‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 99 sur 128 · II · texte numérisé non relu

II

ANJOU

Les jésuites furent expulsés de France en 1762. I.e régime du collège changea. En 1764, il fut érigé en école militaire où devaient être reçus les enfants des gentilshommes blessés ou morts à l'armée. Cette organisation dura jusqu'en 1775. Pendant cette période, les élèves qu'on peut citer, parmi ceux qui sortirent de l'école, furent Dupetit-Thouars, mort à Aboukir, et le général Hedouville entre autres. En 1776, l’école militaire de La Flèche fut supprimée; le collège fut rétabli et confié à la congrégation de la Doctrine chrétienne qui y enseigna jusqu’à la révolution , mais avec infiniment moins de succès que ne l'avaient fait avant elle les jésuites.

La ville de La Flèche fut deux fois prise par les Vendéens, en 1793, le 1" octobre, sans qu'on se fût préparé à une défense et sans qu'on se défendit, et le 17 du même mois , après une vigoureuse résistance de la garde nationale qui ne dut son désavantage qu'à son infériorité numérique. Le 28 septembre de la même année le cœur de Henri IV, celui de Marie de Médicis et les restes de Fouquet de la Varennc avaient été arrachés de l'église du collège par le peuple , apportés sur la place publique et brûlés en présence du conventionnel Thirion. La haine des mauvais souvenirs était telle qu'elle ne savait plus distinguer les grands souvenirs pour les respecter, ou pour les épargner au moins dans le déchaînement de ses colères !

L’essai fait à La Flèche d'une école militaire , en 1764, a été repris sous l'empire et continué sous la restauration Aujourd'hui La Flèche est un collège royal militaire, institution préparatoire où sont admis, comme boursiers , dans une large proportion, les enfants des officiers pauvres ou tués à la guerre.

La Flèche est, après Angers, la ville de l'Anjou qui compte le plus d'hommes remarquables. Le jurisconsulte Chopin , le P. Martenne , Lazare Baif , littérateur et diplomate ; Joseph Sauveur , mathématicien très-distingué ; l'astronome Picard, membre de l'Académie des sciences; Menou de Turbilly, agronome et premier créateur des sociétés d'agriculture en France; et, parmi les contemporains, M. Théophile Thoré, littérateur spirituel et publiciste distingué, sont nés ù La Flèche ou dans les environs.

La Flèche n'est pas riche en monuments ; quand on a vu ce qui reste des débris de son château et les édifices de son collège, on a vu à peu près tout ce qui mérite quelque attention. L'aspect de la ville est celui d’une tranquillité élégante, aisée et satisfaite d'elle-même; les environs en sont charmants. C’est là, au château d’Yvandeau, que David Hume a composé une partie des ouvrages qui l'ont rendu célèbre, La ville était le chef-lieu d'une élection avant la révolution; c'est aujourd'hui le chef-lieu d’un des arrondissements du département de la Sarthe. Son commerce consiste en poulardes dites du Mans, en grains et en fruits cuits. La Flèche a 8,000 habitants et l'arrondissement 100,400.'

1. Bourdigné, Annales de V Anjou. — Hiret, Antiquités d'Anjou. — Marchegay, Archives d'Anjou. — Godard Faultrier, l'Anjou et ses nionuments. — Bodin, Angers et le bas Anjou. — Le mémo , Saumur et le haut Anjou. — Marchant de Burbure, Essais historiques sur La Flèche. •- Ménage , Histoire de Sablé.

CHATEAUGONTIER

CB ATI AVIVE VF. — BVHTAL

Chàteaugontier, Chàteauneuf et Durtal se partagent la garde et la surveillance des vallées de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir. Us trois rivières , au-dessus d'Angers, et avant d'y avoir réuni leurs eaux dans le même lit, forment une espèce de trident dont les trois villes offrent, offensivement et défensivement, comme la triple pointe ou la triple fourche.

