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Histoire des villes de France

I.'Alsace est une des provinces les plus pittoresques de In France, et , en même temps , une des plus riches par la Fertilité et les productions diverses de son sol, par l'industrie de ses habitants; c'est un magnifique bassin où In nature se plaît à réunir toutes ses richesses.

I.e voyageur, qui en domine toutes les pailles, lorsque apres avoir traversé la Lorraine, il a atteint le sommet le plus élevé de In dernière chaîne des Vosges, reste saisi d'admiration. D’abord sa vue est Frappée du grand nombre de villages qui y sont groupés et que l'éloignement semble réunir en une seule cité ; il arrête scs regards sur les édifices les plus élevés qui désignent les villes et surtout sur la prodigieuse flèrlie de Strasbourg : ensuite il les reporte avec ravissement sur In ligne chatoyante du Rhin , derrière laquelle se dressent les mon-.

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tagnes de la Souabe , le» glaciers de la Suisse et plus loin les sommets neigeux des Alpes.

Resserrée entre les Vosges et les monts d'Allemagne, l'Alsace avait pour limites : au midi, la Suisse et la Franche-Comté; au nord , le Palatinat; à l'orient, le Rhin; à l'ouest, la Lorraine. Sa superlieie était d’environ trois cent quatrevingt-neuf lieues carrées. On la divisait en haute et basse Alsace. La ligne de séparation des deux pays, auxquels on a donné successivement les noms de I

comtés et de landgraviats, avait, de tout temps, été marquée par le ruisseau d'Eckenbqch, lequel coule du couchant au levant, entre Guémar et Schlestadt, ou plutôt par le fossé appelé Landgraben, creusé dans la direction de ce ruisseau. La haute Alsace, qui a eu pour capitales Ensisheim , Brisach et en dernier lieu Colmar, comprenait le Sundgaw (pays du sud) séparé du reste de la province par la Tbur et dont Belfort était la ville principale ; on y plaçait encore la principauté de Montbéliard, dont il a été parlé dans la Franche Comté. La basse Alsace s'étendait jusqu’à la rivière de la Queich qui baigne la ville de Landau. Indépendamment du Landgraviat proprement dit, elle comprenait le bailliage de llaguenau, la principauté de Lutzclstein ou de la Petite-Pierre, le comté de Hanau ou de Lichtemberg , quelques autres seigneuries moins importantes, et la partie du Wasgau dont Wissembourg était la principale ville. La basse Alsace n’a jamais eu d’autre capitale que Strasbourg ; on comptait dans ce pays neuf villes autrefois libres ou impériales: Strasbourg, Haguenau, Schlestadt, Wissembourg, Obernay, Rosheim, Seltz qui n’a jamais eu d’importance, Landau et Hagenbach qui n’appartiennent pas à la France. La haute Alsace en renfermait cinq : Colmar, Kayserberg, Münster, Turckeim et Mulhouse.

Toute la partie occidentale de l’Alsace est bornée par la chaîne des Vosges qui se développe sur une largeur de dix à trente kilomètres, et va se réunir dans sa partie méridionale a la chaîne du Jura. La chaîne des Vosges est, en général, de formation porphyrilique; on y rencontre çà et là des masses de granit, mais de formation postérieure aux granits primitifs qui font la base des Alpes. Les sommets les plus élevés sont dans la haute Alsace; ils out presque tous la forme paraboioldale , ce qui leur a fait donner dans la province le nom de Ballons ( beleAen). Le Ballon de Gucbviller a quatorze cent trente-trois mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans la basse Alsace . le plus haut sommet , celui du llochfeld, n’a pas plus de mille quatre-vingt-quinze mètres. Tous ces sommets sont accessibles et on y trouve à peu près partout la terre végétale ; mais les plus élevés sont couverts de neige depuis le mois d’octobre jusqu'au mois de mai, et souvent plus tard encore, de sorte que la végétation y est peu vigoureuse. (In y rencontre plusieurs plantes des Alpes. Partout les pentes des montagnes sont couvertes de belles forêts, au milieu desquelles on trouve des chalets et quelques fermes entourées de champs et de prairies. La partie basse , à l'orient, est toujours plantée de vignes. Un grand nombre de charmantes vallées traversent les Vosges, et elles sont remarquables, non-seulement par les beautés naturelles qu'elles renferment, mais encore par l’industrie qui s'y est développée. Nous citerons, dans la haute Alsace, le val de Sainte-Marie-aux-Mines; la vallée de Ribeauville; celle d'Orbev, si riche en vues pittoresques; les vallées de Soultzmatt, de

