‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 16 sur 128 · CHALONS-SUR-MARNE · texte numérisé non relu

CHALONS-SUR-MARNE

L’origine de Chiliens est incertaine, son fondateur inconnu. L’on ne trouve dans les commentaires de César aucune désignation précise pour cette ville, pas plus que pour le pays d'alentour. César ne parle presque point de la Marne; mais comme d'ailleurs il ne dit pas un mot de Rouen, l’on augure de son silence que Chiliens existait alors aussi bien que celte dernière ville. Pline et Ptolomce ne font également aucune mention de Châlons-sur-Marne. Adrien de Valois propose de donner au mol Yutlimssium , qu’on trouve dans ces deux auteurs, la „ même signification que Oïl/iit/nuni. Cette opinion ne souffre pas l’examen. On pourrait conjecturer qu'au temps de César, Ciblions et Reims ne faisaient, dans l'ancienne acception la plus étendue de ce mot, qu’une seule et même cité il)urocortorej. En effet, sous l’empereur Auguste, qui avait partagé la Gaule en dixsept prov inrrs , dallons dépendait de Reims , métropole de la seconde Belgique ; et l’an de J.-C. 12-2, l’empereur Adrien ayant fait une nouvelle division de lu * Gaule , maintint le pays Chillonnais dans cette même province, dont Reims resta la capitale. Si Chdlons n’était point encore, à cette époque, une cité proprement dite, on ne saurait nier du moins qu’il n’y eût un vaste territoire, auquel s'appliquait le nom donné depuis à la ville; ou plutôt, affirmons- le hardiment, c'était déjà une véritable cité, c’est-à-dire le chef-lieu d'un diocèse considérable.

Selon Vopisrus , les légions romaines essuyèrent sous l’empire d’Aurélien, vers l’an 273, une grande défaite auprès de la ville de Clullons. Ce fait est attesté par /.ozime et par Eutropc. Ammien Marcellin , qui suivit en qualité de secrétaire,

I . Rrrueil de s Historiens de France , t. VII, p. 60 et 017, »»t t. VIIÎ, p. 6(9. — Grégoire (I** Tours, — Frédégaire. — Aimoiu. — Annales de saint Berlin. — ('ourlaloii. — Delaistre, Topographie historique. — .Manuscrit de 18li du baron Fain,

CHAMPAGNE

l'an 353, l'empereur Julien dans les Gaules, rite Reims et ChAlons comme des villes de premier ordre de la seconde Belgique. Sccumla Iirlgica , qud Ambiant sunt, urbs inter alias cminens et Cathalauni et Itemi. l'n auteur célèbre du ive siècle, Eumène, parlant en présence de la cour impériale qui se trouvait à Trêves, fait aussi allusion à une déroute des légions romaines vaincues auprès de dallons [clailes Cuthatauniia), ce qui confirme le récit de Vopiscus. Enfin l'itinéraire d’Antouin place cette ville à vingt-sept milles de Reims, et la nomme tantôt Üuro-Cnthalnuni , tantôt Dumrotoruut Catbalouorum. L’étymologie de Cathalauni, Calhalaunum est assez difficile à établir. Mario! et Fauehct Tout dériver ces mots du latin Cathuarii, les Cultes, |ieuple de race germanique, dont il est question dans certaines éditions des commentaires de César, et que l'empereur Auguste transplanta dans les Gaules. D'après cette version ce seraient les Catles qui auraient bâti sur l’emplacement actuel une ville à laquelle ils donnèrent leur nom : Duro-Cathuacorum, Cioilas Cathuellanorum, urbs Cathuacuruin ; d'où, par corruption, Cathalaunum , Cathalauni.

Sous le règne de Constantin , la Champagne de Clullons, ager Cathalaunensis , Campia Cathalaunica, était gouvernée par un officier particulier, que l'empereur revêtit du titre de comte vers l'an 324. Ce titre devint héréditaire, et le gouverneur du pays établit sa résidence à Chdlons. Le nom du gouverneur de la ville était I.ampade , lorsque saint Memmie vint y prêcher la foi chrétienne.

