POISSY
liaient on chAteau , autour duquel s'élevaient trois monastères , placés sous le patronage de la Vierge Marie, de saint Jean et de saint Martin Après la mort du roi Itobert (1031), les seigneurs qui suivirent le parli de la reine Constance s'emparèrent de Poissy, que Henri I" ne tarda pas à reprendre, avec l aide de Itoberb-le Diable, duc de Normandie. La reine blanche, femme de Louis VIII, fit plusieurs de ses couches au chAteau de Poissy ; elle y mit au inonde , le 25 avril lîtô, le prince qui devait porter le nom de Louis IX , et l'on conserve encore religieusement dans l'une des chapelles de l'église paroissiale les fonts où l'enfant royal fut baptisé. Plusieurs savants, entre autres le P. Montfaucon et l'abbé Lebceuf, ont contesté pourtant à Poissy l’honneur d’avoir vu naître le saint roi ; mais leur autorité n'a pu prévaloir contre des documents positifs dont le texte dépose sur ce point conformément à la tradition. Saint Louis, du reste, eut pendant toute sa vie une affection particulière pour cette ville ; plus d'une de ses signatures porte le nom de Louis de Poissy ou seigneur de Poissy. A l'époque de sa Canonisation par le pape Boniface VIII, Philippe-lc-Bel, afin de consacrer le souvenir du roi, son aïeul, fonda à Poissy une église et un monastère sous son patronage (I30H; Philippe-de-Valois la termina, en 1330, et le cœur de Philippe-le-Bel y fut déposé , comme l’atteste l'inscription d'une urne en cuivre découverte, en 1687, dans un de scs caveaux. A peine achevée, l'église de Poissy faillit être la proie de ces flammes, qui, allumées par les Anglais, consumèrent, en 13i6, Saint-Germain, Nanterre et Rueil ; mais, quoique disputée vivement par les deux parfis , la ville traversa sans grands dommages cette ère si funeste à tant d'autres cités.
C'est à Poissy que Catherine de Médicis convoqua, en 1561, les principaux représentants des catholiques et des réformés, moins pour les réconcilier que pour les contenir les uns par les autres, et en obtenir des subsides; elle y déploya cependant un grand appareil, et annonça l'intention d'en faire une sorte de concile national. Ces conférences, auxquelles fut donné, comme on sait, le nom de Colloque de Poissy , eurent heu dans le réfectoire du couvent de la ville. Le roi s’y rendit en personne, le 9 septembre, à midi, accompagné de sa mère, du duc d’Orléans , son frère, du roi et de la reine de Navarre , des princes et des grands officiers de la couronne. Dix cardinaux, trente-six évêques et un grand nombre de docteurs en théologie y représentaient le parti catholique. Les réformés de France avaient envoyé dix de leurs plus habiles ministres, en tête desquels marchaient deux illustres réfugiés: Théodore de Bèze, l'ami de Calvin et le chef après lui de l’église de Genève, et Pierre Martyr Veruciglio de Florence, le chef de l’église de Zurich. Les conférences durèrent jusqu'au 26 septembre. Théodore de Bèxe, ayant pris la parole, exposa avec une éloquente netteté les principaux points de sa doctrine; mais, arrivé A la question de la présence réelle dans l'Eucharistie, il fut interrompu par ses adversaires qui le traitèrent de blasphémateur et de sacrilège. Le cardinal de Lorraine, dans sa réponse, insista surtout sur la présence réelle et sur l'autorité de l'Église, représentée par les évêques, en matière de foi ; enün, le général des jésuites , Jacques Lainez , fit une sortie violente contre les protestants , qu'il qualifia de singes et de renards. La reine-mère suspendit alors les colloques , et lit signer par dix
docteurs, choisis entre les plus modérés des deux religions, une profession de foi dont l'ambiguité satisfaisait tous les sentiments. La Sorbonne la condamna pourtant,, comme hérétique. Le seul résultat de ces conférences fut la promesse que le clergé, intimidé des marques de faveur dont la cour se montrait prodigue envers les protestants, St de payer tous les ans un capital de un million six cent mille écus.