Il I S TOI H K GÉNÉRALE. :»

Florival , de Saint-Amarin , de Massevaux et de Giromagny ; dans la basse Alsace, celles de Villé, d'Andlau, de Barr, de la Bruche et de Niederbronn.

De nombreux ruisseaux descendent des Vosges. Quelques-uns, arrêtés dans leur cours par des obstacles naturels, forment des lacs remarquables par leur élévation ou leur étendue. Tels sont , dans la haute Alsace, le lac Blanc entouré presque de toutes parts de rochers escarpés, dans lesquels les échos multiplient les sons it l'infini ; le lac Noir, qui doit son nom à la teinte sombre que donnent à ses eaux les rochers couronnés de noirs sapins , dont il est environné ; celui de Daren et le lac du ballon de Guebviller. D’autres ruisseaux sc précipitant du haut des rochers, forment de magnifiques cascades; nous cilerons celle du Heidenbad, dans la vallée de Saint-Amarin, et celle du Nideck qui a plus de cent pieds d'élévation. Toutes les eaux qui sortent des vallées vont se répandre par mille canaux dans la fertile plaine quk s'étend , sur une pente douce , du pied des Vosges nu Rhin , et se réunissent pour former d’autres cours plus importants et aller ainsi grossir les eaux du fleuve. L’une des principales rivières de l’Alsace, FIII, prend sa source sur la frontière sud , coule vers le non! , en arrosant les villes les plus importantes , et se jette dans le Rhin à deux lieues de l’autre côté de Strasbourg. Elle est navigable avant même d’entrer dans la basse Alsace, et parait avoir donné son nom à la province. On prétend, en effet, que des deux mots allemands ill ou *// et sms, lequel signifie habitant, on a formé la dénomination Klsass, habitants des bords de l’Ill, transformée plus tard en celle d’Alsaciens, du nom latin de la rivière A/sa. Les autres grunds cours d'eau sont : Fischer, la Moder, la Surbach , la Scltzbach , la Lauter et la Queich qui se jettent aussi dans le Rhin ; et la Largue, la Doller, la Thur, la Lauch , la Fecht, la Blin J , la Liepvrette, la Zembs, la Scher, l'Andlau, l’Ergers, la Bruche et la Souffel, qui toutes grossissent FUI. Plusieurs canaux font communiquer entre eux ces divers cours d’eau; mais le canal le plus important pour l’Alsace est celui de Napoléon, qui joint le Rhône au Rhin et fait par conséquent communiquer la mer d’Allemagne avec la Méditerranée, lin canal qui ne sera pas moins utile à la province, celui de la Marne au Rhin, est maintenant en construction.

A toutes ces richesses du sol, à toutes ces beautés de la nature, l’Alsace réunit un climat tempéré, un air pur et salubre. En général les hommes y jouissent d’une santé robuste et les femmes d’une grande fraîcheur et d’une forte constitution. Cependant, le voisinage des montagnes y occasionne des changements subits de température, contre lesquels il faut avoir soin de se prémunir en conservant des vêtements chauds. Les hivers y sont ordinairement longs et les étés orageux. A tout prendre , peu de pays ont été plus favorisés de la nature que cette province ; aussi dans tous les temps les puissances voisines en ont-elles convoité la possession. Sa position, au centre de l’Europe, en a fait d’ailleurs une espèce de champ clos où toutes les rivalités princières se sont donné rendez-vous.

