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gabale. A peine eut-il fermé les yeux qu'on oublia le nom de Franchise, comme plus tard , dans Lyon , celui de Commune-Affranchie ; mais le souvenir de I.ouis XI demeura l'objet de l'exécration de tous les citoyens d'Arras pendant plus de deux siècles. Il ne fallut rien moins que Joseph Le Bon et la grande révolution française pour faire pâlir ta légende du Hoi bossu et de son grand et féal ami Olivier— le- Diablc. Le petit roi Charles VIII, en arrivant au trône, anéantit tous les effets de la vengeance de son père. Les anciens habitants d’Arras rentrèrent dans leurs foyers, et huit jours seulement furent accordés aux citoyens postiches de Franchise pour retourner d'où ils étaient venus. Les anciennes coutumes municipales de la ville furent substituées aux privilèges qu'on avait inutilement essayé de faire aimer; mais ce retour ne pouvait ramener aux Français l'affection des A rtésiens. A dix ans de là, en 1492, un ouvrier, nommé Jean Le Maire et surnommé Grisard , inspiré de la haine commune à tous ses compatriotes , lit rentrer Arras sous la domination de l’empereur Maximilien, héritier de Marie de Bourgogne. Seul, il combina le stratagème qui ouvrit les portes aux Allemands; mais combien les bourgeois n'eurent-ils pas à regretter ceux qu'ils venaient de chasser avec tant d'allégresse! L'espace nous manque pour rappeler tous les excès auxquels se livrèrent les lansquenets dans cette ville qui leur était abandonnée. Le pillage , les meurtres et les sacrilèges ne cessèrent qu'avec le traité de Sentis, en 1493. Alors les comtés de Bourgogne, de Charolais et d'Artois furent cédés au roi des Romains, sauf l'hommage à la couronne de France.
Maximilien commença par redresser les fortifications abattues par Louis XI ; puis son fils, Philippe, prêta solennellement hommage de la riche succession de la maison de Bourgogne entre les mains de Guy de Rochefort, chancelier de France. La cérémonie eut lieu dans le palais épiscopal d'Arras , le G juillet 1 499. Huit jours auparavant, il avait, en entrant dans la ville, juré d'en conserver les anciennes franchises. Quand l’archiduc fut à portée du chancelier, il dit à haute voix : « Monsieur, Dieu vous doint le bonjour! » Rochefort, sans répondre un mot, porta légèrement la main à son bonnet, puis s'assit; et, le héraut de France ayant trois fois crié : o Silence! » l'archiduc, la tête découverte, dit : « Monsieur, je suis ici venu devers vous pour l'hommage que je dois à monsieur le roi, touchant mes pairies et comtés de Flandre , d’Artois et de Charolais. » Le chancelier dit : « N’avei-vous sur vous bague, ceinture ou baston? — Non, » répondit l’archiduc en ouvrant sa robe ; puis il se baissa pour s'agenouiller, mais le chancelier le prévint en disant : o II suffit de votre lion vouloir. Monsieur, vous devenez homme du roi votre souverain seigneur, et lui faites foi et hommage lige pour raison de vos pairies et comtés qui sont mouvants du roi , et promettez de le servir jusqu'à la mort, envers et contre tous, sans nulle réserve. » Et l’archiduc répondit : « Par ma foi! ainsi le promets, et ainsi le ferai. » L'archiduc, alors, tendit la joue, et le chancelier le baisa; puis, quittant le siège et ôtant son bonnet : « Monseigneur, dit-il, jusqu'à présent, j’ai représenté le roi de France; maintenant, je suis Guy de Rochefort, votre serviteur, et prêt à vous servir auprès du roi, mon souverain seigneur. »
Une clause du traité de Scnlis renvoyait au parlement de Paris la connaissance des appels des tribunaux du comté d'Artois ; elle semblait porter atteinte aux
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droits de l'archidac ; il ordonna donc, en 1501, que tons res appels seraient adressés au conseil souverain de Matines; mais un arrêt du parlement de France vint bientôt à la traverse de ses prétentions, et, l'année suivante, il se vit contraint de renouveler son adhésion formelle à l’article du traité de Senlis qu'il avait essayé d’anéantir. En 1522, le roi François 1" fit annoncer par le parlement que les habitants de l'Artois étaient déchargés de tout serment de fidélité envers Charles- Quint , coupable de ne pas s’être soumis à l'hommage lige. Les gens d’Arras n’eurent aucun souci de ces vaincs démonstrations, qui aboutirent à la funeste bataille de Pavie. I.a captivité du roi amena le traité de Madrid , dont une des clauses fut l’abandon absolu de l'héritage du duc de Bourgogne, fait par la France à l'Empereur. Cet nbandon fut confirmé par le traité de Cambrai, qui demeura la base du droit commun pendant toute la durée de la domination impériale ou espagnole.
