‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 27 sur 128 · SÉZANNE · texte numérisé non relu

SÉZANNE

Sézanne fut assiégée, en 1423, par les troupes du comte de Salisbury. Défendue par Guillaume Marin, elle opposa une longue résistance aux assiégeants; enfin ce brave officier fut tué en s’efforçant de repousser le dernier assaut qui fit tomber la place au pouvoir de l’ennemi. Sous Charles IX, les huguenots prennent Sézanne en 15ti6; les maisons, les églises, les couvents sont livrés aux flammes et au pillage. Cette ville n’en tient pas moins bravement pour Henri IV, qui la visite et se livre au plaisir de la chasse dans les belles forêts du pays. En 1613, Sézanne recueille dans ses murs les troupes royales et le maréchal de Boisdauphin, vivement poursuivis par les princes. L’année suivante, le sieur de Pontis s'y retire presque dans les mêmes circonstances, après avoir repoussé plusieurs fois avec deux cents hommes de pied un corps d'environ six cents chevaux.

Par une singulière fatalité , Sézanne ne sortit de ces terribles épreuves que pour être consumée par les flammes. Le 20 mai 1632, jour de l'Ascension, un incendie se déclara et envahit bientôt la ville et trois de ses faubourgs; outre les églises, les couvents et les édifices publics, douze cents maisons furent réduites en cendres. Le sieur de Névelot d'Oches , trésorier de la généralité de Châlons , chargé de constater les pertes au moyen d’une enquête , ne les évalua pas à moins de quatre millions de livres. Louis XIII se rappela alors les preuves de fidélité et de dévouement que les Sczannais lui avaient données pendant les troubles civils; il s'intéressa à leur malheur, et, pour assurer la prompte reconstruction de la ville , il leur permit de se pourvoir de bois dans ses forêts cl les exempta d'impôts pendant plusieurs années. Les populations du bailliage reçurent aussi l'ordre de venir en aide aux incendiés, en s'associant par corvées au charroi des arbres et au déblaiement du sol. On eut soin de fermer la nouvelle enceinte de portes et de murailles épaisses , revêtues de remparts et de fossés profonds , ce qui n’empêcha ni le grenier è sel d'être pillé, ni les habitants d’être mis à contribution , en 1652 , par les troupes des ducs de Lorraine et de Wirtemberg , lorsqu'elles traversèrent la Brie pour assister au siège d'Étampes ou pour rentrer dans leur pays.

Plusieurs fondations religieuses ou civiles avaient marqué la fin du xvi* et le commencement du xvii* siècle, l'ne des plus utiles fut le collège établi en 1581, et dont le régent ou le principal était nommé par la ville. En 1614, les Sezannais consacrèrent une partie des deniers municipaux à la création du couvent des Kécollets. L'honneur d’avoir doté Sézanne d'un Hôtel-Dieu revient aussi aux habitants. Sous Louis XIII , l’abbesse du monastère de Bricol-aux-Nonnains , effrayée des insultes et des attaques auxquelles sa maison avait été exposée pendant les troubles civils, en sollicita la translation dans les murs de la ville; le roi y consentit , et la maison des Bénédictins, installée près de la porte de la Juiverie, prit le nom de Kolre-Dnme-drs-Bois de Sézanne.

L’histoire de la transmission seigneuriale de ce comté peut se résumer en quelques mots. Après avoir été donnée par Thibault IV à sa femme Marguerite, en 1232, A titre de douaire , Sézanne fut réunie A la couronne avec le comté de Champagne, en 1284. Quelques princes de la branche d’Orléans, le duc d'Alençon, fils de Henri II, les ducs d’Angoulême et les comtes d'Alais possédèrent ensuite cette ville en apanage. A'endue et engagée, pour la première fois, en 1581,

100 * CHAMPAGNE

elle passa successivement dans les mains du maréchal de Faberl ( IC58), de la marquise de Beuveron, sa Tille, de Henri Guénégaud, marquis de Plancy ( 1700), du duc de Caderousse ( 1720), et du duc d'Ancezune, son (ils et son héritier.

Il y avait à Sézanne un bailliage qui jouissait de plusieurs droits importants, et dont le ressort s'étendait sur plus de cent quatre-vingts villes, bourgs ou villages. Il était régi par la coutume de Meaux, et avait pour chef un bailli d'épée qui était ordinairement capitaine et gouverneur de la ville. Le corps de ville se composait d'un maire, de quatre échevins et de quelques autres officiers municipaux. La compagnie des arquebusiers , dont le roi , vainqueur au tir de l'oiseau , avait le privilège de vendre et de consommer le vin de son cru sans payer aucun droit, précédait toujours la milice bourgeoise dans les assemblées et les cérémonies publiques. Les fabriques de gros drap et de serge de la ville, autrefois trèsnombreuses et très-actives, avaient déjà perdu, avant la révolution , uue grande partie de leur ancienne importance. Sézanne fuit le commerce des vins, grains et bois; chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Épemav. elle contient plus de 1,500 habitants. Elle a donné le jour à Jacques Champy et a Jeun llobe , auxquels on doit d'excellentes notes et un savant commentaire sur la coutume de Meaux. Plusieurs hommes distingués, tels que Cassien Huguier, auteur d'un Abrégé de l'histoire ecclésiastique; Antoine Boullet et Protuis flenriet , prédicateurs fameux; et Chartes Oudart, connu par son Traité de la quadrature du cercle , sont sortis du couvent des Récollets et de l'ancien collège de Sézanne '.

Page 1