A dater de cette époque, aucun événement important ne prend place dans l'histoire de Poissy. Remarquons seulement que son monastère vit passer mie longue suite de filles du sang royal, ou alliées aux plus illustres familles du royaume ; et qu’au xvn* siècle la question du droit d'élection , tranchée despotiquement par Louis XIV, qui nomma abbesse une sœur du duc de Chartres, y souleva d'assez graves débats. Les religieuses réclamèrent , sous le régent ; mais le nouvel état de choses fut maintenu. Poissy, compris autrefois dans le Mantois, faisait partie du gouvernement de l'Ile-de-France, et dépendait de l'élection de Paris et du diocèse de Chartres; cette ville est aujourd'hui l'un des chefs-lieux de canton de l’arrondissement de Versailles , et sa population s'élève à 3,000 habitants. On connaît son fameux marché aux bestiaux, dont Colbert la priva un moment pour le transférer à Sceaux , où il avait de vastes propriétés, et qui lui fut rendu en 1701 : annuellement il ne s'y vend pas moins de 77,000 bœufs, de 13,000 vaches, de 12,000 veaux et de 330,000 moutons. De nontbreuses fabriques ont été créées, dans ces derniers temps à Poissy; ou y a établi également, pour les eondamnés des départements de la Seine et de Seine-et-Oise, une maison de détention , où l’on travaille en nacre, bijouterie, ébénisterie, etc. 1
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SAINT-GERMAIN
Saint-Germain , chef-lieu d'un des cantons de l'arrondissement de Versailles , est situé sur une colline , au pied de laquelle coule la Seine. La position de cette ville est des plus agréables. Adossée à une forêt d’une étendue de cinq mille cinq cent cinquante arpents, clic domine une large vallée, que couvrent plusieurs villages et de nombreuses maisons de campagne, et où s'étend une autre forât, celle du Vésinct , qui est sillonnée par l'ancienne route et le nouveau cln min de fer de Paris à Saint-Germain. Au-dessous de la Colline , à mi-côte, on voit sc dessiner le clocher, les rues et les jardins du Pccq.
1. Recueil des historiens de France, t. Ilf. — L'abbé Lcbctif, Histoire du diocèse de Paris.
— I*. Monif.iucou, Monuments de la monarchie française, — Vie de Théodore de Bise , par Bajle ( Dictionnaire) — Mémoires de Saint-Simon. — Sébastien Bouillard, Antiquités de Poissy.
— Remarques sur le château et l'abbaye de Poissy {Journal de Verdun, juin 1775).
SAINT-GERMAIN
La Tille tire son nom de sa forêt, qui jadis s’appelait Stjlvu Lidia, l.edea ou heu, et d'une chapelle que le roi Robert fit bâtir, et dédia à saint Germain et à saint Martin. Jusqu'alors il n'avait existe en ces lieux qu'une église du nom de Saint- Vandrille, dépendant de l'abbaye de Fontenelles; vers le xi* siècle, l’église de Saint-Germain devint la propriété de l'abbaye de Coulombs, diocèse de Chartres. Un monastère, enrichi des libéralités des rois, s'éleva près de l'église ; ses abbés furent constamment en querelle avec les évêques de Paris. Vers le milieu du xv' siècle, en 1153, un prieur de Saint-Germain, Guillaume Stedelin, fut arrêté à Évreux, et condamné à la prison perpétuelle, au pain et à l’eau , pour s’étre, d’après son propre aveu , donné uu diable. Le prieuré finit par être supprimé. Il fut, par lettres patentes de 1671, réuni à la cure de Saint- Germain.
