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SAINT-CLOUD. — SÈVRES

Cette Tille, l’une des plus anciennes de l'fle de France , s’appelait d'abord Ao ■ vigenlum , Nogent-sur-Seine ; c'était une chétive bourgade d'un abord difficile , mais où il y avait déjà une église et un pasteur. Chlodoald , le seul des enfants de Chlodomir qui eût pu se soustraire à la fureur de ses oncles Childcbert et Chlotaire (535), chercha un refuge auprès du village de Nugent, dans la cellule d'un solitaire nommé Sévcrin. Là , « dédaignant un royaume terrestre , dit Grégoire de Tours, il se consacra à Dieu, et s'étant coupé les cheveux de ses propres mains, il fut clerc. Il persista dans ses bonnes œuvres et mourut prêtre (560). » Par son

I. Beau repaire, Saint-Germain-en-Lay« et les environs , depuis 1030 jusqu'à nos jours. — Goujon, Histoire de la ville et des antiquités de S<iint-Germain-en-Laye. — Basin, Histoire de fouis XIII. — Sismondi, Histoire des Français. — Le Moniteur Universel. — Recueil de pamphlets du temps de la Fronde (bibliothèque Mazarine).

SAINT-CLOUD. — SÈVRES, testament, il donna & l’évêché de Paris sa terre do Notent, qu'il tenait, à ce qu'on croit, do l'héritage de son oncle Childebert. Le monastère qu'il y avait fait construire reçut sa sépulture. Le peuple y vint adorer ses reliques, et peu à peu le nom du village notant plus distingué de celui du saint patron, l'on s’accoutuma il donner à Nogent le nom de âaint-Chlodoald, et plus tard de Snint-CAouaud , puis de Saint-Cloud par altération. Quand les Normands remontèrent la Seine, au ts* siècle, les moines, craignant leurs pillages, contlèrent aux prêtres de l'Église de Paris la châsse de leur saint ; ils ne vinrent la reprendre qu'eu 890, quand le danger fut passé.

L'affluence des pèlerins fit la prospérité du village. En 1209, l'église du monastère était déjà élevée au rang de collégiale, et ses chanoines pouvaient lutter victorieusement contre les prétentions de l'évêque de Paris , qui , en qualité de seigneur de Saint-Cloud , leur disputait la possession de la chapelle de Saint-Jean* Baptiste, située près de leur église. En 1218, Saint-Cloud avait déjà un pont sur la Seine ; mais ce bourg ne commença à marquer dans l'histoire que plus d'un siècle après. En 1358, lorsque le roi de Navarre eut réduit en cendres la plus grande partie de ses maisons, et en 1411, lorsque les Bourguignons et les Armagnacs se le disputèrent comme une position importante, une sorte do forteresse avait été construite sur le pont de Saint-Cloud, et ce point fortilié, qui dominait le cours de la Seine, était surtout le but des attaques des deux partis. Le 13 octobre Ull , Coilinel de Pisex, qni l'occupait pour les Bourguignons, le livra aux Armagnacs; mais un mois plus lard, le duc de Bourgogne vint l'assiéger avec quinze cents hommes et s’en empara de nouveau. Effrayés de ces continuelles attaques, les chanoines de Saint-Cloud songèrent encore à mettre à l'abri du pillage leurs reliques et leurs richesses. Ils vinrent, en 1428, déposer la châsse de leur saint dans l’église de Saint-Sj inpliorien de la Cité , où elle resta jusqu'en 1443. Le pont de Saint-Cloud, construit alors moitié en bois, moitié en pierre, avait beaucoup souffert pendant ces guerres; Henri II le fit rebâtir tout entier à ses frai», en 1556.

Pendant les guerres de religion, Saint-Cloud fut un des postes les plus enviés par les catholiques et les huguenots. Ceux-ci s'en saisirent, le 24 octobre 1567, et y mirent une forte garnison avec ordre d'arrêter les bateaux remontant la Seine pour approvisionner Paris. La même année, après la bataille , de Saint-Cloud , les catholiques rentrèrent dans cette ville; et en 1568, Charles IX rendit nnc ordonnance portant que le pont serait rétabli et garni d’un pont-levis. En 1580, Henri III permit aux habitants de clore leur ville de murs et de fossés. Au mois d'avril 1589, ce même roi, fuyant devant les Guise qui lui fermaient Paris, vint se camper à Saint-Cloud avec son armée réunie à celle du roi de Navarre. » Il y prit son logis, dit l'Estoile, en la maison de Gondi, d'où il voyoittout à son aise sa ville de Paris, qu'il disoit être le cœur de la Ligue, et que, pour la faire mourir, il lui falloit donner le coup droit au cœur. » Il était là depuis cinq mois, et les deux armées commençaient à serref de près Paris, lorsque le matin du 1" août , un moine Jacobin , nommé Jacques Clément , se disant porteur de lettres écrites au roi par le comte de Bricnne, selon les uns, et selon les autres, par le premier président de Harlay, demanda à lui être présenté. Le procureur général La

ILE i)E FRANCE.

Guesle lui servait d'introducteur ; les gardes l'arrêtèrent toutefois à la porte , ce que le roi ayant entendu, a il se courrouça, ajoute l’Kstoile , et dit qu'on le fit entrer, et que si on le rebutoit, on diroit qu'il chassoit les moines et ne lesvouloit voir. Incontinent, le Jacobin entra, ayant un couteau tout nu dans sa manche, et ayant fait une profonde révérence au roi.;., lui présenta des lettres du comte de lirienne... lequel moine, voyant le roi attentif & lire, tira de sa manche son couteau, et lui en donna droit dans le petit ventre, au-dessous du nombril, si avant, qu'il laissa son couteau dans le trou; lequel le roi ayant retiré à grande force, en donna un coup de la pointe sur le sourcil gauche du moine et s'écria : « Ha, le méchant moine! il m’a tué, qu'on le tue! » auquel cri étant vivement accourus les gardes et autres, ceux qui se trouvèrent le plus près massacrèrent cel assassin de Jacobin aux pieds du roi. » Henri III mourut le lendemain. Le cadavre de Jacques Clément fut tiré à quatre chevaux , puis brûlé sur la place qui est devant l'église de la ville.

