CHALONS
lité d'évêque ; il lui rend en même temps hommage-lige comme comte de sa ville, c'est-à-dire comme l'un des grands vassaux de la couronne. Son successeur, Euchaurand, s’entremet avec llinemar, archevêque de Reims, pour réconcilier r.harles-le-Chauve et Louis de Germanie , que les barons , fatigués des courses des Normands , voulaient élever sur le pavois. Mais la négociation échoue , et le concile de Metz est fermé sans avoir produit aucun résultat (859). Ce même Enehaurand , ami dévoué de Charles-le-Chauve , en obtint le droit de battre monnaie (895), et le transmit à ses successeurs, qui en jouirent jusqu'à Philippe-le- Long. La monnaie de l'.hàlons, dont les especes avaient seules cours autrefois dans les foires de Champagne , ne fut établie rependant et ne commença de fonctionner que sous l'épiscopat de Willebcrt. Celui-ci était dévoué , connue Enchaurand, à Charles-le-Chauve ; il l’accompagna en Italie , et y mourut de chagrin lorsque ce prince eut été empoisonné par le médecin juif Sédéeias ( 877 ). Après la déposition de Charles-le-Cros, Bovon II, évêque de Chàlons, s'unit à Hervé son métropolitain pour soutenir les droits de Chnrles-le-Simple encore enfant; d’un commun accord ils arrachent le jeune prince du concile séditieux de Soissons, et l’emmènent à Reims, où, pendant sept mois, leur constante fidélité déjoue toutes les entreprises des rebelles (920-921).
Charles-le-Simple étant mort, Bovon se déclara pour Héribert, comte de Vermandois, contre Raoul, usurpateur de la couronne. Les troupes de Raoul, ayant à leur tête le roi d’Arles, Bozon , se dirigèrent aussitôt vers la Marne. Chàlons fut pris et livré aux flammes, l’évêque chassé de son diocèse, puis réintégré par le vainqueur (931-933 ). Bovon employa les dernières années de son épiscopat à soulager le peuple des pertes qu’il avait essuyées, des impôts qui l’accablaient ; et comme les Hongrois ravageaient la Champagne, il fit réparer les fortifications et reconstruire une grosse tour dont les ouvrages crénelés défendaient les approches de la place. Chàlons n’en fut pas moins saccagé de nouveau, en 917, par Robert, comte de Vermandois, irrité contre l’évêque Guibuin, successeur de Bovon, lequel avait contribué à la déposition de Hugues, fils de Robert, promu dès l’àge de cinq ans à l’archevêché de Reims. Guibuin fut un des meilleurs évêques de Chàlons, comme l’atteste l’inscription gravée sur la pierre de sa tombe : Hic jacet Gibuinus bonus episcopus (998) '. I.'un de ses successeurs, Roger, premier du nom, parvint à restituer à l'abbaye de Saint-Pierre la plupart des biens ou privilèges qu’elle avait tenus autrefois, comme cathédrale, de la concession des évêques, de l'oblation des fidèles et de la libéralité des rois de France. Non content d'y rappeler les moines bénédictins, il y fonda des classes de professeurs chargés d’enseigner les sciences que l'on cultivait à cette époque, la théologie , la dialectique, etc. ( 1009).
En to:tl , lors de la conjuration du jeune prince Robert, ligué, avec sa mère Constance, contre son frère, le roi Henri I", Roger, évêque de Chàlons, avertit l'un des chefs de la révolte, le comte Eudes de Champagne, d'avoir à se bien
1. Le premier évoque de Chàlons qu’on 'trouve rangé parmi les comtes et pairs du royaume est Guilmin ( 96:1 ). Le catalogue de l'évêché qualifie |NHirlatil Scarius, vingt-sixième évêque, de pair de France, par Francis (78G-791 ).
