‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 28 sur 128 · VITRY-EN-PERTH0I8. - VITRY-LE-FRANÇAI · texte numérisé non relu

VITRY-EN-PERTH0I8. - VITRY-LE-FRANÇAI

Vitry-le-Krançais est une jolie petite ville de la Champagne située sur les bords de la Marne, au milieu d'une plaine fertile. D'après les anciens cartulaires, Jules- César s'étant emparé de Carkonne, capitale du Perthois, cinquante ans environ avant notre ère, bâtit une forteresse sur les bords de la rivière de Saulx, vers la pointe d'une montagne, en face de la cité conquise. La garde en fut confiée à une colonie militaire prise dans l'élite de la légion victorieuse , legio victris. Telle est, à ce qu’on pense, l'étymologie du nom de Vitry. 1-es soldats romains construisirent, au pied de la forteresse, une ville à l'image de Rome, dont le capitole et le forum se trouvent rappelés dans les v ieilles chartes. Peu à peu le voisinage, la nécessité surtout rapprochèrent Carkonne et Vitry; la religion, le sang furent mêlés , jusqu'au moment où saint Memmie vint prêcher le chris-

I. Baugier, Mémoire s historiques sur la Champagne. — Nicolas Gilles, Chroniques Je France. — Champy, Coutume de Meaux. — Méwrai, Histoire de France. — Bnillry île Marnay, Mémoires historiques sur la ville de Séianne. Ces cxcelleAts mémoires font partie «lu I. il «Jes Nouvelles recherches sur la France.

VlTRY-EN-PERTHOIS. — VITRY- LE- FRANÇAIS. *01

tianisme dans le Perthois. Alors une chapelle consacrée -à la Sainte-Croix s'éleva sur les débris des autels du paganisme.

En 279, les juifs, jusqu'alors relégués hors des murs, obtinrent des habitants l'autorisation de s'établir dans la ville où ils fondèrent le quartier de la Ja tuerie. Attila ayant détruit Perthes en t5l , Vitry devint la capitale de la province du Perthois. Après la défaite de Syagrius, Chlodwig confia le gouvernement de cette ville à son fils naturel Munderic (1*6). Celui-ci fut dépossédé par Thierry, son frère, roi d’Austrasie , lequel ne pouvant emporter la place d'assaut , attira le malheureux prince dans une embûche, où il périt, et se saisit ensuite de tout son domaine (531 ). A Thierry succéda Sigebert; mais le jour même de son couronnement dans la capitale du Perthois, le nouveau roi fut assassiné par deux émissaires de Frédegonde (575). Pépin, père de Charlemagne, reçut solennellement dans celte ville, en 753, le pape Étienne Ht fuyant les persécutions d'Astolphe, roi des Lombards. Vers le milieu du ix* siècle, Vitry s'agrandit considérablement. La population, à l'étroit dans la vieille enceinte, se répandit jusque sur la montagne, où s'éleva un nouveau quartier appelé la Ville-Haute. On y construisit aussi une chapelle sous l’invocation de sainte Geneviève, ainsi qu'un prieuré claustral de l'ordre de Saint-Benoît. F.n 941 , Louis d'Outremer vint dans le Perthois pour y lever des troupes; Vitry lui ferma ses portes, et Valter, gouverneur du château, livra la place à Héribert, comte de Vermandois. Une invasion de Bulgares dans la Lorraine suspendit le siège que Louis avait entrepris contre Valter. Plus tard, le fils d'Héribert réusait à s'emparer de la ville (964i, et les comtes de Champagne y maintinrent leur domination jusqu'à l'extinction de leur race. En 1 142 , pendant la guerre de Louisde-Jeunc contre Thibault, Vitry fut ruiné de fond en comble et la population passée au 01 de l'épée. Les enfants, les femmes, les vieillards s'étaient réfugiés dans l'église comme dans un asile inviolable : le roi y fit mettre le feu, et, tandis que les victimes tentaient de s'échapper par les fenêtres , des soldats, à coups de lance, les repoussaient dans les flammes. On sait les reproche» éloquents fulminés par saint Bernard contre l'auteur de cet acte de vengeance. Blanche, femme dé Thibault , prodigua ses consolations à ceux qui avaient survécu et lit sortir la ville de ses ruines; c’est à cette princesse qu'on attribue généralement la charte d'affranchissement de Vitry. Cinquante ans après sa mort, la ville fut réunie au domaine de la couronne.