Saint-Cloud n'avait pas encore de château royal, à cette époque; on n'y trouvait qu’un hôtel fort ancien, dans lequel nous venons de voir mourir Henri III. Jérôme de Gondi l’avait bâti; les archevêques de Paris, membres de sa famille, et seigneurs de Saint-Cloud parle seul fait de leur dignité, le possédèrent après lui ; puis.il fut acheté, en 1656, par le contrôleur des finances Hervard. C’est de celui-ci que le roi en lit l'acquisition pour le duc d’Orléans, son frère, le -25 février 1658, moyennant deux cent quarante mille livres. Depuis lors jusqu'en 1701, époque de la mort du duc d'Orléans, cette demeure, devenue château royal, ne fit que s’agrandir. D’abord elle s'accrut de la maison du Tillet, bâtie à l'endroit où est aujourd'hui la grande cascade, et ensuite d’une autre maison achetée au duc de Charost (1683). Le .parc s’agrandit de la même manière, par les dons du roi et par l'acquisition du fief de Y arpent-franc. En 1736, il n’avait pas moins de onze cent cinquante-six arpents. Dès 1660, les embellissement^ étaient commencés. Lepaute et Girard avaient été chargés de l'architecture, Lenôtre avait dessiné les jardins, et Mansnrd construit les cascades. Saint-Cloud fut toujours le séjour préféré du frère de Louis XIV ; en 1670, il y tenait sa cour, lorsque, le 30 juin, la charmante Henriette d'Angleterre, sa première épouse, y mourut après neuf heures de maladie ; mort soudaine pt mystérieuse qu’on attribue à un empoisonnement, et qui arracha à Itossuet , témoin de l’agonie de la princesse, son exclamation sublime : « Madame se meurt , Madame est morte/ »

Les archevêques de Paris étaient toujours restés, ainsi que nous l’avons dit, seigneurs suzerains de Saint-Cloud. Jusqu'au xv* siècle, ils jouirent du droit de prélever, tous les ans, le jour de la Saint-André, autant de taille qu'il leur plaisait sur les habitants. Ce privilège, confirmé par le Parlement , au mois d'août, 1381, n'avait été restreint qu’en 1429; les évêques alors n'avaient plus eu droit qu’à une taille de vingt-quatre livres, réduite elle-même à vingt livres en 1509. Louis XIV maintint ces prélats dans la propriété de Saint-Cloud ; bien plus, voulant décorer du titre de duché-pairie le siège archiépiscopal de Paris, c’est à celte seigneurie a te plus ancien monument de la libéralité des rois de France envers t Église de Paris » qu'il rattacha celle dignité. Les terres de Maisons-sur-Scine, de Creteil, d'Ouiones-la-Fctrière eu Brie et d'Ârmentières furent annexées à celle

SAINT-CLOID. — SEVRES.

do Saint-Cloud, afin qu'elle eût le nombre de paroisses suffisant pour constituer un duché-pairie ; et des lettres-patentes du 7 avril 1671 affectèrent définitivement ce titre à François de Harlay, archevêque de Paris, et à ses successeurs. Toutefois, en 1785, lorsque Louis XVI eut acheté Saint-Cloud, cette seigneurie fut retirée h l’Église de Paris, qui reçut en échange la terre de Bois-le- Vicomte, érigée elle-même en duché-pairie. Marie-Antoinette se plaisait beaucoup au château de Saint-Cloud , qu'elle avait fait embellir et augmenter de plusieurs bâtiments.

En 1793, le château et son parc devinrent propriété nationale, mais à la condi- * lion qu'ils ne seraient pas vendus; la Convention ordonna « qu'ils seraient conservés et entretenus aux dépens de la République, pour servir aux réjouissances du peuple et former des établissements utiles à l'agriculture et aux arts. »

C’est à Saint-Cloud que s'accomplit la révolution du 18 brumaire an vin (9 novembre 1799). Le conseil des Anciens siégeait dans une salle du palais, celui des Cinq-Cents dans l'Orangerie. Le général Uouapartc, reçu avec calme dans la première assemblée, lui adressa un long discours, à travers lequel on entrevoyait, comme le dit un historien, les baïonnettes et les bonnets de grenadiers. Mais aux Cinq-Cents l'attendait une énergique résistance. La vue des soldats qui se montraient aux portes exaspéra les députés. Bonaparte s'avançant vers le président, ne marcha qu’au milieu de leurs imprécations : « C'est donc pour cela que tu as vaincu ? lui crie Des t rem. — Que faites-vous, téméraire? ajoute Bigonet; retirezvous, vous violez le sanctuaire des lois! » Bonaparte, pâlissant d'émotion, sort avec scs grenadiers. Son frère l.ucien, président du Conseil, le suit bientét. On entend les roulements du tambour. Ce sont les grenadiers même de la garde du Corps-Législatif qui, un moment intimidés à l’aspect de l'assemblée, s'enhardissent enfin, franchissent le seuil de la porte, et font evaruer la salle. Telle fut la révolution du 18 brumaire. Vingt-six ou vingt-sept membres du Conseil des Cinq- Cents, demeurés à Saint-Cloud, y rendirent, de concert avec-un grand nombre de membres du Conseil des Anciens, le décret qui ajournait le Corps-lJégislatif au 1" ventôse, et nommait trois consuls provisoires, revêtus de toute la puissance exécutive. S'il faut en croire Bonaparte, un député l'avait menacé d’un poignard; mais, quoi qu'il ait pu dire, cette violation de la représentation nutiouale est uu des plus grands crimes politiques dont l'histoire ait gardé le souvenir.