Les rois de France aimèrent de bonne heure cette résidence : une habitation royale existait déjà à Saint-Germain, dès le temps de Louis-le-Gros. Un diplôme de l!2i porte ces mots : Aclum publiée apnd sanehim Germanicum ... adstantibu» in palalio nostro. Louis VU, Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe III et Philippe IV y firent de fréquents séjours. Autour des monastères et des résidences royales au moyen Age , se groupèrent les paysans et les seigneurs : saint Germain n’a pas d’autre origine. La ville était déjà considérable, quand, en 1 3 VG, au milieu de cette longue lutte de l’Angleterre et de la France qui remplit le xtv' siècle, Édouard III s’en empara; elle fut brûlée, ainsi que le château, et les Anglais y firent un copieux butin. Saint-Germain se releva lentement de ses ruines, pendant le règne du roi Jean; mais Charles V, à ce que nous apprend Christine de Pisan, fit moult notablement rèédifier le chastel de Saint-Germain , en 1370.
Vingt ans plus tard, en 1390, Charles VI et la reine Isabcau de Bavière étaient à Saint-Germain et assistaient à la messe, pendant que leur conseil délibérait sur l’établissement d’une taille générale. Le ciel était pur; tout à coup un nuage, épargnant la contrée voisine, s’abattit sur le chdteau; le vent, an milieu des éclairs et du tonnerre, brisa les fenêtres et renversa les vitres de la chapelle : les débris vinrent frapper l’autel. Les assistants tombèrent à genoux, et le prêtre se hâta de terminer la messe. De grands arbres furent emportés et brisés par la foudre. Isabeau crut que le ciel lui-même s'opposait à l'établissement du nouvel impôt , et obtint qu'il ne serait pas déclaré : ce fut probablement la seule fois qu’elle se montra sensible aux maux du peuple. Bientôt , en effet , en haine du Dauphin, son fils , elle se joignit aux Anglais , et les aida , en 1 VI9 , à s'emparer de Saint-Germain, qui fut pillé et brillé. En 1435, les Armagnacs, qui tenaient pour le Dauphin, le reprirent, ainsi que presque toutes les places voisines de Paris; trois ans après, en 1438, les Anglais s’en rendirent maîtres de nouveau, parla trahison d’un prieur de Nanterre, nommé Carbonnet, qui les introduisit dans le château; la trahison fut connue, et le prieur condamné à la prison perpétuelle. Charles VII, enfin, en chassa pour toujours les ennemis de la France. Louis XI, en 1482, fit don à son médecin, Jacques Coytier, de la seigneurie de Saint-Germain ; mais à la mort du roi , le parlement cassa la donation , et la propriété retourna à la couronne.
Les Valois, grands amateurs de chasse, affectionnèrent beaucoup Saint-Germain
d'où ils datèrent la plupart de leurs ordonnances royales. François I" y célébra son mariage avec Claude de France, le 18 mai 1511, et trois de ses enfants y naquirent : Henri II, Madeleine de France et Marguerite de Valois. Ce prince répara les bâtiments du châleau qui tombaient en ruines , et y ajouta de nouvelles constructions. Tout le luxe de l’époque , prodigué dans cette demeure , en fit une des résidences les plus riches et les plus agréables du royaume. Des bétes fauves, amenées de Fontainebleau , peuplèrent la forêt. C’est à Saint- Germain qu'eut lieu le duel de La CliAteigncraie et de Jarnac, peu de temps après les obsèques de François I" et l'avénement de Henri II. Ces deux jeunes seigneurs, liés d’amitié, se brouillèrent par suite d une indiscrétion de La Châteigueraic : Jarnac, suivant lui, avait dit qu'il obtenait de sa belle-mère tout ce qu'il voulait. Ce propos circula, interprété malignement, et Jarnac traita de menteur La Châteigneraie, qui le provoqua. François I" refusa d’autoriser le duel ; mais la jeunesse de la cour s'était partagée entre les deux adversaires : une collision était imminente. Henri 11 crut devoir l’autoriser. Le duel eut lieu, le 10 juillet 154-7, dans le parc, en présence du roi, du connétable de Montmorency, et de quelques autres seigneurs. La Châteigneraie, qui arrêtait un taureau en le saisissant par les cornes, semblait devoir l’emporter; Jarnac, moins habile en escrime, il est vrai , mais plus souple, se couvrit de sou bouclier, et, sc glissant sous le bras de son adversaire , le renversa par deux coups qu'il fui déchargea sur le jarret. La vie de La Châteigneraie était à sa discrétion : Jarnac le supplia dereconnaître la fausseté de scs paroles, et de tout oublier. La Châteigneraie, désespéré de sa défaite, gardait un silence farouche; mais le roi, cédant aux prières du connétable, ordonna qu'on le relevât, et loua Jarnac de sa conduite en lui disant : « Vous avez combattu et parlé comme César. » La Châteigneraie ne profita pas de la bienveillance du roi ; il s'obstina â arracher les appareils que l'on mit sur sa blessure, et mourut trois jours après. Le coup de Jarnac a donné lieu à un proverbe fameux. Ce duel fut le dernier combat singulier autorisé par un roi de France.
