CORBEIL
Le comte A y mon eut pour successeur Burchard, homme vaillant et sage comme lui (1012). Vinrent ensuite des chefs aventureux et turbulents, dont l’orgueil causa la perte. Tel fut ce Burchard que l'abbé ■Suger qualifie de superhissime comte, lequel aspira ouvertement au trône, et, prêt à aller guerroyer rentre son suzerain, tint à la comtesse, sa femme, cet emphatique langage : o Belle comtesse, donnez avec joie celte magniftque épée au noble comte qui la reçoit de vous comme comte, et qui vous la rendra en ce même jour comme roi. » Mais l'issue du combat ne répondit pas à son attente : il fut vaincu et tué par Étienne, comte de Paris (1019). A ce Burchard succéda Eudes ou Odon, non moins ambitieux et plus féroce peut-être. Suger le compare à une brute qui ne suit que ses instincts. C'est lui qui pilla le monastère de Sainte-Marie, récemment construit près de Corbeil ; mais l'excommunication suivit de près le sacrilège, et il fut trop heureux d'être absous nu prix d'une entière restitution.
Les comtes de Corbeil donnaient trop d'inquiétude aux rois de K rance, et d'ailleurs une trop faible distance séparait Paris de cette petite ville, pour qu’ils ne songeassent point à l'enclaver dans leur domaine. Louis-le-Gros s'empressa d’en déposséder son frère naturel, Philippe, Gis de Philippe I” et de Bertrade, comtesse d'Anjou (1112); il fit, sur tous les points, fortifier la ville, qui devint dès lors le siège d'une châtellenie et d'une prévôté. Quelque temps après, le roi de France reçut dans sa nouvelle cité lé pape Calixte 11 , suivi d’une cour nombreuse. Vers la même époque, Abailard , chassé de Melun, vint y établir son école ; mais bientôt épuisé par l'excès de ses travaux, il se vit forcé d'aller prendre quelque repos dans son pays natal (1119). Sous Philippe-Auguste, Corbeil vît naître plusieurs personnages considérables par leurs talents et leurs dignités : entre autres Guillaume de Corbeil , pirieur et chanoine de Saint-Osithc, lequel devint archevêque de Cantorbéry ; Gille de Corbeil, médecin de ce prince et auteur d'un poëme de six mille vers sur la vertu des médicaments ; et /'terre de Corbeil, professeur de théologie , évêque de Cambrai et archevêque de Sens, dont le plus grand titre de gloire est d’avoir été le maître d'innocent 111. En 1262, saint Louis reçut au chôteau de Corbeil la visite de Jacques l", roi d'Aragon, venu pour terminer quelques différends avec lui , et conclure le mariage de sa fille avec le Gis du roi de France, depuis Philippe-le-Hardi.
I)u xiv' au xvii' siècle, Corbeil subit tous les contre-coups des terribles tempêtes que déchaînèrent sur la France la gueire avec les Anglais et les discordes religieuses. Nous le voyons tomber, tour à tour, au pouvoir des Armagnacs et des Bourguignons, et toujours pillé, affamé par les uns et par les autres (1115). La ville respira un moment sous Chartes VII , qui la choisit comme un lieu de réunion et de conférences diplomatiques. Georges d’Amboise, complice des entreprises du duc d'Orléans, pour arracher la régence à Anne de Beaujeu, fut enfermé, en 1187, dans la grosse tour du château. Les protestants envahirent Corbeil, dès les premières années de la réforme. Coudé se présenta sous ses murs, en 1562; mais la mauvaise tournure de ses affaires l'obligea bientôt à lever le siège. Les habitants , quoique <1 contre-cœur, adhérèrent plus tard à la Ligue ; aussi, io 19 avril 1590 , les prêtres, les échèvins et les notables se portèrent-ils à la rencontre de ilenri IV, croix et bannières en tête. Aux mois de septembre et d'oc-
tobre, Corbeil soutint un siège obstiné contre le duc de Parme. Le blocus durait depuis vingt -quatre jours, quand le duc fit donner un assaut général. Scs troupes y entrèrent de vive force; Rigault, le gouverneur, fut tué sur la place, et la ville abandonnée à toute la fureur du soldat (10 octobre). Le 10 novembre suivant, sur un ordre du roi, M. de Sivry, gouverneur de la Brie, reprit Corbeil par escalade, en moins d’une heure. Ce fut un coup terrible pour les ligueurs, qui virent ainsi intercepter toutes leurs communications par la Seine.
L’histoire de Corbeil finit à l’avénement de Henri IV. Sous la protection d'un gouvernement régulier et fort , s’ouvrit pour elle une ère nouvelle de prospérité. C:est aujourd'hui une charmante ville, gracieusement posée au bord de la Seine , dont un beau pont de pierre joint les deux rives. A droite, dans le pays de Brie, est l’Ancien Corbeil , placé sous l'invocation de saint Spire, et à gauche, dans le llurepoix, le Nouveau Corbeil, qui a saint Léonard pour patron. L'église, autrefois cathédrale de Saint-Spire, existe encore; l’ancienne église collégiale de Saint- Guenaultsert de prison, et l'on a installé la bibliothèque publique dans une partie de ses bâtiments. Le temps a fait disparaître l'église de Saint Jean-de-l’Ermitage et celle de Saint-Jcan-en-l’llc, fondées dans une Ile de la Seine parla reine Ingelburge. On connaît la réputation des grains de Corbeil : aussi citerons-nous parmi ses édifices les plus remarquables, la Halle aux Blés, le vaste grenier de réserve, à six étages, construit sous le ministère de l’abbé Terrey, et les superbes moulins à blé de MM. D'Arblay. La ville, un des chefs-lieux de sous -préfecture du département de Seine-et-Oise, a plus de 4,500 habitants , et l’arrondissement en renferme près de G0, 000. On y fait un grand commerce de grains et de farines pour l’approvisionnement de Paris, avec lequel le chef-lieu communique, depuis 1840. par un chemin de fer. Outre les hommes célèbres que nous avons nommés, Corbeil a donné le jour au savant antiquaire b’ Anse de Villoison , membre du l'Institut impérial , et au conventionnel Meltinel. Laharpc se réfugia dans cette ville, après le 18 fructidor. Bernardin de Saint-Pierre avait précédemment cherché un asile dans une maison de campagne située aux environs, à la suite du 13 vendémiaire; il y reçut plus d’une fois la visite du jeune ofGcier d'artillerie, Napoléon Bonaparte, qui venait le consulter sur quelques ouvrages. 1
Fontainebleau est un lieu à part qui doit faire exception dans l’histoire des communes. A Fontainebleau , la demeure des habitants s'efface devant celle des
I. Recueil des historiens de Francs, I. VIII, X cl XII. — Vita Burchardi comitis. — G allia christiana, l. VII. — Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris. — Jean de La Barre, Antiquités de la ville, comté et châtellenie de Corbeil. — Mémoires de Coudé, t. IV. — Journal de Henri IV.
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