Cette mission de saint Memmie dans le pays ChAlonnais ne repose du reste que sur la légende; car M. de Tillemont a prouvé que pas un disciple des apôtres ne mit les pieds dans tes Gaules avant l'an 250 de notre ère. Le cardinal Baronius n'en affirme pas moins, dans son commentaire du martyrologe romain, que Memmie fut sacré évêque par saint Pierre lui-même, qui l'envoya à ChAlons. l'ne affirmation pareille pourrait faire douter de l'existence et de la mission de saint Memmie, si l’on n'avait d'ailleurs des monuments qui en témoignent d'une manière irrécusable , et si l'on ne savait positivement que ChAlons fut une des promières villes de la Gaule où le christianisme parvint à s'introduire. Voici donc ce que raconte la légende. Saint Memmie, A «me époque très-reculée , mais dont nous ne pouvons indiquer la date précise, se rendit A ChAlons, où sa parole ne tarda point à convertir la majeure partie des habitants. Dès qu'il se sentit assez fort pour ne plus garder de ménagements , il dépouilla les païens d'un de leurs plus beaux temples, relui d'Apollon, bâti sùr le mont Lavïnien, au-delà de la porte des Monts, et il le dédia à Saint-Pierre. On voyait près de la basilique une chapelle placée sous l'invocation de Saint-Jean-Raptiste , dans laquelle étaient les fonts où l'on administrait le sacrement du baptême aux nouveaux chrétiens.

L'église et la chapelle devinrent en peu de temps le centre d'un bourg assez considérable attenant à la métropole, et qui, sans cesser d'être une de ses dépendances, jouit bientôt de certains privilèges particuliers. ChAlons était alors divisé en cinq bans ou quartiers, dont chacun avait sa porte. A l'orient s'élevait In porte des Monts, aboutissant à l'église Saint-Pierre, parla Nuntium vel Lavinia; à l'occident la porte des Vallées ou de Jupiter, porta I allivm vel Joris, ainsi nommée parce quelle conduisait A une colline (aujourd'hui le mont Saint-Michel) sur laquelle était un temple consacré au père des dieux ; au nord la porte de Gérés,

CH A LO N S

parla Cereris, dont «'Ile avoisinait le temple, et dont l’entablement supportait une statue de cette déesse; au midi la porte de Mars, porta Marin, décorée aussi d'une statue, celle du dieu de la guerre En deçà de la porte de Jupiter, on entrait dans uu faubourg entouré par deux ruisseaux, le Maud elle Nau, Manda et frauda, lequel , à cause de sa position, avait été nommé la (’iraude-Ile , Major /muta; venait ensuite le faubourg du Marché, Macelli suburbium, situé entre ces deux ruisseaux. On appelait Château du Marché, Castrum Maeellarium, la première tour que baignait le Nau ; et le Maud avait donné son nom à une autre tour, pics de laquelle il coulait : MaudeviUa vel Catlrum Villon nui, château de la Ville, parce qu’en effet le Maud communiquait avec la cité. Enliu , au roulluenl du Maud et du Nau se trouvait une troisième tour qui protégeait l’entrée du port de la grande île, majoris insulte portus. Il y avait également une tour des Monts, de Mars, de Cérès, près de chacune de ces portes.

Saint Memmie passe pour avoir été le premier évêque de dations. Ce siège était de la création de l'empereur Constantin, qui, en nommant des officiers qualifiés dura on comtes au gouvernement des villes frontières, établit dans chacune de ces villes un évêché sulïragant d’une métropole, appelée depuis archevêché. Or, cette création est du îv* siècle, environ vers l’an 11-21 , et saint Memmie, en prenant même la date la plus rapprochée de nous, n’évangélisait dans la capitale du pays Chiffonnais qu'au milieu du m* ( l’an 250). Nous ne pouvons donc prendic au sérieux la liste des prétendus évêques de Chàlons, jusqu'à l’année 32', ; il serait même beaucoup plus raisonnable de ne la commencer qu’à saint Alpin, en 4041 . que d'accepter comme authentiques les saint l’rovincte, les saint Sanctissime, les saint Didier, etc., successeurs tout aussi chimériques de saint Memmie au siège épiscopal de Chàlons que Ira premiers successeurs de saint Pierre à la papauté’.

Après cet exposé succinct des origines de la métropole chàloiinaise, nous glisserons avec rapidité sur les premiers faits historiques qui trouvent naturellement leur place dans ses annales : tels que la déroute des légions de Tétricus par son compétiteur à l'empire, Aurélien (273) ; l’édit de l’empereur Probus pour replanter les vignes dans la campagne de Reims et de Chàlons (28V); la victoire remportée sur un corps d'Allamans, auprès de cette dernière ville, par Jovin, général champenois au service de Valentinien (ilyV) ; le triomphe de saint Alpin sur lu férocité d’Attila, qui, arrivé presque aux portes de In cité épiscopale, louché soudain de l’éloquence, du courage et de In douceur du magnanime évêque, consentit à rebrousser chemin avec ses hordes terribles (V50) ; enfin la gigantesque bataille des champs Catalauniques ’, où vinrent se briser toute la puissance et h-

I. Postérieurement les nom» de ces portes furent changés comme il suit: porte Marée, porte Marne, porte Saint-Jacques, porte Sainte-Croix.