Chateaugontier date de Foulques-Néra. Le lieu qu'occupe la ville ne réunissait avant lui que quelques familles de serfs et quelques huttes grossières. C'était une simple métairie, du nom de lias il ira , dont on a fait en français Razoche ou Razouge , appartenant à l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers. Foulques en obtint la cession , pour partie au moins, en échange d’autres terres qu’il abandonna à l’abbaye, et y lit élever un château qu’il appela Castrutn Gontirri (1037). Ce fut là le commencement de la ville. Chàteaugontier fut concédé par Foulques-Néra à Renaud , l’un de scs chevaliers, dont la postérité ne s'est éteinte qu’au xiv* siècle. Cette longue famille est restée sans célébrité. Renaud, son fondateur, partisan de Foulques- Itechin , et tué dans une émeute à Angers par les partisans de Geoffroy-le-Harbu ( 1060), Renaud II , son fils, qui prit part à la première croisade (1096), et Alard IV, qui fonda un hôpital à Chàteaugontier (1J06), sont les seuls de ses membres qui puissent donner lieu à une mention. Après scs premiers seigneurs, Chàteaugontier a éprouvé diverses mutations auxquelles ne se rattache aucun souvenir de quelque intérêt. En 1431, il appartenait à Louis d'Amboise, sur lequel il fut saisi par Charles VII, qui le réunit à la couronne. En 1472, Philippe de Commines le reçut en don viager de Louis XL Enfin, en 1656, il passa par engagement à Nicolas de Bailieul, président dû parlement de Paris, et fut ensuite, en sa faveur, érigé en marquisat, de baronnie qu'il avait été jusqu'alors. Sous les comtes d'Anjou, les seigneurs de Chàteaugontier portaient le titre de connétables de la province.

En 1006, Chàteaugontier fut assiégé et pris par Conan II, duc de Bretagne, qui précisément mourut en faisant son entrée dans la ville. Conan était sur le point de porter la guerre en Normandie, et d’attaquer Guillaume-lc-Conquérant au milieu des préparatifs qu’il faisait pour son expédition d’Angleterre. Un gentilhomme , vassal à la fois des deux ducs et attaché au service personnel de Conan , offrit à Guillaume de le débarrasser de son ennemi, ou tout au moins eut la pensée officieuse de rendre ce service au duc de Normandie. Il empoisonna les gants du duc de Bretagne, son cor, la bride de son cheval, et Conan, le jour où il entra dans Chàteaugontier, saisi par la violence du poison, en portant la bride

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de son cheval à la bouche, expira presque immédiatement. Pendant le moyen Age et jusqu'à la révolution , ChAteaugontier a été une ville toute cléricale. Quatre conciles provinciaux s'y sont réunis, en 1-231, 1251, 1208 et 133G. Un collège, fondé par son clergé et placé sous son influence, a eu, pendant longtemps, une certaine célébrité dans la contrée. I.'abbé Bernicr, connu dans les événements de la Vendée sous le nom de curé de Saint-Laud, depuis évéque d'Orléans, et l’un des négociateurs du concordat, y fit scs études. CbAteaugouticr eut à souffrir assez cruellement des guerres de la Ligue; il fut plusieurs fois pris, repris et occupé par les partis opposés. En 1593, notamment, Bois-Dauphin en (U raser les faubourgs, sans épargner un couvent, une église et un hospice qui s’y trouvaient, afin que l'armée royaliste ne put pas venir s'y établir pour l'assiéger. Par un édit de 1630, Louis XIII créa un présidial à ChAteaugontier. Un autre édit, rendu sous Louis XIV (1692), organisa le corps municipal. Cette ville tomba, en 1793, au pouvoir de l'armée vendéenne, qui ne fit qu’y passer, mais qui y signala tristement son passage en faisant fusilier ou massacrer quelques-uns des hommes les plus influents de l'opinion révolutionnaire.

ChAteaugontier s’élève en amphithéâtre sur les bords de la Mayenne. L’apparence de la ville est très-belle, la réalité vaut moins; sa principale église, construite sur un monticule, domine la rivière de cent pieds, et laisse voir de loin la flèche de son clocher s'élançant à l'horizon. Celte église date du x" siècle, et, malgré les changements et les réparations qu'elle a subis à diverses époques , elle offre encore un type de son architecture primitive très-curieux à étudier. Du chAteau de Foulques il ne reste plus que quelques ruines. Avant 1789, la ville de ChAteaugontier était le siège d'une élection ; aujourd'hui , elle est le chef-lieu d'un des arrondissements du département de la Mayenne. Du reste, elle conserve le cachet de son passé, dévote toujours, et lentement renouvelée, soit dans scs mœurs, soit dans ses constructions. On y compte de 6 à 7,000 habitants, et l'urrondissement, dont elle est le centre administratif, en renferme 74,741.

Si d'Angers on remonte la Sarthe jusqu’à une distance de quatre ou cinq lieues, on rencontre un bourg d'un aspect morne. Ce bourg s’appelle ChAteauneuf; c’est le moins ambitieux de tous les chefs-lieux de canton. Dans d'autres temps, ce fut une des métropoles de l’Anjou , \'ex œquo hiérarchique d'Angers. Qui pourrait s'en douter en le traversant aujourd'hui? Le comté d’Oulte-i Vaine a existé là, compris et comme retranché dans les fourches de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir. ChAteauneuf, alors appelé Seronne, en était la capitale. C'est autour de ce point qu’eut lieu la lutte de Robert-le-Fort contre les Normands et les Bretons ; c’est non loin de là , à la distance d'une lieue , que Robert fut tué en assiégeant Hnstings et une troupe de Normands dans l'église de Brissarlhe (869); c'est , enfin . à ChAteauneuf que le corps de Robert , ramené de Brissarthe, reçut la sépulture ; de telle sorte que cette ville, si petite et si obscure, peut se vanter d'avoir reçu la dépouille du fondateur de la race capétienne et de tenir le premier anneau de cette chaîne dynastique qui est venue jusqu'à nous.

