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vieilles murailles de la cité, nous arriverons aux rois de la troisième race, avec lesquels, si positive que soit l'antiquité de la ville de Dreux, commence seulement pour elle une histoire digne de conûance.
Dans les premières années du xr siècle, Dreux faisait partie de la Normandie. Le duc Richard I" donna en dot la moitié de la ville à sa Allé Mathilde , en la mariant à Eudes, comtes de Chartres, qui prit tout et ne voulut rien rendre, lorsque Richard II réclama la dot de sa sœur morte sans enfants (1017). La guerre alors éclata entre les deux rivaux. Richard ne put s'emparer de la ville qu'après avoir fait bâtir tout auprès , pour l'inquiéter, le château de Tillières : il appela aussi à son secours Lagmart, roi de Suède, et Olaüs, roi de Norvège. Le roi de France, Robert, parvint cependant à réconcilier les deux beauxfrères. Eudes garda Dreux, e Richard le château de Tillières. Le pacificateur ne s'était pas oublié dans la négociation. Dreux fut détaché de la Normandie; Eudes rendit pour son comté hommage au roi de France , et une coutume presque semblable à celle de Chartes y remplaça la coutume normande. Quant à la ville même, on ignore si Eudes la céda au roi Robert , ou bien si elle resta pendant quelque temps encore dans la famille de ce comte. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu’elle était réunie à la couronne, sous Louis-le-C,ros. Les bourgeois obtinrent alors du roi une charte de commune, en vertu de laquelle les habitants de la ville et des faubourgs avaient le droit de n'être jugés que par le maire et les paire élus ; la communauté avait , en outre , le droit de cloche et était affranchie du droit de marlourage, qui pesait auparavant sur les vins, ainsi que de l'obligation de moudre et de cuire aux moulins et aux fours royaux.
Louis-le-Jeune- douna, en 1137, la ville et le comté de Dreux en apanage à Robert, son frère, prince éclairé et charitable, auquel l'hôpital, que Louis-le-Gros avait grntiüé déjà du droit de moulure, fut redevable de quelques terres situées à l'entour, car il fallait bien quelque chose à mettre sous la meule. Robert 1er At bâtir au dehors de la ville le château de la Robertière et réparer Firmincourt. \a descendance de Robert fournil a Dreux quatorze comtes, pendant une période de deux siècles et demi (1137-1377). Plusieurs de ces comtes méritent une mention particulière. C’est Robert III (1218-1233), fondateur de la Tour grise, et dont les qualités furent célébrées dans ces deux vers latins :
Hic in amicitià Theseus fait , aller in armis
Àjax, consilio pollens fuit aller Ulysses.
C'est le valeureux Robert IV ( 1218-1281 ), qui accorda de nouveaux privilèges aux habitants , confirma et organisa la commune, régla les élections du maire et des quarante pairs, régularisa la police, et réunit au comté la vicomté de Dreux, mouvante de l'évèché de Chartres, et pour laquelle il rendit hommage à l’évêque. Jean II, après lui (1281-1309), se distingua dans les guerres de Flandre, et fut surnommé le Bon, a cause de ses vertus. Jeanne 11, sa seconde Aile, porta, en 1346, le comté dans la inaisou de Thouare; mais bientôt cette branche nouvelle sécha; Marguerite et Péronelle, Ailes de Louis de Thouare, vendirent le comté de Dreux à Charles V, qui le réunit pour la seconde fois à la couronne (1377).
DREUX. 787
I.e roi affranchit Dreux de la suprématie judiciaire de tïisors; la ville, à partir de i:i78, ressortit nümeut au parlement de Paris. Charles VI, en UI8I , donna Dreux à Arnaud-Amanieu d'Albret, eu paiement d'une rente de quatre mille livres assignées sur le trésor pour la dot de Marguerite de Bourbon. A la mort d'Amanieu (1401), Charles VI reprit le comté, dont il gratifia, en 1407, son frère, Louis, duc d'Orléans, pour augmentation d’apanage. Après l’assassinat du duc (23 novembre de la mCme année), Charles, connétable d'Albret, rentra dans son héritage. Le connétable de Saint-Pêl, qui l'avait remplacé dans la faveur du roi, entreprit le siège de Dreux ; puis, obligé de passer outre, il en confia l'attaque 6 Antoine de Craonr Les Parisiens fournirent des engins et de l’artillerie; la place se défendit énergiquement , mais le siège fut poussé avec furie; et le quatrième jour, la brèche étant ouverte, après deux heures d'assaut, quelques soldats pénétrèrent par un trou de pierricr dans la ville, qui tomba en leur pouvoir. Le château restait encore : il résistait opiniâtrement à une attaque vigoureuse, lorsque le traité de Bourges rendit à Charles d'Albret la faveur royale et l’épée de connétable.