Charles-Quint hérita de l'affection des gens d'Arras pour l'ancienne maison de Bourgogne. Quand il fit son entrée, il prononça d'une voix ferme et bienveillante le serment de garder les vieilles franchises. Il assista aux jeux des archers , aux processions , aux fêtes musicales de la ville. Enfin , reprenant l'ancienne ordonnance de Maximilien, il choisit le conseil souverain de Malines pour entendre l'appel des causes jugées par les différentes juridictions d'Arras. Celles-ci étaient au nombre de six , savoir : la gouvernance , le ban de l'évêque , des chanoines , de l’abbé de Saint-Vaast , les justices de la Ville et de la Cité.
Mais le xvi* siècle devait offrir un enchaînement de désordres et de séditions populaires. En 1532, c’est une émeute de femmes qui forcent l'entrée des greniers publics , épouvantent les soldats, obtiennent des moines et des échcvins une diminution dans les prix du blé , et demeurent enfin maîtresses du champ de bataille. Quand l’association des Gueux posa les fondements de la république des Pays-Bas, Arras , d’abord ardente ennemie de la religion nouvelle , se rapprocha peu è peu des adversaires du gouvernement espagnol et se serait montrée au premier rang des Orangistes, sans l'énergique résistance du parti catholique. Le premier effet de ces nouveaux mouvements fut de paralyser l’influence salutaire de 1'échevinnge. Des assemblées populaires contrôlaient les arrêtés du mngistrat et les faisaient réformer dès qu’ils semblaient contraires fl leur bien public. En 1577, les factieux détruisirent la liberté des votes, puis ils choisirent les prud'hommes au gré de la plus vile canaille. Malgré cette origine ftlcheuse, l'échevinage présentait encore au désordre une barrière imposante : on lui adjoignit un conseil de quinze tribuns ennemis déclarés du gouvernement établi. Alors les états d'Artois, dont les séances se tenaient de toute ancienneté dans une salle de l'abbaye de Saint-Vaast, voyant la liberté des membres compromise par la turiulencc de ces tribuns, interrompirent leurs travaux et se transportèrent à Béthune pour mettre leurs délibérations à l’abri des inshltcs de la multitude. Cependant au milieu de tous ces désordres , chose admirable, il n’y eut point de sang répandu ; seulement des soufflets, des coups de pied, de poing et de béton, infligés sous le moindre prétexte aux magistrats les plus graves et même aux moines, abbés , prêtres et prélats Tout finit par le supplice des principaux factieux. Les éehevins, emprisonnés cinq jours, furent à peine reléchés par l'effort d une
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réaction catholique, qu'ils firent arrêter sept des tribuns, à la tête desquels était un savant jurisconsulte nommé (îosson. Leur procès fut instruit en moins de quarante-huit heures, et tous ceux qui n'avaient pas pris la fuite eurent la tête tranchée sur la grande place de la ville. On s'étonne, en cette circonstance , de la sévérité des catholiques , du silence du peuple et de la pusillanimité des protestants. On s'étonne encore plus des éloges que les historiens donnent au parti vainqueur, en racontant la mort de tous ces bourgeois, turbulents, sans doute, mais purs, après tout, du sang de leurs compatriotes.