En adoptant les traditions conservées dans le pays , nous pourrions raconter des merveilles et faire du bassin de l’Alsace un lac immense qui se serait desséché lorsque les eaux du déluge se retirèrent ; mais ces époques reculées ne sont point du domaine de l’histoire. On retrouve dans les Vosges quelques débris épars des Celtes, et l’on sait qu’à cette époque la haute Alsace, et surtout le Sundgaw, eut fort à souffrir de l’invasion d’Arioviste. Alors , la province n’avait pas de déno-

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initiation géographique qui lui fût propre, et scs divers cantons prenaient les noms des peuples qui les habitaient. Les Itauraques étaient établis à l'extrémité méridionale de la haute Alsace; le reste appartenait aux Séquanai », dont le pays comprenait Gramatum (OITemonli, Lurgn (Largitzen), Arialbin (Binningen, près de Bâle), Hritiac (Vieux Brisach), Olin (OEdenbourg), Argenlovaria iHorbourg), etc. Toute la basse Alsace, occupée d'abord par les Médiomatriks , avait été ensuite envahie par les Triboques, peuple d'origine germanique. Les villes les plus connues, dans cette contrée, étaient Argentorat (Strasbourg), H tiret (Eli , près de Benfeld ) , llrocmimg ( Brumath) , et Sa Ici (Seltz). Tel était l’état du pays à l'arrivée de César. Après la conquête, la haute Alsace lit d’abord partie de la Lyonnaise, puis de la grande Séquanaise; la basse Alsace, de la Germanie supérieure, et, plus tard, de la Germanie première. Pour arrêter les invasions des peuplades germaniques, les liomains firent élever, sur les ivords du Khin, cinquante forts dont la garde fut confiée à huit légions, que commandèrent successivement Drusus, Germanicus , Silius, etc. En même temps, les villes celtiques furent agrandies et embellies; d'autres s'élevèrent; la hache fit tomber des forêts vierges encore; des routes sillonnèrent en tous sens le pays; le sol fut cultivé : enfin, les mœurs s'adoucirent, la religion se transforma, et Mercure remplaça Teutat comme dieu tutélaire du pays.

L'Alsace, sous les Romains, jouit pendant deux siècles d'une tranquillité parfaite qui ne fut qu'un instant troublée par la révolte de Civilis (l'an 70); mais l’apparition des Alamans et des Franks sur les bords du Rhin, au commencement du ni' siècle, la jeta dans une agitation guerrière qui nuisit à sa prospérité et s'accrut bientôt encore par la rivalité des nombreux usurpateurs de la puissance impériale. Cependant, grâce â la valeur de Crispus, elle trouva quelque repos sous Constantin ; mais après la mort de ce prince (337 ), elle fut de nouveau livrée à l’avidité et aux brigandages des barbares. Ce fut en vain que Julien les battit, non loin d'Argentorat, et envoya prisonnier à Rome leur roi Chnodomar (357); ils s'enhardirent, après la mort de cet empereur, et repassèrent le Rhin avec une fureur nouvelle. Gralien les battit encore près d’Argentovaria (378), et pacifia pour quelque temps la province. Sous Honorius, tout fut perdu. Stilicon ayant rappelé une grande partie des troupes qui occupaient les bords du Rhin , les Barbares s’avancèrent en foule de ce côté : comme un fléau destructeur, ils s’abattirent sur l'Alsace et en firent un désert. Aux Vandales et aux Alains succédèrent les Alamans , qui campèrent d'abord au milieu des ruines que les premiers avaient faites et qui finirent par s’y fixer (407) ; mais iis n'eurent ni la tranquillité ni le temps nécessaires pour y fonder des établissements durables : après avoir vu leurs habitations une première Ibis renversées par les bandes d’Attila (451), ils succombèrent sous les efforts des Franks (496). La victoire de Tolbiac est un fait de la plus haute importance dans l'histoire de l'Alsace ; Chlodwig accorda à cette malheureuse province une protection toute spéciale et bientôt elle se repeupla. Déjà, depuis deux siècles environ , le christianisme y avait été introduit par saint Materne ; bien que les progrès de la religion nouvelle y eussent été lenls, il parait certain qu'il y avait déjà un évêque à Strasbourg dans la dernière moitié du iv* siècle.