Remise à peine des agitations de la guerre civile, la ville de Dreux vit Henri V d'Angleterre s’approcher de ses murs pour un nouveau ' siège (1422). Réduite à capituler, au bout de six semaines, elle se racheta pour trois cents sols d’or, et stipula que nulle atteinte ne serait portée h ses libertés et à ses privilèges. Mais le vainqueur, par une horrible violation du droit des gens, la livra au meurtre et an pillage. Les habitants s'enfuirent éperdus à la Robertièrc. Le duc de Suffolk les y poursuivit, les gomma vainement de se rendre, et s’empara du château, où l’introduisit un traître nommé Vascon. Les Anglais occupèrent Dreux jusqu'en 1437 ; Suffolk et Bedfort en prirent successivement le nom : ce dernier y réprima même par des exécutions sanglantes une tentative des habitants pour secouer le joug. Enlin le connétable d'Albret réussit à en chasser les Anglais, en donnant dix-huit cents érus nu capitaine Brouillet, qui y commandait pour eux.
La famille d'Albret posséda le comté de Dreux, de 1381 à 1557. Le plus célèbre des dix comtes de celte maison est sans aucun doute Alain d'Albret, surnommé le Cirand, et aïeul de Henri IV. C’est lui qui fonda la chapelle de Notre-Dame-la* Ronde, fit creuser le canal de l'Eure, restaura le donjon , et fournit le bois pour les réparations de l’Hôtel-Dieu. Sa bonté lui avait à tel point concilié l'affection des habitants , que des guerres malheureuses l’ayant forcé d'engager son comté à Philippe de Commines, ceux-ci s'imposèrent volontairement, rendirent son argent il Commines et voulurent reprendre leur comte. Alain, qui avait dépouillé du comté de Dreux son cousin, fils d'Arnaud-Amanicu II, le céda enfin à Jean d’Albret (1507), dont la fille Marie le porta a Charles de Clèves, comte de Nevers. François de Clèves, premier duc de Nevers, fils de Charles et de Marie, fit une entrée triomphale à Dreux , qui lui avait été adjugée par un arrêt du parlement en date de 155t ; mais le procureur général, intervenant pour le roi , soutint que <i Dreux étant de l'ancien domaine de la couronne n'avait pu être transporté au connétable d'Albret. » Le comté fut ainsi de nouveau réuni au domaine royal (1557). Catherine de Médieis l'obtint pour partie de son douaire, en 1559; la reine-mère le remit au roi, dix ans après; H fut alors érigé en duché-pairie, et donné en apanage au duc d’Alençon, frère de Charles IX , mort en 1584. Dreux ,
redevenu comté, fut ensuite engagé au comte de Soissons, et passa par acquisition au duc de Vendôme , dont la femme le transmit à la princesse palatine de Condé, sa mère (xvii* siècle).
Des faits de la plus haute importance remplissent l’histoire de Dreux , pendant cette période. Au mois de décembre 1562, le prince de Condé, après une tentative malheureuse sur Paris, se dirigeant en toute hâte vers la Normandie, afin d'y rejoindre des troupes calvinistes, se détournait un instant dans l'intention de prendre Dreux , lorsqu'il fut atteint par l'armée royale. On connaît les incidents variés de cette fameuse et meurtrière bataille, perdue d’abord par le connétable de Montmorency, puis gagnée par le duc de Guise et le maréchal de Saint-André, qui paya la victoire de sa vie. Dreux tenait pour le parti du roi : ses habitants accueillirent avec joie le duc de Guise , qui fit une entrée solennelle dans leurs murs. Ils furent des premiers, plus tard , à épouser toutes les passions de la Ligue. Le 9 février 1589, des lettres des ligueurs de Paris arrivent A Dreux pour exciter les hahitants à la révolte. Le chapitre, les magistrats municipaux et le peuple se réunissent en tumulte. Le lieutenant général du bailliage, Pierre Paulet, veut modérer l'emportement de l'assemblée ; on lui coupe la parole, on l’entraîne en prison , et sa maison est pillée. La ville se met en révolte ouverte, et le siège de la justice est transporté à Nogent-le-Roi. Cependant il y avait à Dreux une famille influente et nombreuse, la famille de Rotrou, celle du poète, laquelle, aidée d'une faible minorité , soutenait le parti du roi. L’un de ses membres, Rotrou de Villiers, aidé de deux de ses frères, parvint à s'emparer, par surprise, du château , de lu grosse tour, de l’hôtel de ville et du donjon. Il put alors dominer à Dreux. Déjà l'armée du comte de Soissons arrivait sous ses murs, lorsque les bourgeois dont il avait probablement aboli ou singulièrement modifié les privilèges , résolurent de se débarrasser de lui. Un traître livra les clefs du donjon. De Villiei's, surpris au lit et blessé d’un coup de feu , réussit à gagner Firmincourt, qui tenait pour le roi. Rotrou de Montaigu et Rotrou de Marsolin , ses deux frères, traduits devant le conseil, furent épargnés, parce qu’on savait leur famille puissante. Le premier rejoignit l'armée de Roquelaurc , et le second périt dans l’une de ces escarmouches que l’armée royaje livrait souvent sans succès aux ligueurs jusque dans les faubourgs de la ville.