garder de toute incursion sur ses terres. Cette injonction était appuyée sans doute par un déploiement de puissance assez respectable, puisque le comte prit l'engagement dans une charte authentique de ne bâtir eu aucun temps, lui ou ses successeurs , aucun chAteau-fort ou simple château , à une distance moindre de GhAlonsquc huit lieues en circuit. I.es deux prélats qui suivirent portèrent le mèinc nom. Roger 11, s’il Faut eu croire le nouveau rituel du diocèse, alla demander nu grand dur de Russie laroslaw , la main de sa tille pour Henri I", qui l'épousa l'an 10»'» ; Roger III fut grand aumônier de France et chancelier du roi Philippe l". Il lit transporter à Saint-Étienne les reliques de saint Memmie , malgré les réclamations des moines de l'abbaye de Saint-.Menge ; sommé de comparaître au concile de Rome pour y excuser sa conduit!! , il ne daigna pas même se rendre à une menace de déposition fulminée contre lui par Grégoire VII. U;s soins du temporel devaient absorber les comtes-évêques de Chiions, puisque l’un d’eux , Philippe , lils de Thibault , comte de Champagne, pria l'évêque d'Arras de venir conférer les ordres dans sa ville épiscopale; se plaignant que les affaires dont il était accablé ne lui permissent point de s'acquitter lui-même de cette fonction ( 1097). Le droit de battre monnaie n’était pas la seule de leurs prérogatives. En 1113, 1.nuis-le-(îros écrit i l’évêque Hugues pour le remercier des secours en hommes qu’il lui a envoyés de la ville de C lullons; ce qui n'est point un droit que le roi de France peut exiger, dit-il, mais une pure grâce dont il se reconnaît redevable envers l'évêque.
En 1107, ChAlons reçut la visite de Pasehai II, lorsque ce pape alla conférer à Troyes avec les députés de l’empereur Henri V sur la question des investitures. U solution de cette difficulté si épineuse entre l’Empire el le Saint-Siège exerça l'esprit ferme, lucide et judicieux de l’un des plus illustres prélats du ChAlons , Guillaume , seigneur de Champeaux, qu'Abailard eut pour professeur de dialectique, le même que saint Bernard quuliliait de docte et saint évêque, et que les actes- des conciles appellent eulonne des docteurs. Guillaume de Champeaux avait voué une vive amitié à saint Bernard ; il lui donna la bénédiction d'abbé de Clairvaux, et contribua à la fondation de Titus-Fontaines, première lillc de cette abbaye, située auprès de Sainl-Dizier, dans le diocèse' de ChAlons. Son cœur était plein de droiture et de charité. Dans la dernière de ses chartes concernant le chapitre de Saint-Étienne, il censure l'usage où ont été ses prédécesseur de toucher au trésor de leur église, et il règle que désormais à la mort de chaque chanoine, les revenus de sa prébende, depuis le jour du décès jusqu'à celui de l'anniversaire exclusivement, appartiendront à l'hospice adjacent au cloître de la cathédrale, et seront employés au soulagement des pauvres.
Guillaume n'eut point la satisfaction de terminer la querelle des investitures; un arrangement à ce sujet n'eut lieu qu'eu 1123, à la diète de Worms : Ebnl de Roucy l’avait alors remplacé. L'empereur, cependant, irrité que Louis-le-Gros eut approuvé les prétentions du pape, se préparait à une formidable agression contre la France. Louis convoqua le ban et l'arrière-ban du royaume, a jusqu'aux prêtres et aux moines,» dit Mézeray; et, selon Anquctil, les ChAlonnais et les Rémois lui fournirent, à eux seuls, un corps de soixante mille hommes.
Ilaribert, successeur d’Ebal de Roucy, assista avec suint Bernard au concile
CH A LO N S
dp Troyes de 1 127, où fut écrite la régie des Templiers, institués div ans auparavant , et qui , dés lors, prirent l'habit blanc A sa mort {1131} le siège de ( . lirions fut offert à l'abbé de Clairvaux, dont l'influence fit nommer Geoffroy, abbé de Saint-Médard de Boissons. En 1134, Geoffroy Itr donna aux templiers la foulonnerie des draps de délions, circonstance très-minime sans doute, mais <gii nous fournit un détail précieux sur le commerce et l’industrie de cette ville nu xii* siècle.
