COULOMMIERS
S'il est impossible de préciser l'époque à laquelle une ville a pu couvrir^en partie l'emplacement de Coulommiers, on ne saurait nier du moins que sa fondation date de très-loin. Selon toute apparence, un centre de population assez considérable existait déjà sur les bords du Morin, lorsque deux colonies gauloises sorties de In Celtique s'établirent, l'une au-delà du Rhin, l'autre en Italie. Quel était alors le nom de Coulommiers? on l’ignore. La seule certitude acquise à la science historique, c'est que les habitants de la bourgade riveraine du Morin, lUuciœ littorosi Gain, Galli inrolœ vatlrcularum Huent, ne s'associèrent pas tous à cette émigration. Ceux qui restèrent eurent l'idée de creuser le brasset ( Brachiolum Turris ) auquel on a successivement donné le nom de brasset brencur, brasset des religieuses et brasset du la ville. Cet écoulement des eaux de la rivière dans un fossé conligu forma une Ile ( amnica intula), au milieu de laquelle s'élevait une tour ronde, à ce qu'on présume, mais dont on ne connaît ni l'origine, ni la destination. Au nord du brasset était la bourgade , communiquant avec la tour dans Pile par un pont construit à la même époque.
Les vicissitudes de la guerre conduisirent probablement Jules-César à Coulommiers. On le conjecture avec d'autant plus de raison, que sur la colline du Sud régnent deux chaussées, ou voies militaires, la première aboutissant de Meaux à Châlons-sur-Marne , la seconde de Sens à Soissons, sans lesquelles il eût été bien difficile au consul de’ réaliser ses plans de conquête. Ce serait donc César qui, de cette colline où il s'était arrêté, apercevant des essaims de pigeons volant sur la toiture de la tour, l'aurait appelée Columbarium ou Columbaria : d’où plus tard catlrum Columbarium, désignation qui de la tour fut étendue à la bourgade. Quelques savants objectent que le mot columbarium chez les Romains s’appliquait à tout édifice où l’on renfermait les cendres des morts. Cette difficulté n'en est pas une: César, par analogie, aura pu nommer la tour de l'ile Columbarium.
Sous Auguste, un péage fut placé à la jonction des deux voies militaires: on y bâtit une tour et des casernes ; ensuite 011 construisit deux autres forts , celui de Pontmolin et celui de Pommeuse, alin de faciliter la rentrée de l'impût sur les ponts que venait de créer l'empereur. L'an 156, Antonin lit réparer les ponts et les roules de la ville ; il la ceignit de murailles et en défendit l'entrée par quatre portes. Au v» siècle , les Franks s'étant emparés de Coulommiers, détruisirent la
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tour et les remparts. Chlodwig releva les mure et jeta dans l'Ile les fondements d’un château qui reçut le nom A'HAtel dti Salles.
Qu'on nous permette , avant de toucher au\ événements , de compléter ici cet aperçu topographique. Le monastère ou prieuré de Sainte-Foi fut fondé l’an 1080, par Étienne, comte de Champagne. Ses dépendances se composèrent de quatre portions de territoire bien distinctes : 1“ le l'ourpris ou île , apiwrtenant autrefois au vieux château, et dans lequel furent plantés les jardins du monastère ; 2" l' Osche mndice (moyenne), constituant toute une Ile de maisons du quartier Sainte-Foi ; 3" la petite Ose lie, ayant pour limite nu sud le brasset breneur; V lu i/raade Osche , espace immense , occupé presque entièrement par le prieuré et par l'église. On se servait alors du mot osche pour désigner un jardin, comme par la suite on employa le mot jard. La consécration du monastère ayant attiré une foule de pèlerins à Couloinmicrs , les habitants élevèrent des maisons sur les terrains abandonnés, qui hientêt se couvrirent de cabarets et d'hételleries. En 1215, Philippe-Auguste, tuteur du comte de Champagne Thibault IV, lit commencer In troisième enceinte de la ville. On démolit , â quelques exceptions près, tous les édifices du monastère ; deux tours furent bâties , l'une à la naissance îles remparts , l'autre sur le bord de la rivière, et l'on pratiqua un nouveau brasset en fouillant profondément les fossés. La construction de l'église Saint-Denis, sur la place de l'ancien marché, ne commença que dans l'année 1-220; Philippe-Auguste établit à la même époque le marché neuf, près de l'ancienne porte du vieux château , pour y être tenu le mercredi de chaque semaine. Ceux qui le fréquentèrent durant un an , furent affranchis, un jour par mois, du droit de tonlieu.
