VT
AGRICULTURE. - INDUSTRIE. — COMMERCE. — CARACTÈRE. — MOEURS. COUTUMES. — LANGAGE. — ANTIQUITÉS.
o Qu'on suppose, » disait , en 1814 , M. Aristide Guilbcrt , « un étranger , qui , par une chaude journée d’été , a entrepris l’exploration des douze arrondissen>enLs de Paris, c'est-à-dire, de douze villes étroitement enchevêtrées les unes dans les autres , pour en admirer en détail toutes les merveilles ; qu'on se le représente, fatigué d’une si longue promenade, au milieu de ce prodigieux amas de grands murs qui s’élèvent parallèlement, en plusieurs étages, avec leurs fenêtres et leurs balcons, jusqu'à ce qu'interceptant le jour, ils servent de points d’appui à un monde de cheminées et de toitures; qu'on se l'imagine, rassasié d'avoir traîné son admiration de monument en monument, de palais en palais, d'hôtel en hôtel, d’église en église, de musée en musée, d'académie en académie, et d'établissement public en établissement public; qu’on se le figure impatient de s’échapper de cet inextricable labyrinthe de boulevards, de rues, d'impasses, de carrefours, de places publiques, de quais et de ponts, dont le pavé , les dalles et l’asphalte lui brûlent les pieds ; qu’on le suive , jusqu'au moment où voyant enfin s'ouvrir devant lui quelqu'une des barrières de l'interminable cité, il reprend courage et se précipite vers cette issue pour respirer l'air de la campagne. Mais voilà que cette fois encore son attente est cruellement déçue ; hors de la barrière, il retrouve, à son grand étonnement, ce Paris qu'il croyait avoir laissé derrière lui. De quelque côté qu'il se tourne, toujours des maisons, toujours des rues, toujours ce pavé ardent comme les carreaux d’un four; partout, dans les champs, les vallées et jusque sur les collines, les habitations se pressent, s'alignent et se forment en autant de villes annexes de la grande ville : ce sont, sur la rive gauche, Ivry, la Gare, lleux-Moulins, le Mont-Parnasse, Vaugirard , lssy, Montrouge, la Chaussée-du-Maine, Grenelle; ce sont, sur la rive droite, Passy, les Thèmes, les Batignolles, Montmartre, la Villctte, la Chapellc-Saint-Denis, Belleville, Charonne, Bercy. Enfin, le pauvre étranger, épuisé, brisé, écrasé, se croit le jouet de quelque malin enchanteur qui, du bout de sa baguette, et au fur et à mesure qu'il marche , transforme les plaines en quartiers, les allées d'arbres en rues, et les mottes de terre en pavés. » Toutefois , après une longue excursion , le voyageur parvient à rencontrer la campagne, et cette campagne est des plus riches, des plus belles et des plus variées qu’on puisse voir. Ici s'étendent les collines boisées de Meudon, de Bellevue, de Saint-Cloud et de Ville-d'Avray, avec leurs royales résidences et leurs charmantes habitations ; là , les vignobles de Suresne et d'Argenteuil , dé-