Conquise par les Franks, l'Alsace fut d'abord comprise dans le duché d'Alé-

manie; ensuite elle forma un duché particulier du royaume d'Austrasie; puis, séparée de ce royaume, à la mort de Childchcrt II, elle devint, après le traité de Verdun , une des provinces du nouveau royaume de Lorraine. Elle était alors divisée en cantons (guae), administrés par des comtes, et en terres franches ou mundats (immunilalet), qui appartenaient aux églises et avaient des administrations particulières. Les comtés renfermaient plusieurs résidences royales, entre autres, Sercntz, lllzach, que Dagobert II habita pendant longtemps; Isembourg, près de Rouffach, où par une riche donation le même prince jeta les fondements de la puissance des évêques de Strasbourg, etc. Il u’y eut que cinq ducs particuliers d'Alsace, dont le fameux Élicho fut le troisième (666-690). Fils d'un des principaux propriétaires du pays, ce seigneur eut une nombreuse postérité de laquelle sont sorties plusieurs familles régnantes ; la plus illustre est celle de Ilohenstauffen. Quelques historiens rattachent aussi à celte souche la dynastie des Capets. Éticho employa une grande partie de sa fortune à des fondations pieuses et laissa une tille, sainte Odile, dont le nom est en grande vénération dans le pays. Quoique la dignité ducale ne fût pas alors héréditaire, il la transmit à son Gis Adalbert, qui eut luimême pour successeur son GIsLuitfrid. Après ce dernier duc, qu’on sait avoir vécu vers le milieu du vin* siècle, les descendants d'Éticho ne portèrent plus que le titre de comtes, et l'Alsace fut administrée par des commissaires royaux, ou envoyés de la chambre ( nuntii cumerœ). Cependant le roi de Lorraine, Lothaire II, rétablit un moment la dignité ducale en faveur de Hugues, son Gis naturel ( 867 ). C'est sous son règne que la province fut incorporée à l'empire germanique. L'un des événements les plus remarquables de la période franque dans l'histoire d'Alsace, est l’odieuse trahison, qui, ourdie contre Louis-le-Débonnairc, près de Colmar, entre le pape et les (ils rebelles de cet empereur, fut consommée à quelques lieues de là. Le champ où les deux armées sc rencontrèrent , le Champdu-Mensonge , comme l’appellent les historiens, n’est pas bien connu ; mais l’opinion générale désigne une vaste plaine dans les environs de Sigolsheim.

Lothaire étant mort (870), scs deux frères Charles-le-Chauvc et Louis se partagèrent ses états : le pays entre le Rhin et les Vosges se trouva réuni à l'Allemagne, après lui avoir été pendant quelque temps disputé par les Franks. Bientôt l'Alsace fut ravagée par les Normands; Hugues, qui avait conservé son titre de duc, s'étant allié à ces pirates, dans l'espoir de rentrer en possession de l'ancien royaume de Lorraine (885), l'Empereur le Gt saisir; on lui creva les yeux et il alla finir misérablement ses jours dans l’abbaye de Prum. Charles-le-Gros était alors en Alsace (car il y a passé les dernières années de son règne dans son château de Kirchheim), activement occupé à combattre les intrigues qui enGn le renversèrent à la diète de Tribur. Après sa déchéance, le nouveau roi de Bourgogne voulut s’emparer de l’Alsace; mais Arnoul de Germanie la réunit à la Lorraine et forma de ces deux provinces un petit royaume pour son Gis Zwenlibald. Ce jeune prince, violent et débauché, n'ayant pu se maintenir sur le trône, ses états rentrèrent sous la domination immédiate de l’Empire. Le roi de France Gt d'inutiles efforts pour les enlever a l’empereur d'Allemagne, Louis-l'Oiseleur (9-25). Il ne fut pas plus heureux sous Othon-le-Grand (956-973), qui sut conserver intact l’héritage

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de son père. L'administration de l’Alsace fut confiée nu due de Souabe, et celui-ci prit le titre de duc de Souabe et d'Alsace. Ce régime devait durer trois siècles et demi et compter vingt-six ducs, dont les quinze premiers appartinrent il différentes maisons d’Allemagne et les autres à la maison de IIohenstaufTen.

