NOGENT-SUR-SEINE
FONT-Sra-SEINZ — VII1IN ADII. — SAINT-AUBIN. -aOMIlLT-SDa-IIINE
Nogentum ou Novigenlum ad Seqvanam , ainsi nommé de Novagus , noms pagus, nova gens, peuple nouveau, parce qu’il y avait autrefois, sur l’emplacement actuel de la ville, une cité du nom de Kichebovrg, dont les temps et la guerre avaient amené la destruction et qui fut rebâtie par une colonie de Champenois.
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— Hussein, Dictionnaire universel de la France, t. VI. — Annuairs administratif tt statistique de l'Aube, années 1811 et 1813. Cet excellent recueil est dirigé avec une rare supériorité par la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département. Quant à la partie militaire relative à la campagne de 181 1, nous l'avons puisée princi|alvmenl dans V Histoire des deux restaurations, par M. Achille de Vaulahelle , ouvrage ér lit avec un esprit de recherche , de conscience, d'élévation et de patriotisme qtfou ne saurait trop louer.
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A quelle partie de la province cette colonie appartenait-elle? On ne le dit pas. Seulement on ajoute. qu’elle céda A I attrait d'un air salubre, de la remarquable beauté du pays, et des heureuses facilités qu'il présente pour le commerce. D'après une autre tradition, l'origine de Nagent serait, il est vrai, beaucoup moins ancienne. On raconte que dans un combat livré nu\ environs de Hirhebourg, entre les Anglais et les Français, les chefs de ceux-ci , prêts à succomber sous le nombre, s’écrièrent : A nom i, nos gens! Ce cri rallia les fuyards : ils revinrent à la charge, secourus par les habitants des communes environnantes, qui aidèrent à repousser l'ennemi commun ; et , en souvenir de cette action , le champ , théâtre de la défaite des Anglais, fut appelé Nos gens , d’où plus tard on a fait A ogent. Cette étymologie n’a rien d'invraisemblable. On ne connaît d’ailleurs aucun monument qui indique, d’une manière sûre et précise, non-seulement la racine du nom de cette ville, mais encore même la date approximative de sa fondation. Ses archives municipales ont été pillées à diverses époques ; elles ne renfermaient plus qu'un petit nombre de documents, réunis avec peine, lorsqu'on 181i ces précieux restes périrent dans l'incendie de l'hôtel de ville. Tout porte à croire cependant que l'établissement d'un peuple dans une ville sise sur le territoire où s’élève aujourd'hui Nogent , est bien antérieure aux conquêtes de César, s’il ne remonte pas même aux premières invasions romaines dans les Gaules, vers l’an 100 avant Jésus-Christ. L’existence d’une voie antique, désignée sous le nom de chemin des Homains, vient à l’appui de cette opinion.
l)u temps de César, on trouvait dans le rayon géographique de Nogent une autre ville également très-ancienne, appelée t'onlaau Pontes ad Sequanam , par laquelle passaient les troupes du consul, allant de Reims et de Provins à Sens , Troyes et Langres, pour y preudre leurs quartiers d’hiver. On a découvert aux environs une quantité considérable de pierres tumulaires dans lesquelles on a voulu voir d’abord des autels destinés aux sacrifices des druides ; mais les ossements qu’elles recouvraient nous font supposer que c’étaient des tombeaux romains. La ville avait acquis une grande importance , comme position militaire : on y construisit douze ponts , circonstance qui modifia le nom sous lequel on In désignait habituellement.
Nous lisons, en effet, dans les historiens, que le 17 avril, veille de Pâques de l’année it51 , Attila se dirigeant sur Paris, vint ad duodeciin pontes, où il coucha et franchit le lendemain la Seine, afin de continuer sa marche. Nogent, de son côté, n'était point restée en arrière du mouvement : dès le ix' siècle , c’était une cité déjà célèbre , ceinte de hautes murailles , et appartenant aux religieuses de l’abbaye de Saint-Denis, qui, eu 859, à l'approche des Normands , y envoyèrent les reliques de leur église. A ces quelques détails, dont on peut garantir l’authenticité, se borne tout ce qu’on sait de positif sur ces deux villes, jusqu’au xii* siècle.