possédés de leur antique renommée , les verdoyants tlots de Neuilly, de Saint- Ouen et de Bougival, les bois touffus de Louveciennes et de Morly et l'imposante terrasse de Saint-Germain , qui d’un côté s’adosse à la grande forêt de ce nom et de l’autre descend jusqu'aux bords de la Seine. Ailleurs, se succèdent les sites riants , les bois coquets et les hauteurs pittoresques de Romainville, de Vincennes , de Saint-Maur, d'Enghien et de Montmorency ; et toutes ces délicieuses rclraites, tous ces Irais paysages et ces gracieux tableaux des vallées de la Seine, de la Marne , de la Bièvre, de l’Orge et de la rivière d'Yèrcs. Mais le bassin de l'ile de France n’offre pas seulement les attraits d'un beau spectacle; son sol crayeux , surmonté d'une couche épaisse d'argile plastique , est fécondé par une culture intelligente, mis en œuvre par une infatigable activité. 11 fournit en abondance à la capitale toutes sortes de céréales, des vins de qualité médiocre, mais qu’on a pourtant trop dépréciés ; des fruits et des légumes excellents. Ce n’est guère qu'aux environs de Paris qu'on peut voir des champs entiers d'artichauts, d’asperges, de choux, de laitues, de melons, de fraisiers, de cerisiers ou de groseilliers. La certitude d'un débit considérable a pu seule créer des spécialités telles que celles des cultivateurs de Clamart, de Freneuse, de Montmorency, de Montreuil1 , de Versailles et de Fontainebleau , qui cultivent en grand les petits pois, les navets, les cerises, les pêches, les primeurs et le chasselas. Les Murais ou jardins potagers de la banlieue donnent annuellement jusqu'à trois récoltes de légumes ; presque à toute heure vous y apercevez le maraîcher pieds nus, la bêche ou l’arrosoir à la main. L'irrigation de ces fertiles enclos est facilitée par l’établissement de nombreux réservoirs, que des conduits souterrains relient à un puits central , dont un treuil fait monter l'eau à la hauteur désirable.
L’ile de France élève peu de bestiaux ; mais l'on amène aux marchés de Pontoise, de Sceaux et de Poissy les plus beaux bœufs de l’Anjou, du Poitou et de la Normandie. Les moutons mérinos , les chèvres du Thibet , les moutons anglais à laine longue, ont été naturalisés à Saint-Ouen et à Puteaux. Si le gibier est rare dans les plaines de Clichy et des Vertus, en revanche le faisan, la perdrix, la grive , abondent dans les propriétés gardées ; l'alouette est commune partout , et le cerf, le chevreuil peuplent les forêts royales de Saint-Germain et de Fontainebleau. On pêche dans la Seine , dans la Marne et dans le canal de l'Ourcq, le goujon, la carpe, l’anguille, le barbillon et l'ablette, dont les brillantes écailles sont utilisées par les fabricants de perles parisiens.
Presque toutes les branches de l’industrie sont représentées, comme nous l’avons déjà dit, dans l'ile de France. Paris est non-seulement un vaste entrepôt où affluent toutes les nations, mais il exerce avec une supériorité incontestée les métiers qui nécessitent du goût , de l'intelligence et de la dextérité. On recherche, d’un bout du monde à l'autre, ses articles de modes, blondes, gazes, bro-
1. On cannait la répulaüon si bien méritée, d'ailleurs, des pèche» de Montreuil; cette culture y occupe près de doux ceut quarante hectares, el la récolte varie de douze à quinze millions de pèches par an. Nulle part, du reste, la culture des arbres fruitiers, en général, n’a été poussée plus loin : c'est à un habitant de Montreuil qu'on doit l'introduction en France de la belle el excellente cerise, dite cerise anglaise.