Devenu consul, puis empereur, Napoléon préféra à tout autre le séjour de Saint- Cloud- C’est dans la chapelle de ce château que son mariage avec Marie-Louise fut célébré civilement, le V avril 1810. L’obélisque qui s’élève sur la principale éminence du parc de Saint-Cloud est une construction de l'Empereur : il doit sou nom de Ijxnterne de Démoslhène , et non de Diogène , comme on dit vulgairement, au joli petit monument qui le surmonte, et qui est une copie de celui d’Athènes, connu sous le même nom et attribué à Lysirrate. Chaque fois que l'empereur couchait à Saint-Cloud, on l'annonçait aux Parisiens en plaçant un phare dans cette lanterne. En 1815,. Saint-Cloud fut le quartier général du feld-maréchal Blüdier. Trente années après, Charles X, comme s’il était dans la destinée, dit M. Vatout, que ce palais fût le théâtre d'attentats contre la liberté, signa à Saint-Cloud les ordonnances insensées qui lieraient amener 1a révolution de juill et 1830 et la déchéance de sa dynastie. Le château de Saint-Cloud n'a rien

perdu de sa splendeur. Son parc , qui n'a pas moins de quatre lieues de tour, a seul souffert de l'établissement du chemin de fer de Versailles, qui aujourd'hui le traverse dans sa plus grande largeur. Le bourg, où la fête annuelle du 7 septembre amène, chaque année, une immense affluence, renferme environ 3,000 habitants, sans compter la population flottante, qui y est attirée par lu beauté des sites et les frais ombrages du château. L'astronome (îuilhiume de Saml-Uuud naquit duns cette ville au xiv" siècle.

Le joli bourg de Sèvres, bien assis au pied de la rive gauche de la Seine, devait, il y a quelques années encore, à sa position sur la route de Paris à Versailles , un air de vie et d’animation que l'établissement du chemin de fer lui a fait perdre en grande partie. Son nom , que les vieilles chartes latinisent en Suvara, est d'une étymologie douteuse et contestée; l'abbé Lebeuf le fait venir du mot celtique Evres ou Eve, rivière, eau, et son opinion est la plus probable. On trouve Sèvres déjà nommé, au vi* siècle, parmi les villages visités par saint Martin et témoins de scs miracles. Son église ne date cependant que du xm* siècle, à en juger par le chœur et la tour qui ont été conservés ; elle a pour patron saint Romain, prêtre et moine de Rlaye. Les seigneurs de Sèvres, dont les plus anciens remontent au xm* siècle, avaient leur château un peu au-dessous de cette église. C’était un lourd édifice, construit vers l'an 1-250, avec fossés et donjon. Le châtelain y avait droit de justice, et, par un privilège étrange , il devait , sauf rétribution , prêter son château au grand prévôt , pour y renfermer, chaque fois qu'une reine entrait dans Paris, tous les prisonniers auxquels on ne voulait pas doimer la liberté , et qui, par le seul fait de cette cérémonie, se seraient trouvés gradés. En 1507, nous voyons Henri de Livres, seigneur de Sèvres, en plein exercice de ce droit singulier.

Sous Louis XIV, Sèvres n’avait qu'un pont de bois peu solide et gênant pour la navigation par le peu d'intervalle laissé entre ses piles. L’architecte Perrault offrit vainement alors de le remplacer par un nuire pont de bois , d’uno seule arche , qui aurait dd toute sa solidité à la coupe des pièces de bois et à la disposition des assemblages. C'est sur ce pont de Sèvres, qu’en 1707 , un parti d'ennemis venus sans s'être arrêtés de la frontière de Flandre jusque là, tenta un coup demain des plus hardis. Ces hommes, presque tous ofliciers au service de la Hollande et commandés par un certain Gueston, avaient résolu de s'emparer du Dauphin ou de quelques-uns des princes. A dix heures du soir, ils aperçurent sur le pont un carrosse à six chevaux aux armes du roi et conduit par des gens de sa livrée; ils l'arrêtèrent , et prenant pour le Dauphin le grand écuyer, M. de ileringhen , qui s'y trouvait , ils s'en saisirent et reprirent à toute bride le rlieinin de la frontière. Ou ne les atteignit qu'à quatre lieues au delà de llam.

La manufacture de porcelaine, que le marquis de Fuloy avait fondée à Vinceuncs, en 1738, et dont les fermiers généraux venaient de se rendre propriétaires, fut transférée à Sèvres, en 1750 ; elle y fut établie dans l'immense édifice quelle occupe encore. Louis XV l'acquit, en 1759; depuis ce temps elle fait partie du domaine de la couronne, et les directeurs sont à lu nomination du roi. Micaud. l'itliou, Uouilliet, peintre* de fleurs; Armand, Castel, peintres d'oi-

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seaux ; Musset, Evans, paysagistes, furent les premiers artistes qui y furent attachés et qui présidèrent à l'ornementation de la porcelaine si recherchée aujourd’hui sous le nom de Vieux Sèvres. Isabcy, Itoeback, Parent, leur succédèrent, sous l'Empire. Tout récemment la manufacture royale fient de perdre un savant illustre, Alexandre Brongniart, qui l'avait administrée, pendant quarante-sept ans, avec une rare habileté ; c'est à lui qu'on doit le musée céramique, collection précieuse et unique en son genre, que MM. Dumont-d'Urville, Dupetil-Tliouars , Laplacc, Duperré et Taylor ont enrichie de leurs dons. Au mois de juillet 1815, Sèvres, par sa position avancée, eut beaucoup à souffrir de l’invasion étrangère; les Prussiens, furieux de la résistance désespérée des soldats qui défendaient le pont' (construit en pierre par l'empereur, depuis 1812), et qui les avaient arrêtés plus d'un jour sur le plateau de Bcllevue, s'en vengèrent eu mettant la ville au pillage, durant une semaine. Pendant la première et la seconde occupation, la manufacture royale fut administrée par des commissaires étrangers. Sèvres est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département de Seinc-et-Oise, compris dans l'arrondissement de Versailles; sa population monte à environ 5,000 habitants. . L'industrie y est très-active et très-variée; on y trouve des verreries, des tanneries, une manufacture de choies, des brasseries, des raffineries d'huile, et de nombreuses blanchisseries. '