En 1152, une partie du domaine de Nogent était possédée par Sugcr, abbé de Saint-Denis; l'autre partielorma le domaiue d'Élisabeth de Bavière, et devint par la suite l'apanage des comtes de Champagne. Ponts était entré depuis longtemps dates cet apanage héréditaire ; les comtes y avaient fait construire un château de plaisance où ils venaient ordinairement recevoir l'hommage de leurs vassaux. L'un d'eux, Étienne III, et sn femme Alix, détachèrent plusieurs biens in. 5
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de ce domaine dont ils dotèrent le couvent du Paraclet. Le titre de cette donation est le premier des documents du moyen Age où il soit parlé de Pont-sur- Scine. Abailard, fuyant les persécutions des théologiens qui l’accusaient de sentiments hétérodoxes sur la Trinité, s’était retiré six ans auparavant en Champagne, dans une vallée de la paroisse de Quincey , baignée par l'Ordusson ; là , il avait bâti une chapelle de simples joncs et de branches d’arbres. L’oratoire dédié à la SainteTrinité fut remplacé par un temple magnifique dont Abailard lit la consécration nu Paraclet, l’Esprit-Saint, son suprême consolateur dans les jours de sa disgrâce. Les admirateurs de son génie l’ayant bientôt suivi dans sa retraite, il fut encore obligé par saint Bernard de quitter ce lieu de refuge; mais avant de s'éloigner, il y appela Héloïse, qui fut la première abbesse du Paraclet. En 1131, le pape Innorent II ronlirmn l’établissement de ce monastère, dans lequel la fille de Milon, seigneur de Nogent, vint prendre le voile. Enfin, lorsque Abailard mourut ou prieuré de Saint-Marcel en Bourgogne, le 21 avril 1142, son corps fut transféré nu Paraclet, par les ordres d'Héloïse, qui lui érigea un tombeau où elle-même fut ensevelie en 1 163.
Pour en revenir aux deux villes dont nous entreprenons de reconstituer l’histoire, la châtellenie de Nogent figura dans le douaire assigné par Thibault III , comte de Champagne, à sn femme Jeanne de Navarre, et la châtellenie de Pont dans celui de Marguerite de Bourbon, femme de Thibault IV. En 1328, ces seigneuries furent réunies à la couronne. Trente un ans après, pendant la raptivité du roi Jean à Londres, Eustaehe d’Aubertieourt, l’un des généraux du roi d’Angleterre, rencontra près de Nogent le chevalier lorrain Broquard de Fencstranges, qui avait pris les armes au service du dauphin régent, depuis Charles V. Broquard n’avait que cinq cents hommes à sa solde; mais l’évêque de Troyes, Henri de Poitiers, lui avait amené du renfort, et les Nogentais avaient également grossi ses troupes. On se battit de part et d’autre avec acharnement. Les Anglais lâchèrent pied à la fin, et Eustaehe d’Aubert icourt fut fait prisonnier (23 juin 13591. Jean de Ségur, qui tenait pour eux à Nogent, rendit la place à l’évêque de Troyes, Henri de Poitiers; mais ayant eu l’impudence, lui qui avait si cruellement pressuré la Champagne, de venir à Troyes même réclamer en personne le prix du traité, il y fut massacré par les habitants. Les Malandrins commirent à Nogent, en 1361 , des exactions inouïes. L’histoire ne donne aucun renseignement particulier sur ces brigandages ; nous supposons toutefois qu’ils motivèrent la reconstruction de l’enceinte murée de la ville. Les Nogentais, en 1401, sollicitèrent de Charles VI l’autorisation de relever leurs murailles, et ils ne l’eurent pas plutôt obtenue qu’ils travaillèrent activement à se mettre A l’abri de nouvelles insultes. Nogent eut alors trois portes principales précédant autant de faubourgs , 'Auxquels chacune d’elles donnait son nom : la Porte de Troyes , la Porte Béchtre.an, et la Porte des Ponts. Il y avait, en outre, deux fausses portes, celle de liirhebourg, pratiquée au bas du vieux cliâteau des comtes de Champagne, et celle de la Poterne , située au-dessous des moulins.
