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Clermont venait d'être surprise ; les habitants s'armaient , couraient aux portes , aux remparts, et après y avoir posé des sentinelles, s’en revenaient en grande agitation vers le palais de l'évêque. Les fenêtres en furent brisées A coups de pierres , mais l'emportement s'arrêta là, et les Glermontais, maîtres des portes, se contentèrent d'interdire à tous les gens de l'évêque , bailli , panetier, maréchal, esclaves, l’entrée des murs. A ces caractères, on reconnaît une émeute populaire; c'était effectivement une émeute, dirigée contre l'évêque, seigneur de Clermont; mais pour en expliquer le motif, qu'on nous permette de jeter un coup-d'ceil en arrière.
Nous avons vu la désignation de sénateurs cesser vers la lin du vu' siècle; il est probable qu’à cette époque la curie romaine avait terminé le cours un peu tourmenté de son existence. Les ténèbres venant à s'épaissir de plus en plus, l’Auvergne, pays de droit écrit, eut aussi des coutumes particulières, et souvent cette confusion régna dans la même cité, le même canton, le même bourg. Mais en général on peut dire que presque toutes les terres appartenant aux abbés , aux évêques et enfin à l'église, suivaient le droit romain. Telle était la ville de Clermont dépendante particulièrement de l'évêque. On y retrouvait aussi une foule de ces coutumes penales, dont tous les historiens des localités ont signalé la bizarrerie, notamment celle de faire courir nus dans les rues l'homme et la femme surpris en adultère. L’esclavage s'était adouci en devenant réel , de personnel qu'il était.
Quant au droit politique , il était entièrement dans la main des possesseurs de fiefs. Sur ce point , Clermont fut plusieurs fois l'objet des querelles des seigneurs : l'évêque , successeur des anciens défenseurs de la cité , prétendait avoir un droit immémorial sur le temporel comme sur le spirituel de la ville, mais le comte d'Auvergne le lui disputait sans cesse, et on lit, à la date de 1121 , dans l’histoire de Louis-le-Gros , que l’évêque Étienne, après avoir reçu le serment des capitaines de la ville et des officiers judiciaires , se vit chasser par les gens de Guillaume VI , des châteaux , des forteresses et de la ville. Étienne s'en vint faire ses plaintes à la cour de France, accusa le comte d'usurpation et de cixiauté, et supplia le roi d'affrauchir de sou épée l'église maintenant esclave. Louis- le-Gros marcha en personne vers l’Auvergne : le comte fut condamné à des satisfactions envers l'évêque. De nouvelles hostilités de la part de Guillaume VI , ramenèrent Louisle-Gros, qui lit celte fois le siège de Montferrand, petite ville réunie actuellement à Clermont; mais l'évêque et le comte prévinrent les suites du mécontentement du roi par un accommodement.
Malgré cette transaction qui semblait reconnaître la suzeraineté de l'évêque dans la cité, nous voyons un peu plus tard (1169), lors des démêlés qui eurent lieu entre le» comtes d'Auvergne , Guillaume VIII et Guillaume VII , son neveu , premier dauphin d’Auvergne , ces deux seigneurs souscrire un engagement pour le partage de la capitale du pays, et tous les deux prendre le titre de comte de Clermont. Mais en 1129, Itobert, évêque de cette ville, se brouille avec le comte d’Auvergne, Guy, son frère; le prélat met en interdit les terres du comte et soudoie pendant deux uns des troupes de basques et de cotcreaux pour les ravager. Dans une rencontre, cependant, les gens de Guy surprennent l'évêque
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et le mettent en prison ; il fallut l’intervention du pape pour réconcilier ces deux frères ennemis, mais la réconciliation fut si sincère, dit-on, que Guy donna en garde à son frère ja ville et ses sujets de Clermont; (ce qui n'empéchait pas que quatre ans après l'évêque ne fût remis en prison et le comte excommunié). C’est sur ce prétendu acte de dépôt que s'appuiera plus tard Catherine de Méditis , dernière héritière des comtes d’Auvergne, pour eidever Clermont à l'autorité de l’évêque. A travers toutes ces prétentions de suzeraineté sur la ville, nous voyons dès à présent que nonobstant ce titre de dépôt , le plus maitre des trois est encore ici le prélat. C'est de l’évêque que le dauphin d’Auvergne déclarait, en 1196, avoir reçu tout ce qu'il possédait dans le comté de Clermont , et c'était encore à l’évêque, en 1295, que l’hilippe-le-Bel enjoignait de tenir les habitants de Clermont sous les armes pour la défense du royaume. Enfin , à la suite des guerres que se faisaient les seigneurs d’Auvergne , Philippe-Auguste en ayant confisqué une grande partie, le comté de Clermont , dans le remaniement que fit subir saint Louis à toute l’Auvergne, demeura complètement, ainsi que plusieurs autres villes, sous la puissance de l'évêque, et continua de former, comme on l'a vu dans l'introduction, l’un des quatre grands fiefs d'Auvergne qui relevaient alors immédiatement de la couronne.
