‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 98 sur 128 · I-A FLÈCHE · texte numérisé non relu

I-A FLÈCHE

en route pour l’Anjou , non à pied , suivant la remarque d’un historien , mais dans de bons carrosses. On partit à la pointe du jour, de peur qu’il ne se fit dans le peuple quelque sédition contre les jésuites, qu’on accusait hautement d’étre les complices et les instigateurs de Ravaillac. Les Parisiens ne purent ainsi voir partir le cortège funèbre, « encore bien, » disent les relations contemporaines, a que les laquais des seigneurs qui s’y trouvaient prissent soin de racler de porte en porte pour avertir un chacun. »

Sur toute la route de Paris A Iji Flèche le cœur du roi fut l’objet de toutes sortes d’honneurs civils et religieux. Sou arrivée dans cette dernière ville donna lieu à une très-vive altercation entre le curé de la paroisse de Saint-Thomas et ' les jésuites du collège. Le curé prétendit que c’était à lui qu’il appartenait de recevoir le cœur, et que les jésuites ne l’auraient qu’après qu’il aurait dûment passé par son église. Les jésuites , au contraire , prétendirent qu’ils avaient le droit de le recevoir directement et que le curé de Saint-Thomas n’avait pas à se mêler dans cette cérémonie. Fouquet de la Varenne intervint et imposa au curé et aux jésuites une transaction d’après laquelle les uns et les autres devaient aller sur deux rangs parallèles au-devant du cortège , le conduire à l’église , et de là nu collège dans des conditions rigoureuses d'ex tei/uo. C’est, en effet, ce qui eut lieu et ce qui amena le petit scandale que voici : le recteur îles jésuites , qui marchait à cèté du cilié de Suint-Thomas , lui dit en entrant dans In Ville : « Ilot non oral eum asino ( un bœuf ne s’attèlc pas avec un Ane). » Le curé répliqua vertement :

« Je pourrais vous répondre en latin , mais je veux que tout le monde entende ma réponse. La voici : Un âne comme moi vont mieux qu'un biruf écorné comme loi. » Pour entendre ce mot de bœuf écorné, il faut se rappeler, suivant Burhurc, que le bonnet de jésuite avait primitivement quatre cornes, et que depuis la tentative et le procès de Jean Chàtel, dans lequel Ira jésuites furent impliqués, ce bonnet avait été réduit à trois cornes.

Depuis Henri IV jusqu’à la révolution, l’histoire de La Flèche passe et s'absorbe pour ainsi dire dans celle de son collège. Les faits à mentionner hors de là sont au moins peu nombreux et peu notables. En 1620, cette ville fut prise, occupée un moment par Marie de Médicis , en guerre avec son fils , puis abandonnée à l’approche de l’armée royale. Le cœur de la même Marie de Médicis, morte en exil, fut, ramené en 1643, à La Flèche et placé à cèté de celui de Henri IV.

En 1771, on construisit une nouvelle maison-commune, qui, bien qu'inachevée, forme un des édifices remarquables de la ville. Enfin , la seigneurie de La Flèche passa, par mariage, dans la maison de fîhoiseul-Praslin à la quatrième ou cinquième génération de la postérité de Fouquet de la Varenne, et elle y demeura jusqu'à la révolution. Voilà tout ce qu’on peut dire.

Quant au collège, il brilla d’un véritable éclat. Descartes, le rhancclier Voisin, le prince Eugène de Savoie, l’avocat-général Séguier, et Pasquier, conseiller au parlement de Paris, connu pour la part active qu’il eut à l’expulsion des jésuites , y firent leurs études, llrumoi , auteur d’une traduction du théâtre des Lrccs . Desfontaines, rédacteur du Journal des Savants, Fréron, l’ennemi personnel de Voltaire, et Grcssct , auteur du poëme de Vert- Vert, y professèrent successivement.

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