Dans le xvi' siècle, le 28 février 1589, Hené Hector, abbé de Saint-Jacques de Provins et prieur de Sainte-Foi, fonda le collège de la ville. Vers h* commencement du siècle suivant, Catherine de Gonzague et de ('lèves, veuve de Henri d'Orléans , posa la première pierre du Château-neuf sur le boni de la rivière , jusqu'à Pontmolin ( 1613) ; cet édifice fut achevé par son fils Henri 11, duc de Longueville. Les sommes qu’on y avait dépensées montaient à plus de six millions. Il était si vaste et si magnifique, il jouissait d'une si grande renommée , qu'Anne d’Autriche, accompagnée du cardinal de Richelieu, vint le visiter le 21 septembre 1(531 ; et Louis XIII y fit aussi une excursion, le 22 octobre de la même année. Les bâtiments furent démolis de 1737 à 1738 , par le duc de Chevreuse , seigneur de Coulommiere. U' parterre qui se développait derrière le château est disposé aujourd'hui en jardin anglais : on y voit des eaux abondantes, de fraîches pelouses et de superbes allées de tilleuls.
Le premier fait politique un peu marquant que nous ayons à signaler dans les annales columériennes, est le passage de Charles VII , en 1 V29, à son retour du sacre de Reims. Le 23 du mois de juin U30, an petit jour, la ville fut surprise par Philippe de Ternant, commandant la garnison anglaise de Meaux. Le gouverneur, Denis de Chailly, s'épouvanta , sauta des mure et s'enfuit nu bruit que faisaient sur le rempart les assaillants qui avaient escaladé la porte des Maquereaux. Coulommiere regorgeait en ce moment de richesses; aucun parti n'avait pu s’en saisir pendant tout le rouis de cette guerre. Les Anglais, violant leurs promesses, s'y livrèrent à beaucoup de désordres; ils furent expulsés le I" no-
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vembre suivant , fête de la Toussaint. Trois ans après , Pothon de Xaihtrailles se rendait à Coulommiers , chargé sans doute par Charles VII d'examiner en détail les ressources de la place. I.es armes à feu devaient être encore très-rares et très-chères , puisque la commune acheta pour son propre compte, cette année, six douzaines de traits à arbalète. En U15, on voyait braqués sur les remparts des canons et des coulevrines ; mais les boulets n'étaient point en fer, on se servait de boulets de pierre. I.es Anglais , cependant , continuaient toujours d'escarmoucher et de marauder aux environs de la ville; ils dirigèrent contre elle, en 1436, deux tentatives qui ne réussirent peint. En 1443, malgré les avanies et les pertes de tout genre que leur avait fait essuyer la licence des troupes vivant chez eux à discrétion, les Columériens payèrent mille six livres de France pour acquitter la rançon de Charles d'Orléans, captif en Angleterre.