Arras demeura sous la domination espagnole et très-satisfaite d'y être, pendant plus d’un siècle et demi. En 1597, notre grand roi Henri IV conçut, après la reprise d'Amiens, l'espérance d’entrer également dans la ville du saint Cierge, et les historiens de France ont à peine fait mention du mauvais succès de son entreprise. Ils semblent même lui faire un titre d'honneur de la hardiesse qu'il aurait montrée en repoussant Alexandre Farnèse jusque sous les remparts de la ville. Pour dire la vérité, les poudres qu'il avait préparées furent éventées à temps, et les soldats qui devaient en soutenir l’effet se virent obligés de rebrousser chemin devant le corps des bourgeois armés devant les portes. Les pétards furent conservés par les vainqueurs comme autant de glorieux trophées : un peintre, Thomas Thieullier, fut chargé par l'échevinage de représenter dans un beau tableau la vaine entreprise des Français, et ce tableau existe encore aujourd'hui dans le musée de la ville ; enfin une procession solennelle fut ordonnée en mémoire de la retraite de Henri IV et de ses Français.
C'est en 16i0 que le maréchal de La Meilteraye, aidé des deux maréchaux de Châtillon et de Chaulnes, pénétra dans les murs d’Arras après une défense héroïque et prolongée. Le siège d'Arras est un des plus beaux faits d'armes du xvii" siècle, si fécond en grandes actions du même genre. L'espace nous manquant pour en décrire toutes les circonstances , nous aimons mieux renvoyer aux historiens de la province et avant tous les autres à M. Achmct d'IIéricourt, le savant auteur des Sièges d'Arras. Cet événement rendit pour toujours à la France la noble métropole de la province d'Artois Aux termes de la capitulation, la tolérance religieuse devait continuer à ne pas être tolérée, et cet article, religieusement exécuté, prouve que l'on a reproché bien à tort à la révocation de l'édit de Nantes d’avoir eu plus tard une influence fâcheuse sur le commerce et l’industrie d’Arras. Le roi devait être supplié d’envoyer constamment dans la v ille un gouverneur catholique. Il était expressément défendu de faire jamais sortir la sainte Manne, le saint Cierge, la demi-tête de saint Jacques, ni aucune autre relique. Les gens attachés à titres divers au gouvernement espagnol pouvaient séjourner deux ans encore dans la ville, et même obtenir d’y rester toujours, en prêtant serment de fidélité au roi de France. I.cs bourgeois et autres habitants étaient exempts à jamais de la gabelle de sel; et pour les autres impositions, ils devaient être traités comme les autres Français, mais seulement après la convocation et avec le consentement des états de la province.
Parmi les officiers qui avaient , pendant le siège , montré le plus de bravoure et de capacité, on avait remarqué M. de Saint-Preuil; le cardinal de Richelieu lui donna le gouvernement de la ville. C’était un homme d’action , mais d'ailleurs
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incapable de maîtriser ses passions brutales et île concourir au but que le roi se proposait de détacher les bourgeois d'Arras de leurs prédilections espagnoles. Bientôt tout l'Artois retentit de plaintes contre Saint-I’reuil. On citait les relations criminelles qu'il entretenait avec une religieuse du monastère de la Thieulloye ; on parlait d'un meunier qu'il avait fait mourir sur de faux soupçons, aiin de vivre plus commodément en adultère. Saint-Preuil Tut arrêté le 24 septembre 1041, jugé par une commission extraordinaire, condamné à la peine de mort, et exécuté le 9 novembre suivant sur la place d'Amiens.
