‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 2 sur 128 · T KO Y ES · texte numérisé non relu

T KO Y ES

nouvelle de la Sainte-Barthélemy ne fit qu'accroître cette disposition sanguinaire des esprits. Le bruit se répandit que les huguenots avaient formé le projet de quitter la ville : on ferma les portes pour rendre leur fuite impossible , et les massacres recommencèrent; quelques réformés, après que la populace les eut assaillis et blessés , furent même enterrés vivants.

Une famine en 1573, le passage de Catherine de Médicis l'année suivante, et' la présence sous les murs de Troyes de l’armée commandée par le roi de Navarre, le prince de Coudé et le duc Casimir, tels sont les seuls faits qui méritent d’ètrc signalés jusqu'au moment où le duc de Guise vint proposer à la capitale de lu Champagne d'adhérer à la Sainte-Union (15 mai 1 577) , que le roi lui-mémo avait acceptée. Les habitants lui promirent trois cents fantassins et soixante chevaux. En 1584, le duc de Guise prit les armes et se rendit maître de plusieurs villes de la province; il avait l'intention de venir à Troyes a la tête d’une armée; on prit de grandes précautions et l'on établit une surveillance active pour prévenir l'exécution de ce projet. Néanmoins le duc et son frère furent reçus avec hcaiiroup d'honneurs lorsqu'ils visitèrent la ville en 1585.

Le roi avait rendu une ordonnance qui imposait aux offices et aux métiers le payement d'une contribution , sous les peines les plus graves. L’exécution de cette ordonnance causa dans Troyes un grand tumulte. Ixs drapiers et les tisserands se portent en armes à I hétcllerie du Dauphin où sont logés les commissaires royaux ; malgré les efforts de l'échevinage , ils entrent dans la maison , assomment à coups de hilton un des huissiers, se font désigner par un autre les gens employés dans les fermes, et massacrent ensuite le dénonciateur devant la maison d'un multâtier. Le soir, les officiers municipaux viennent prêter main-forte aux commissaires royaux, et les font sortir; mais le lendemain les désordres et les pillages recommencent, l'n tisserand, armé d'une fourche, se met à la tête des séditieux, et, sous le nom de capitaine f.a Fourche, dirige les dévastations. Enfin deux cents bourgeois armés dissipent cette multitude et arrêtent plusieurs ouvriers. Le capitaine La Fourche est pris avec sa femme et deux de ses compagnons ; tous quatre sont prndus et exposés aux piliers des halles. La sédition apaisée, on députe deux échevins auprès du duc de Guise pour lui en faire connaître les circonstances. Ceci se passait vers le mois de juin de l’année 158(5. Au mois de juillet suivant , cinq frères , du nom de Carré , tondeurs , excitèrent une nouvelle émeute parmi les gens de métiers de la ville de Troyes. La cherté des vivres en était la cause , ou au moins le prétexte. Plusieurs maisons furent pillées; mais Joachim de Dintevillc, lieutenant du gouvernement de Champagne, étant accouru avec des troupes, une partie des rebelles prit la fuite; d’autres furent saisis, et condamnés nu bannissement.

Les Guises faisaient de grands efforts pour engager Troyes dans leur parti. Le duc Henri y vint en 1587; le cardinal de Lorraine, après une certaine résistance, entra aussi dans la ville (1588), et, pendant son séjour, l'acte d'union qu’avaient apporté des députés de Paris, de dallons et de lleims, fut signé h l' bétel de ville dans une assemblée générale.

Lorsque les états généraux furent convoqués à Blois, Troyes députa ù cette assemblée Yves-le-Tartier, doyen de Saint-Étienne, qui fut le secrétaire du

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clergé ; Philippe de Vert , avocat, et Jacques Angcnoust, trésorier des salpêtres. Après la mort du duc et du cardinal de Guise, Moyenne visita la Champagne. Il arriva à Troyes le 2i janvier 1589 et y fut reçu comme un roi. Le dur lit jurer l'union par tous les corps constitués. Ota le gouvernement de la place è Joachim de Dintev ille, et le donna à son neveu Charles de Lorraine, duc de Chevrcuse. On commença à persécuter les royalistes , comme on avait naguère persécuté les huguenots. Enlin, Henri III , retrouvant une tardive énergie, enjoignit au due d’Aumale , gouverneur de Pari* , de sortir de celte ville , et déclara le due de Mayenne, les bourgeois de Paris, ceux de Troyes et d’autres villes liguées, criminels de lèse-majesté , s'ils ne rentraient bientôt dans le devoir. Telle était la situation de la Champagne à l’avénemcnt de Henri IV.