Hans le xiv* et le xv* siècles, les bords de la Seine de Nogent à Pont durent être le théâtre de bien des combats dont l’histoire n’a gardé aucun souvenir. Les chroniques contemporaines se taisent également sur la part que les compa-
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gnies nogentaises des arbalétriers et des arquebusiers prirent aux événements militaires; nous savons seulement que l’une fut établie dans le xr, l’autre dans le xii* .siècle , et qu'elles étaient toutes deux fort renommées. Au temps des guerres de religion, l’amiral de Coligny s’empara de Nogent et de Pont, les livra au pillage et s'y établit avec ses troupes (1567); mais le duc d'Anjou, par l'ordre de Charles IX, enleva aux chefs des huguenots cette double position sur la Seine.
Depuis leur réunion à la couronne, en 1328, Nogent et Pont ont eu une longue suite de seigneurs. Charles VI donne la première de ces villes au comte d'Évreux ( 1110), François 1" à Philippe de Savoie, dont les descendants y bâtissent un palais ; en 1623 elle revient à Louis XIU, qui la cède à Claude le Boutillicr, seigneur de Chavigny (1030); puis elle passe dans les mains du maréchal de Noailles, de M. Orry de Fulvy, du fermier général Bouret de Val-Roche, et de M. de Boulogne, contrôleur général des iinunces ( 1713-1701 ). Elle est érigée en comté en faveur de ce dernier, qu’un arrêt du conseil , du 27 mai 177 1 , autorise à établir une troisième foire annuelle dans le siège de sa seigneurie; son fils prend le titre de comte de Nogent et les lettres patentes du roi, en date du 2 octobre 1772 , lui reconnaissent la propriété des offices municipaux de la ville. Quant à la seigneurie de Pont, nous voyons qu'au xvii’ siècle clic appartenait à la priuressc de Conty, et fut achetée par M. Boutillier de Chavigny (1630). La femme de ce seigneur, Marie de Bragelonne, fit bâtir un magniiique château, dont l'architecte Lcmuet traça le plan , et qui ne coûta pas moins de cinq millions. Le dernier membre de la famille de Chavigny auquel le domaine et le château appartinrent fut Claude, marquis de Pont, mort en 1676, et si fameux par sa force extraordinaire. C’était un jeu pour ce gentilhomme de terrasser un taureau en le saisissant par les cornes. Madame de Montpensier, après avoir tiré le canon de la Bastille sur les troupes de son cousin Louis XIV, se retira au château de Pont. Le prince Ferdinand de Rohan , archevêque de Bordeaux, lit plus tard l'acquisition de cette résidence , et la vendit au prince François- Xavier, oncle maternel de Louis XVI.
La construction, au xv* siècle, de l'église paroissiale, placée sous l'invocation de saint Laurent, le patron de Nogent ; l’incendie de l’Hôtel-Dieu de cette ville, eu 1676, et son rétablissement quatre ans après par Denis Bouchard, docteur en théologie; une maladie épidémique dont les suites n'eurent pas d’ailleurs une grande grav ité (1633-1636), et l'inhumation de la dépouille mortelle de Voltaire, le 2 juin 1778, dans l'église de l’abbaye de Scellières, située près de Romillysur-Seine , tels sont les seuls événements , ou plutôt les seules circonstances dignes d'étre notées dans le pays duraut les trois siècles qui précèdent le grand mouvement social de 1780. Le contrecoup de la révolution ne s'y üt guère sentir que par l'érection de Nogent en chef-lieu de sous-préfecture du département de l'Aube, l'exhumation des restes de Voltaire, le 10 mai 1790, conformément au décret de l'Assemblée constituante , et le séjour de madame Letizia Bonaparte, sous l'empire, au château de Pont; mais, en revanche, l'invasion étrangère a laissé dans cet arrondissement de cruels souvenirs.
