BAR-SUR-AUBE
CIA1BTADX.
Bnr, autrefois capitale du Voilage, dans la Basse-Champagne1, est une petite ville très-ancienne bâtie sur la rive droite de l’Aube, qui, en eet endroit, forme un canal de cinq cents pieds de long sur cent vingt pieds de large. Abritée par une haute montagne, dans un vallon fertile, que dominent de tous côtés de riantes collines couvertes de bois ou couronnées de vignes et de vergers, au milieu d'eaux limpides et abondantes, sa situation est, sans contredit, des plus heureuses, et, de loin, elle s'offre au regard du voyageur sous l'aspect le plus agréable et le plus séduisant. Ce n’est qu'après avoir franchi l'enceinte que le désenchantement commence. On s'engage dans nn labyrinthe de rues obscures, mal pavées, tortueuses, étroitement resserrées entre une double ligne de maisons de bois presque décrépites. C’est à peine si quelques habitations d'une architecture plus moderne interrompent, çà et là, ce monotone et triste amas de constructions noircies ou minées par le temps. Il est vrai que la municipalité a, depuis 1835, arrêté un plan d'alignement plus régulier et plus praticable que celui de 1768, et dont l'exécution fera surgir du sol une ville toute nouvelle.
I.c nom de Bar lui vient de sa position même au bord d'une vaste étendue d’eau. Certains étymologisles ont pensé que la cité primitive, d’origine gauloise, devait cette dénomination à la montagne au pied de laquelle on avait choisi son emplacement, et ils ont donné au mot celtique Bar! la signilication de bru fort; mais Adrien de Valois a prouvé que llurl voulait au contraire dire poil, explication plus naturelle d'ailleurs et qui a pour elle désormais l'autorité de la science. Ile llurl les Homains firent Itarrum, et, selon leur habitude, ils y joignirent le nom du fleuve qui individualisait en quelque sorte à leurs yeux l’importance et la physionomie de leur conquête: Tiarrum ad Album ou Albulam. On voit que nous négligeons ici In prétendue chronique locale, qui attribue la fondation de Barsur-Aube à un roi des C.aules nommé Banlus, le cinquième de sa dynastie. Il serait trop ridicule de discuter et de réfuter sérieusement une pareille fable.
Itu temps de César, Barrum ad Albulam, que les Romains, suivant une tradition à laquelle il faut avoir égard, nommèrent d’abord Segrssrra, faisait partie du pays de l.angres, réuni par le ronsul à la (îaule-Belgique. Labiénus établit une légion sur la montagne, et construisit sur le plateau même un château-fort, qu'il entoura de fossés profonds. Les habitants de la plaine, menacés par les incursions des barbares , cherchèrent , plus lard probablement , un refuge assuré sous les remparts de cette forteresse qui devint le noyau d'une cité nouvelle. En effet, si
CHAMPAGNE
le château élevé par le lieutenant de César était resté complètement isolé de tout autre édifice, les ruines qu'on a trouvées sur le plateau n'occuperaient point un espace si considérable. L'histoire nous apprend, en outre, que les Vandales détruisirent, dans les environs de Bar, un château situé au sommet de 1g montagne, lequel servait à tenir en respect les maraudeurs du pays. Les citadins y renfermaient leur blé avec ce qu’ils possédaient de plus précieux. De là le mot de Fromence, Frumenlum ( corrompu par la succession du temps en Florence, Florentia ) sous lequel la forteresse de Labiénus fut désignée.
Au milieu du v siècle, les Huns prirent Itar-sur-Aube qu'ils saccagèrent impitoya' lement, et Attila fit périr sainte Germaine, qui avait fondé le prieuré de ce nom sur la montagne. Le martyre de la sainte eut lieu derrière l’église Saint- Marlou , dans un champ frappé depuis cette époque de stérilité. Aux Vandales et aux Huns succédèrent les Franks. En 464, Wiormard, l’un des principaux chefs de la Gaule, était venu à Bar-sur-Aube, avec la plupart de ses égaux, recevoir Chilpéric, père dcChlodwig, qui venait de franchir la frontière ( apud catlrum llarrum occurril). Chilpéric prit possession de Bar, qui dès lors appartint à la monarchie franque. Après la bataille de Tolbiac, Chlodwig ayant alTermi son autorité dans toute l'étendue de son empire, Bar et Nogcnt, et la Champagne entière, furent spécialement compris dans le domaine royal. Cet état de choses ne cessa qu'à l’extinction de la race carlovingiennc. Bar fut alors soumis aux comtes héréditaires de Champagne de la maison de Vermandois, et dans le partage qui fut fait des domaines d'Héribert entre ses enfants , N'oteher, l'un d'eux, ayant hérité du Vallage, fit de cette ville la capitale d'un comté indépendant. Il la fortifia d'une enceinte de murailles hautes de vingt pieds sur six d'épaisseur, défendues par deux portes à pont-levis; il élargit et creusa davantage les fossés, où les eaux de l'Aube et de la d'IIuis purent s’élever jusqu'à vingt pieds de hauteur.
Adélaïde, fille de Notcher, épousa Eudes comte de Crespy. De ce mariage naquit Simon, qui fut comte de Crespy et de Bar. L’un de ses successeurs, Itaoul, donna sa fille Alix en mariage à Thibault, comte de Troyes. Le fils d’Alix et de Thibault, nommé Hugues ou Huon, vendit, en 1094, à son neveu Thibaultle-Graud, afin de subvenir aux frais de l’expédition qu’il projetait en Palestine, les comtés paternel et maternel de Troyes et de Bar. Arrivé dans la Terre Sainte il se fit chevalier du Temple; dans le même temps, Philippe, son frère puîné , fut élu évêque de Châlons-sur-Marne : de manière que le comté de Bar, acquis par Thibault-le-Grand , appartint désormais à la maison des comtes de Champagne jusqu’en 1361, époque à laquelle le roi Jean réunit cette province à la couronne.
Nous suspendrons ici le récit des faits relatifs à Bar-sur-Aube pour nous occuper d’un événement, secondaire en apparence, mais qui devait bientôt compter au premier rang dans les annales de la Champagne. En 1 1 15, Bernard, moine de Citeaux, avait été envoyé par l’abbé Étienne , avec douze autres religieux de scs frères, dans le diocèse de Langres, dont les peuples sollicitaient l'établissement chez eux d’une de ces pieuses colonies que l'abbé avait accordées déjà aux habitants des diocèses d’Auxerre et de Châlon-sur-Saône. Bernard et ses compagnons