La réverbération des flammes qui dévoraient l'église et les maisons de Vitryen-Perthnis éclaira les murs de dotions, sous l'épiscopat de Gui II de Montaigu (1143). Quatre ans après, le destructeur impitoyable de Vitry se trouvait à Ch, lions avec le pape Eugène III et les ambassadeurs de l'empereur Conrad. Saint Bernard y prêchait la croisade devant une affluence immense de barons français et allemands, du liant d'une chaire de pierre dressée au milieu de la promenade du Jard , où l’on avait déployé l'oriflamme '. Louis-le-Jeune , avant son départ , renonça, en faveur de l'évêque Barthélemy, à l'ancien droit qu'avait le roi de France , comme seigneur temporel , de se saisir des meubles de l'évêché au décès de chaque prélat. Le pape prolita de son séjour il dotions pour faire la consécration de la cathédrale, dont une partie de la nef avait péri dans un incendie, en 1137, et qui avait été restaurée nu commencement du régne de Louis-le-Jeune. I.a cérémonie eut lieu le 28 octobre : dix-huit cardinaux et onze évêques y figurèrent. Barthélemy rejoignit ensuite le roi dans la terre sainte, où il moulait (1151).
Dans le courant de l'année 1 164, les religieux de l’abbaye de Saint-Pierre, jaloux de la réputation naissante de quelques écoles qui leur faisaient concurrence dans la ville, s'adressèrent au pape Alexandre III pour qu'il en ordonnât la suppression. la* saint père répondit par une bulle adressée à l'archevêque même de Iteims, où il le réprimandait d’avoir encouragé la démarche des moines de Saint- Pierre; lui prescrivant en outre de veiller assidûment il ce que nul n'empêchât, sous un prétexte quelconque, aucun homme lettré et de probité d'enseigner a C.liit Ions, tant dans la cité que dans les faubourgs ; car c’était une simonie que de trallquer des trésors de l’intelligence, acquis par un pur effet de la grâce divine : non enim renaît débet rrpom , t/uod m ancre f/ratiœ ralentis aequiritiir. Du reste , le pape Alexandre aimait beaucoup le clergé du diocèse de Ghâlons. On a de lui plusieurs lettres où il se montre très-soucieux de ses devoirs et de scs intérêts. Dans l'une, il recommande à l'évêque Guy III de Joinville la répression d'un certain usurier de CluMons ; dans une autre , il s'indigne que les clercs et les prêtres du diocèse exigent un salaire pour les baptêmes et les sépultures : action détestable devant Dieu et horrible aux veux des hommes, dont il leur enjoint de ne plus se rendre coupables. Le temporel, toutefois, ne le trouve point indifférent. Il écrit à l’évêque de poursuivre le chevalier de Pringy, qui pillait et maltraitait les vassaux de Saint-Mcmmie, et il l'exhorte à l'excommunier, si le chevalier n’obéit point.
L'était le temps de la plus grande puissance de l'église châlonnaisc ; elle ne
t. Celle chaire fui enlevée du J:inl par l'intendant M. de Mimmesnil, en I6S0.
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cessait d’élargir le cercle déjà si grand de scs attributions. En 107V, la collégiale de Saint-Sauveur et de Saint-Nicolas est fondée par l'évêque Roger III. En 1 1 07, il y a une maison de Templiers à Cliâlons, et un hôpital des IliUeltrs, frères de la charité de 1a Sainte-Vierge. Les ordres mendiants ne sont pas oubliés non plus; la ville nourrit des moines mariés, lesquels vont quêtant par les mes, une sonnette au cou. Les frères de la Pénitence, en 1 206 , les ermites de l'ordre de Saint-Augustin, en 1292, obtiennent de l'abbé de Saint- Pierre et de ses religieux la permission de bâtir un couvent dans l’enceinte de la paroisse de Saint-Alpin. Le chapitre de l'église de Saint-Etienne , toujours en lutte, dispute à la comtesse de Champagne, l'an 1 ISO, b; droit de gîte prétendu par elle sur la métairie île Saint-Arnaud , et Pévéque ose défendre ses prérogatives contre le Saint-Siège lui-même, comme il arriva , par exemple, lorsque après avoir consacré l'abbaye de Cheminon, le légat Mathieu d'Albanc voulut la soumettre à un cens de quinze écus, monnaie de ChAlons, envers l'église de Saint-Jean-de-Latran (1110). D'énergiques oppositions éclatent bien, de temps à attire , dans les rangs de la ttoblesse , au sein du |H*uple. Tantôt c'est un aventurier, Roger Tokel , qui attaque le trésorier de la cathédrale, l'injurie et le frappe, tandis que d'autres bandits mettent à sac l'abbaye de Saint-Sauveur; tantôt le maréchal des comtes de Champagne, Airard, seigneur d'Aulnay, qui pille Soint- Amand et s'y maintient par 1a violence. Aucune de ces révoltes n'a de résultat décisif : l'autorité ecclésiastique reste toujours debout, armée de toutes pièces, et les plus fiers et les plus obstinés, ou à leur défaut leur famille, s'humilient, à la lin, sous le coup d'une excommunication prononcée par l’évêque.