Le peuple clermontais avait fait son avènement dans le monde politique depuis cinquante ans environ. Soit que dans le siècle précédent les habitants de Clermont, qui avaient acquis , par leur industrie ou leur commerce , fortune et considération , se fussent conjurés pour reconquérir quelques-unes des libertés de la curie lointaine des Romains, soit que contraint par le mouvement général de la civilisation, l'évêque lui-même eût senti la nécessité de donner aux bourgeois une constitution urbaine, une charte de privilèges et de commune leur avait été concédée en 1220. Par qui ? Le titre de la charte, ajouté depuis peut-être, porte le nom du comte Guy; mais il sullit de lire quelques articles de cette charte, d'ailleurs incomplète , pour s'assurer que le concessionnaire est l’évêque ; les mots de episcopalus noster y reviennent sans cesse, et jamais ne se présente celui de cornes ou de comitatus « Nous voulons et ordonnons; y est-il dit, quo lesdits citoyens forment une commune , et qu’il leur soit permis de faire ce qui intéressera le sort de cette commune ; pour nous , nous promettons de la défendre el de défendre chacun de ses membres contre tout venant. « Nous accordons de même que ladite cité ail la garde des murs, des tours, tourelles, fossés et places. La commune de Clermont, ou la majorité de la commune, pourra se choisir les consuls qui lui conviendront , et ces consuls, de l'assentiment de la commune , auront pleine puissance d’agir dans les limites du droit et de la coutume. Ces consuls auront encore le droit de nommer les agents de la commune, les procurateurs, les collecteurs d’impôts, et des hérauts qui devront proclamer dans la ville, h cor et à cri , tant les ordres de notre évêché et de notre bailli, que des consuls; mais qui, pour leur charge, seront entièrement sous l’autorité desdits consuls. De plus, les habitants de Clermont auront une maison commune où les consuls pourront demeurer et s'assembler, et une cloche qu’ils pourront sonner toutes les fois qu'il leur plaira, pour assembler le conseil de la commune et traiter d'affaires. » D'autres articles , qu’il serait trop long de
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rapporter, reconnaissaient aux habitants de Clermont la propriété de leurs biens, avec droit de les vendre ou engager; d'autres établissaient quelques sanctions pénales et un tarif de composition pour coups, blessures, dommages; d'autres enfin revêtaient les consuls d'une certaine puissance judiciaire
Malgré toutes ces concessions, l’évêque de la ville de Clermont se réservait un droit souverain de contrôle, et un droit de sceau, qui était de trois oboles pour simples lettres et de trente deniers pour les testaments ; les actes judiciaires des consuls n'étaient susceptibles d'exécution que sous l'homologation du prélat ou de son bailli, et les cas de peine capitale ressortissaient tous aux tribunaux ecclésiastiques. Toutefois, quand l’accusé était un bourgeois, la sentence ne pouvait être prononcée sans la présence des consuls. Enfin, l'évêque pouvait requérir des bourgeois le service militaire, mais seulement pour cause de juste guerre de la part du seigneur, ou en cas d’attaque contre sa personne et scs biens, et encore les citoyens ne pouvaient-ils être retenus sous les bannières plus d'un jour, du lever du soleil à son coucher. A cette occasion, les bourgeois de Clermont durent recevoir un sceau pour sceller leurs actes, et ce fut probablement celui que nous voyons au bas d’un acte du xvr siècle, portant ces mots : sigillcn heipcp-cæ cl-ensis (Cleromontcnsis), et au revers l’image de la sainte Vierge. Enfin, comme nous l'apprennent des quittances de percepteurs ou des procès-verbaux , subsistant encore , les actes de la commune se rédigeaient en langue romane du pays. . ‘ .