VERSAILLES

Versailles, situé à vingl-un kilomètres de Paris, est le chef -lieu du département de Seinc-et-Oise , et le siège d'un évêché suffragant de l'archevêché de Paris , d'une cour d'assises, d’un tribunal civil , d'un tribunal de commerce, d’un collège royal , d'un séminaire diocésain, d'une école normale primaire destinée è former des instituteurs ruraux, d'une société des lettres, des sciences et des arts, et d’une société d agriculliu'e. La ville se divise en deux portions :le quartier Saint-Louis ou vieux Versailles, et le quartier Notre Dame ou nouveau Versailles. L'aspect de Versailles frappe par une régularité qui n'appartient à aucune autre ville de France. Cela provient de ce que Versailles n'est en quelque sorte qu’un accessoire du château ; les rues ont été ouvertes et calculées de manière à les mettre en harmonie avec les façades du palais, et des ordonnances de police ont

1. l.t'lMMif « Histoire du diocèse de Paris. — Delarue, Histoire des environs de Paris, t. I. — J. Va tout. Souvenirs des résidences royales, 1. V. — Curiosités de Saint-Cloud , p. 36 — Journal des bourgeois de Paris sous Charles VI. — Piganiol de Ur Force, Description de Paria, t. IX» — Madame de La lu yen -, Histoire d'Henriette d'Angleterre. — Rigonel, Coup d’état du dix-huit brumaire. — P. Villierj, Manuel du vogageur aux environs de Paris , I. I. — Bulletin de Vaillance des arts, t. Il, p. 1Î7. — DuJatire, Histoire des environs de Paris, 1. 1. — Discours pronimcé par M Élie de Beaumont, sur la toipbe d'Alexandre Brongnlari (octobre 1847).

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ILE DE FRANCE, réglé le mode des constructions à élever. La ville est sortie de terre, à la voiide Louis XIV, et s'est faite à son image; de là ce caractère dé grandeur un peu monotone qui la distingue.

Le nom de Versailles se trouve mentionné pour la première fois dans une charte de 1037, accordée par Odon, comte de Chartres, au monastère de Sainf- Père; Hugo de Versaliis y ligure comme témoin. Trente ans plus lard environ, en lOüti, Geoffroy de Gomet concède, par une autre charte, à l’abbaye de Marmou tiers, en Touraine, trois prébendes à Versailles; dix-huit ans après, Geoffroy, évêque de Paris, accorde à la même abbaye de Marmoutiers, l’autel de Saint-Julien à Versailles. On trouve qu’à cette époque une collégiale existait dans la localité. Peut-être cette collégiale était-elle l’église connue sous le nom de Saint-Julien ; peut-être en était-elle distincte. Rien ne l'indique, et l’antiquaire, à cet égard, peut former telles conjectures qu’il voudra. Peut-être encore, ainsi que cela avait lieu fréquemment, quelques moines étaient-ils venus s'établir au milieu des bois. Quoi qu’il en soit, Versailles, en ces temps-là, était sans importance aucune.

On a proposé diverses étymologies pour expliquer le nom de Versailles. On a voulu qu'il provint d’un seigneur italien, Hugo de Bersaglio, réfugié en France par suite des querelles de la papauté. On a essayé de prouver que le nom de la ville signifiait blés verses. Ces explications sont plus ou moins ingénieuses, mais aucune n’est satisfaisante. En 1100, Philippe de Versailles se fit moine dans l’abbaye de Marmoutiers, dont dépendait Versailles, et lit de grandes donations au couvent, entre autres une terre labourable près de Fontenay. En 1180, Versailles change de possesseur. La collégiale ou prieuré de Saint-Julien et scs dépendances, passe sous la loi de l’abbé de Saint-Magloire de Paris, qui donne en échange de l’abbaye de Marmoutiers un prieuré du diocèse de Saint -Malé. Philippe-Auguste, par un diplôme, daté de Saint-Gcrmain-en-Laye, confirme l'échange et continue sa protection royale au prieuré.

Jadis, à l’époque de Chlodwig et longtemps après, de Confions à Sceaux, sur une zone irrégulière de plus de quinze lieues, tournant autour de Paris et de la Seine, il existait une vaste forêt dont celles de Saint-Germain, de Marly, de Lasalle, de Chaville et de Meudon sont les débris. Mais, à mesure que la population croissait, les défrichements' augmentaient et les terres à blé remplaçaient les bois. Au xnr siècle , Versailles était devenu un centre de population faible encore, il est vrai , mais assez considérable cependant pour qu’une église paroissiale y fût fondée sous le nom de Saint-Julien. Les prieurs de la collégiale voulurent nommer à la cure ; ils déduisaient leur droit de ce que, pasteurs et titulaires, ils fournissaient la paille dans l’église. Ils avaient une autre obligation dont l’origine est inconnue: ils devaient fournir à Notre-Dame de Paris, le jour de l’Assomption , le vin épicé ou pigment. Pour en finir avec le prieuré de Versailles, nous dirons, dès à présent , que la dernière trace que l’on en trouve remonte aux années t(J6i et 1671, époque à laquelle il fut réuni, sous l’épiscopat de Péréfixe, au diocèse de Paris.