Charles IX naquit a Saint-Germain le 27 juin 155.0. Ce fut sous son règne qu'on établit dans cette ville la première manufacture de glaces, industrie apportée en France par le Vénitien Thcsco Mulio , auquel le roi accorda des lettres de naturalisation et de noblesse en 15(11. C'est aussi à Saint-Germain que fut jurée, le 17 août 1570, entre les catholiques et les huguenots, la paix qui précéda la Saint-Barthelemy , paix par laquelle ces derniers obtenaient des avantages inespérés jusque là. En 1574, Catherine de Médicis, trouvant le séjour de Paris dangereux , amena Charles IX et la cour au château ; mais un devin lui ayant prédit qu'elle mourrait près de Saint-Germain , elle se hâta d’abandonner cette ville. Sous le règne de Henri III , il ne se passa rien de remarquable à Saint-Germain ; ce prince pourtant y convoqua l’assemblée des notables, d'où sortit, non pas la réformation des abus, en vue de laquelle on l'avait assemblée , mais la guerre civile.
Henri IV aima fort le séjour de Saint-Germain. Marie de Médicis partageait sa prédilection. « Quand j'y suis, disait-elle un jour à Bassompierre , j’ai un pied « « Saint-Germain et l'autre à l’aris » — «En ce cas. Madame , répliqua-t-il avec «une galanterie un pou leste, je voudrais être à Nanterre. » C’est à Henri IV
SAINT-GERMAIN
qu'est due l'érection du château neuf, aujourd'hui détruit. La Réarnais vou.lait sans cesse avoir auprès de lui sa maltresse Gabrielle ; c'est à son intention qu'il éleva ce nouveau château , séparé de l'ancien par une grande basse-cour, et dominant des jardins en terrasse qui descendaient jusqu'à la Seine : une des ailes portait le nom de l'avillon de Gabrielle. Souvent Henri IV y donnait rendez-vous à sa maîtresse. Voici une lettre qu’il lui écrivait pour l’engager à se rendre auprès de lui : a Mon cher cœur, yls ont bien fayt le diable vers ma famé. Je vous toyrré demayn au matyn, et vous conterré tout. Je veus lèvre des mycnes, c’est pourquoy je ne desyre pas qu'an ce temps là vous soyes ycy, afin que l'on ne vous accuse de ryen. Je manvoys demayn à Sainct-Gcrmaÿn. Prépares vous à partyr demayn, car mardy je joueré mes jeus , et vous voyrrés si Je suys le mettre. » Henri IV, par une bienveillance toute particulière pour la ville de Saint-Germain , rendit, le 10 juillet 1598, une ordonnance qui exemptait les habitants de toutes charges et impéts. Ce privilège subsista jusqu'à la révolution de 1789. Le vieux château fut délaissé, et le château neuf, dans lequel on avait appliqué pour Ja première fois les principes hydrauliques propres à élever les eaux plus haut que leur source, fut presque toujours seul habité. Parmi les bustes dont il était orné , il s'en trouvait un qui ressemblait au président Fauchet, auteur des Antiquités gauloises. Fauchet sollicitait de Henri IV une récompense de ses travaux. Celui-ci voulut, ainsi qu'il faisait quelquefois des fâcheux , s’en débarrasser par une gascenuade : « Monsieur le président, lui dit-il en lui montrant ce buste, a j'ai fait mettre là votre effigie pour perpétuelle mémoire. » Fauchet exprima son désappointement dans quelques vers assez heureusement tournés. Henri IV les lut , s'en amusa, et donna à Fauchet une pension de six cents livres avec le litre d'historiographe de Franec.