Le 11 février 1814, une division autrichienne se présenta devant Nogent que
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défendait un corps de mille à onze rents hommes, sous les ordres du général Bourmont. On avait harriradé les rues et crénelé les maisons. T .es alliés perdirent le premier jour plus de deux mille hommes dans les tentatives répétées qu'ils firent pour forcer le passage, au-delà duquel ils entrevoyaient Paris. Le second jour, nouvelle attaque tout aussi acharnée, et pendant laquelle on se disputa le terrain pied à pied comme la veille. La garnison , composée presque entièrement de recrues , dut pourtant céder à des forces supérieures ; elle ne se retira qu’après avoir protégé la retraite des habitants et fait sauter le pont Saint-Edme. L'ennemi se vengea lâchement d'une si glorieuse défense : rent quarante maisons, l'hôtel de ville, le palais de justice, les prisons, les casernes, et la salle de spectacle , furent livrés aux flammes. Dans une autre partie de l'arrondissement, le château de Pont, abandonné par madame Letizia Bonaparte, devint la proie de l'incendie et ne présenta plus qu'un amas de ruines. Villeneuve, avant été prise le 8 mors par les alliés, subit huit jours de pillage. Nous n'avons pas parlé jusqu'à présent de cette ville, doid la fondation parait remonter au xi* siècle. Elle était autrefois connue par son abbaye de Nesle, qui fut établie, à ce qu'on suppose, parC.hlodwig, à la prière de la reine Chlotildc. Dans le xvii' siècle, Villenauxe s’était défendue avec succès contre un corps de quatorze à quinze mille Lorrains (1652). Enfin, en 1814, un mois environ avant la catastrophe que nous venons de rapporter. Napoléon avait traversé Villenauxe avec dix mille hommes, qui allaient vaincre les Russes à Champeaubert.
Nogenl-sur-Seinc renferme 3,365 habitants, Pont environ 600, Villenauxe 2,713, et Saint-Albin 618. Romilly, connu par le voisinage de l’ancienne abbaye de Scellières, de l'Ordre des Liteaux, que Hugues de Romilly av ait fondé en 1167, et qui, renversé une première fois par lus huguenots, en 1567, fut définitivement détruit à l’époque de la révolution , compte un peu plus de 3,300 personnes. L’abbaye du Parnelet a disparu également , sauf sa maison abbatiale, dont on a fait une habitation bourgeoise. Sur l'emplacement de l'ancien domaine de Pont un nouveau château fut construit, de 1829 à 1830, par Casimir Perricr. La ville de ce nom, en général bien bâtie, se compose d'une nie longue à laquelle aboutissent plusieurs rues moins importantes. Nogent est divisée en deux parties par la Seine, dont les rives sont bordées par des quais magnifiques. L'église paroissiale , monument d'un assez beau caractère , fut bâtie dans le xv* siècle. De nombreuses promenades donnent un air de coquetterie à ce chef-lieu de sous-préfecture, qui fait un commerce très-actif d'exportation, d'entrepôt et de transit. L’arrondissement de Bar-sur-Aube compte 42,634 habitants. Le lieutenant-général Vatournenux, un des plus illustres capitaines de l'armée française pendant la révolution, y naquit à Romilly en 1776.'
I. Baugior, Mémoires historiques de tu Champagne. — Courlalon-DclaUlre, Topographie his~ torique du diocèse de Troyes. — Fleury, Histoire ecclésiastique. — Ktpilly, Dictionnaire des Houles . — Pigauiol dû La Force, Description de la France. — Recueil des ordonnances des rois de France. — Trésor des Chartes. — Vallci de Viriville, Archives historiques de l'Auhe. — Annuaire c/m département de l'Aube. — Achille de Vaulabt'lle, Histoire des deux restaurations.