L’obscurité des successeurs de Philippe de Versaliis, le silence gardé par l’histoire sur les prieurs de Saint-Julien, prouvent surabondamment le peu d'importance de

VERSAILLES

Versailles. En 1561, Martial de Loménie, conseiller de Charles IX et secrétaire des finances , était propriétaire de In seigneurie de Versailles ; c'était un homme honnête , partisan du roi de Navarre ; Versailles lui est redevable de ses premiers éléments de prospérité : il y établit un marché toutes les semaines et quatre foires, qui se tenaient le 28 août à la fête de Saint-Julien, le 25 février, le jeudi de la mi-carême et le mercredi après la Pentecôte. En 1573, il vendit sa seigneurie à Albert de Gondi , maréchal de Retz. S'il faut en croire l'Estoile, Catherine de Médicis lit étrangler Loménie pour donner Versailles au comte de Retz.

Le pays se déboisnit , la population croissait ; Henri IV et le fils de Loménie y allaient souvent courre le cerf , dit la Villegomblain ; Louis XIII fit de même, et, pour ne pas coucher, comme il lui arrivait souvent, dans quelque méchante hôtellerie, il acheta, en 1627, de Jean de Soisy un terrain sur lequel se trouvait un moulin A vent. La situation était sauvage et devait plaire à Louis XIII, ce roi ennuyé et mélancolique Le moulin à vent dont nous venons de parler existait depuis longtemps, et couronnait un tertre en face des hauteurs de Satorv. A mesure que les plaines succédaient aux forêts, l'importance du moulin s'était accrue, et il était devenu célèbre. Au-dessous du moulin était un donjon féodal en ruines, et plus bas encore l'église de Saint-Julien ; enfin , sur le penchant du coteau , au pied de l'église , se trouvait un hameau misérable , sur l'emplacement qui s'étend aujourd’hui de la Place d'Armes A la porte de l'Orangerie. Le paysage était borné par les collines chargées de forêts, dont les débris encore subsistants portent les noms des Gonards, de Porrhéfontaine, (h’ Fausses-Reposes, de Ville-d'Avrny, des Hubics, de Marty et de Satorv. Louis XIII respecta le moulin et fit bâtir un château que Bassompierrc qualifie de Chétif. Les constructions qu’il éleva se composaient de quatre pavillons reliés par des corps de logis de vingt-deux toises sur chaque face avec une cour au milieu. Des arcades surmontées d'une galerie en terrasse étaient ornées d’un frontispice et protégées par un chemin couvert au-dessus d'un fossé que traversait un pont-levis. Le tout était construit en briques dans le goût du temps. Derrière le château s'étendait un jardin , formant la moitié environ du jardin actuel ; il était borné par deux bosquets pratiqués dans les bois. Quand la reine accoucha d'un fils, après vingt-cinq ans de stérilité ,' un bosquet prit le nom de Bosquet du Dauphin. AU dehors, le parc s'étendait jusqu'A Choisy-auv-BaMifs et Trianon. Louis XIII avait placé A la ferme de la Mesnagerie son cheval et ses équipages de chasse. Le triste roi habitait le château,

. l'automne ; la tristesse des lieux jointe A la tristesse de la saison semblait le charmer particulièrement. Plusieurs de ses ordonnances sont datées de Versailles.

Dès le xiv* siècle une léproserie existait à Versailles. Louis XIII en fit l'hôpital de la Charité. Des sentiers descendaient du château bâti sur la colline. Quelques seigneurs de la cour, pour être auprès du roi , firent construire des maisons le long de ces sentiers qui se changèrent en rues. Richelieu, qui a donné son nom A la rue Duplessis, et Cinq-Mars furent du nombre. C'est A Versailles que se passa cette singulière comédie, qui porte dans l’histoire le nom tic Journée des Dupes, journée dans laquelle Richelieu , qui semblait renversé le matin , était le soir plus puissant que jamais. Apres Louis XIII, Versailles fut abandonné pour uu temps. Mais bientôt Louis XIV vint lui donner plus de vie qu'il n'en avait

jamais eu. Le roi avait pris en dégoût Paris, qui lui cappelait la Fronde et cette nuit où |c peuple avait envahi sa chambre ; Saint-Germain, où il s’était retiré, ne tarda pas à lui paraître un séjour trop triste; château féodal situé sur une haute colline, cette habitation n'était pas ou harmonie avec les goûts d'un jeune roi splendide et fastueux. La flèche de Saint-Denis, qui s’élevait à l’horizon , lui parlait trop vivement de la mort, et l’on sait qu’une des faiblesses du grand roi était de la redouter. Louis XIV, d'ailleurs, allait donner à la royauté un caractère tout nouveau, demi -oriental, demi-espagnol. Fils d’une reine espagnole, élevé dans les idées absolues de la monarchie de Philippe II, il semble pendant toute sa vie avoir eu l’ambition d’imiter et de surpasser ce monarque. Le fils de Charles-Quint avait tendu de toutes ses forces à la monarchie européenne, Louis XIV s’efforça de se substituer à la maison d’Autriche en l’effaçant. Louis XIV, comme Philippe II , ne voulut de loi que sa volonté. Le roi d'Espagne avait bâti l’Escurial dans un lieu désert et aride, Louis XIV éleva Versailles dans un pays sans eau et sans charme. Les palais des rois de France ne répondaient plus à leur passé ; le caractère fastueux et asiatique de la monarchie faisait un contraste frappant avec la résidence féodale de Saint-Germain , bâtie à la cime d’un mont.

Dès l’année 1660, Leveau avait été chargé d’augmenter le château bâti i Versailles par Louis XIII. Le roi avait pris cette demeure en affection ; il venait souvent y passer le jour, retournant le soir à Saint-Germain. Versailles, dès cette époque, était choisi par lui pour donner des fêtes. Les fameuses fêtes de 1664, données à mademoiselle de Lavallière, eurent lieu à Versailles. Louis XIV y fit de l’Arioste espagnolisé. Vjgarani, Modénois , et le duc de Saint-Aignan, chargés de présider aux divertissements , firent agréer au roi un programme intitulé les Plaisirs de l'I le enchantée , avec comédie, carrousel , course de bague , collation, enchantements et feu d’artifice. On y représenta la Princesse d’Ktide< le Molière, faible imbroglio espagnol où figure le gracioso obligé. Félibien nous a conservé le détail de ces fêles splendides, ainsi que de celles qui furent données en 1668 et 1674.

