‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 79 sur 128 · AIRE.-THÉROUANNE. -SAINT-VENANT · texte numérisé non relu

AIRE.-THÉROUANNE. -SAINT-VENANT

Vers 630, Lideric, forestier de Flandre, fit construire, sur une éminence, un cliâleau-fort pour défendre le cours de la Lys; il s’y forma bientôt un bourg qui prit le nom d 'Ariaeum; quelques années après, une autre forteresse fut bâtie sur la Laquette ; de nouveaux habitants vinrent y chercher un refuge, et dès la fin du vu* siècle, la ville était déjà assez importante pour qu’ Antoine, (ils de Lideric, la fit entourer de murailles. Pépin-le-Brcf, séduit par la beauté du site, agrandit le château de Lideric ; il y fit élever plusieurs de ses enfants; Gisclle, ou sainte Isbergue, sa fille, n’eut même jamais d'autre demeure : elle y mourut religieuse , en 806, après avoir converti le château en monastère.

Les Normands brûlèrent le couvent et la ville en 88! ; elle ne sortit de ses ruines qu’un siècle plus tard : Baudoin IV, comte de Flandre, y billit, en 1023, un château flanqué de quatre grosses tours, et Bauduiu V, en 1055, fonda sur les ruines du monastère de Saintc-bbergue la collégiale de Saint-Pierre. En 1188, Philippe d’Alsace confirma, dans une charte intitulée Loi d'amitié, les privilèges précédemment obtenus par les habitants, pour écarter les injustices des hommes pervers. Le roi Jean leur permit ensuite le port d’armes, telles qu’épées, boucliers, couteaux et bâtons, pour la sûreté de leurs biens et de leurs personnes, mais seulement quand ils étaient en voyage. Deux incendies arrêtèrent la prospérité de la

1. Essai historique sur la ville de fans , par Michaud. — Dissertation sur la position géographique du Vicus Helena , par M. Vincent. — Flodoard, Ustoire de Reims. — Hennebert, Histoire de l’Artois. — Dinaux, Trouvères artésiens. — Foppcns, Bibliotheca Belgica. — Remontrances faites au roi par les maire et échevins de la ville de Lillers, concernant l'exercice de la justice , police, dans la ville, faubourgs et banlieue de Lillers. — Annuaire statistique du département du Pas-de-Calais, par Li'ducq et Alexandre.

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ville ( 1352 et 1371 ). Les bourgeois, prenant prétexte du dernier de ces désastres, se firent accorder par Marguerite de Flandre, comtesse d'Artois, une nouvelle charte qui, du reste, n'ajouta rien à leurs anciennes franchises (1374. ) .

I.e traité de Péronne (1192) assura à Robert, comte de Flandre, la possession de la ville d'Aire, dont il s'était emparé l'année d'auparavant. Louis de France, fils de Philippe-Auguste, la lui enleva peu de temps après, pendant les cérémonies du mariage de 1 infant de Portugal, dom Ferrand , avec la fille aînée de Bauduin, empereur de Constantinople. Dom Ferrand, s'étant allié h l'empereur Otton, voulut reprendre Aire, qu'il avait cédée, ainsi que Saint-Omer, à Philippe- Auguste; mais cette tentative n'eut aucun succès : Ou dard de Renlv et ses Flamands échouèrent aussi contre cette place en 1347. Louis XI, après la mort de Charlcs-le-Téméraire, y entra par composition au bout d'un siège de huit jours (1482). Charles-Quint augmenta ses fortifications, en 1519; et les Français essayèrent vainement de s'y introduire, en 1551, à l’aide de plusieurs soldats qu'ils avaient cachés dans des voitures de foin. I.e maréchal de la Meilleraie l'investit et la prit, en 1641. Cette même année, les Espagnols en formèrent le siège, tandis que le maréchal allait se saisir du passage de Thérouanne, et parvinrent à en chasser les Français après un siège opiniâtre. Le maréchal d'ilumières s’en rendit maître, en 1G7G : la défense de la garnison fut si faible que la prise de cette place, surnommée jusqu’alors la meurtrière, coûta deux cents hommes il peine nu vainqueur. Parle traité de Nimèguc (1078), Aire fut définitivement réunie à la France; néanmoins, en 1710, le comte de (iuéhriant fut contraint de In remettre aux troupes alliées : la paix d’Utrccht la restitua à Louis XIV (1713).

la ville d’Aire, chef-lieu de canton de l'arroudissemont de Saint-Omer, doit l'attention dont elle est encore l'objet à sa belle collégiale, édifiée en grande partie vers la fin du xvnr siècle, à son beffroi haut de quarante-cinq mètres, et à ses établissements militaires, entre autres au fort de Saint-François, longtemps appelé tète île Flandre, et qui communique avec la ville par une chaussée et par In Lys. la population est de 8,717 habitants.

