‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 78 sur 128 · LENS.-LILLERS · texte numérisé non relu

LENS.-LILLERS

Après la défaite de l’armée française dans Ira plaines de Courtrai , la garnison de Lens, sous les ordres de Libert de Renuflremont , d’Hubert de Beuujeu et du sire de Vaucouleurs, tenta une sortie rontre les troupes flamandes. L'engagement eut lieu près du village de Pont-à-Vendin; les Français furent vaincus, et le sire de Vaucouleurs y reçut une blessure mortelle. Los Flamands, toutefois, n’osèrent attaquer Lens que l'année suivante; ils s'en emparèrent et y commirent d’affreux désordres. A la mort de Charlcs-le-Téméraire, Louis XI entra dans ta ville de vive force (1477). L’arcluduc Maximilien ayant réclamé contre cette violation du traité de Soleuro, des conférences furent entamées à ce sujet et n’aboutirent qu'à une trêve. En 1486, 1e gouverneur de Douai dirigea contre Lens une attaque qui réussit ; mais la place ne demeura pas longtemps au pouvoir des Bourguignons. Le château fut démoli par d'Ksquerdcs, commandant des troupes auxiliaires que Louis XI avait envoyées aux Flamands pour les aider dans la guerre que leur faisait l’archiduc. Après différentes vicissitudes militaires, dans lesquelles un certain Robinet Rulfin, natif d'Arras, se distingua contre les troupes françaises, la ville de Lens fut rendue à Maximilien, par le traité de Senlis (1493).

Pendant la longue lutte des Français et des Espagnols dans le nord du royaume, I^ens passa successivement au pouvoir des deux partis. L'amiral de (’.oligny la prit et la saccagea en 1557. Reprise, peu de temps après , par les Espagnols , elle fut de nouveau pillée par les soldats du duc d'Alençon en 1582; mais le marquis de Roubaix, gouverneur de l'Artois, les obligea à l’évacuer si promptement, qu'ils ne purent emporter leur butin. Les Français y entrèrent encore en 1590, elles Espagnols en 1593; elle se rendit au maréchal de Rrézé en 1642. Le comte de Ranlzau l’assiégea pour le roi de Fiance en 1645, et s'en fit ouvrir les portes dès le premier jour de la tranchée ; trois ans plus lard, elle retomba nu pouvoir des Espagnols, qui en furent encore une fois dépossédés par le maréchal de (jnssion (1648). Le maréchal périt dans ce siège : il avait ordonné à un soldat d'arracher un pieu de la palissade; celui-ci hésitait; alors Gassion s’avança pour l’enlever lui-même, et fut frappé à la tête.

Cette même année, l’archiduc d’Autriche reprit Lens. Le prince de Condé, arrivé trop tard au secours de la place , résolut de livrer bataille ; mais , comme les Espagnols, au nombre de dix- huit mille hommes, et protégés par trente-huit pièces de canon, occupaient une position inexpugnable, il se dirigea vers la ville de Béthune pour y chercher un lieu plus favorable à l’assiette de son camp. Le général espagnol Reck , à la tête de sa cavalerie , se précipita aussitêt sur la réserve française, avec tant d’impétuosité qu’il la mit en une déroute complète. De son côté, l’archiduc s'ébranla , et l’engagement devint général. Condé, s'apercevant que sa première ligne faiblissait , fit avancer la seconde ; puis il marcha lui-même contre l’aile gauche de l'ennemi, où il éprouva une grande résistance; mais l’aile droite n'accueillit point le maréchal deGrammont avec la même vigueur, et bientôt la plus complète victoire récompensa les efforts des Français. Huit mille morts, cinq mille prisonniers, la prise des canons, de plusieurs étendards et de tous les bagages de l’armée ennemie, tel fut le résultat de cette glorieuse journée. Le prince entra dans la ville , qui fut ensuite cédée à la France par le traité des

ARTOIS

Pyrénées. Pendant la désastreuse campagne de 1710 , les alliés occupèrent quelque temps son territoire ; mais, comme cette place n'avait déjà plus aucune importance, il cessa d'en être question dans les traités. La garde continua cependant d'en être confiée à un gouverneur honoraire, et les murailles et les portes, quoique en mauvais état, ont été conservées jusqu'à nos jours.