Ces royalistes de cette province, dont plusieurs étaient réfugiés à Chalons, songèrent à faire rentrer Troyes sous l’obéissance du roi. Joachim de Dinteville, déridé par une lettre de Henri IV du 9 août 1590, entra dans la conspiration, qui fut dirigée par Eustaehe de Mesgrigny. Le dimanche 16 septembre, les troupes qu'on avait rassemblées, au nombre de plus de douze cents cavaliers et fantassins, s'approchèrent de Troyes, sous les ordres du comte deGrandpré. A quatre heures du matin , les murailles étant dégarnies de sentinelles , on monte à l'escalade , on s’empare du corps de garde de la rue Saint -Jacques, on abaisse le pont-levis, et l'on introduit dans la ville le gros de l'infanterie et de la cavalerie. Le cri aux armes se fait entendre; des bourgeois et des chanoines tombent sous les coups d’arquebuse des royalistes. Enlin, le peuple accourt en foule; les royalistes se retirent à la porte Saint-Jacques, reparaissent en bataille, et sont de nouveau forcés de fuir, sans avoir pu emmener le duc de Chevrcuse , qu’on avait caché dans un endroit secret de la cathédrale. En même temps une autre division des troupes royales qui avait tenté l’escalade du côté de la porte Comporté, éprouvait une vive résistance, et quand on put se rejoindre et se compter, il se trouva qu'il y avait plus de cent blessés et de six à sept cents hommes tués.

Après l'abjuration de Henri IV, on pensa que le moment était venu de faire une nouvelle tentative pour rallier la capitale de la Champagne à la couronne. Par l’entremise de Paillot , sieur de Nuiscment , alors premier échevin , un héraut porteur de lettres du roi put pénétrer dans la ville, et ces missives ay ant été lues dans la chambre de l'échevinage autour de laquelle une foule de peuple était assemblée, on prit la résolution de se soumettre. La communauté députa vers le clergé, puis vers les officiers de justice qui étaient presque tous ligueurs et qui opposèrent une certaine résistance. Mais le cri de vive le roi fut répété par toute la ville. Le maréchal de Biron, qui était à peu de distance à Torvillicrs, envoya des troupes pour prévenir une attaque du duc de Guise , et vint lui-même faire chanter le Te Deum dans la cathédrale; quant au duc de Chevrcuse, il s'était retiré à Dienvillc où les troupes de son frère l’attendaient, tandis que les habitants faisaient un feu de joie sur la place du marché au blé ( i 594- } .

Il y a dans l’histoire de cette époque un grand nom qui appartient à la ville de Troyes et que nous ne devons pas oublier. Quand on voit parmi les portraits réunis au musée de Versailles la belle figure de Pierre Pithou, fine et résolue , encore jeune et déjà sévère, il semble qu’on reconnaisse les traits de l’homme

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dont on a deviné le caractère en lisant la Satire »!<

ce et le livre des Libertés

de (église gallicane. On aime à retrouver tout à la fois dans cette physionomie si expressive le courageux d'Aubrny , député dn tiers-état haranguant la noblesse , le clergé et la bourgeoisie assemblés à Paris et le magistrat qui , par la puissance de la raison, déride le parlement à abandonner la Ligue devenue plus espagnole que française.

Henri IV fit, au mois de mai 1595, son entrée solennelle à Troycs. Il y reçut la nouvelle de la reprise de Vesoul, et partit ensuite pour la conquête de la bourgogne. La paix se trouva pour quelque temps rétablie dans la Champagne; la suppression de la confrérie du cordon de Saint-François, quelques difficultés au sujet des élections municipales, le paiement de tailles onéreuses par la ville et le clergé, et l’énergique opposition des Troyens à l’établissement des jésuites, sont à peu près les seuls événements que présente l’histoire de Troyes depuis 1596 jusqu’à lfili. Cette année, le duc de Luxembourg-Piney, et, les années suivantes, les troupes du prince de Condé dévastent la Champagne, s'emparent de plusieurs places, et incommodent les Troyens; ceux-ci, en allant combattre euxmêmes l’ennemi , et en prêtant leurs canons aux officiers royaux , ont une part glorieuse dans la réduction de Méry-sur-Seine et la délivrance de la province. F.n 1656, la ville faillit être surprise par les Impériaux qui étaient entrés en France ; mais les troupes royales, arrivées à temps, chassèrent l’ennemi ; les murailles furent réparées, et pendant le règne de Louis XIII les Troyens n’eurent pas à déplorer d’autres désastres que les dégâts et la mortalité causés par les inondations et par la peste. Seulement quelques troubles éclatèrent parmi le peuple à propos des gabcleurs, dont les exactions avaient excité la haine générale.