Sous le règne de Philippe-le-Long ( 1321 ) , les habitants de Vitry exercèrent contre les juifs, accusés d’avoir voulu empoisonner les fleuves du royaume, des persécutions dont le récit fait frémir. Soixante-sept de ces malheureux étaient déjà tondiés sous leurs coups ; quarante avaient été jetés dans un cachot. Tandis qu'on délibère sur le genre de supplice qu'on leur infligera, le plus jeune des prisonniers, assisté du plus vieux, coupe la gorge à tous les autres; le vieillard reçoit ensuite la mort de la main du jeune homme. Au moment de se frapper lui-méme le dernier survivant sent se réveiller dans son cœur l'amour de la vie : il essaie de s'échapper an moyen d'une corde faite avec les vêtements de ses compagnons, I.a corde rompt, il tombe et se casse une jambe; on s'empare de lui , et quelques heures après il est brûlé vif. au milieu des cadavres des prisonniers. Si l'on en

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croit ta tradition, «ne femme juive , condamnée au bûcher avec ses fils, s’écria : « Malheur à toi , ville cruelle et maudite ! Ces flammes qui semblent s'éteindre se rallumeront à plusieurs reprises et te consumeront un jour tout entière. » L’événement justifia cette prophétique inspiration : cinquante ans après, Yitry fut dévoré par un incendie terrible, et, plus tard, cette ville ayant refusé de se soumettre aux Anglais, Jean de Luxembourg, comte de llrienne, vint y mettre le feu (1120). Ce désastre ne fut réparé qu'au bout de dix ans. Dans le même siècle, en 1481, Durand rédigea le droit coutumier qui régissait, outre le Perthois, neuf prévAtés, savoir : Château-Thierry, Sainte-Menehould, ChAtillon-sur- Marne, Fismes, Épernay, Prouvray, Passavant , Vertus , Larzicourt , et plus de cinquante villages.

U prospérité de Vitry était grande alors, et son orgueil éclatait dans ses armoiries, où l’on voyait un paon couronné regardant sa queue, avec cette légende : Honni toit qui mal ij penne. Toute cette splendeur fut détruite par Charles- Quint : lorsqu'il attaqua la ville, en 1514, il éleva des batteries sur les montagnes qui la dominaient et la foudroya impitoyablement. Vitry-en-Perthois, réduit en un monceau de décombres , dispanit du territoire français et n'appartint plus désormais qu’à l'histoire.

François I", au lieu de réparer les murs , les fit abattre pour en transporter les débris au village de Maucourt , sis à peu de distanre , sur les bords de la Marne, au milieu d'une vaste plaine. C’est la qu'il fonda la nouvelle cité : tout en lui conservant son vieux nom, il y ajouta le sien, et, au Heu du paon, il grava dans ses armoiries une salamandre s’échappant des flammes, avec ces mots: Hulritco et extinguo. JérAme, célèbre architecte boulonnais , avait tracé le plan de la ville; le comte de Nnnteuil, bailli de Vitry-en-Perthois, en surveilla l'exécution. Le roi , afin de contraindre les habitants à quitter leur ancienne demeure , fit raser les maisons au fur et à mesure qu'ils les reconstruisaient, joignant d'ailleurs à l’offre d'un asile dans la nouvelle cité la dispense de loger les gens de guerre. Plusieurs édifices s’élevèrent «‘pendant au milieu de ces ruines et ne tardèrent point à former un élégant village qui porte encore aujourd'hui le nom de Vitry-le-Brdlé. Quelques briques scellées au flanc de la montagne et que l’on présume être les débris de ta citadelle, quelques pierres en forme de sanctuaire où l’on vient en pèlerinage invoquer sainte Geneviève , sont les seuls vestiges que le temps ait épargnés.

En 1590, Henri IV assiégen Vitry-le-Français. Le gouverneur, Jean de Matigny, l’un des chefs de la Ligue, lui opposa la résistance la plus énergique; mais il tomba mortellement frappe- d'un coup de lance ; la citadelle fut alors emportée d'assaut. Le lendemain, Saint-Pol , lieutenant de la Ligue , reprit la ville , et les habitants ne se décidèrent à ouvrir leurs portes au roi qu'au prix de vingt mille érus. Après l'abjuration d'Henri IV, les protestants cherchèrent un refuge à Vitry-le-Français contre les persécutions dont ils se croyaient menacés; ils payèrent chèrement cet asile par les servitudes humiliantes auxquelles ils furent assujettis. Ce fut à peine si l’esprit d’hostilité des deux religions s’éteignit dans le sentiment du danger rvmmun, lors de l’affreuse peste de 1631. Le llèau sévit avec tant de fureur, que les habitants épouvantés s'enfuirent de la ville.

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