4. La légende de ('.liftions fait mourir saint Memmie l*an 146.

3. A deux lieues cl demie N.-N.-E. de Chftluus, suivant les uns, ou, suivant les autres, à quatre lieues N. de celte ville. Les premiers placent le champ de Italuille entre les villages de la Chèpe et de Cnperly, les seconds entre le bourg de Suippe et la rivière de Vesle, vaste territoire où l'on découvre encore quelques vestiges de retranchements appelés dans le pays Camp ii’ Attila. Nous ferons remarquer, en passant, que plusieurs savants dérivent aussi QiAlous de campi lougi, champs longs Chaulons, Chàlons), à cause' des immenses plaines qui l'entourent ; et c’est pourquoi, disent-ils, on l'écrit avec une », indicative du pluriel, tandis que Chalon-sur-SaAne, Cahila , Cabilnnntn, étant au singulier, ne prend point celle lettre.

lit. H

CHAMPAGNE

génie du roi des Huns, contre les efforts réunis des Franks, des AVisigoths, des Burgondes et des Romains, commandés par Mérovée, Théodoric, Gundicaire et Aétius (451).

C’est à saint Alpin que certains auteurs attribuent la fondation de Saint-Étienne, mais il nous parait plus vraisemblable de la rapporter à l'époque où Chlodwig, débarrassé de tous ses rivaux , demanda à saint Remi la consécration de ses conquêtes. Les habitants de ChAlons, dociles aux conseils de Florent, leur dixiéme évêque, envoyèrent, même avant Tolbiac, leur soumission au lier Sicambre ; Florent, (pii avait rempli des fonctions importantes à la cérémonie de son baptême, eu reçut des fin ouïs signalées et des présents d’une iminilicence toute royale. Vers la fin du v* siècle, probablement en 497 ou 498, ce prélat, voyant l’ancienne cathédrale trop étroite pour contenir l'affluence des populations devenues chrétiennes, jeta les assises de la basilique actuelle sur les bords de la Marne , en un lieu où s’élevail une chapelle dédiée à saint Vinrent. Ko abandonnant Saint-Pierre, dont il transféra tous les privilèges à Saint-Étienne, sauf quelques biens ou immunités, Florent y établit une communauté de religieux régularisés plus tard sous la règle de saint Benoît. Ses successeurs, saint Élaphe et saint I.umier, grands propriétaires du Limousin, vendirent leurs terres afin de subvenir aux frais de construction; mais l'édifice ne fut terminé que vers l'an 625, sous l'épiscopat de Félix.

Nous grouperons ici, par ordre de dnte, plusieurs fnils ou événements isolés, et qui, faute d'enchaînement historique, constituent bien moins les annales d'une ville que des archives locales. En 533, Thierry, roi d'Austrasic, fils de Chlodwig , assemble un concile il ChAlons, où sont augmentées et perfectionnées les lois des Ripuaires. Trente ans après, Chilpérir 1", roi de Soissons, se saisit de la cité châlonnaise, tandis que son frère Sigebert est occupé contre les Huns audelà du Rhin ; il fortifie la place , et en agrandit l'enceinte, jusqu'au retour de Sigebert, qui le force à se retirer (563). Puis c'est Childebert, neveu de Clotaire II, qui , à l'âge de douze ans , vient chercher son oncle, pour le détrôner, au milieu de la plaine de ChAlons; mais, au moment de livrer bataille, les deux armées s'arrêtent , les chefs se réunissent tous sous les drapeaux de Clotaire, qui se défait par le fer de son neveu, ainsi que de la reine Rrunehaut (596). l'n concile, composé des barons et des évêques, s'ouvre à ChAlons en 813, convoqué par Charlemagne : on y décide plusieurs cas de discipline ecclésiastique et civile, entre autres que chaque pays nourrira désormais ses pauvres el leur procurera du travail. En 842, Charles-le-Cliauve et Louis de Germanie, ligués contre Lothaire, marchent à sa rencontre vers les frontières de Champagne. Leurs troupes, grossies par les Aquitains, que l’impératrice Judith, mère de Charles, leur avait amenés non loin de ChAlons , joignent l'armée de Lotliaire, près de Fontenay en Bourgogne. La noblesse de Champagne périt presque tout entière dans cette journée, où tombent, de part et d’autre, plus de cent mille combattants. Dès lors est admise dans la province la noblesse utérine, reconnue parles coutumes de Clullons, de Vitry, de Meaux et de Chaumont, en vertu de laquelle une mère noble transmettait des fiefs à des filsnés d'un père roturier. En 845, au synode de Beauvais, Loup, évêque de ChAlons, prête serment de féauté A Charles-le-Cliauve, en qua-

Diaitized bv

Page 1