La ville d’Arras fut encore, en 1064, le champ d'honneur où vinrent se mesurer les deux plus grands capitaines de ce temps -là , Turenne et Condé. Le mauvais succès de l'entreprise fut précisément cette page que le génie de l'histoire déchirait en pleurant dans la vie du grand fondé, mais déchirait en le recommandant encore à l'admiration des gens de guerre, sinon à l’estime des bons citoyens. En 1067, louis XIV vint avec la reine à Arras; nous ne voyons pas qu'il ait prêté le vieux serment de maintenir les franchises de la ville ; il est donc permis de le regarder comme le destructeur de cet ancien et honorable usage respecté par tous les anciens souverains de l'Artois, y compris louis XL Louis XIV montra d'ailleurs beaucoup de dévotion pour la sainte forme et le saint fierge : il savait que les habitants d’ An-as aimaient à voir le souverain tenir compte de leurs dévotions particulières. C'est à la suite du voyage de Louis XIV que Vauban construisit la nouvelle citadelle dont on a beaucoup vanté et beaucoup contesté l'importance ; mais enfin, plus la ville devenait imprenable , plus diminuait l'autorité de ses échevins, de ses prud'hommes et des états de la province. Aussi l’Artois, en général, et la ville d'Arras en particulier, donnèrent des signes frappants de décadence sous la domination française. Un en accusa l'accroissement des impôts, l'intolérance religieuse, les obstacles apportés nu développement des manufacture et au commerce des grains, etc. On n'a pas cité la cause la plus forte, la destruction des vieilles libertés municipales et provinciales. Un auteur de la lin du xviii* siècle assure que la population de l'Artois diminua des dix onzièmes à partir de l’expulsion des Espagnols. Il y a, nous l’espérons, beaucoup d'exagération dans ce calcul , mais on en doit conclure qu’il faut étudier fhislnirc d'Arras et qu'il ne suIRt pas de voir aujourd’hui cette ville pour se faire une idée de son ancienne splendeur.
C'est ici que nous nous arrêterons dans le récit des événements dont Arras fut autrefois le théâtre. A d’autres nous laissons le triste soin de rappeler les violences révolutionnaires et les cruelles expiations iuiligées à cette noble ville, patrie de Robespierre et de Joseph Lebon. Ilâtons-nous de regretter seulement la destruction de quelques beaux monuments d’art, opérée de sang-froid par les barbares de la lin du siècle dernier. Telle était la grande cathédrale, ouvrage du xiv* siècle. Dans un temps où le mérite de l'architecture chrétienne était sottement méconnu , on remarquait la grande dis|>osilion de l'édilicc , on admirait la structure de ses piliers et l’élégance de ses croisées; sur la muraille du chœur, une inscription ancienne rappelait l'exemption des droits de régale accordée par Philippe-Auguste, en 1203 Là, comme nous l'avons dit, était déposée la sainte Manne dans un vase’ d'or enrichi de pierreries. Le chapitre administrateur des
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revenus de In cathédrale se composait de quarante chanoines , qni exerçaient toute justice dans leur cloître. I.eur revenu dépendait du prix-courant des grains , chacun d'eux ayant droit à cent soixante boisseaux ou razières raisonnables et à cent quarante livres d'argent pour le bois, les chapons et quatre porcs, disent les titres.
La république française fit encore abattre la chapelle des Ardents et la Pyramide de lu Sainte-rondelle, qui décorait le milieu de la place du Petit-Marché. On comptait autrefois dans Arras onze paroisses ; savoir la Cathédrale ou Notre-Dame , la Magdelaine, Saint-Géry, Saint-Nicolas-des-Fossés, Saint-Jean, Saint-Maurice, Sainte-Croix, Saint-Hubert, Saint-Étienne, Saint-Nicaisc et Saint-Nicolas-enl.atte; il n’y en a plus aujourd’hui que deux : celle de Saint-Vaast, devenue cathédrale, et celle de Saint-Nicolas , dont l’église est de construction récente.