Les travaux exécutés par Leveau parurent bientôt insuffisants à Louis XIV, dont la pompeuse représentation se trouvait à l’étroit à Saint-Germain. Leveau mourut, et le roi demanda à Mnnsard un palais nouveau : l’architecte proposa de renverser le château de Louis XIII ; Louis XIV s’y opposa et voulut à tout prix conserver l’œuvre de son père, qui forme aujourd'hui la cour de marbre. On exhaussa le sol , qui est de trente-deux pieds au dessus du niveau de la Seine, on enveloppa de constructions nouvelles les vieux bâtiments conservés ; et les constructions de Leveau, le château de Louis XIII et les nouveaux corps de logis, reliés ensemble tant bien que mal, donnèrent au château de Versailles cet aspect' irrégulier qui frappe au premier abord. L’architecte prit sa revanche du côté du jardin et se livra à son invention puissante ; il éleva une immense façade pleine de mnjesté, composée d’un corps de bâtiment avancé et de deux ailes, en retraite , se prolongeant vers le nord et le midi , le tout percé de quinze croisées à chaque étage. Une grotte , ornée de statues de Girardon , d’où un torrent d’eau se précipitait dans les souterrains , occupait l’endroit où se trouve la chapelle.

VERSAILLES

Celle grotte fut détruite pour faire place à l'édifice religieux . et 1rs statues transportées dans le bosquet d'Apollon Cette chapelle était desservie par une communauté de quatorze membres , ainsi qu'il résulte du lettres-jvatentes enregistrées au Parlement en 163Î. Enfin, e:i.l687, Versailles, avec ses merveilles, était achevé. Le Nôtre avait renouvelé les jardins, Lebrun avait couvert les plafonds de ses peintures ; les courtisans , è l'imitation du monarque , s'étaient empressés de se faire construire des résidences auprès de celle du souverain ; Inouïs XIV avait fondé Notre-Dame, les écuries étaient bâties, la place d' Armes élevée, les trois avenues qui y aboutissent plantées et bordées de maisons. La ville du grand roi , œuvre puissante, mais factice, était née. Il y vint résider, avec sa famille, ses ministres, sa maison et les gens de sa suite. Trois mille personnes habitèrent le palais. Mais Versailles, magnifique de grandeur, resplendissant d’or et de peintures, manquait d'eau. Une armée de travailleurs fut employée à amener la Seine dans les bassins d'un parc qui avait usur|>é la place de dix villages. On compta jusqu'à trente-six mille hommes et plusieurs milliers de chevaux occupés à la fois à ces travaux. La nature fut domptée et l'eau conquise, mais au prix des plus douloureux sacrifices : une campagne n'eût pas été plus mortelle aux troupes ; la nuit, on voyait s’éloigner silencieusement des chariots remplis de malades ou de morts.

Louis XIV avait voulu créer une ville à côté de son château. A cet effet, il avait adopté diverses mesures propres à encourager les constructions. Les immeubles et les loyers ne pouvaient être saisis ni hypothéqués, si ce n’est pour dettes privilégiées. En 17t3, le but étant atteint, les faveurs furent supprimées. Louis XIV s’était épris d'amour pour son palais, qu’il regardait comme la merveille de son règne. Ea véritable propriétaire, il tenait à ce que les visiteurs- ne perdissent aucune des beautés qu'il renfermait. Il prit donc soin de tracer luiméme un itinéraire pour les visiteurs. Ce curieux morceau est conservé à la Bibliothèque royale ; nous le transcrirons, en respectant la royale orthographe. Le voici : a 1" En sortant du château par le vestibule, qui est sous la chambre du roy, on yra sur la terrasse ; on s'arrestera par le haut des degrés pour considérer la situation du jardin , des parterres , les pièces d'eau et les fontaines des cabinets. 2° Après on tournera à gauche, et l'on deviendra par le degré des sjru-; en arrivant sur le haut, on fera une pause pour voir le parterre du Midy, et après on yra sur le haut de l'Orangerie , d’où l’on verra le parterre des orangers et le lac des Suisses. 3* On tournera à droite pour aller monter sur la terrasse, et l'on yra au corps advancé d’où l’on void les gerbes de Baceus et de Saturne. 4° On passera ensuite sur la terrasse près de Cléupâtre |iour aller sur le haut degré de Latomie. On fera voir le bassin et les jets qui l'environnent, les létars, les rampes, les statues, l'allée Boynlle , l'Apollon, le canal, et puis l'on retournera pour voir les parterres et le château. 5° On detsendra par la rampe du costé du nort pour aller au point de veue; on fera considérer les rampes, les vases, les statues, les létars, la tour, le château ; de l’autre cotté l’allée Koyalle, l’Apollon , le canal , les gerbes des bosquets , Flore, Saturne ; à droit Sérès ; à gauche Baccas, 6* On yra faire le tour de la girandole, et l'on retournera à la salle de bal. 7° On y entrera par le bas de la rampe de Latomie, et après avoir regardé la situation du lieu, .et avoir fait le tour de Visite, on sortira par l'allée de Baceus, que l'on remontera