la crainte de voir les Croates se rendre maîtres de Troyes avait amené Louis XIII dans cette ville en 1636; c’était la troisième fois qu'il y venait : il l'avait déjà visitée en 1629 en allant rejoindre l'armée du Dauphiné, et en 1630 lorsqu'il voulut passer la revue des troupes réunies dans la Champagne. Eu 1649, les Troyens recevaient Louis XIV, au milieu des troubles de la Fronde. Le maire et deux échevins de Troyes, qui étaient allés le saluer à Bar-sur-Seine , furent , dit-on , arrêtés et retenus prisonniers pour avoir refusé l’étape à quelques gens de guerre. Néanmoins, ils parvinrent à convaincre le roi de la fidélité de leurs concitoyens; on les mit en liberté, et Louis XIV arriva à Troyes le 28 avril avec la reine-mère, le duc d’Anjou et le cardinal Mazarin. Peu de temps après, des troupes suédoises et allemandes, répandues dans la ville et dans les campagnes, y jetèrent la désolation et l'épouvante; le marquis de Praslin, lieutenant du roi, conduisit contre elles les habitants de Troyes, qui les forcèrent à la retraite. Mais à la guerre succéda la famine, et la cherté des vivres causa une sédition violente, que l’on eut beaucoup de peine à réprimer.

Louis XIV revint à Troyes en 1668. Cette visite royale et le passage par la ville des ambassadeurs suisses en 1663, du cardinal Chigi en 1664, et des pri-

I. La harangue de monsieur d'Aubray pour le Tiers-État, insérée dans la Satire Ménippie , est de Pierre Pilhou.

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sonmcrs ennemis en 1690, sont les principaux événements d'un régné qui remplit près d'un siècle; mentionnons aussi les incendies, les inondations, les froids rigoureux dont Times souffrit il diverses reprises, et particulièrement en 1681 et en 1709. En 1690, les habitants de Times ayant fait présent à I,ouis XIV d'une somme de cinquante mille livres, pour l'aider dans ses guerres, le roi leur rend l'hôtel des monnaies qui avait été transféré à Reims, et rétablit en leur faveur deux foires franches de huit jours (arrêt du 27 août 1690). I.e canal de navigation de Troyes à Méry est achevé en t700 ; un adjoint , ou second maire de Troyes, est institué en 1707. Le long règne de Louis XV n’est guère plus fécond en souvenirs locaux. D'abord les adjudicataires des bois de la forêt de Sugny en Bourgogne, pour l'approvisionnement de Paris, forment le projet de rendre la Seine flottable. L’exécution de cette idée aurait rainé le commerce de ia ville de Troyes, scs blanchisseries et les manufactures de toiles de l’Anjou et du Maine; l'échevinage s’y oppose vivement, on fait une enquête, et un arrêt du l" mars 1724 autorise le flottage seulement pendant cinq mois de l’année, du 1" octobre au 1" mars, c’est-à-dire pendant le temps où il ne pouvait nuire aux blanchisseurs. Néanmoins, le procès se renouvelle bientôt; le prévôt des marchands et les échevins de Paris se joignent aux adxersaires de ia ville de Troyes. l'n arrêt du 12 mars 1733 confirme celui de 1724, en ajoutant quinte jours au temps permis pour le flottage, et l’arrêt de 1733 est loi-même confirmé vingttrois ans plus tard. — En 1735, les habitants de Troyes acquièrent leurs offires municipaux; ils reçoivent Marie Lecksinska, la femme de l.oois XV (1725), Louis XV lui-même; (1744), Marie-Josèphc de Saxe (1747), et celte princesse à son passage fait enlever les inscriptions composées en son honneur, parce que, dit-on, il y était question d'un prétendu songe ou la future épouse du Dauphin avait rêvé qu’en pêchant elle avait pêché un dauphin. Enfin, eu 1773, le collège des médecins et chirurgiens de Troyes fonde une école de chirurgie dans cette v ilie.

