‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 24 sur 128 · CHATEAU-THIERRY · texte numérisé non relu

CHATEAU-THIERRY

L’origine de la petite ville de Ch/lteau-Thierry n’est pas de celles qui arrêtent longtemps l'historien ; elle a eu |>our fondateur l’afeul de Karl-le-Grand, et pour berceau une vieille forteresse dont les restes imposants subsistent encore de nos jours. Déjà séduit par l’aspect riunt, par la fertilité du pays, Karl-Martel avait

1. Adrien de Valois. — Dom Toussaint Du Plessis, Histoire du diocèse de Meaux. — Bazin , Histoire de Louis Mit. — Michelin, Statistique de Seine-et-Marne. — Biographie universelle.

CHATEAl'-THIERRY.

fail bâtir une villa sur une partie de la montagne à laquelle la tradition a relisent1 longtemps le nom de Mont-Martel. Plus lard , vers l’année 730 , l’importanre de cette position stratégique dominant une vaste plaine, la prolimité de la Marne et le voisinage des grandes voies romaines qu'avait restaurées la reine Rrunehildc, inspirèrent il Karl-Martel l’idée de construire, sur le sommet de la colline , un château qui serv irait de résidence a son royal pupille Théodoric IV. Mais à peine installé dans le château, le jeune prince y mourut (737). la demeure qu’il avait habitée conserva sa mémoire; dans les manuscrits et les chartes des ix' et x' siècles, on lit le nom de Cculrum ou Catlellam Theoolcrici , Château- Thierry. Cependant ce poste militaire situé sur la frontière de la Neustrie, au rentre des possessions des premiers rois franks, acquérait chaque jour plus d’importance ; une agrégation de cabanes se forma bientôt autour de la résidence royale , tandis que des maisons , des métairies, s’établissaient en amphithéâtre sur la montagne.

Quoique la déchéance de la race mérovingienne eût fait perdre nu château ses hétes illustres, la ville n’en continua pas moins de s’accroître (730). Elle devint la capitale de la Brie Calvèse (Gallu-Helvrtia, Galliam-V encens , Gallial>/irs). Sous la seconde race, la villa royale de Château-Thierry fut presque aussi souvent visitée par les princes franks que celles de Kiersi ou de Verberie-sur-Oise. I.’année même où Charles-lc-Chauve avait ouvert Père de la féodalité en proclamant le principe de l’hérédité des bénéfices (877), Héribert, comte de Vermandois, arracha a I.oiiis-le-Bègue une donation des comtés de Soissons, de Sentis et de Château-Thierry. Héribert fut bientôt forcé de défendra ses nouveaux domaines contre les irruptions des Normands qui dévastaient Pllede-France et la Brie, line bande d’aventuriers poussa ses excursions jusque sous les murs de la ville naissante; mais ils ne purent s'emparer de la forteresse, dans laquelle le comte s'était retiré et d’où il sortait souvent pour fondra sur les pillards. Avec Héribert II, s'ouvrit pour la ville une nouvelle ère de vicissitudes politiques. 1-orsqu'en 927 ce seigneur se saisit de la personne de Charlcs-le- Simple, il le fit conduire à Château - Thierry et l’y retint prisonnier pendant quatre ans. Ramené une seconde fois dans cette forteresse , le malheureux prince y reprend ses fers pour ne les plus quitter. Un incendie dévore la tour où il est gardé ; on l'entraîne â Reims, et de lâ à Péronne.

I.orsque la mort eut mis fin à la captivité de Charles , l'usurpateur Raoul vint mettre le siège devant Château-Thierry. Iji ville fut prise sans peine, mais la forteresse se défendit vigoureusement. Raoul avait dans son camp plusieurs évêques de France et de Bourgogne ; ces prélats tinrent dans la ville même un synode, auquel présidèrent Artaud, archevêque de Reims, etTendola, évêque de Tours. Hildegaine , dit Frodoard , y fut sacré évêque de Beauvais. Après six semaines de résistance, Walon , qui commandait pour Héribert dans Château- Thierry, remit la place à In reine Emma, femme du roi Raoul. Héribert ressaisit la forteresse en 933 , la perdit ensuite et la reprit encore en 937 ; enfin , l’année suivante un traité de paix lui en assura la possession. A la mort du comte de Vermandois , son vaste héritage se fractionne entra ses fils ; mais on ignore le nom du nouveau seigneur de Château-Thierry. Nous voyons seulement qu’en