jusqu'à la porte de l'Orangerie. 8“ On y entrera et on suivra jusqu'à celte de la grande aisle par laquelle on sortira pour aller à la fontaine. On pourra ce promener à l’otnbre des orangers, et sortir par La grille du cotte du Labirinte. 9“ On passera dans ledit Labirinte, et l'on ira jusqu'à la fontaine des ('.an et et du chien; après on remontera pour en sortir par l’allée de Vit lie Royalle. 10* On fera le tour de la grande pièce par la gauche; l’on s'arretteraau bas , dans le milieu pour considérer les allées, les gerbes, les coquillages, les bassins, les statues et les' portiques. 11° Après on yra à la gallerie et on fera le tour. 12* L’on yra & la colion aile ; en y entrant on verra le groupe du milieu, et l’on fera e.. nille le tour pour considérer les collonnet, les cintres, les bas-reliefs, les vases et les bassins. Eu sortant, on yra dans l’allée Royalle, on s'avancera jusques à Apollon, d’où l’on verra le costé du canal et celui du château. 13’ On remontera après à Lancelade , on en fera le tour. 14° De là on ira au* bains d'Apollon, on les considérera aussi bien que la fontaine et les balustres, et après en avoir fait le tour, on ira à Flore. 15° On deSsendra dans la salle du ronseil. 16° On ira à la montagne , on verra la grosse gerbe et les cinq autres. 17“ Ensuite on entrera au théâtre. 18° On ira à la montagne, on fera un demi-tour dans la petite allée qui tourne devant que d'entrer dans le centre de l'étoile, et quand ou y sera, on fera le tour de la montagne. 19° On ira après passer à CéTès, pour aller au théâtre; on verra les changements , (>t on considérera les jets des cascades. 20* On sortira par le bas de la rampe du parterre du nord, et Ton entrera au Marais; on fera le tour. 81* On entrera aux fontaines des trois étages, on sortira par l'allée qui va au Dragon. 22° On tournera autour du Dragon, et l’on fera considérer les jets et la pièce de Neptune. 24“ On ira à l'arc de triomphe, l'on remarquera la diversité des fontaines, des jets, des nappes , des figures et des différents effets d'eau. 24° On sortira par le Dragon, on passera par l’allée des Enfants , et quand on sera sur la pierre qui est entre les deux bassins et en bas, on se retournera pour voir tous les jets de Neptune et du Dragon ; on continuera ensuite de monter ladite allée. 35* On s'arrêtera au bas de la nappe , et l'on fera voir les bas-reliefs et le reste de cette fontaine, 26“ On passera après à la Pyramide où l’on s'arrêtera un moment, après on remontera au château par le degré de marbre qui est entre l'aiguiseur et la Vénus honteuse ; on se tournera sur le haut du degré pour voir le parterre du nord, les statues, les vases, les couronnes, les pyramides et ce que l’on peut voir de Neptune , et après l’on sortira du jardin par la même porte par où l'on est entré. »

La ville fut rattachée au château, d'un cété par la rue des Réservoirs, de l'autre par celle de la Surintendance. Le faubourg de Limoges a pris son nom des ' Limousins qui, pendant leurs travaux au château, avaient établi leur demeure au lieu qu’il occupe actuellement. Louis XIV, tout en faisant travailler au château qu'il fallut onxe ans pour achever, fit construire le grand Trianon en 1671 ; c’était là qu'il descendait, quand il venait visiter les travaux. Les premières années de sa résidence à Versailles Rirent splendides, pleines de fêtes et d’éclat; mais, avec la vieillesse et les revers, le grand roi devint triste; où avaient brillé les Lavallière et les Montespan, on vit madame de Maintenon, cette femme d'un poète cul-de-jatte devenue reine , étaler sa froide austérité. Le palais fastueux ne ren-

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ferma bientôt plus qu'un vieillard inamusable, s’appuyant sur son confesseur, le père Lachaise; enfin , 1715 arrivant, le cercueil royal s'achemina, au milieu des huées du peuple, vers Saint-Denis, cette dernière demeure si redoutée, où l'attendaient ses enfants morls avant lui.

Le régent quitta Versailles pour Paris et le Palais-Royal. Versailles était né d'hier, et déjà se manifestait une grande ruine. Le régent entraîna avec lui le mouvement et les affaires. Louis XV, à sa majorité, revint habiter le château. On sait que Robert-François Damiens tenta d'y assassiner le roi, le 5 janvier 1757. Nous ne donnerons point les détails de ce crime qui jeta toute la France dans une sorte de stupeur. Tandis que le bruit s'en répandait au dehors du château, dit l’historien Sismondi , « le garde-des-sceaux Machault saisissait l'assassin au collet dans la salle des Gardes : il lui faisait tenailler les jambes en présence du chancelier Lamoignon et de Rouillé , ministre des affaires étrangères. Deux gardes- du-corps, armés de pinces rougies au feu, s’étaient offerts volontairement à faire ainsi l'office de bourreau, o Du reste, le petit-fds de Louis XIV laissa la résidence royale de Versailles telle qu’il l'avait trouvée. Il se borna à bâtir dans la ville l'église Saint-Louis, à construire le petit Trianon , et à faire terminer, en 1770, pour tes fêtes du mariage du Dauphin, depuis Louis XVI, la salle de l'Opéra. L'histoire de Versailles, pendant le règne de Louis XV, est nulle; mais la ville gagne en étendue et s'accroît des deux Montreuil.

Louis XV meurt, son fils le remplace. En 1777 une salle de spectacle est bâtie dans la ville, mais les événements politiques se pressent et donnent à Versailles une nouvelle vie. A aucune époque, les -difficultés politiques n'avaient été plus , grandes. L'opinion publique s'était éveillée et surveillait le gouvernement. Les abus étaient immenses, le trésor vide, et de tous côtés des réformes étaient demandées. Le ministre Calomie imagina de rassembler les notables, espérant leur faire approuver ses plans. Cette assemblée se réunit, à Versailles, le 2-2 février 1787; mais, par sa résistance au ministre, elle le força bientôt à se retirer, et quelques ~ jours de calme succédèrent aux agitations. Cette première assemblée des notables n’aboutit qu'à procurer des palliatifs insuffisants ; la lutte se ranima. Un conseiller du Parlement, dans une séance où l'on réclamait des' états de dépense* s'était écrié qu'il fallait, non pas des états, mais des Èiats~Généraux\ la France entière ne vit plus de salut que dans leur réunion. La cour, après avoir longtemps résisté, se vit obligée de céder ; les États-Généraux furent convoqués pour le 1" mai 1789. Mais de nombreuses et graves questions s'étant élevées à propos de cette convocation, une nouvelle assemblée de notables se réunit è Versailles, le 6 novembre 1788. La session, dans laquelle furent discutés tous les points relatifs à la tenue des États, fut close le 8 décembre suivant.