Dès les premières années du xvi* siècle , les doctrines de Calvin s'étaient propagées en Champagne. En prêche fut établi près de Coulommiers, dans le chéteau de Chalendos, appartenant è M. I.huillier, zélé partisan du réformateur. Les religionnaires citadins s'y donnèrent rendez-vous , entraînant avec eux tous les campagnards des env irons ; mais comme ils étaient en minorité parmi les habitants de la ville, ils ne purent effectuer l'engagement qu'ils avaient pris de s'en emparer ( 1562). Le parlement, à la requête de Üenis Mau pin, curé de Coulommiers, défendit, en 1565, l'exercice en cette ville et scs faubourgs de la religion prétendue réformée. Charles IX y fit son entrée, le 24 avril de l'année suivante, et s'y arrêta quelques jours afin de juger lui-même si la place était en état de se défendre. 1 Se 1589 il 1595, les Columériens, pressés par les troupes de la Ligue et celles de Henri IV, fournirent tour è tour aux unes et aux autres des vivres, des chevaux, des munitions. Ils se rachetèrent, eq 1592, moyennant trois mille écus, du pillage dont les menaçait l'armée du duc de Panne, alors campée à Lizy. lieux ans plus tard, Henri IV venant de poursuivre le duc de Mayenne, du côté de la Ferté-sous-Jouarre , coucha à Coulommiers. Marie de Gonzague, princesse de Mantoue, était dans cette ville, en 1629, chez sa tante Catherine de Gonzague, duchesse douairière de Longueville, lorsque Gaston d’Orléans, qui feignait de ressentir pour elle la plus violente passion, quitta brusquement Louis XIII qu'il accompagnait en Italie, et afin d’aggraver encore le mécontentement de son frère, courut en toute hAte auprès de sa maltresse, après avoir eu soin toutefois d'avertir la reine-mère de cette démarche. Marie de Médicis dépêcha aussitôt le commandant de ses gardes, Cussac, qui ramena la tante et la nièce prisonnières au château de Vincennes. En 1652, pendant les guerres de la Fronde, les troupes que le duc de Lorraine avait conduites au prince de Condé dévastèrent, dans leur retraite, les environs de Coulommiers; les habitants n’échappèrent A une ruine complète qu'en se réfugiant avec leurs effets les plus précieux dans le château neuf. L'empereur de Russie Alexandre passant par rette ville, en 1814, logea nie et cour de Pntrag, dans la maison de M”" Colin de Saint-Marc.
La seigneurie de Coulommiers dépendait autrefois du comté de Champagne : après avoir appartenu successivement aux rois de France, aux rois de Navarre , aux plus illustres familles du royaume, et avoir été réunie douze fois à la couronne, elle était enfin devenue, par acquisition, la propriété du marquis de
Montesquiou , lorsqu’en 1791 l'assemblée constituante prononça la suppression des fiefs, droits et honneurs féodaux. Thibault-le-Chansonnier avait, en 1231, accordé aux habitants une charte par laquelle il les exemptait de toutes tailles et impositions, et leur confiait en même temps la levée du droit de jurée qui lui était dù. En vertu de cette charte , confirmée par le même Thibault au mois de janvier 1242, un maire et douze prud'hommes géraient les alfaires de la ville. Les habitants de la cité et des faubourgs formaient une garde bourgeoise, divisée en quatre compagnies, ayant chacune un capitaine, un lieutenant, un enseigne et un drapeau différent : Compagnies de lu parle de Meaux, de la porte île l’Aitre, de la porte d'Oschcs, des faubourgs de Provins et de Paris.
Coulommiers, aujourd'hui l’un des chefs-lieux de sous-préfecture du département de Seine-et-Marne , avait , sous l'ancien régime , un bailliage , une élection et une maîtrise particulière des eaux et forêts. La ville est d’un abord agréable , d’un aspect pittoresque ; située dans un fond , mais entourée de collines couronnées de vignes et d’arbres fruitiers, eutrc lesquelles serpente le Morin; précédée en outre d’une im|>osante avenue de hauts peupliers, et assainie par les vents d’est et d’ouest qui souillent dans ce beau et riche bassin. Elle fait un grand commerce en papeterie, fruits, vins, farines, laines et cuirs; ses fromages et ses melons sont très-estimés. La populat ion de l’arrondissement dépasse 54,000 âmes ; la ville en renferme 3,462.
Les armoiries de Coulommiers étaient d'n sur au colombier d'argent , ayant deux serpents croisés et rampants au-dessous arec des pigeons voltigeant près la couverture, avec cette légende : Prudentes ut serpentes ; simplices ut eolombœ, prudents comme les serpents, simples comme les colombes.
Nous nommerons, parmi les hommes célèbres auxquels cette ville a donné le jour : Simon Foison, président à mortier du parlement de Paris, qui fut bailli de (ioulonuniers pour Jeanne, reine de France et de Navarre ; Hubert Charpentier, le fondateur de l’établissement des prêtres du Calvaire sur le mont Valérien; le conventionnel Michel-Martial Cordier, à qui l’on doit un essai historique manuscrit, sur la ville de Coulommiers; le général Peau repaire, qui préféra se brûler la cervelle plutôt que de signer la capitulation de Verdun ; et le savant bibliophile Antoine-Alexandre llarbier, auteur du Dictionnaire des anonymes.