Louis XIII résida souvent à Saint-Germain , où il vit naître son Bis Louis XIV, le 5 septembre 1638, et où il mourut, le là mai 1618, dessuites d'une longue et douloureuse maladie. La reine et toute la cour habitaient le vieux château; le roi seul était logé au rltAteau neuf. Hans ses derniers moments, il voulut revoir le paysage qui se déroule devant le pavillon ; on le porta à la fenêtre. Ses regards parcoururent la plaine et s’arrêtèrent longtemps sur le clocher de Saint-Denis. H s'arracha enBn à sa funèbre rêverie, et montrant la flèche aux assistants, leur dit avec émotion : Mes amis, voilà ma dernière demeure. Puis il retomba dans le silence. Le Dauphin n’était pas encore baptisé; -Louis XIII, avant.de mourir, lit célébrer cette cérémonie religieuse dans la chapelle du château. Au retour, ü demanda à l’enfant quel nom on venait de lui donner, a Je m’appelle Louis XIV, 9 répondit fièrement le jeune prince. — «Pat encore, mon fils, a reprit Louis MH qui vit dans ce mot un piésage de fin prochaine, « mais ce serti peut-être bientôt , si c'est la volonté de Dieu. »
Quand Mazarin fut contraint de fuir devant le Parlement et les Parisiens révoltés, ce fut Saint-Germain qui vit commencer son exil. « Cette teste pelée, dit un contemporain , se voyant au bout de ses finesses , sortit la nuit du 6 au 7 de ce mois (avril 1651), accompagné de petit nombre de scs confidents et d’une troupe de cavaliers par la porte Richelieu, avec lesquels il prit son chemin vers Saint- Germain en Layc, où estant arrivé vers les trois heures du matin, il se coucha,
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mais avec une telle inquiétude qu'il ne put demeurer au lit que dciu heures au plus . après quoi s’étant levé , il prit son chemin vers Villa reeau* et Meulan , où ayant appris la nouvelle des arrêts rendus contre lui , il se mit en devoir de les exécuter (comme les chiens qu’on fouette s'entend), et pour cet effet il prit le chemin de Pont-de-l’ Arche, où il coucha le 10 de ce mois, d’où il partit le lendemain pour Dieppe à dessein , comme on nous assure, de se rendre au IlàvredeGràce , et là s’embarquer pour sortir du royaume, »
Louis XIV, à qui les journées de la Fronde avaient fait prendre Paris en haine', s’empressa , dés qu’il put manifester sa volonté , de quitter une ville factieuse , et de fixer sa résidence à Saint-Germain. Ce prince eut, de bonne heure, le sentiment de sa grandeur. Le ch.ltcau de Saint-Germain lui parut trop petit. D'après ses ordres, Mansard le flanqua des cinq gros pavillons qu’on y voit aujourd'hui et exécuta divers embellissements A l'extérieur. Le Nôtre fit des changements considérables au parc; il dessina la terrasse qu'avait commencée Henri IV, et le parterre converti aujourd’hui en tapis de verdure. Cette terrasse, ouvrage rare et magnifique, d'une longueur de douxe mille toises sur quinze de large, est ombragée i>ar lé forêt dans toute sa longueur. Kilo est devenue célèbre par la vue immense qu’elle présente. En 1690, les dépenses d’embellissements et d'amélioration s’élevaient déjà à la somme de six millions quatre cent cinquante-cinq mille cinq cent soixante et une livres dix-huit sous, sans compter les dépenses postérieures; il est vrai que Louis XIV résidant alors a Versailles, elles ne purent être bien fortes. Louis XIV ne fut pas satisfait. SaintGermain lui paraissait indigne de lui. On résolut d’élever un nouveau palais, mais la volonté particulière du roi fit abandonner Saint-Germain pour Versailles. La vue de Saint-Denis l’importunait, dit-on. Voici