ILE I)E FRANCE, deries, corso ts, (leurs artificielles , chevelures factices; scs papiers peints et de fantaisie, ses dessins industriels, ses bronzes d'art, chronomètres, pendules, armes de luxe , modèles en rire, orgues, pianos, orgues-mélodium ; et ses instruments de musique, de chirurgie, de mathématiques, d’astronomie et de physique. La typographie, le polytypage, la lithographie, la chromolithographie, la gravure, la reliure, la bijouterie, l'orfèvrerie, l'ébénisterie , la passementerie, la layeterie, y ont atteint une remarquable perfection. Non contènt de donner asile à toutes les industries connues, Paris en a créé de nouvelles, et c'est dans ses ateliers qu’on a fabriqué pour la première fois les tissus en crin , en caoutchouc, en verre filé; les meubles en fer, les marbres artificiels, les calorifères, les appareils orthopédiques , les tôles galvanisées, les bougies stéariques , les conserves alimentaires, les cachemires français, etc., etc. Le mouvement reproducteur dont la grande cité est le centre se communique aux faubourgs, à la banlieue, puis aux villes et villages des départements circonvoisins. Une multitude de localités de l’Ile de France , peu importantes (tailleurs par leur population, possèdent des fonderies, des filatures, des manufactures de produits chimiques, engrais, cristaux , machines, couvertures, velours gaufré, couleurs, savons, huiles fines, poteries, porcelaines et impressions sur étoffes. Mentionnons spécialement les toiles peintes de Jouy, les tricots de Gonesse , les teintureries de Puteaux , les gants de Mitry, les papiers d'Essonne et d'Ëcharcon, les vitraux de Choisy le- Roi, les colliers de chevaux de Brie, les toiles cirées de Stains, les aciers polis de Cluircnton-Saint-Maurice , les indiennes de Bièvre, les produits chimiques de Javelle et de Nanterre. L’exploitation des carrières de piètre et de pierres de taille fait la richesse des communes de Gentilly, Carrière-Saint-Denis et Montmartre, dont le piètre est exporté jusqu'aux États-Unis, où on le connaît sous le nom de plaster of Parit.
Quoiqu'il naisse à Paris, en moyenne, quatre-vingt-quinze enfants par jour, les statistiques ont établi que la majorité de la population s'y compose de provinciaux et d'étrangers. C'est une ville cosmopolite, qui appartient à la France, on peut même dire à l'Europe entière ; mais l’influence d’un milieu commun lie ces éléments hétérogènes, et donne aux habitants, natifs ou colons, une physionomie particulière. Le Parisien est vif, remuant, prompt à la repartie, légèrement railleur, mais plein de bienveillance et d'aménité. Les graves préoccupations qui l'ont assailli depuis 1789, n’ont point altéré son urbanité proverbiale. Dans une ville où la même maison réunit sous son toit cent ménages, où l'individu est saus cesse en contact avec la foule, les égards réciproques ne sont-ils pas de première nécessité? \jt Parisien se montre surtout complaisant envers les étrangers , bien que la cherté drs subsistances et l'exiguïté des logements lui interdisent la fastueuse hospitalité que pratique la province. Il aime à servir de ciceroni, à faire les honneurs de la grande ville, à en étaler les splendeurs. On lui reproche d'être badaud, de se laisser aller à l'entraînement dune frivole curiosité; mais, comme l'a judicieusement remarqué Voltaire , « il y a des badauds partout. Si l’on a donné la préférence à ceux de Paris, c'est uniquement parce qu’il y a plus de monde à Paris qu'ailleurs, et par conséquent plus de gens inutiles qui s'attroupent pour voir le premier objet auquel ils ne sont pas accoutumés. »
RÉSUMÉ. 81 :i
Les spectacles , les musées, les cours publics, les collections scientifiques, les expositions, les discussions parlementaires, développent les facultés intellectuelles du Parisien, et lui communiquent un vernis d’instruction qu'il se plaît à faire valoir. Il parle de tout, tranche sur tout, décide sur tout avec assurance, se croit apte à juger toutes les questions politiques , littéraires ou sociales : s’abandonnant tour à tour à l’enthousiasme et au dénigrement, s’engouant et se lassant de même, il échafaude des réputations qu’il renverse le lendemain, pour leur en substituer d’autres , dont il détruit aussi promptement le piédestal éphémère.
