'n autre existe près de Dolus, dans l'Ile d’OIéron : les paysans l’appellent la Galloche ou la Cuiller de Gargantua. Mille idées absurdes circulent sur ces masses de pierres. Les gens du pays s’imaginent qu’elles recèlent le trou d’or, et plus d’une fois on les a surpris fouillant le sol pour en tirer ce trésor imaginaire. Le peulven de Ménac près de Pons et celui du lieu appelé les Quatre-Chemins présentent quelque intérêt. Les Saintongeois et les Aunisiens donnent aux tumuli le nom de chirons ou de terrier» : on en voit plusieurs sur le littoral, près de Momac, Brouage, Marennes ; et, dans l’intérieur, à Tliénac, Archiac, Lurhat, Thaims, Peu -Volant, Écurat et Saint-Saturnin de Séehaud. La tombellc la plus remarquable de l’Aunis, élevée entre Nouaille et Courcon , se compose de trois monticules de pierres, appelés bulles des Moindreaux , et dont le principal a dix-sept mètres de largeur et soixante-huit de longueur. A quatre kilomètres au sud-est de Saintes, dans file de Courcy, est un tumulus non moins considérable, le peu de la fade, ou la montagne de la fée (Podium de Fâda). L’Angoumois a aussi ses tombelles; les deux plus grandes sont ; la Motte à Pelgeaud , près de Cognac ; et , non loin de Sainte- Sévère , une autre butte, probablement d’origine romaine.
Le capitolc de la ville de Saintes a disparu, mais le temps n’a pas entièrement détruit son arc de Gcrmanicus, ses thermes et son amphithéâtre. L’enceinte fortifiée du village de Toulon ( Nooioregum ), nommée par les habitants le camp de César ou les murs sarrasins; les piles ou pyramides de Pv relonge et d’Ebeon ; des vestiges de construction dans nie de Courcoury et à Archingeay ; des débris de voies anciennes, des fragments de culptures conservés dans le musée de Saintes, et de nombreuses médailles tirées du sol, forment, avec ces monnaies, le catalogue des
antiquités gallo-romaines de la Saintonge. Parmi les dix-sept camps ou stations militaires de la même époque jalonnés dans l'Angoumois, un distingue surtout l’immense enceinte fortitiée de Sainte-Sévère, près de Cognac, où on a découvert des morceaux de casques, des haches et des flèches ; le camp de Merpins (Marcpictum), situé dans les environs de la même ville, curieux par ses fondements antiques; et le retranchement de la Fossc-au-Cuntte, qui autrefois s’étendait depuis le château de Vibrac jusqu’à la ville de Montagnac. Les voûtes souterraines de Chassenon (Cassinomagu »), et les fragments des anciens remparts d’Angoulèmc sont également de construction romaine. On rencontre, en outre, des restes assez bien conservés des trois grandes voies antiques qui sillonnaient la province de l’est à l’ouest.
Nous glisserons rapidement sur l'archéologie des temps modernes. Les ruines des donjons de Brou, de Tonnay-Boutonne et de Pons appartiennent à l’architecture romane; celles des châteaux de Taillebourg, de Routtcville, de Cognac et de Chabannais, Sont de la période ogivale. Le château de Crazanncs, bâti sur la rive gauche de la Charente, entre Taillebourg et Saint-Savinien , l’hôtel de ville de La Rochelle, méritent d’ètre classés au nombre des plus beaux monuments militaires et civils du xiv' et du xv siècles. Citons encore le manoir de la liorhe- Courbon, bel échantillon du style de la renaissance. Mais ces donjons, ces citadelles et ces manoirs le cèdent en intérêt, en grandeur et en magnificence à l'ancienne demeure des (.arochefourauld. La vieille tour qui flanque l’entrée de ce château a été, dit-on, construite sous le règne de Charlemagne : entre les tourelles du xiv* siècle, l'architecte Antoine Fontan a fait élever, vers 1527, le château de la Renaissance. C'est un morceau d'une beauté, d'une grâce et d'une richesse admirables. I.a crypte romane de Saint-Eutrope et le magnifique portail de l'église de Saint-Pierre à Saintes, « grande ogive, formée de plusieurs voûtes en retrait, «sont fort estimés des antiquaires. Le style roman tertiaire, ou de transition, se montre sous un aspect intéressant dans plusieurs autres églises de la Charente-Inférieure, telles que celles d'Ars, de la Vallée, d'Esnandes eide la Jarne. Quant au petit nombre d’églises remarquables de la Charente, celle de Châtcauncuf, pleine de détails précieux qui rappellent l'époque de Charlemagne, son fondateur; celle deConfolens, dont la façade est en roman fleuri; et celle de Cognac, œuvre de style lombard , méritent surtout d’être mentionnées. Le plus beau monument religieux de l'ancien Angoumois était l'abbaye de la Couronne, fondée près du petit bourg de Saint-Jean de la Palud, en 1118, par Lambert, depuis évêque d'Angoulêmc. C’est â peine s’il reste aujourd'hui quelques débris de ce superbe édifice. 1
t. £*« Poésies d'Ansone. — Aluni ntedici, Truc lot us de Santonum regione. — Louvel,
Histoire <f Aquitaine. — Mémoire pour servir à T histoire de Poche fort , par Thomas. Bou-
lainvilliers , État de la France. — Fleuriaii de Belli'tuc, État physique du territoire de la Charente-Inférieurs. — Le Terme , Kotics sur T arrondisse ment de Mar mue s. — Massion , Histoire de la Saintonge et de l'Aunis. — P. Lacoailie, Annuaire de la Charente pour Tannée 183«.
Marvaud , Études sur l'Angoumois. — Noies particulières de M. Miclion , sur l'Anttoumois. — Notes sur l'Aunis , communiquées par M. le docteur Félix Lelellier.
FIN DU TOUS TltOISlf* M R.
TABLE