Le dernier jour de février 1590, Henri IV, voulant se rendre maître du chemin de Chartres à Paris, mit le siège devant Dreux , défendu par cinq cents hommes d'infanterie et deux cents cavaliers, sous le commandement des sieurs de Falandre et Laviette. Le 3 mars , la brèche est ouverte , l'assaut dure toute la journée ; le roi perd deux cents hommes et deux capitaines. La brèche est réparée à la hâte par les assiégés , et la ville reste imprenable. Henri IV fait alors aux habitants des propositions magnifiques et ne reçoit qu'un refus. Instruit de l'approche du duc de Mayenne , il décampe aussitôt , court à sa rencontre , et gagne ta bataille d'Ivry. Les ligueurs dominèrent paisiblement à Dreux , pendant un an. Quelques capitaines offrirent quatre mille livres A Delaporte , qui commandait au donjon , pour qu'il introduisit dans la place le vidame de Chartres. Delaporte accepte. Le 17 février 1591, les négociateurs se présentent, à la nuit , et donnent leur argent ; mais les huit ou neuf premiers gentilshommes qui osent monter sur
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la muraille sont incontinent désarmés, et le vidante , s'apercevant enfin du piège, a toutes les peines du monde à s'échapper au milieu de la fusillade qui le sakie. I.c 7 juin 1593, Henri IV revint assiéger Dreux. Les troupes royales, après onze jours de tranchée ouverte , montèrent à l'assaut avec le plus grand courage, et pénétrèrent dans la place par quatre brèches. I.es habitants n’eurent d'autre ressource que de se réfugier au château et de mettre le feu derrière eux pour arrêter l'ennemi; mais les Suisses l'éteignirent. Le château, attaqué le 18, ne capitula qu’au bout de trois semaines. La résistance avait été désespérée, et comme s'il était besoin d’un miracle pour rendre plus incroyable cette belle défense, on raconte que la vieille tour sur laquelle venaient mourir les boulets de deux batteries , s’étant ouverte sous l’effort de la mine , se referma aussitôt. Une douzaine de matins, quoique sans vivres et épuisés de fatigue, prolongèrent la lutte dans la vieille enceinte , en insultant l’armée royale et le roi lui-même. Ce furent les seuls auxquels Henri IV ne pardonna point : il les fit pendre, et démantela la place.
Éprouvé si souvent et d’une façon si cruelle , Dreux ne voulait plus décidément courir de nouveaux hasards. Louis de Soissons , qui en était comte , l'entraîna bien un moment dans le parti des princes (1696); mais à la première démonstration de Bassompicrre , les bourgeois épouvantés vinrent à son camp protester de leur fidélité. Bassompierrc fit enlever dans la ville le fils et la femme de Descluselles, qui commandait au château , et celui-ci permit alors à son lieutenant , Vinay, de rendre la place au chef de l’armée royale. A cette époque , et depuis longtemps, Dreux était devenu une espèce de petite oligarchie. Le bailliage, anciennement établi dans cette ville, était présidé par un grand bailli d'épée ; Henri HI, en 1577, y avait institué une élection qui avait coûté à celle de Chartres soixante-douze de ses paroisses. On a vu que la commune se composait de quarante membres élus par les habitants. Parmi eux, on comptait vingt-deux officiers; entre autres, le maire , un syndic et les six du conseil du maire qui étaient de véritables échevins. Les élections commençaient le mardi de la Pentecôte : elles étaient accompagnées de formalités très-longues et très-compliquées ; mais comme les mêmes citoyens pouvaient être indéfiniment continués en charge, les offices avaient fini par devenir héréditaires. Aussi, le corps municipal bien uni présenta une grande force de résistance aux efforts des officiers royaux pour introduire leurs créatures dans le conseil et diminuer les privilèges de la ville. Le maire, chef des armes de la cité, avait la justice civile et criminelle jusqu'à soixante sols parisis d'amende, la réparation civile restaut illimitée. Il avait aussi la jurande de tous les métiers, hormis les boulangers réservés par le comte, et il était le premier juge appelé aux assises du bailliage. Dreux , comme toutes les autres villes du royaume, eut du reste à subir mille variations, jusqu'au moment où il entra dans l'organisation uniforme créée par la Révolution française. C'est aujourd’hui l'un des chefs-lieux de sous-préfecture du département d’Eureet-Loir, et il renferme 6,300 âmes, sur 70,860 qu’on en compte dans l'arrondissement. Les habitants exploitent des fabriques de serges, des teintureries, des tanneries, des fonderies de casseroles et vases en fonte, et $e livrent particulièrement au commerce des bestiaux.
On sait que le domaine de Dreux , devenu dans le dernier siècle un apanage de la famille d'Orléans, lui appartient encore : c’est là qu’elle a fixé le lieu de sa sépulture dans une chapelle rflagnifique. La ville est gracieusement assise au penchant d'un coteau , dans un pays pittoresque et qui rappelle le Perche , bien que très-voisin de la Beauce. Parmi les hommes éminents qu'elle a vus naître, nous citerons Antoine Goileau , le célèbre évêque de Vence et de Crasse , membre de l'Académie française; Jean liolrnu, l'auteur de Venceslas; Paul Metezeau , aumônier du roi, le même qui construisît la digue de La Rochelle; et Clément Metezeau, son neveu , auquel on doit une partie de la galerie du vieux Louvre. 1