Les monastères détruits sont ceux de Saint-Vaast, des Capucins, des Filles-de- Sainte-Agnès, des Carmes, des l’rsulines et des Religieuses de la Paix. Depuis 1738, la ville possédait encore une Académie ou société littéraire, fondée sous les auspices du prince d’Isenghien, maréchal de France; elle se proposait de travailler à la conservation de la bonne langue française et à l'histoire de la province. On cite parmi les premiers membres de cette association littéraire : Grandval , Hardouin et quelques autres hommes studieux, bien éloignés de l’ancienne réputation des trouvères d'Arras, tels que Jean Bodel, Adam de la Halle, le roi Adenès, Jean et Jacques Rrclel, Carasous, Gautier d'Arras, Gilbert de Bemeville, Grevillers , Boude Fastoul , et tant d’autres gracieux poètes dont nous nous plaisons à rappeler les noms, pour faire monter le rouge au visage des modernes citoyens d'Arras, devenus très-peu soucieux des délassements littéraires, si chers è l’esprit vif et délicat de leurs ancêtres. Que sont devenus les anciens puis du xir siècle et du xill’? que sont devenues les fêtes joyeuses et les représentations satyriques qui firent la gloire et le malheur d’Adam de la Halle? Tout s’en est évanoui, jusqu'au souvenir; tout s’est écroulé avec la noble cathédrale, avec le saint Cierge, avec les franchises municipales, avec les états d'Artois, avec les exemptions de droits de gabelle et de papier timbré.
Arras est située sur la rive droite de la Scarpe, au milieu d'une vaste plaine. La petite rivière le Crinchon, avant de se réunir à la Scarpe, la coupe en deux parties; à droite est la ville, à gauche la cilé. Les murailles, qui les séparaient mieux enrore que le ruisseau , n’existent plus. Au milieu de la ville est l'église de Saint-Vaast, cathédrale. C’est un grand monument d’architecture presque entièrement moderne, c'est-à-dire plus imposante que gracieuse, la grande nef est vaste, ce qui lui donne l’avantage , plus estimé dans le xvm* siècle qu'il ne l'est aujourd'hui, d’être fort claire. On y vient encore admirer les stalles des chanoines, le pavement et le jubé. C’est dans l'ancienne église que le corps du roi Thierry , fondateur de l'abbaye, et de la reine Dode, son épouse, avaient été inhumés. Le lutrin arrêtait encore, autrefois, l'attention des étrangers. «C'est, » dit Piganiol, « un arbre d'airain que deux ours de même matière soutiennent. Ils sont tout droits et se soutiennent sur leurs pattes de derrière , et ils sont accompagnés de deux petits ours qui semblent grimper le long de l'arbre en différentes attitudes » Dans l'ancien réfectoire de l’abbaye, on avait peint à fresque, aux frais du car-
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dînai de Bouillon , abbé de Saint- Vaast , la cérémonie de l'année sainte , faite à Rome en 1700. On ne la sans doute pas plus épargné que le célèbre carillon dont les accords étaient si variés et si justes, au sentiment des oreilles du siècle dernier.
Les anciennes défenses ont en grande partie cédé aux fortifications du maréchal de Vauban, qui passent pour les premières que ce grand ingénieur ait exécutées. Elles forment une enceinte défendue par des fossés, des bastions, des lunettes et des demi-lunes. Une esplanade sépare de la ville la citadelle, qui présente un pentagone oblong, d'un caractère imposant et formidable. L'aspect général de la ville nouvelle est d'une grande régularité. Les rues sont spacieuses, et, comme dans tout l’Artois, les maisons se recommandent par une curieuse propreté. La grande place, ancien verger de l'abbaye de Saint- Vaast, est une des plus grandes du royaume; elle est, comme la Petite- Place, assez voisine, entourée d une galerie supportée par une belle suite de colonnes de grès. L'hôtel de la préfecture, construit par M. de Conzié, évêque d’Arras, en 1780, pour y recevoir les députés des états de la province, est un édifice platement régulier comme tous les chefs-d’œuvre de cette époque. Il faut en dire autant de la salle