Enfin, le 5 mai 1789, la salle des .Menus, disposée à eet effet, reçut les députés de la nation. Il ne nous appartient pas de raconter lea travaux de cette assemblée : ils forment, non pas l'histoire de Versailles, mais celle de la Révolution. Versailles fut le lieu où la France nouvelle se développa et grandit. La ville royale vit tour à tour les luttes du Tiers-État contre les deux ordres, le serment du Jeu de l'aume, cet élan de patriotisme sublime; elle entendit les paroles foudroyautes de Mirabeau à M. de Brézé, et écouta avec espoir et effroi |e canon

du H juillet. Versailles Tut témoin de la fameuse nuit du A août, dans laquelle périrent les derniers débris de la féodalité, et ses échos répondirent les premiers à la proclamation des Droits tle l’Homme. La révolution semblait se dérouler paeiliquement, quand la royauté provoqua , par son imprudence, l'exaspération populaire. Le repas offert, le 2 octobre, dans la saHè du théâtre, par les gardes du corps aux officiers de la garnison, souleva l’irritation. Cette scène malheureuse fut répétée, le lendemain, dans la salle du Manège. A cette nouvelle, Paris insurgé s’agite ; des bruits d'évasion circulent, et les faubourgs se mettent en marche sur Versailles ; c'était le 5 octobre. Le palais est entouré des vagues populaires. Lafayette , accouru avec la garde nationale, parvient cependant à le préserver. Les événements de la nuit et du lendemain 6 octobre sont connus du monde entier. La royauté acheva de perdre son preslige et rentra à Paris prisonnière. L’Assemblée Nationale suivit le roi, et Versailles vit commencer cette vie muette qui pèse sur lui. Les habitants , par suite du voisinage de la cour, étaient généralement éclairés et ennemis des violences. Versailles resta donc paisible, pendant le cours de la Révolution ; à l’exception du massacre des prisonniers d'Orléans et de ceux de la ville, le 9 septembre 1792, par une horde venue de Paris, aucun fait révolutionnaire ne se passa dans ses murs. La municipalité, dans cette occasion, lutta avec énergie contre la multitude et sauva grand nombre de victimes.

Le château courut, à eette époque, de grands dangers et fut l'objet de bien des projets divers : on proposa tour à tour d’en faire un musée et une succursale des Invalides. Le Directoire eut l'intention de le vendre par lots. Il échappa à toutes les dévastations; une manufacture d'armes fut seulement établie dans le grand commun. Le Consulat le sauva. Sous l’Empire, quelques réparations furent faites; Napoléon y dépensa jusqu'à sept millions, et l'on prétend qu’il eut un instant la pensée d'en faire son habitation. Lors de la première restauration, Versailles se rendit aux Prussiens sans résistance; mais en 1815, il s'empressa de reprendre le drapeau tricolore. Après Waterloo, les gardes nationaux de Versailles offrirent de marcher à l'ennemi, et figurèrent au combat de Roqucncourt, où deux régiments prussiens furent défaits. Blücherse vengea en désarmant la ville et en la laissant piller perses soldats. Quand Louis X VIII Tut définitivement rétabli, Versailles semblait devoir sortir de ses ruines. Ce prince y fit, rncITet, quelques restaurations, mais il n’osa l'habiter; la monarchie constitutionnelle eût été déplacée dans la demeure de la monarchie absolue. Après 1830, le roi Louis-Philippe eut l’heureuse idée de reprendre, en l'agrandissant, une pensée de la république et de transformer le château en musée national. Les architectes Nepveu et Fontaine l’approprièrent à cette destination : plus de trois nulle tableaux et de six cents objets de scuplture remplissent ses salles immenses et offrent aux regards les pages glorieuses de nos annales et les images de nos grands hommes. Ce musée fut inauguré par une fête donnée à l’occasion du mariage du prince royal , le 10 juin 1837.

Versailles était, avant la Révolution, un gouvernement de place, et le siège d’un bailliage ressmlissant à la vicomté et prévôté de Paris, ainsi que d’une prévôté de l’hôtel , laquelle faisait partie de la maison du roi. Tous les ministres y résidaient; de là, la dénomination de robinet de Versailles, sous laquelle on desi-

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grmil le gouvernement français dans le langago politique. Mien que Versailles soit lié à Paris par deux chemins de fer, la ville du grand roi ne semble pas devoir jamais recouvrer sa splendeur. Sa population , qui , dix ans après la mort de Louis XIV, dépassait 40,000 Ames, et qui, sous Louis XVI, s'éleva à près de 100,000, en atteint à peine aujourd'hui 30,000. Celle de l'arrondissement monte à environ 150,000 habitants; et le département de Seine-et-Oise , dont cette ville est le chef-lieu, en renferme près de 471,000. Le commerce est presque nul à Versailles. La manufacture royale puur la fabrique des armes à feu n'existe plus , mais il sort encore de quelques ateliers de la ville des fusils et des pistolets d'une belle exécution. On connaît l'horlogerie et la bijouterie de Versailles. Privée de ses grandeurs , cette ville se console avec ses souvenirs. Versailles a retenu un aspect royal et un air de majesté que notre vie bourgeoise n'a pu lui faire perdre; mais, création factice d'un prince orgueilleux, il a subi la destinée des villes improvisées : après avoir brillé d’un vif éclat, il est rentré dans la nuit pour n'en plus sortir. Parmi les hommes distingués auxquels Versailles a donné naissance, nous citerons l’ahbé de l'Épér, le statuaire Houdon , Ducit , Huche, le maréchal Berlhier, et M. Tissot de l'Académie française. 1

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