Thérouanne, capitale de la Morinie, fut fondée par le préteur Licinius Tarvannus ou Tarvanicus. Quelques auteurs prétendent, il est vrai, que Licinius ne fit que l’agrandir et l’enfermer dans une enceinte flanquée de deux grosses tours. Quoi qu'il en soit, comprise dans la seconde Belgique, Thérouanne devint florissante sous l'administration romaine : six grandes voies y aboutissaient. L'énormité des impôts et les concussions des gouverneurs |H>ussèrent les habitants de la Morinie. à la révolte; mais Annolinus, lieutenant de Néron, les fit rentrer dans le devoir ( 63 ans après J.-C. ). Les premiers apôtres de Thérouanne furent deux nobles romains, appelés Fusricn et Victorie. Saint Antimnn passe toutefois pour son premier évêque régulier. Ce fut lui qui, sur h1 temple renversé du dieu Mars, éleva la cathédrale de Saint-Marljn ( 510). Si l'on en croit les chroniques du pays, Childéric avait une prédilection marquée pour cette ville. Chararic en fut roi, peu de temps après, selon U; témoignage de Grégoire de Tours : (’hlodwig l’y assiégea, l'y prit avec son fils Sighcbert, les fit raser tous les deux, et ensuite décapiter.

Thérouanne fut minée tour à tour par les Huns et par les Normands. Ceux-ci

AIRE. -THÉROUANNE.— SAINT- VENANT, revinrent en 881, au moment où les habitants, repeuplant leur cité déserte, y construisaient quelques tort dilations, et lu ravagèrent avec tant de fureur qu’en 909 l'évêque Étienne ne put même y trouver un asile. Vers 930, Arnoul-le-Grond, comte de Flandre, rétablit son enceinte et la réunit à son domaine; mais elle ne fut complètement restaurée que vers 998, par Robert 1", roi de France. Elle reprit bientôt toute son importance, car, nu xn' siècle, lorsque sairtt Kcrnnrd la visita , elle s'étendait sur les deux rives de la Lys. Les réparations et l'agrandissement de la cathédrale datent aussi de cette époque.

Vainqueurs à Courtray , les Flamands investirent Thérouaune en 1303. la place n'était alors défendue que par des fossés profonds, drs remparts et des tours en terre. Après un assaut de douze heures, la garnison se relira derrière la Lys, par la porte d'Airc qui était libre, et les Flamands, pénétrant dans In ville (Kir les autres portes, y mirent tout à feu et à sang. En 1339, le comte de Beaumont, plus connu sous le nom de Robert d'Artois, sollicita vainement les habitants de Thérouanpe de le reconnaître comme leur seigneur. Les Anglais s'en emparèrent après la Maille de Créry, et la livrèrent aux Flamands. L'évêque, Louis de Luxembourg, s'attacha, lors de la défaite d’Azincourt, nu parti anglobourguignon : le nom de ce prélat figure parmi ceux des juges qui condamnèrent Jennne-d’Arc.

En 1479, Thérouaune fut assiégée par l'archiduc Maximilien ; une sanglante Maille eut lieu à Enguinegatlc, non loin de la ville, entre lui et le maréchal d'Esquerdes; et l'archiduc, quoique resté maître du terrain, se vit contraint de lever le siège. Toutefois, en I486, Salezar, gouverneur de Douai, réussit à pénétrer dans la place, à la faveur d'une nuit obscure; Maximilien se hAta de l'approvisionner, mais le maréchal d'Esquerdes s’en ressaisit par surprise aussi , cette même année.