L’Alsace ne pouvait rester neutre dans la grande querelle des investitures : elle en fut d’autant plus agitée que les seigneurs de la province embrassèrent des partis différents. Les évêques de Strasbourg et de Bille se prononcèrent en faveur de Henri IV contre le pape, tandis que les comtes de Hapsbourg, d'Eguisheim et de Zæhringen se rangèrent du côté de l'anti-empereur Rodolphe, duc de Souabe et d'Alsace ( 1077 ). Les deux prélats ravageaient déjà les terres de leurs ennemis, lorsque l’année impériale , commandée par Erédéric de Hohenstauffen, alla chercher en Thuringe le rival de l'Empereur. Rodolphe fut tué a la bataille de Volcksheim, et Henri, pour récompenser Frédéric, qui devait bientôt devenir son gendre, lui conféra le duché de Souabe et d’Alsace (1080), dont il lui assura la possession contre les prétentions du comte de Zæhringen. Otton de IIohenstaufTen partagea la faveur de son frère, et l’évêque de Strasbourg étant mort frappé d'apoplexie sur le champ de bataille, il fut nommé à sa place. Tout rentra dans l'ordre. Le comte Hugues d'Eguisheim ne jouit pas longtemps du retour de la paix : il périt, dit-on, assassiné, dans un des châteaux de l'évêque de Strasbourg, où il avait été reçu. L’Alsace fut tranquille pendant la dernière année du règne de Henri IV et sous le règne de Henri V, grâce à l'administration prudente et ferme du nouveau duc, continuée par s .n fils Frédéric-le-Borgne (1105). Henri visita deux fois l’Alsace. Venu, en 1106, pour attirer dansson parti les seigneurs du pays, il y rendit son nom odieux en livrant aux flammes la ville de Rouffach , parce qu'elle avait voulu chasser les troupes indisciplinées qui le suivaient. En 1 12i, il y fit les préparatifs de la guerre qu’il avait projetée contre la France avec son beau-père, Henri d’Angleterre. A sa mort (1125), le duc d'Alsace disputa la couronne à Lot lin ire de Saxe, qui l'emporta sur lui par les intrigues de l’archevêque de Mayence; mais après cet empereur (1138), la maison de Souabe fut appelée au trône dans la personne de Conrad III, frère de Frédéricle-Borgne.' Cette élévation des descendants d'Eticho donna un nouvel éclat a l'Alsace, et bientôt le château de Hagucnnu, que le duc venait de faire construire, devint la principale résidence impériale. Frédéric- Barberousse, fils et successeur de Frédéric-le-Borgne (11471, l’agrandit encore et y fit construire la chapelle où il déposa, lorsqu’il fut élu empereur (1152), l’épée, la couronne et le sceptre de Charlemagne.

L’Alsace fut ensanglantée par la guerre qui éclata entre les prétendants à la couronne impériale, après la mort de Henri VI, fils de Barberousse (1197). Comme dans la querelle des investitures, les Alsaciens se divisèrent : la ville de Molsheim fut brûlée, le château d'Haldenbourg rasé, Haguenau saccagé de fond en comble, Strasbourg assiégé et ruiné. Enfin, Philippe de Souabe, qui avait été élu à Mulhouse pendant les troubles, au préjudice du fils de Henri, son pupille, ayant été assassiné, en 1208, Otton IV de Brunswick, son rival , prit possession du trône impérial, moyennant des concessions faites au pape, lequel avait succédé à Philippe dans la tutelle du jeune Frédéric IL Celui-ci avait de nombreux parti-