Lens a un collège communal et un hospice richement doté ; sa population est de 2,673 habitants, qui font le commerce des grains, du lin et du chanvre, et exploitent quelques distilleries d’eau-de-vie de grains et de pommes de terre. Une plaiue immense , aujourd'hui presque entièrement cultivée , entoure la ville; on n’y voyait autrefois qu’un seul tilleul, à l'ombre duquel la tradition rapporte que le prince de Coudé se reposa après sa victoire ; on y a érigé en son honneur, sous la Restauration, un petit monumeut en pierre. Les armoiries de Lens sont de gueules au château d'argent cantonné de deux /leurs de lys de même. Parmi les hommes célèbres auxquels cette ville a donné le jour, nous citerons Michel de Marnes, poète et guerrier; il combattità Bouvines, près de Philippe- Auguste, et on lui attribue une traduction encore manuscrite de l'histoire de Charlemagne par Turpiu.

Liilers n’est connu par aucun monument antérieur à la fin du vu* siècle. C'était alors un hameau appelé Busnette, nom tiré d'une forêt voisine, le Sallus Busneti. L’évêque de Thérouanne le mit, vers 6% , sous la protection de deux saints personnages irlandais, Lugle et Luglien, lesquels, allant à Rome en pèlerinage, avaient été assassinés dans le voisinage par un seigneur du pays nommé Bavon. Le hameau acquit bientôt une grande importance; autour de l’église qui renfermait le tombeau des martyrs se formèrent des groupes de maisons, que la crainte des Normands fit enfermer dans une enceinte fortifiée.

A la fin du ix" siècle, Winemar était seigneur de l.illers : il tenait ce domaine cil fief de Bauduin-le-Chauve, comte de Flandre. Ce Winemar mourut misérablement , pour avoir servi , dit Flodoard , la vengeance de son suzerain contre Foulques, archevêque de Reims, qu'il assassina. Ses successeurs se signalèrent au contraire par leur piété, et l'un deux, appelé aussi Winemar, fonda à Liilers une collégiale pour dix chanoines ( 1043).

Liilers, comme toutes les autres cités de l’Artois, fut donnée en dot à Isabelle de Hainnut; mais, après la mort de Philippe d'Alsace, Robert, son successeur, revendiqua le comté, et s'empara, entre autres places, de Liilers, dont la possession lui fut garantie par le traité de Péronne ( 1192). Les Flamands, vainqueurs à Courtrni, brûlèrent la ville de Liilers en 1:103 , et les Français la mirent à sac en 1479. L’empereur Maximilien en releva les fortifications, ce qui n'empêcha point les Français d'y entrer encore une fois en 1537, et sans éprouver de résistance. Le commandant de la garnison qu'ils y laissèrent, Martin du Bellay, l'incendia en se retirant, de peur que les Impériaux ne vinssent s’y loger (mai 1537). Liilers commençait à sortir de ses ruines, lorsque le duc de Vendôme la brûla de nouveau en 1543. Les maréchaux de Chaulnes et de ChAtillon reçurent, en 1630, l’ordre de s’en emparer; mais, comme les Espagnols y avaient jeté six cents hommes de troupes italiennes et n alloues, ils n’osèrent tenter l’entreprise. Le duc de Guise

AIRE. — ÏIIÉROl'ANNE. — SA INT- VENANT. 341

s’en rendit mnltre en 1645; et la paix de 1659 la fit passer définitivement sous le sceptre du roi de France.

Les armoiries de Lillers étaient de gueules à Irais chevrons d'or. On ne connaît aucune charte royale qui ait établi de commune en cette ville ; on n'a retrouvé, non plus aucun privilège qui lui ait été arcordé par les comtes d’Artois. I.es officiers de justice étaient le bailli du seigneur, son châtelain , ses hommes de fief et quelques bourgeois ; les appels ressorlissaient à la gouvernance d’Arras. La coutume, rédigée en 1507, avait été publiée en 1534. Il y avait A l.illers, avant 1789, une collégiale, deux couvents, deux paroisses et un hôpital. On y compte 4,879 habitants. Cette ville a, de temps immémorial, possédé de nombreuses fontaines jaillissantes connues sous le nom de puits artésiens; les toiles constituent son principal commerce, et l'on récolte en abondance dans son territoire le sénevé ou graine de moutarde. Ægidiut de Bai/leul, écrivain ascétique, est né à Lillers. 1

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