Comme on le voit, depuis Chlodwig, l'histoire de Chiliens n’est à peu près que la biographie de ses évêques. l>e Guy de Joinville, qui mourut en Palestine, où il avait accompagné Philippe-Auguste, avec son neveu Geoffroy IV, sire de Joinville (1190), jusqu'à la réunion du comté de ChAlons à la couronne par le roi Jean (1380 , nous ne trouvons, sous dix-sept prélats, aucun fait se rattachant à l'épiscopat d'une manière spéciale, qui nous semble digne d'attention. La puissance de l'évêque n'a sans doute souffert encore aucun dommage bien sensible ; mais les attributions se modilient insensiblement, les moeurs changent. Les quatre grands bailliages institués en 1190, et auxquels sont soumis les cas royaux, dominent toutes les justires seigneuriales. Les annales de ChAlons sortent alors du cercle qu'elles ont parcouru jusqu’ici. L’horizon n’est plus le même, mais il se restreint encore davantage.
Les ChAlonnais combattirent à Bovines (1214); ils y soutinrent le principal choc de la journée, avec les communes champenoises et la cavalerie soissonnaise commandées par Pierre de Rains. A la Croiscttc, où le chevalier de Barba san écrasa l'armée anglaise et bourguignonne (1331) , ils battirent un corps anglais de huit mille hommes qui se dirigeait sur ChAlons, croyant la surprendre. Deux années auparavant, Charles VII, accompagné de Jeanne d’Arc, avait reçu dans ses murs les députés de Reims qui lui apportaient les clefs de leur ville. L'évêque et tout le peuple étaient allés à la rencontre du roi et de la l'urelle : « Jeanne retrouva à ChAlons, dit M. Henri Martin, quelques-uns de ses compatriotes, accourus de leur village pour la voir passer dans sa gloire, »
CHAINONS.
En 1589, dans des lettres patentes datées de Tours, Henri lit voulant récompenser la fidélité des habitants, reconnut Chdlons pour la principale cité de la Champagne ; de là les savantes dissertations qui furent écrites pour revendiquer exclusivement cet honneur au prolit de la ville de Troyes. Les Chdlorinais détestaient la Ligue : ils enlevèrent, cette même année, le fort de l’ringy au commandant de Vitrv - le - Français qui l’avait occupé en son nom. Bientôt Henri IV, confiant dans l'esprit dont ils étaient animés, transféra chez eux le parlement de Paris. Le clergé , la noblesse et les bourgeois , rivalisant de zèle , dénoncèrent aux magistrats une ancienne huile du pape, dans laquelle Henri de Bourbon était déclaré déchu de tous ses droits à In couronne de France; bulle dont le doyen de la cathédrale avait trouvé un exemplaire cacheté sous la porte de sa maison. Le parlement, d’abord, la lit brûler sur la place publique par la main du bourreau (G juin 1591); puis il mndamnn, dans un arrêt mémorable, « l'assemblée des Etats convoqués à Paris pour l'élection d'un roi, avec défense à tous Français d’y assister » (novembre 1593).
Ici s'arrête l'histoire politique de dotions sous l’ancien régime. Nous ne mentionnerons que pour mémoire le passage et le séjour de Louis XIV. qui, le 8 mars 1680, assista, dans la cathédrale de Saint-Étienne, aux cérémonies du mariage de son fils unique, le tirand-liaupliin, avec la princesse Marie-Anne- Victoire de Bavière. Le mariage de Philippe d'Orléans, second Gis de Louis XIII, avec Charlotte-Élisabeth de Bavière, fut également célébré dans cette ville, en la chapelle inférieure de Saint-Nicolas, l'an 1671.
