‹ Histoire des villes de FranceChapitre 114 sur 137 · MANTES · texte numérisé non relu

MANTES

jardin mes Tuileries. » C'est à Mantes qu'il tint le premier chapitre de Tordre du Saint-Esprit ( 1591 ) . qu'il transie™ le châtelet de Paris ( 1592) ; qu'il assista aux conférences du cardinul du Perron et des ministres protestants, et qu'il reçut la veuve de Henri lit, lorsqu'elle vint dans l'église de Notre-Dame, implorer de lui, à genoux, la vengeance du meurtre de son époux (1593). Mantes, néanmoins, toute pleine du catholiques, n'avait pas embrassé d'abord la cause du Béarnais ; elle avait leuu pour les ligueurs et reçu dans ses murs le comte de Brissac (1590). Mais après la bataille d lvry, Mayenne, qui, avant de partir de Mantes , avait dit aux habitants de lui en fermer les portes , s'il ne revenait point victorieux , y retourna à bride abattue , se lit ouvrir un des guichets , en annonçant que le Béarnais était mort , et traversa la ville en toute hilte , fuyant jusqu’à Paris ( 1590) ; beau fait d'armes qui a excité la verve des auteurs de la Satyre Ménippée. U: lendemain, le maréchal d'Aumont somma la place dc .sc rendre, au nom du roi; un conflit s’y éleva aussitôt entre les royalistes et les ligueurs; mais enfin les premiers l'emportèrent, et, le 20 mars, les magistrats présentèrent Ira clefs à Henri IV, qui leur dit: «Messieurs, je n'étais pas inquiet de vous; bons chiens reviennent toujours à leurs maîtres , • faisant par ces mots allusion au titre de chiens qu'on donnait aux arquebusiers de la ville.

Le lendemain de la reddition de Mantes, Sully s'y fit porter sur un brancard de branches d'arbres, quoique souffrant encore des blessures qu’il avait reçues à Ivry. Il était escorté de ses pages et de ses écuyers; on menait, en oulre, devant lui les trois gentilshommes qu'il avait fait prisonniers. Le roi l'ayant rencontré dans cet équipage, courut au-devant et l’interrogea avec le plus cordial intérêt sur la nature et le nombre de scs blessures. Sully le remercia. — « Quant à mes plaies , ajouta-t-il , elles sont , grâce à Dieu , en si bon estât , combien qu'elles soient fort grandes , que j'espère , dans deux mois au plus tard , me trouver assez fort et dispost pour en aller encore autant chercher pour vostre service. » Alors Henri IV, l'ayant embrassé des deux bras, en présence de tous ses capitaines , l’assura qu’il n'aurait jamais bonne fortune ni augmentation de grandeur qu'il n'y participât. Et craignant que le trop parler ne préjudiciât à ses blessures: — «Je m'en retourne à Mantes, lui dit-il; et partant, adieu, mon ami , portez-vous bien et vous asscurez que vous avez un bon maistre. » Et sur cela , sans lui donner le loisir de répliquer, il prit le galop et s'en alla continuer sa chasse dans la garenne d'entre Kosny et Manies.

Nommé gouverneur de cette ville, Sully, par sa vigilance, y déjoua toutes les tentatives des ligueurs. Eu 1601, il fit planter dans toute l'étendue du bailliage et sous les yeux d’Olivier de Serres , le père de l'agriculture française , des milliers de mûriers blancs ; on y éleva des vers à soie , et le château devint une manufacture. C'est au moment de la plantation de ces mûriers , dont la culture éveillait toutes les sollicitudes de Sully, comme on le voit par ses lettres , que se promenant un jour avec Olivier de Serres aux environs de la ville , il lui dit ces mémorables paroles : « J’estime que le pâturage et le labourage sont les deux mamelles de l'État. » — « Vous avez grandement raison , repartit Olivier, et pour moi, je ne sache rien de plus beau dans le monde que le métier de laboureur. » Si donc , depuis la fin du xvT siècle, Mantes a cessé de prendre part aux événements, il vi. 95

lui reste une gloire assez belle, qu'on ne peut lui ôter, celle d’être le centre d’un des pays les plus fertiles de la France. La culture des céréales et des légumineuses, celle de la vigne et des arbres fruitiers , ont ouvert pour cette ville une source intarissable de richesses; quelques manufactures où l'on tisse le fil et le coton, des papeteries, des corderies, des tanneries, occupent activement une partie de ses habitants ; et au nom de jolie qu’elle n’a point cessé de mériter, elle peut «ajouter maintenant le titre non moins flatteur et plus utile de Y industrieuse.

Mantes était autrefois le chef-lieu d’une élection ressortissant «à l’intendance de Paris, dont un subdélégué veillait à tous les détails administratifs; les divers degrés de sa juridiction se composaient de trois bailliages royaux , d'un siège présidial , des hautes et basses justices , de trois greniers à sel et d’une prévôté. Quant à la juridiction ecclésiastique, l'arrondissement relevait d'une port, sur la rive droite de la Seine, de l’évêché de Chartres, et de l’autre, sur la rive gauche, de l’archevêché de Rouen. Le Mantois faisait partie du gouvernement général de l'Ile-de-France. La loi du 28 pluviôse an vin érigea Mantes en chef-lieu de souspréfecture du département de Scine-ct-Oise ; tout l'arrondissement, dont la population dépasse fi 1 ,000 habitants, est compris aujourd'hui dans le diocèse de Versailles; la ville renferme près de 5,000 âmes. Duplessis-Momay, surnommé le pape des huguenots, et Maximilien de Béthune, duc de Sully, sont nés tous les deux dans le pays de Mantes, l'un au village de Buhy, en 1549, l'autre a Rosny, dix ans après1.

- - - - ^ CVS * — — -*

Page 1