L'importance de ChAteauneuf n'a été que d’un jour. La restitution du comté d' (tutre-IHaine à l’unité provinciale, dont il n’avait été qu'un démembrement de

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circonstance, a fait retomber cette ville au rang modeste qu'elle n’a plus quitté depuis. Sa population est tout au plus aujourd'hui de 1,200 habitants. Geoffroy Planlagcnet, pendant sa guerre contre llobert de Sablé , en lit reconstruire le château (1131) C’est à partir de cette époque et en raison de ce fait que la ville prit le nom de Châteauneuf et qu’elle abandonna celui de Seronne. Châteauneuf fut donné par Philippe-Auguste à Guillaume Desroches, duquel il passa, par mariage et successivement , aux Craon , aux Sully , aux I,a Trémouille , etc.

Durtal, sur la rive droite du Loir, est, comme Clidteaugontier, une fondation de Foulques-Nérn. Geoffroy-Martel, fils de Foulques, le donna â un de ses hommes d'armes, nommé Hubert, dont la famille des La Suie-Champagne, longtemps propriétaire de cette ville, tire son origine. Des La Suie-Champagne, Durtal est passé dans un grand nombre de mains , par vente ou autrement ; il a appartenu, entre autres, à François deScépeaux la Vieilleville, en faveur duquel il fut érigé en comté ( 1564) , au maréchal de Schomberg, et à la famille de Larochefoucauld-l.iancourt en dernier lieu.

Durtal n’a de remarquable que son château, qui élève au-dessus de la verdoyante vallée du Loir ses donjons noirs et vieux , et qui domine le bourg de la manière la plus pittoresque. Ce château a été successivement réparé et augmenté ; la main de plusieurs siècles et de diverses architectures se reconnaît dans scs constructions. Il a donné, sous François de La Vieilleville, l'hospitalité à deux rois, Henri II et Charles IX. Henri II y reçut, pendant son séjour ( 1550), les ambassadeurs anglais, qui apportaient la ratification du traité de reddition de Iloulogne. Charles IX y resta près d'un mois (1571), chassant dans la forêt de Cliambiers, et échappant du mieux qu'il pouvait h cette longueur maladive dont il était marqué comme du sceau d'une prédestination sinistre. Pendant que Charles IX était à Durtal, La Vieilleville mourut empoisonné. I.c maréchal se trouvait plus que jamais en possession d'un grand crédit dans l’esprit du roi : l'envie fut-elle l'obscur et perfide écueil où se brisa sa vie? Il avait de la loyauté et de la générosité : Catherine de Médicis craignit-elle de rencontrer en lui un homme qui ne serait ni un ennemi qu'elle pourrait perdre, ni un instrument dont il lui serait possible de se servir? Quoi qu’il en ait été, l'intention et les auteurs du crime sont restés inconnus. Le château de Durtal a été vendu et sert aujourd'hui d'habitation à plusieurs familles qui s'en partagent la propriété ou la jouissance. La ville est un chef-lieu de canton du département de Maine-et-Loire ; la route de Paris â Nantes par le Mans passe au milieu. Sa population est de 3,407 habitants.

Le pays qui s'étend du Loir à la Mayenne , complexe et en même temps peu tranché dans ses caractères, est une contrée de transition entre l'Anjou français et l’Anjou breton. Durtal est encore dans l’Anjou français; on entre dans l’Anjou breton à Châteaugontier. Nous n'avons rien à dire sur le commerce de Châteauneuf et de Durtal; celui de Châteaugontier a principalement pour objet les fils de lin et les bois. Cette ville a quelques manufactures de toiles, de coutils et de flanelle. Le jurisconsulte Mathieu Pinault, jésuite , oratorien ensuite, puis avocat, et enfin premier président du parlement de Tournay ; Pean de La Thuilerie, auteur d'une Description d'Angers, et l'abbé Dernier, dont nous avons déjà

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eu plusieurs fois l'occasion de parler, sont nés à Chàteaugontier ou dans ses environs. Jacques Dovjou, jurisconsulte et poète, maître des requêtes et chef du conseil de Catherine de Médicis, reçut le jour à ChAlcauncuf. Guillaume Filaslre, savant helléniste et cardinal, et François Errault, garde des sceaux en 1543, naquirent tous deux à Durtat. 1

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