Nous avons dit que l'érection de l'évêché de Châlons datait du iv* siècle. Le peuple concourut, dans les commencements, à In nomination de son chef apostolique; l'exerrice de ce disvit ne cessa, vraisemblablement, que dès les premières usurpations de la féodalité; il obéit alors à quatre seigneurs, savoir : l’évêque , le chapitre , l'abbaye de Saint-Pierre , l'abbaye de Toussaints. L’évêque jouissait des droits régaliens : le roi ne s'était réservé, dans tout son diocèse, que le fief et le report: et la charte de concession portait que ni lui ni l'évêqne ne pouvaient y créer de commune, ni permettre d'en établir. Comme Per et Ber, pair de France et baron de la couronne, l’évêque signait aux principaux actes du roi ; le comte de Champagne lui rendait hommage pour certains Gefs : il était donc son vassal. Le comte n'avait que sept pairs, et l’évêque en avait douze ; six ecclésiastiques , six lafques. L'un et l’autre s'étaient donné quatre ofliciers : un maréchal , un sénéchal , un bouteiller, un chambellan. Leurs officiers de justice civile et criminelle étaient un bailli et un prévôt. Le siège du bailli s'appelait la l.'jge, dès le xii* siècle. La cour du prévôt se composait d'un garde, de sept conseillers ou échevins, d'un procureur fiscal et d'un greffier. Tons prêtaient serment entre les mains du prélat , à qui appartenait d’ailleurs la présidence de toutes les assemblées du corps-de-ville. L’évêque avait en sa possession les clefs et les chaînes de la ville. Il affranchissait les habitants moyennant redevance , en leur faisant baiser son anneau. Il avait un vidame qui était son chancelier et le premier pair de sa cour. Louis de France, duc d'Orléans, aïeul de Louis XII , acheta cette charge de Jean III , fils de Jean de Confions; et Philippe, son Gis puîné , fut vidame de Chôlons.
CHAMPAGNE
Quoique les Chàlonnais n'eussent point de commune, ils étaient régis cependant par une loi municipale ou coutume rédigée dans le xr siècle. Ils ressortissaieut au grand bailliage de Vermandois, et l'on y jugeait leurs causes suivant les us don fié de Chatons. Les juifs avaient un quartier dans celte ville, dont leur industrie faisait fleurir le commerce : ils y étaient , comme partout , soumis à un code commun et uniforme.
Los Chttlonnais ne pouvaient s’assembler en corps-de-ville sans la permission de l'évéque. Ils essayèrent , dans le xv” siècle, de s'en passer, puis renoncèrent à leurs prétentions. L'ordonnance de Moulins lit sortir les éclievins du conseil municipal. Après différentes vicissitudes, une ordonnance rendue par Louis XIII, le 27 août 1610, décida qu'à l'avenir il ne pourrait être élu aucun officier municipal qui ne fût né dans la ville, et que le lieutenant serait nommé et choisi par et parmi les gens du conseil, où deux notables bourgeois de chaque paroisse seraient appelés en cas d'affaire grave. En IlitT, nouvelle ordonnance tendant à empêcher les charges municipales de se concentrer dans les mêmes familles; enfin, en juillet 1772, arrêt du conseil portant permission à la ville de < hélons d'acquérir ses offices municipaux. Le ressort judiciaire n'avait pas subi de moindres variations. En décembre 15’»:), François L'avait créé à t'.hàlons un siège particulier du bailliage de Vermandois; il le supprima, au mois de janvier 1551 , et le remplaça par un I nilliage et un siège présidial. Henri III , en I58!>, transféra la juridiction de Vitry au présidial de t'.hàlons. Louis XIII, en 1637, abolit de nouveau le siège particulier de Vermandois dans cette ville, et y reconstitua le siège présidial de 1551 , auquel il attribua le Harrois , les bamnnics de Baye et de Hiuneru, et autres lieux distraits du liaillingc de Sens.
Charles VI, par lettres-patentes datées du mois d’août I3S9, avait accordé à Chàlons le privilège d'une foire annuelle. Cette foire nécessita bientôt la création d'une juridiction consulaire : ce fut Charles IX qui l'institua au mois de décembre 15f4, sur le modèle de celle qu’il niait ordonnée pour Paris en novembre 1563. .