Nous areivons aux années d’agitation et d’attente qui précédèrent la révolution. I-onis XVI, pour faire fare aux embarras de la situation, convoque à Versailles une assemblée de notables : Troyes , reconnue récemment par lettres royales pour la capitale de la province, est oubliée sur la liste des bonnes villes que ia cour appelait à son aide. Mais sur les représentations de l'échevinage, le maire de Troyes est invité à prendre part aux délibérations des notables. Bientôt la lutte du pnHemcnt contre le pouvoir fait exiler cette cour souveraine à Troyes. « Le parlement séant dans cette ville, » dit M. Thiers dans son Histoire de la révolution française, u s'assemblait chaque jour et appelait les causes. Ni avocats ni procureurs ne paraissaient, et la justice était suspendue, comme il était arrivé si souvent dans le cours du xvm* siècle. Cependant les conseillers se lassaient

de leur exil, el le ministre, M. de Brictme , était sans argent » On négocia

avec quelques membres du parlement , cl Briennc, moyennant certaines concessions, se croyant maître de la compagnie tout entière, rappela cette haute cour de justice à Paris le 10 septembre 1787. — line assemblée provinciale de Champagne fut tenue à ChAlons dans les mois de novembre et de décembre de In même année.

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Il serait trop long de noter charun des contre -coups que le mouvement révolutionnaire eut à Troyes. Des insurrections éclatent les 8, 27 et 29 août 1789 et sont imparfaitement réprimées. I.e 9 septembre, le peuple s'apercevant qu’un farinier vend du riz avarié, s'empare du marchand et conduit sa marchandise à l'hôtel de ville. Troyes avait alors pour maire M. lluez, qui était en même temps le doyen des conseillers du présidial ; ce magistrat fixe l'audience i deux heures pour juger l'affaire des grains, et se rend au palais malgré les clameurs malveillantes de la multitude. i.e riz est reconnu avarié, et le maire ordonne qu'il sera brûlé. Cependant la foule n’est point satisfaite, elle s'en prend an maire de sa misère, et demande son renvoi. A bai il. Huez ! il. Truelle en place! crie- 1- elle. L’élu du peuple est installé, et alors c'est à la vie de M. Huez qu’on en veut. L'infortuné magistrat se réfugie dans la salle du conseil dont ses amis défendent l'entrée. Mais bientôt la porte est enfoncée ; M. Huez est traîné par les furieux jusqu'aux degrés du palais; on lui jette la corde au cou, on le frappe d'un couteau, on lui emplit la bouche de foin, on lui crève les yeux, on le traîne mutilé par les rues ; eusuite on le plonge dans la rivière, d'où son cadavre est enfin retiré et jeté dans le petit cimetière Saint- Jean. Les maisons de l'ancien maire , du lieutenant de la maréchaussée , du commandant militaire sont pillées et dévastées. Le soir, l'intervention de la milice urbaine met fin à ces désordres. Plus tard, les excès des montagnards, les exécutions rapides, le pillage des édifices religieux , signalent à Troyes la première période de la révolution; puis la réaction de thermidor s'y fait sentir, de nouvelles vengeances y sont exercées et la délation y frappe de nombreuses victimes. Quelques noms, ceux du représentant Rousselin et de l'avocat Thirion, se mêlent tristement au souvenir de ces mauvais jours.

Rien sous l’empire ne troubla d’abord le profond repos de la Champagne. Napoléon visita Troyes en 1805. Il y ordonna, par un décret, l’exécution des travaux qui devaient rendre la haute Seine navigable jusqu a Châtillon. Deux cent mille francs, pris sur sa cassette, furent destinés aux premières dépenses de cette entreprise. En 1814, l'invasion étrangère ramena l'empereur dans ces lieux où il avait été accueilli avec tant d'enthousiasme au commencement de son règne. Le corps du général Schwartzcmberg se dirigeait sur la Champagne et occupait Har-sur-Aubc tandis que Mortier se repliait sur Troyes. Napoléon, après la victoire de Bricnnc et le combat moins heureux de la Rothière (1" février) , passa avec ses troupes sur la rive gauche de l'Aube , et entra dans Troyes. Il donna trois jours de repos à scs troupes , et partit le 0 février. Cependant Schwurtzemberg , avec les souverains qui le suivaient , avait passé l’Aube, et s'était porté sur Troyes, dans le but d'aller à Paris en descendant le bassin de la Seine; Blücher devait arriver au môme point par le bassin de la Marne. Napoléon franchit rapidement la distance qui le séparait de Blücher, défit, à Champnubert, l'armée de Silésie, forte de cent vingt mille hommes, remporta b Montmirail une seconde victoire , plus brillante encore que la première; le 12, l'ennemi fut encore mis en fuite à Château -Thierry. Les jours suivants, les Autrichiens, les Bavarois, plièrent devant le génie de l'empereur et la valeur de nos soldats. A Mormnns, à Provins, à Valjouan, à Montereau,