de spectacle , qui ne mérite aucune attention : nous aimons mieux arrêter nos regards sur quelques vieilles portes conservées, sur quelques monuments échappés , quoique gothiques , à la passion destructive des deux derniers siècles, tels que l'admirable hôtel de ville, bâti sur la Grande-Place, vers 1510, et le lielfroi qui domine cet édifice. L’architecte du beffroy fut Jacques Caron, comme l’atteste une inscription tracée dans l’intérieur du corps de garde. Ajoutons que la bibliothèque de la ville, formée des débris des anciennes maisons religieuses, compte aujourd'hui plus de trente mille volumes imprimés; que l'hôtel de ville possède de précieuses archives , consultées jadis avec profit par le chanoine llennebert, par le judicieux dom de Vienne, et, dernièrement encore, par M. d’Iléricourt et par M. Edwart Leglay, l’élégant historien tl t ('.ointes de Flandres ; que dans un musée de peinture, assez nouvellement formé, on peut espérer de retrouver un grand nombre de toiles et de tableaux , ouvrages d'artistes artésiens; que la ville a gardé son évêché, sulTragant aujourd'hui de l'archevêché de Paris; qu’elle possède une école secondaire de médecine, un collège royal, un temple protestant, un tribunal de première instance, une société royale pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts; enfin qu'elle est le siège d'une préfecture, et qu'elle est, à ce titre, désignée dans le langage moderne comme le chef-lieu du département du Pas-de-Calais.
Le Pas-de-Calais renferme 685, Oil habitants; son premier arrondissement, dont Arras est aussi le siège, 167,598, et la ville elle-même, 20,'»5i. Les principaux articles du commerce d'Arras sont les huiles de colza , les grains et les farines, les graines grasses, les vins et eaux-de-vie, les laines, les cuirs, les fils et les dentelles; l'industrie y est représentée par des filatures de fil et de coton, des rubriques de pipes de terre, de dentelles et de fil à dentelles, des bonneteries, des savonneries, des raffineries de sel et de sucre , des huileries , des poteries , des clouteries, des lavoirs de laine, des brasseries, des corroieries et des tanneries. Parmi les personnages célèbres, à divers titres, auxquels cette ville a donné le jour, qu’il nous suffise de nommer ; Jenn-(irrynire lin min , ancien
A RTOIS.
professeur à l'école royale militaire , un des collaborateurs de Mui-montcl à \'0bservateur lillrrairr, recueil publié en 1746; Camp, avocat, auteur de notes historiques sur l’origine et l'ancien usage de la garance en Artois ; l 'abbé Drlys , qui a laissé plusieurs ouvrages manuscrits sur l'histoire, l'agriculture et l'économie rurale, et qui a publié plusieurs opuscules sur l'astronomie et la physique; l’.-G.-M. l-.nlart de Grandvat, dont on l'élit quelques articles de littérature et de philologie dans les feuilles périodiques de l'époque ; Alexandre-Xavier Hariluin, auquel nu. doit trois mémoires sur l'histoire de la ville d'Arras ; Ch -H. Taillandier , bénédictin, éditeur du neuvième volume de l'Histoire littéraire de la France, et collaborateur de dom Morice, historien de la Bretagne; Gilbert- Joseph Vallé, théologien et professeur de philosophie, qui a écrit une lettre sur la nature de la matière et du mouvement Paris, 1747), et une réfutation du système des monades ( Paris, 1754 ) ; enlin , dans les temps plus rapprochés de nous, Maximilien-Isidore Uoberpierre , avocat, membre de l’Assemblée constituante et premier député de Paris à la Convention nationale ; lugastin-Bon-Joseph Itobespierre, frère de Maximilien, plus connu sous le nom de Itohespienc-le- Jeune , nommé aussi député de Paris à la Convention ; Joseph Lebon , qui après avoir, comme maire d'Arras, réprouvé les massacres de septembre, revint exercer dons cette ville les fonctions de proconsul, et l'elTraya par ses sanglantes proscriptions; et Ambroise- Marie-hrançois-Josrph l'.ilissot de Itcaurois , dont les nombreux écrits sur l'histoire naturelle font autorité dans la science. 1