Il n’est point de peuple plus mobile, plus capricieux, plus inconstant que celui de Paris. Il change d’idées, d’opinions, d’usages, avec une facilité merveilleuse ; à peine une mode nouvelle a-t-elle conquis la faveur publique , quelle est condamnée par sa popularité même, et que personne ne veut plus porter ce qui est porté par tout le monde. « Mais , » comme l’a fort bien fait observer M. Aristide tiuilbert dans le travail que nous avons déjà cité , « il ne faut ni exagérer ni généraliser ces vices et ces défauts que les habitants de Paris doivent encore plus au milieu dans lequel ils vivent qu’à leur propre nature. La mobilité est inséparable d’une vie dont tout contribue à décupler l’activité et dont les impressions se succèdent avec une rapidité effrayante. Nulle part les esprits et les cœurs ne sont plus accessibles qu’à Paris aux idées généreuses et élevées, aux grands et nobles sentiments, aux fortes et courageuses résolutions ; et , pour ne parler que des temps contemporains, il y a dans l'existence de la population parisienne, toute une histoire d’héroïsme, de grandeur et de dévouement, depuis la réduction de la Bastille, en juillet 1789, jusqu a la prise de l'Hétel de Ville, eu juillet 1830. » On ne peut donc s'attendra à trouver dans la capitale de la France ces vieilles coutumes qui se sont perpétuées dans les départements. L’échange des étrennes et des souhaits du premier jour de l’année s’y est toutefois maintenu à travers mille révolutions. La ville réveillée, ce jour-là , longtemps avant le lever du soleil par les aubades que donnent les tambours aux officiers des légions, se pare cérémonieusement de ses habits de fête et déploie une activité inusitée. D'innombrables voitures circulent; les magasins étalent leurs plus attrayantes splendeurs ; les rues sont encombrées d'hommes , de femmes , d’enfants de toutes les classes qui vont offrir, recevoir ou demander des présents. Il y aurait de curieuses recherches à faire sur les industries qui vivent presque uniquement des étrennes, , sur les marchandises qui ne se débitent qu’à la faveur du premier de l’an , sur les sommes immenses que met en circulation ce prodigieux échange de cadeaux. C’est, sans aucun doute, de tous les auciens usages, le plus fidèlement suivi. La fête des rois est encore observée, mais on n’y voit plus qu'une occasion de banquet, et l’on a presque généralement renoncé aux cérémonies traditionnelles du tirage de la fève. Le carnaval ne se manifeste plus que par l'affluence qui s'amasse sur les boulevards, le jour du Mardi-Gras; mais les masques n'y paraissent guère. Aujourd'hui le carnaval est tout intérieur ; Il se concentre dans les bals publics, avec un délire, avec une frénésie, avec une licence que les paroles ne sauraient peindre. Le matin du mercredi des Cendres, la plupart des danseurs qui ont pris part à ces orgies montent en voiture, et gravissent le faubourg du Temple , pendant que des nombreuses guinguettes de la Courtille sort une
multitude avinée, harassée par les saturnales de la nuit. On échange de grossiers propos, on se jette de la farine à la tête; çà et lé tombent des masques abattus par la débauche et la fatigue, jusqu’à ce que l’heure avancée mette un terme à la descente de la Courtille.
La promenade de Longchamp, l’une des solennités parisiennes , date du règne de Louis XV. Les pieux concerts que faisaient entendre les religieuses du monastère de Longchamp, pendant la semaine sainte , attiraient un nombreux concours d'auditeurs, et ce pèlerinage annuel continua lorsque les chants eurent cessé. Interrompu par la Terreur, il a recommencé au mois de germinal an v { avril 1797 ) ; et depuis cette époque, du mercredi au samedi saint , on voit annuellement deux immenses lignes de voitures s’étendre de la place de la Concorde à la porte Maillot. Là se montrent les modes du printemps, les équipages nouveaux, et, si le ciel est pur et la saison précoce, Longchamp retrouve encore quelques reflets de l’éclat dont il brilla autrefois.
Les mœurs, les habitudes, les plaisirs, varient à Paris suivant les classes, La haute aristocratie n’y séjourne que pendant la saison des bals , des concerts et de l'opéra italien ; elle s'enfuit, aux premiers beaux jours, et passe l'été dans ses terres.