A l'époque de la ligue conclue entre le pape, l'Empereur et les rois d'Angleterre et d’Aragon, contre le roi de France, les Anglais entreprirent le siège de Thérouaune (1513). Maximilien accourut du fond de la Souabe pour y assister; il servit dans l'armée anglaise comme volontaire, et reçut de Henri VIII une paie de cent écus par jour. Une diversion tentée par les Français du côté d'Enguinegatte, eut le plus funeste résultat ; Bavard et le duc de Longueville y furent faits prisonniers. Thérouannc, après une défense héroïque de neuf semaines, fut forcée de se rendre ; les gouverneurs , Téligny et Créqui de Pontdormi , avaient stipulé que « mal ne semit faict aux habitants de la ville, ni icelle démolie; » mais les alliés n’observèrent point cette capitulation ; ils comblèrent les fossés et abattirent les murailles. François 1" les releva et fit de Thérouaune la principale de ses forteresses opposées aux l’ays-Bas. Los Impériaux dirigèrent contre elle, en 1537, une tentative qui échoua, gnlce à la promptitude avec laquelle la place fut ravitaillée. François I" appelait Acqs en Provence et Thérouaune o les deux oreillers sur lesquels le roi de France pouvoit dormir en paix. » Cependant lt« Impériaux, quand ils investirent cette dernière ville, en 1553, la trouvèrent presque dépourvue de tout. Les Flamands s'étaient joints à eux, dans un sentiment commun de haine contre les Français ; la résistance des assiégés fut longue et énergique ; François de Montmorency qui les commandait fut enfin réduit à demnn-

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dcr une capitulation : tandis qu'on en discutait les articles, les Impériaux et les Flamands se précipitèrent dans la ville et y commirent d’épouvantables désordres.

Churles-Quint fit raser Thérouanne jusqu'à ses fondements; une tradition rapporte même qu’on y sema du sel. Le territoire qu'elle occupait fut rendu à la France |iar le traité de Cateau-Cambrésis ; mais le roi prit l'engagement de n'y construire aucune cité ni aucun fort. Les villes voisines se partagèrent ses dépouilles, et l'on forma de son évéché ceux de Boulogne, d’Ypres et de Saint- Omer. Malgré le traité de Cateau-Cambrésis, Thérouanne fut pourtant rebâtie; mais elle n'avait pas encore épuisé toutes ses infortunes : les Français la ravagèrent en 1628, et massacrèrent une partie de ses habitants. Un siècle plus tard, environ, la plupart de ses maisons furent renversées par une tempête f 38 avril 1718), et un incendie la détruisit complètement, le 14 avril 1799. Relevée encore une fois, Thérouanne était, en 1801, l’un des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de Saint-Omer, lorsque ce canton fut incorporé à ceux (l'Aire et de l.umbrcs. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre v illage peuplé de 635 habitants. I.cs armoiries de Thérouanne étaient d' pourpre à la bordure de voir et à l'écusson iï or sur le tout.

Saint- Venant portait primitivement le nom de Papinghem , qu'llennebert fait dériver du teuton et qu'il traduit par habitation de Pépin, te lieu où devait s'élever celte ville était encore désert, au vnr siècle; en 753, un seigneur appartenant à une puissante famille du llainaut, s'y retira pour y vivre en ermite. Venant (c'était son nom) acquit en peu de temps uni- grande célébrité ; Isbergue, tille de Pépin, professait pour lui la plus haute estime, l’n prince anglo-saxon, attribuant aux conseils de Venant le refus que cette princesse faisait de sa main, se rendit à Papinghem, assassina le pieux solitaire et jeta son corps dans la Lys. Iles pêcheurs, l'ayant retiré de l'eau, l'inhumèrent à l’endroit où plus tard fut la place publique. Des miracles s'accomplirent sur son tombeau ; les pèlerins y accoururent en foule ; on l'enferma dans une chapelle autour de laquelle se groupèrent des maisons, et la nouvelle bourgade fut appelle Saint-Venant.

Lors de la première invasion des Normands, des forts ayant été construits sur toutes les rivières, Saint-Venant , qui se trouvait sur la Lys, fut du nombre des lieux fortifiés. Le bourg n'eut ainsi rien à souffrir de ces barbares, et sa population s'accrut en raison de la sécurité dont on y jouissait ; mais il excita bientôt la convoitise des princes du voisinage. Héribert II, comte de Vermandais, assisté de Robert de France, s'en empara en 918; à peine Robert s’était-il éloigné, que le comte de Flandre, jaloux de cette acquisition du comte de Vertnandois, traversa la Lys et fit avancer ses machines do guerre contre Saint-Venant |iour tenter l'assaut. Les troupes d'Héribert, n’espérant aucun secours, lui abandonnèrent la place, qui resta depuis dans le domaine des souverains de la Flandre.