CHAMPAGNE

945, Richard. comte de Troyeit , donne ce lief à un certain Thierry , lequel s’applique à relever les murs du château, presque entièrement démantelé. La domination de Thierry et (elle de ses Hls fût une ère de calme et de prospérité. En 1060 , un seigneur de rette race, nommé Hugues , ajouta aux fortifications , relevées par ses ancêtres, une enceinte et un fossé qui achevèrent de clore la citadelle et en firent une forteresse presque inexpugnable.

Vers la fin du xi* siècle , Château-Thierry était passé dans le domaine des comtes de Champagne. Thibault-le-Grand attacha son nom à des travaux importants dont on ressent encore les avantages aujourd'hui. C'est lui qui lit reculer le lit de la Marne , enceindre la cité de remparts et construire un fort qu'on appela le fort Saint-Jacques. Sur sa demande, Gosselin, évêque de Soissons, établit 4 Château-Thierry, en 1133, dans l'église de Sainte-Marie, des religieux de Prémontré. C’est également â Thibault-le-Grand qu'on attribue la fondation de Saint-Martin, l’une des deux églises paroissiales delà ville. Dans la guerre qui éclata entre lui et louis-le-Jenne, les environs de Château-Thierry furent dévastés par l'armés; royale , ainsi que par les bandes de Kobert , comte de Dreux , frère du roi ; mais la ville et la forteresse furent respectés. Sous les successeurs des comtes de Champagne, jusqu'à Thibault VI, qui, brouillé avec la cour, vécut habituellement à Château-Thierry , et gratifia les habitants, en 1331 , d'une charte de commune, nous ne trouvons aucun fait saillant à enregistrer dans l'histoire de cette ville, si ce n’est le séjour qu'y lit la reine Alix, mère de Philippe-Auguste ( 1181 ); les fêtes du mariage de Marie de Champagne, fille du duc Henri-le-Large, avec le célèbre Baudouin, comte de Flandres ( 12041; et la fondation de l'hôpital de la Barre 112101, transformé quelques anné‘es après en abbaye de tilles de l’ordre de Citeaux. Thibault -Ir-Jeune , (ils de Thibault VI, établit une léproserie à Château-Thierry; Blanche d'Artois, veuve de Henrile-Gros, usufruitière du comté, de la ville et du château, y fonda un collège , et institua la basoche, dont un privilège, celui de prélever sur les meuniers de la banlieue un gâteau avec divers comestibles, la veille de l'Épiphanie, s’est conservé. jusqu'à nos jours.

En 1284, le mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe-ie-Bel , tit entrer Château-Thierry dans le domaine de la couronne. C’est à la reine Jeanne qu’on attribue, non sans raison, la fameuse charte de 1301, datée de Courtray, portant confirmation par le roi, son mari , des franchises et libertés octroyées précédemment à la ville par le comte Thibault VI. Ce titre est trop précieux pour que nous négligions d’en signaler nu moins les principales dispositions. l.e roi remet aux habitants les droits de jurée, de formariage, servage et redevances, sauf les droits des autres seigneurs ; ceux qui viendront demeurer dans la v ille jouiront des mêmes exceptions. Les droits de fnunge leur sont remis. Les nobles et gens d’église seront, comme les autres , exempts du droit de tonlieu. Le prévôt ne pourra prendre des raisins dabs les vignes entre Aiy et Bonneuil. Les habitants de Château-Thierry, d’Essones et d’Azy pourront chasser le lièvre hors des bois, sans filets ni panneaux , et ne devront pas d’amende dans le cas où leurs chiens entreraient dans les bois. Si le roi bâtit des fours et des moulins à Château- Thierry, les habitants ne seront pas pour cela contraints d’en faire usage. Outre

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