comment Saint-Simon apprécie ce choix : «SaintGermain, dit-il, lieu unique pour rassembler les merveilles de la vue, l'immense plain-pied d’une forêt toute joignante , unique encore par la beauté de ses arbres , de son terrain , de sa situation , l’avantage et la facilité des eaux de source sur cette élévation , les agréments admirables des jardins, les hauteurs des terrasses qui, les unes sur les autres, pouvoient aisément se conduire dans toute l'étendue qu'on aurait voulu , les charmes et les commodités de la Seine ; enfin une ville tonte faite, et que la position entretenoit par elle-même, il l'abandonna pour Versailles, le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux. »
Avec Louis XIV, SaintGermain perdit tous ceux de ses habitants qui étaient attachés à la cour. La solitude du château influa fâcheusement sur la ville. La population diminua, et par suite l'importance des affaires. Ce fut à SaintGermain que mademoiselle de La Vallièrc se retira pour pleurer sa faute, quand elle eut perdu l'espoir de ranimer l'amour de Louis XIV. Elle chercha des consolations dans la bienfaisance et la prière. Un hasard bizarre lui fit prendre la résolution de quitter le monde. On rapporte qu'un village des environs de Saint-Germain ayant été incendié, mademoiselle de La Vallière fit venir le curé pour lui remettre des secours. Ce prêtre était celui qui , dans son enfance, l’avait instruite des matières de religion. Sa vue lui fit faire un retour sur sa vie |iassée ; elle se jeta à ses pieds et lui demanda conseil. Ce fut à la suite de cette entrevue qu'elle se réfugia aux Carmélites (1675).
SAINT-GERMAIN
Lu château du Saint-Germain abrita une autre grandeur déchue. Jacques II , chassé d'Angleterre, vint habiter ce palais solitaire, dans les premiers jours de 1689. Louis XIV s'empressa de lui fournir une flotte et une armée. Les deux rois se dirent adieu A Saint-Germain, le 25 février 1689. Tout ce que je puis vous souhaiter de mieux , dit Louis XIV A Jacques II en l'embrassant, est de ne pas vous revoir; si la fortune vous obligea revenir, vous me trouverez tel que vous m'avez déjà trouvé. Jacques partit pour l’Irlande ; mais la bataille de la Boyne le ramena à Saint-Germain, dès le mois de juin de l'année suivante. Après la défaite de la lingue et une nouvelle tentative avortée, en 1696, Jacques II abandonna tout espoir et se retourna vers la religion. lo vieux roi jacobite dont l’archevêque de Reims disait : Le bon homme, il a quitté trois royaumes pour une messe , se désintéressa tellement de la terre, qu'il refusa pour son .fils le Irène de Pologue que lui offrait Louis XIV, en 1697. Lors de la paix de -Ryswick , le grand roi, forcé de reconnaître Guillaume III, eût désiré que ce dernier désignât pour héritier le fils de Jacques II. Guillaume n’en était pas éloigné. Jacques II repoussa la proposition : « Je puis, dit-il, supporter avec la patience du chrétien l'usurpation dQ prince d'Orange, mais je ne supporterai jamais que mon propre (ils devienne complice de l'usurpation. Il lie peut tenir la couronne que de moi. » Jacques consacra Je reste de sa vie à l’exercice des pratiques religieuses. Son seul voeu était de mourir un vendredi. Ce vœu fut exaucé. Jacques mourut, en effet, un vendredi, le 16 septembre 1701. La reine, son épouse, mourut aussi à Saint- Germain, plusieurs années après. De nos jours un tombeau a été élevé à Jacques II, dans l'église paroissiale, qui fait face au vieux château, par les soins du prince régent d'Angleterre, depuis roi sous lu nom de George IV.
Pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, Saint-Germain vécut de la vie obscure et tranquille des villes de province, et devint le séjour des rentiers retirés des affaires. Ses habitants avaient un cachet particulier. Mercier en a tracé un portrait caustique , a assez juste dans le fond, bien que la couleur en soit trop crue. » Lors de la révolution de 1789, la ville perdit les privilèges que lui avait accordés Henri IV, et rentra sous le droit commun. les habitants lui en gardèrent rancune et montrèrent de l'éloignement pour ses principes. Leurs pensées à ce sujet étaient si manifestes, que la ville fut plusieurs fois déclarée en état d'insurrection. L’Empire fut pour Saint-Germain un temps prospère. Après la bataille de Waterloo, les Prussiens en prirent possession, le 3 juillet 1815; depuis ce jour jusqu'au 20 octobre qu'ils en sortirent, ils n’y commirent aucun excès. Il n'en fut pas de même des Anglais, qui les remplacèrent; soit que le souvenir de l’hospitalité accordée A Jacques II les irritât, soit qu’ils fussent poussés par la vieille haine nationale , peu s’en fallut qu'ils ne pillassent la ville, comme ils l’avaient fait jadis. Ils ne manquèrent pas de prendre ce qui leur plaisait, et l’on assure qu'ils volaient dans les rues jusqu'aux bonnets des femmes, pour faire des jabots de chemises. Saint-Germain, après leur départ, se releva promptement et ne tarda pas A devenir une des villes les plus riches des environs de Paris. Sa population est aujourd'hui d'environ 12,000 âmes, sans compter la garnison , qui est nombreuse et dont la cavalerie est logée dans de spacieux quartiers. L'air salubre qu'on respire A Saint-Germain lui fit donner, pendant
la Révolution , le nom de Montagne du Bel- Air. Un chemin de fer atmosphérique facilite les communications de cette ville avec Paris et y amène chaque jour de nouveau* habitants. Toutefois Saint-Germain n'a pu obtenir ce qu'il ambitionne le plus : l'honneur d'étre le siège d’une sous-préfecture ; la proximité de Versailles a, jusqu'à présent, annulé tous ses efforts. L'église principale do la ville, qui date de la Restauration, et où l'on voit le tombeau de Jacques II, est un monument sans solidité et sans caractère, bien qu'on y entre par un portique en pierre d'assez belle apparence : elle occupe un des côtés de la place , où sont réunis le vieux château, le théâtre, le chemin de fer atmosphérique et le parterre. Le château de Saint-Germain est un pentagone de forme irrégulière, flanqué à ses angles de cinq gros pavillons. L'empereur Napoléon y avait établi, en 18011 , une école spéciale militaire destinée à former des officiers de cavalerie, qui fut abolie par une ordonnance royale du 26 juillet 181 i. Depuis la révolution de I8:)0, on a converti le château en un vaste pénitencier militaire; destination qui sicil assez à la triste et sombre majesté de scs murs de brique et de ses baierons dé fer noircis ou rouillé* par le temps. L’industrie est peu active à Saint- Germain, ville de rentiers et de garnison, et il ne s’y fait guère qu'un commerce de consommation. La foire des Loges, ainsi appelée d'une succursale de la maison de Saint-Denis, qui a été installée au coeur de la forêt, dans un ancien couvent de religieux augustins, fondé en 1685, est célèbre dans les deux départements de la Seine et de Seine-et-Oise. Il n'est pas rare d'y voir réuni de douze à quinze mille personnes. Outre les princes dont nous avons déjà parlé , Saint-Germain a vu naître quelques hommes recommandables : les lieutenants généraux Leloit et Willvt, et lus littérateurs l .-J. IXoêt et Boucher de ht tticharderie. '