MANTES
Mantes. Non-seulement Philippe n’en (Il rien , mais encore il se permit sur l'embonpoint de Guillaume une plaisanterie qui lui coûta cher, comme on sait, et plus encore à la tille de Mantes. Guillaume s'en empara, sans coup férir, et la mit à feu et à sang 11087). Lui-même, au milieu de ses soldats, les excitait an meurtre et au pillage. Tout d’un coup, dit Ordéric- Vital, son cheval s'abattit dans un fossé et le blessa au ventre , en le faisant tomber sur l'arçon de sa selle. Transporté à Rouen ..Guillaume y mourut au bout de dix semaines, après avoir légué une forte somme pour reconstruire Notre-Dame de Mantes. Cette ville n'était plus alors qu’un monceau de ruines. Avant sa destruction , elle se composait de trois quartiers, désignés sous les noms de Manies-la-VHIe, berceau de la cité ; Muutes-i' Eau, c’est-à-dire situerai! bord de la Seine ; et Mantes-te-C.hâteau. Ce fut sur remplacement de ce dernier quartier que tes Mantois relevèrent- leur cité, à laquelle ils donnèrent le nom de M antes-la-jolie.
Au commencement du xn* siècle, Louis-le-Gros réunit le comté de Mantes à la couronne : concédé un instant au seigneur de Montlhéry, Philippe, fils de Bertradc , ce domaine lui fut repris par le roi , lorsqu'il eut à combattre en lui un vassal rebelle (1110). C'est de cette époque que date la communauté de Mantes, établie par le même prince. Les bourgeois et les marchands y avaient formé une association , depuis un siècle et demi ; ils élisaient un conseil de douze notables, chargés à la fois des fonctions de notaires, de commissaires de-police et de juges. La charte royale de 11 10 qualifie de pairs ces douze notables , partage entre eux l’administration de la commune, et leur donne pour président un prévôt royal , lequel fut remplacé, sous Louis VII,- par un maire électif qui prêtait serment entre les mains du roi. Grâce à de nouveaux privilèges accordés par Louis-le-Gros et Louis-le- Jeune, Mantes atteignit un degré de prospérité peu commun à cette époque. Philippe-Auguste l'appela sa ville bicn-aimée ( dileelam ) , en fit son arsenal et le siège des grandes assemblées du royaume. Philippe-le-Brcton, qui avait été élevé au collège de Mantes, la représente dans sa Philîppide « marchant seule au-devant du roi d’Angleterre, et le forçant de battre en retraite, n Les chevaliers de Mantes formaient une sorte de garde d'honneur autour de Philippe- Auguste. Ce prince mourut dans sa ville bien-aimée, le H juillet 1223, et son cœur fut déposé au pied du grand autel de Notre-Dame. Mantes , du reste , avait reçu des preuves efficaces de sa prédilection : elle lui dut un grand marché, où l’on ne pouvait vendre toutefois que certaines denrées , entre autres du vin ; des halles, un moulin, un collège, et plusieurs fondations pieuses. La reine Blanche et Marguerite de France séjournèrent fréquemment à Mantes; elles confièrent la reconstruction de l’église de Notre-Dame à Endes de Montreuil, ce puissant et populaire architecte du moyen âge. A cette même époque, un autre artiste, un poète, Thibaut, comte de Champagne, composait à Mantes, en l’honneur de sa dame, la reine Blanche, les premiers vers que notre langue puisse avouer.
Nous glisserons sur quelques circonstances secondaires, telles que la construction de la tour de Saint-Maciou, en 13i0, et la découverte qui eut lieu, quelque temps après, dans le val de Rosny, des reliques de ce saint et de ses compagnons, pour arriver aux guerres des Anglais. En 13'tG, Édouard HT, du cap de la Hogue, s'était avancé à grands pas jusqu'à Mantes , qu'il avait pillée , peu de jours avant la
bataille de Crécy. Érigée en pairie par le roi Jean (1353), et donnée à son gendre, Charles de Navarre, cette ville devint [mur son malheur le quartier général des routiers. Cantonnés dans son château et dans cens de Mcuian et de Itolleboise , ils commandaient le cours de la Seine et affamaient Paris. Du Guesclin résolut de les en chasser. Ses troupes échouèrent, d'abord, à Rolleboise : il se tourna alors vers Mantes et pratiqua des intelligences dans la place. Un de ses officiers , Guillaume de Sauney, capitaine fort estimé, fit habiller trente de ses gens en vignerons, lesquels s'étant avancés pendant la nuit au pied des murailles, attendirent que les bourgeois ouvrissent les portes, au lever du soleil, pour laisser passer les troupeaux qui allaient paître dans les campagnes. A celte lieure donc, les quatre bourgeois gardiens dos clefs , ayaut aperçu les prétendus vignerons un peu éloignés les uns des autres, les laissèrent passer, croyant qu'ils se rendaient aux vignes pour gagner leur journée. Mais b peine les gens de Saunoy eurent-ils franchi le guichet, qu'ils mirent l’épée à la main, et l'un d'eux sonna du cor pour avertir le capitaine. Celui-ci accourant aussitôt , s’empara de la ville , grâce à l'aide de ceux qu'il y avait gagnés , tandis que Du Guesclin se jetait dans la place avec le reste de ses troupes. Hommes, femmes, enfants, S’étaient réfugiés dans l’église, et se préparaient à s'y défendre, quand Du Guesclin en força l’entrée et les menaça de les passer tous ou fil de l'épée , s'ils ne se soumettaient promptes ment au Dauphin. « Les bourgeois de Mantes ne se le fircrit pas dire deux fois, nous ajtprend la chronique ; ils demandèrent seulement par grâce à Bertrand qu’il voulût au plus tôt attaquer la ville de Mcuian , parce que celte place leur serait une épine au pied, tant qu'elle tiendrait pour le roi de Navarre et pour les Anglais.! ■
Rentré en possession de Mantes, Charles V eut grand soin de la fortifier; if ta llunqua de quatre tours , entourées de tous les retranchements, ponts-levis et fossés alors en usage; il confirma, en outre, ses privilèges et en accorda même du nouveaux aux habitants , afin de s'assurer de leur fidélité. Aussi , ce ne fut qu'apivs une résistance opiniâtre que les Mnntois, en HIC, se rendirent au roi d’Angleterre, Henri V. La place resta au pouvoir des Anglais jusqu’en 14V.'. Charles VII se présenta sous ses murs, à cette époqne, ovec six- mille hommes commandés par les comtes de liunois, d'Hu et de Saint-Fol. La garnison ayant refusé de capituler, les bourgeois se soulevèrent, se saisirent de la forteresso, de la tour de Saint-Martin et de celle de la f’orte-aux-Saints, et ouvrirent les portes au roi. Sous François 1*’ et Henri II, le comté de Mantes passa entre les mains de différents titulaires , savoir : du «ire de Canaples (1626), de Catherine de Médicis (1557) et du duc d’Alençon ( 1570). Henri 11 réduisit le nombre des douze [vairs de cette ville au nombre de quatre, qu’il qualifia d’éclicvins (1551). La coutume de Mantes et Mcuian fut rédigée, en 1550. La Réfoi'me ne conquit pas un seul partisan dans la première de ces deux cités, bien que Calvin eût longtemps habité un château voisin , situé sur la rive droite de la Seine.
Henri IV, n'étant encore que roi de Navarre , avait une prédilection marquée pour Mantes. Devenu roi de France et sc promenant sur la terrasse du château avec Marie de Médicis , il lui disait : a Madame , si vous saviez combien cette ville m'est chèra! Mantes a été autrefois mon Paris , ce château mou Louvre et ce