F.n 1383, les Anglais assiégèrent Saint- Venant ; ils y entrèrent sans difficulté, car la ville n'était, à cette époque, protégée que par des fossés et des palissades. I.e gouverneur, Du Hamel, et les habitants se réfugièrent dans l'église, fortifiée selon l'usage du temps; les Anglais les y attaquèrent, firent Du Hamel prisonnier et promenèrent partout le fer et la flamme. Le cluUeaii seul fut respecté.

AIRE. — THÉROl 'ANNE. — SAINT- VENANT. 3*5

François lr', en 1537, ayant assis son camp à Pei nes, résolut de s'assurer de Saint- Venant, alin de se garantir de toute surprise, l.'aeeés de la place était alors défendu par de redoutables fortifications et une inondation générale, caron avait ouvert toutes les écluses ; sans compter une garnison nombreuse et aguerrie, et une artillerie formidable. I.es Français forcèrent toutefois les retranchements, poursuivirent les Impériaux l’épée dans les reins et pénétrèrent avec eux dans la ville. L'ennemi les en chassa, trois jours après; à cette nouvelle, Martin du Bellay, à la tète de mille hommes d'infanterie, marcha sur Saint-Venant, dont les fortifications avaient été en partie détruites et qui ne put lui opposer de résistance ; il n'osa pourtant y demeurer et se replia sur Lillers. En 1(45, Saint- Venant tomba ou pouvoir de (îassion; la place fut reprise, le 10 mai 1659, par Carlo Canipi, gouverneur d'Armentières pour le roi d’Espagne. Turennc l'investit en 1057, la prit, et la paix des Pyrénées 1a donna à la France. Le maréchal de Villars y établit, en 1709, un camp dont il existe encore quelques traces. Elle fut assiégée, en 1710, par le prince Eugène et le duc de Marlborough; au bout de treize jours de tranchée ouverte, le gouverneur capitula et sortit avec armes et bagages. Enfin le traité d'tltrceht rendit cette ville nu roi de France (1713).

Saint- Venant avait autrefois le titre de comté et de bailliage; c'est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Béthune : sa population atteint le chiffre de 2,*07 habitants. Le commerce et l'industrie sont h peu près nuis dans cette ville ; son établissement le plus considérable est un hospice d'aliénés. On remarque dans l’église des fonts baptismaux en marbre noir de Tournai ; ce monument date du XIe siècle; il a appartenu à la cathédrale de Thérouannc. Thérouannc a vu naître plusieurs personnages recommandables ; nous citerons entre autres : Grimbold, l’un des moines de Saint-Bertin qui, sur les instances d'Alfred , allèrent en Angleterre y apprendre la science ; Jean , évéque de la v ille , auteur d'une histoire de Robcrt-lc-Frison, comte de Flandre; Gautier, chanoine, qui a composé la vie de Charles-le-Bon. Batdéric , auquel on doit la chronique de fambray et d’Arras, fut chantre de la cathédrale de Thérouannc ; enfin, Antoine Sandcnts, dont les travaux ont répandu tant de jour sur l'histoire de Flandre, fut érolètre et pénitencier de la même ville. Aire a des fabriques de chapeaux , d’étoffes de laine et de fil, et de carreaux en faïence très-recherchés, des savonneries, des amidonneries , des tanneries, des distilleries de genièvre et des radineries de sel ; on y fait le commerce des grains et des graines grasses , des huiles, des vins, des eaux-de-vie, du charbon et du fer. 1

1. Mulhnruq, De Morinis et Morinorum rebus. — Notre-Dame panetière, notice historique airienne, par M. Jules Rouyer. — Nous dc connaissons d'histoire proprement dite de la ville d'Aire que le Petit narré (te la fondation et des fondateurs d'Aire , avec ses autres princes souverains et bienfaiteurs jusqu'à présent (1699), manuscrit copié d’après l'original de M Campiou, natif île celte ville, et conservé dans les archives «la département du Pas-de-Calais. — Piers t Histoire de Thérouanne. — L. Collet, Notice historique de Saint-Omer, suivie de celle ds Thérouannc et de Toumehem. — Carpentier, Histoire de Cambrai et du Cambrésis. — Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie. — llarltavillr, Mémorial du Pas de-Calais, — Annuaire statistique du Pas-de-Calais, par Leducq et Alexandre.

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