On désigne sous le nom barbare de Jashion quelques jeunes gens riches ou présumés tels, qui affectent des allures britanniques, inventent des modes , galopent au bois de Boulogne , suivent assidûment les courses et les steeple chose. La plus grande distraction de la classe commerçante est une partie de campagne , en été , et le spectacle ou les réunions en hiver. Les Parisiens de toutes les conditions sont avides de représentations dramatiques ; ils n'hésitent pas à se passer de dîner pour aller faire queue à la porte d’un théâtre. Le mauvais état des affaires commerciales, les appréhensions politiques, n'influent même que médiocrement sur les fructueuses recettes qu'encaissent les directeurs des vingt-deux spectacles de la capitale. Il est encore d’usage à Paris, dans quelques classes de marchands, de souhaiter la fête à ses parents ou à ses amis intimes, le jour consacré à leur patron , et d'orner en cette occasion la table d’édiüces de pâtisserie , que surmontent des initiales en sucre filé. Les noces , les baptêmes se célèbrent sans cérémonies particulières. Le respect des morts est une des qualités du Parisien : il ne manque jamais de se découvrir la tète devant un corbillard, pour saluer d’un dernier adieu l’hôte de la vie qui passe.
On parle français à Paris plus purement que partout ailleurs , sans autre accent qu’un grasseyement peu sensible. Néanmoins l’étranger qui pénètre dans certains ateliers, ou qui se hasarde dans le paradis des petits théâtres, entend souvent des conversations incompréhensibles pour lui. C'est que l'argot, la langue des bagnes, a fourni un grand nombre de mots au vocabulaire des ouvriers parisiens. Que signifie s'esbigner, louper, avoir le taff, être fumé, flouer, faire de fesbrouf/e ? Le gamin de Paris dit une balle pour une tête, du picton pour du vin, de la lance pour de l’eau, ma tante pour le Mont-de-Piété , un pochard pour un ivrogne , un goipeur pour un paresseux : on ferait un volume des autres locutions bizarres et des tropes pittoresques qui ont cours dans les faubourgs , aux halles, parmi les rapins, les étudiants ou les comédiens. ^
Sitôt qu'on est hors de Paris, on entre dans un monde nouveau. Le paysan des
environs, en contact perpétuel avec la capitale, n’en subit point cependant l'action civilisatrice : trop souvent, il demeure grossier, sauvage, ignorant; ses travaux rustiques l'absorbent tout entier; à peine s’il sait lire ou écrire, mais il a acquis une fructueuse expérience en matière d'agriculture , et il apporte une sagacité • réelle dans les discussions d'intérêts. Exposé aux déprédations des maraudeurs parisiens, il éprouve une aversion qu’il ne cherche pas à dissimuler, pour les badauds qui, dans leurs excursions champêtres, foulent aux pieds ses semis et compromettent ses récoltes. Propriétaire fanatique, il tuerait un homme pour un chou. Il ne se rend à Paris que pour y faire des affaires, et en dédaigne les plaisirs. Le seul auquel il se moutrait sensible, c'était la représentation des mimodrames militaires du Cirque olympique. Les directeurs de ce théâtre avaient dispensé de faire queue les habitants des communes voisines qui se présenteraient munis d'un certificat de leur maire; et de tous les environs de Paris, à dix lieues à la ronde, on venait en corps admirer les grandes batailles de l’Empire et de la Révolution. Les réunions populaires qu'on appelle en Flandre kermesse, en Bretagne pardon, et dans le Maine assemblée, se nomment dans l'Ile de France fête communale ou patronale. Ces fêtes sont toujours annoncées par des affiches qui y convient les Parisiens, et ceux-ci ne manquent pas 11 l’appel. Rien de plus gai , de plus animé que ces réunions ; rien de plus varié que les amusements qu'on y goûte : jeux de bagues, spectacle en plein vent, courses en sac, jeux des ciseaux, du baquet, du tourniquet , joute sur l'eau , chasse aux canards, bals champêtres, feux d’artifice , etc. On peut, sans exagération , évaluer b cent mille le nombre des curieux qui se portent à la foire de Saint-Cloud. Pendant la fête des Loges, qui commence le premier dimanche après le 30 août, plus de douxe mille personnes campent au milieu de la forêt de Saint-Germain. Le couronnement de la Itosière de Nanterre n'attire pas une affluence moins considérable. En quelques localités , de pieux motifs se mêlent à l'attrait des plaisirs mondains. Ixi sainte robe sans coulure d'Argenteuil, l'ermitage de Franchard , le tombeau du comte Aymon à Corbeil, la chapelle de Notre-Dame-des-Anges auprès de Livry, sont encore l’objet de pèlerinages annuels.