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à Méry-sur-Seine, l'ennemi fut culbuté et chassé, cl le 23 février Napoléon reparut dans les plaines de Troycs.

Les alliés occupaient cette ville depuis près de trois semaines. les portes étaient fermées et barricadées. L'empereur attaque avec ménagement , il craint de ruiner une des cités les plus commerçantes de la France, l'n parlementaire vient lui annoncer que la place sera évacuée pendant la nuit; mais que si l'attaque continue, Troycs sera réduite en cendres avant que les Français aient pu s'en emparer. Napoléon consent à attendre jusqu'au point du jour; le matin il accorde un nouveau sursis. Enfin à midi les portes sont renversées à coups de canon, et les Français se précipitent dans les nies, tandis que les derniers pelotons ennemis sortaient en désordre , et défendaient avec peine l’empereur Alexandra, qui faillit rester prisonnier.

Pendant le séjour des ennemis il Trnyes, quelques partisans de l'ancienne monarchie s’imaginèrent que le moment était venu de tenter un effort en faveur de la famille des Bourbons. Un ancien marquis, M. de Yidranges, le chevalier de Gouault, Richemont, de Montaigu, Mangin de Salabert, Gaulon, Dc)acour-Rurcau et le médecin Picard, après s'étre adressés au prince de Wurtemberg, se présentèrent devant l'empereur Alexandre, dont ils étaient parvenus à obtenir une audience. Le marquis porta la parole : « Sire, dit-il, organes de la plupart des honnête s gens de Troycs, nous venons mettre aux genoux de votre majesté impériale l’hommage de notre humble respect, et la supplier d'agréer le vœu que nous formons tous pour le rétablissement de la maison royale de Bourbon sur le trône de France. » Alexandre, qui avait alors d'autres vues, trouva la démarche prématurée. Quant aux Troyens, en voyant qu'on voulait se servir des étrangers pour donner un souverain à la France, ils furent indignés, et quand l'empereur arriva , des cris de vengeance se mêlèrent aux acclamations du peuple. Un conseil de guerre fut réuni; M de Vidranges était parti, sous le prétexte d'aller annoncer nu comte d'Artois, qui était en Suisse, la nouvelle de la tentative royaliste de Troyes; M. de Gounult fut arrêté, condamné à mort et passé par les armes, l’n écriteau placé sur sa poitrine portait ces mots : Traitre à la patrie!

tes dernières victoires avaient relevé la confiance de l’empereur et de son armée. Napoléon et scs soldats n'avaient jamais été plus grands. Les conférences pour la paix, ouvertes à Lusigny le 25 février, restèrent sans résultats; mais en même temps Blücher, suivant les rives de la Marne , s’avançait rapidement vers Paris. Napoléon se posta entre Soissons et Reims, battit l'ennemi à Craonne, Tut vaincu à Laon, et fit reposer son armée à Reims. Schwartzemberg et les souverains alliés rentrèrent à Troyes. Napoléon fit un mouvement du côté de l'Aube, et livra, aux portes d'Arcis, une rude bataille qui le força d'abandonner à l'ennemi la route de la capitale de l’empire. Le 28, les troupes alliées se joignirent entre Troyes et Arcis, et descendirent les rives de la Marne. De Saint -Dizier, l'empereur se porta il la hâte vers Paris pour le défendre ; le 29, il passa la nuit à Troyes; le 30, il était à Froinenteau, à cinq lieues de Paris; mais il était trop tard, cette grande ville avait capitulé. En 1815, comme en 1815, le séjour de l'ennemi dans la Champagne laissa de lugubres souvenirs. Troyes fut longtemps à réparer ses pertes, et peut-être s’en ressent-il encore aujourd'hui.

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