sans, qui le proclamèrent empereur (1-21-2). La guerre continua en Alsace, et Haguenau tomba au pouvoir de Frédéric, auquel l'Empire resta définitivement (1214). Ce prince s'appliqua à faire renaître la prospérité en Alsace. Forcé de s’absenter souvent , il confia l'administration è un bailli général, qui résidait à llaguenau. C'est alors que les bourgs de Colmar et de Scblestadt acquirent le rang de villes; Kayscrherg fut agrandi, et un grand nombre de châteaux s'élevèrent sur la cime des montagnes pour la défense du pays. Mais cette tranquillité fut bientôt troublée par la guerre que l'ambitieux évêque de Strasbourg fit aux comtes de Linunge et de Ferrette pour agrandir scs domaines, et surtout par les rivaux que le pape Innocent IV suscita à Frédéric II. L'Alsace fut de nouveau désolée par la guerre civile. Strasbourg et KoufTach soutenaient le pape, Colmar et Scblestadt défendaient les droits de l'Empereur; toute l'Allemagne était en armes lorsque Frédéric mourut (1250). Son fils, Conrad IV, eut peine à se maintenir sur le trône, qu'il n'occupa que quatre ans. L'infortuné Conradin, jeune enfant âgé seulement de deux ans, auquel il le légua , fut dépouillé par le pape, sou tuteur, et pur le rival de sa famille, Guillaume de Hollande, qui prit le sceptre impérial. Depuis Barberousse, les empereurs avaient tous conservé le titre de ducs de Souabe et d’Alsace. Après la mort tragique de Conradin, l’Alsace devint province immédiate de l'Empire. On sait que ce jeune prince ayant voulu reconquérir par les armes le royaume de Sicile , dent le pape avait donné l’investiture à Charles d'Anjou, fut fait prisonnier par son rival et décapité à l'âge de seize ans (1268). En lui s'éteignit la race de Frédéric de HohcnslaulTen, qui avait produit tant de rois et tant d’empereurs.

Pendant cette horrible confusion, les grands s'étaient rendus à peu près indépendants. Les villes du Rhin s’étaient coalisées pour le maintien de la paix publique et la liberté du commerce ; Strasbourg, Colmar, Scblestadt, Rrisaclt, llaguenau, Wissembourg et Lauterbourg faisaient partie de cette fameuse confédération. Des germes d'indépendance se développaient dans toutes les cités, le désordre et l'anarchie régnaient partout. On vil dans les derniers temps la ville de Strasbourg s'insurger contre son évêque, que l'empereur Richard de Cornouailles, successeur de Guillaume , avait chargé de l'administration des cilles impériales d'Alsace : Colmar, Mulhouse, Kayscrberg suivre l'exemple de la métropole, et le landgrave de la haute Alsace, Itodulphc de liapsbourg, se mettre à la tète des révoltés. Depuis l'agrégation définitive de l'Alsace à l’Empire, on avait donné aux principales villes de cette province le nom de cilles impériales et bien que l'Alsace elle-même fut toujours une dépendancc’immédiate, on finit pur ne plus donner qu’à ces cités le nom de villes immédiates. A cette immédiatetc quelques-unes même ont joint plus tard la liberté, c'est-à-dire des prérogatives politiques et l'exemption de toute juridiction étrangère. Nous avons déjà donné les noms des villes impériales. Il y eut d'abord dans chacune d'elles un prévôt de l'Empire, qui avait pour traitement le tiers des amendes; mais successivement les villes parvinrent à s'a (Iran chir de cette juridiction, sans cependant avoir des droits égaux. Celles qui obtinrent uue entière liberté, comme Strasbourg, Colmar et llaguenau, battaient monnaie, élisaient leurs magistrats, jouissaient du droit d'asile et de celui de vie et de mort. Au-dessus des prévôts était le latiilvni/l , délégué impérial pour toute

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