L’Ile de France a tant de fois changé de face; elle touche de si près au foyer des révolutions, qu'elle a aussi peu de vieux monuments que de vieux usages. L'unique débris des temps druidiques est un dolmen récemment découvert à Meudon. Les Thermes de Constance Chlore, qu’on appelle vulgairement les Thermes de Julien, et quelques vestiges de l'aqueduc qui y amenait les eaux d’Arcueil, représentent seuls l'époque gallo-romaine. La partie antique de cet aqueduc communique au bâtiment moderne , lequel a été élevé, comme on sait, pendant la régence de Marie de Médicis, et sur les dessins du célèbre Jacques de Brosse; elle ne se compose que de deux arcades, de moitié moins larges que celle du milieu de l’édifice, et on y remarque le même mode de construction que dans le palais des Thermes, c'est-à-dire dix assises de pierres carrées et ensuite quatre assises de grandes briques , présentant dans leur ensemble une masse d'une extrême solidité. Qnant au palais , dont les bâtiments et les cours se pro- > longeaient probablement , du côté du sud , jusqu'aux environs de la Sorbonne , et du côté du nord , jusqu’à la rive gauche de la Seine , il n’en reste plus qu’une
«aile qui offre dans son plan deux parallélogrammes contigus, formant une seule pièce. Les voûtes, à arêtes et à plein cintre, ont résisté aux dégradations de quinxe siècles; et l’architecture, dénuée d'ornement* , a uu véritable caractère de majesté. A part la nef de Saint-Germain-des-Prés, l'église de Saint-Julien-le- PauvTe, quelques parties de Notre-ltame de Paris et la façade de l'abbaye de Saint-Denis, il n'existe point dans le département de la Seine de construction antérieure au xiv* siècle. Abstraction faite de ceux dont Paris s'enorgueillit. Pile de France est peu riche en monuments religieux: mais on y compte, outre les ruines de la tour féodale de Montlhéry, à laquelle Boileau a consacré un souvenir dans le poeme du Lutrin , et le donjon et la ehapellejgothique de Vincennes, un grand nombre de châteaux , modèles grandioses ou élégants de l’architecture civile depuis la Renaissance jusqu'à nos jours. Le voyageur, après y avoir admiré les magnificences royales de Versailles, de Saint-Cloud et de Fontainebleau, peut trouver encore des édifices dignes de son attention : Écnuen, chef-d'œuvre de Builant; le château de Maisons, bâti par François Mansard; le pavillon Dubarry à Louveciennes, et les châteaux d'ivry, Sauvigny, Chamarande, Lormois et Petit-Bourg. N'oublions pas, enfin, les jardins deMouceaux, de Bagatelle, <kd’Erménonville et de Mérévillc, délicieux échantillons de l'horticulture du xviii* siècle. 1
1. Statistiques des départements de la Seine , de Seine-el-Oise et de Seine-et -Marne. — Dulaure, Histoire de Paris et Essvirons de Paris. — Éloi Jobanueau, Tes Fastes de Montreuilles-Pickes , sa culture, ses embellissements , etc — Ouvrages et notes mantiscriles de l'auteur de cette esquisse.