Il serait trop long d'énumérer toutes les ordonnances, tous les arrêts ou édits, enregistrés nu parlement de Paris, concernant les corps de métier, les marchands et artisans de Chiions. Cette sollicitude prouve que, malgré les excellents débouchés ouverts au commerce des habitants par la foire annuelle et l'heureuse situation de la ville, on craignit de bonne heure que leur activité ne finit par se ralentir et par s'éteindre. La révocation de l'édit de Nantes , les guerres désastreuses de cette époque, l'augmentation du prix des laines et l'importation des étoffes indiennes; l'établissement surtout dans la métropole chàlonnaise d’un nombre infini de sièges judiciaires qui dérobaient à l'industrie toute l’estime et la considération publiques, pour les reporter exclusivement sur les membres de le magistrature, contribuent essentiellement à la déradence graduelle du commerce. La population, dont le chiffre dépassait, assure-t-on, 60,000 âmes, descendit à un chiffre plus bas des deux tiers : bientôt il ne resta plus qu'un souvenir de ces belles manufactures de draps verts , et de draps dits es/tagnolellrs , qui pendant quatre siècles avaient joui (le tant de faveur à l'étranger. Toutefois, en 1700, l'assemblée constituante n'ayant égard qu’à la position géo-
CH A LO N S
graphique, installa l'administration centrale du département de la Marne dans la ville de C hélons. Pendant la campagne de 1792, ce chef-lieu devint le dépôt de l’armée, le point vers lequel accouraient, nu rendez-vous donné par la France, tous les volontaires enrôlés dans les différents districts; Napoléon, en 1814, dés l’ouverture de la campagne, y établit aussi son quartier général.
La Marne baigne Chatons à l’ouest. In pont de pierre à trois arches trèshardies relie, de ce côté, les deux rives du fleuve, qui se sépare en deux branches dont chacune traverse la ville de forme presque ronde, et située entre deux prairies. Il ne reste plus aucun vestige de scs anciens remparts; mais des murs assez bas, percés de six portes, lui forment une enceinte à laquelle on arrive par six grandes routes1. Hors des murs régne la vaste promenade du Jard, ornée de pelouses et ombragée par près de deux mille ormes magnifiques. L’intérieur est d'un aspect agréable; on y trouve quelques beaux quartiers, des rues assez larges, de jolies maisons. Parmi les monuments que les Châlonnais montrent avec orgueil, nous citerons seulement In cathédrale de Saint-Étienne , édifice imposant d'environ cent dix mètres de long sur trente-six de large et soixante de haut. Fn 1668, la foudre détruisit le sanctuaire et la flèche du chœur. L'évèque, Félix de Vialard, ayant fuit un appel à la munificence de Louis XI V, on commença des travaux de réparation qui ne furent achevés qu'en 1680. Les deux flèches taillées à jour, de trente-six mètres de hauteur, sont de cette époque.
('.hélons compte parmi ses enfants plusieurs personnages célèbres. Nous citerons le docteur Martin Akukia , l’un des médecins de François I"; Imnr , cardinalévêque de Tusculanum, et Étienne, cardinal-évêque de Préneste, l’un et l’autre de la nomination d'innocent H; le pape Honoré IV, autrefois chanoine de Saint-Étienne; l’astronome /.« Caille, le traducteur Perrot tf AMancovrt; l’arrhitecte D.iritl Uloniletf et le lieutenant-général Sainte- Suzanne.
La |Mipulation du département de la Manie est de 356,632 habitants ; le rheflieu en renferme 13,16.1, l’arrondissement 51,068. (Ihèlons fait aujourd'hui un assez grand commerce de vins de (Champagne mousseux, de grains, d’avoines, d'huiles de navette, d'osiers, de chanvres et de laines; des filatures de coton, des tanneries, des chamoiseries et des fabriques d’espagnolettes entretiennent l'aisance dans la classe ouvrière. T.a ville est le siège d’un évêché; elle a un tribunal de première instance et de commerce, une chambre consultative des manufactures, une société d’agriculture, sciences et arts, une école royale des arts et métiers, un collège communal, un jardin de botanique, un cabinet d'histoire naturelle, une bibliothèque publique et une société littéraire, fondée en 1750. a