C'étaient ces privilèges que l'évêque, se repentant trop tard de les avoir concédés, essayait de violer ou de réduire, lorsqu’on 1262, comme nous l’avons dit plus haut , les Clermontais se réveillaient en armes et s'emparant des portes, tenaient le prélat en échec. Ces faits furent articulés par l'évêque contre les bourgeois, dans une enquête qu’il présenta , celte annéc-là môme, dans le parlement du roi. L’évêque y alléguait, de plus, que les bourgeois avaient fait une conspiration et s’étaient juré de ne plus relever de personne autre que d’eüx-mêmes : cette accusation fut écartée, comme aussi celle de s'être emparés des murs, vu qu’ils en avaient le droit par leur Charte; mais ils durent payer des amendes pour tous les autres faits de révolte. La question irritante était celle de la souveraineté. Celui-là voulait conserver le droit decontrôle, ceux-ci luttaient sans cesse poür s'en affranchir. En 1281, les bourgeois ayant, par un acte de chapelle ou de délibération, consenti une obligation de trois mille livres envers le roi Philippe III pour le rachat de leurs franchises, avaient saisi cette occasion de se mettre sous la protection lointaine de la royauté : nous les voyons, bientôt après, envoyer une requête contre l’évêque qui voulait les astreindre à ne s’assembler que sous son congé. Des lettres patentes de Charles V et de Charles VI , qui confirment les Clermontais dans la jouissance de leurs prérogatives et en ajoutent de nouvelles , témoignent de la longue persistance de l’évêque à ne céder que devant la force. Il va jusqu'à vouloir nommer le capitaine des milices, et de nouvelles lettres patentes reconnaissent que ce droit appartient aux bourgeois. Enfin arrive Louis XI : ce prince adresse une vingtaine de lettres à ses chers et amés bourgeois, manants et habitants de Clermont, où il les comble d’immunités et de privilèges, en récompense de leur fidélité à la couronne pendant la guerre de U
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ligue dü bien publie. «Considérant, » esl-il dit dans l’une d'elles, «que, malgré leur illustration, ils sont en telle nécessité de sujétion, qu’ils n'ont osé et n'oseraient eux assembler pour traiter de leurs affaires communes, départir et regaller le fait des tailles, des francs-archers et de l’artillerie sans le congé de l’évéque, il les relève de cette sujétion et leur permet d’avoir sous leur propre autorité une maison commune pour y tenir et garder leurs privilèges, chartes, artillerie, poudre, salpêtre, pierres, harnais et bâtons de guerre et autres choses servant à la tuition et défense de la ville. » D’autres lettres de Louis XI font concession aux Clermontais de jurandes pour les métiers à l'imitation de Paris et d’Orléans ; d’autres encore leur accordent le droit de tenir quatre foires par an. Pour terminer ici tout ce qui a rapport è la commune de Clermont, nous dirons que celte ville ayant été adjugée à Catherine de Médicis , par un arrêt du parlement de Paris , cette reine statua que les quatre consuls prendraient désormais le nom d’échevins sans changement d’attribution, et plus tard une ordonnance de Henri IV les autorisa à porter, dans les séances et les cérémonies d’apparat , une robe de damas violet avec le chaperon de satin rouge cramoisi , le tout acheté des deniers de la caisse communale. •
Nous nous sommes trop étendu sur l’organisation urbaine de Clermont pour nq pas compléter le tableau de sa constitution politique par quelques détails sur les États de la proviuce qui se tenaient dans la capitale de l’Auvergne. Du reste , les assemblées de ces États venant à la suite de tous les grands événements de la Franre , nous en apprendront autant sur le progrès des idées et la situation des partis, en Auvergne, que les faits eux-mêmes. L’assemblée des États se composait ici, comme dans le reste de la France, des barons ecclésiastiques et nobles, et des députés de la bourgeoisie. Ces derniers étaient envoyés par les lionnes villes du pays, toutes villes fermées ayant leur municipalité et des consuls, et parles paroisses du plat pays. Savaron, qui est un excellent guide dans tout ce qui touche à l’histoire de Clermont, signale une première assemblée d'Ètals en 910 , tenue à l’effet d’aviser aux moyens de rétablir le monastère de Saint-Allyre, ruiné par les Normands. Nous ne savons trop comment on dut procéder, à cette époque , à l’élection des hommes libres ; mais il parait certain qu'il y en avait quelques-uns parmi les barons ecclésiastiques et nobles. De cette assemblée , qui n’était sans doute qu'une réminiscence confuse des tnalla , ou assemblées de rachimBourgs de Charlemagne, il ne reste pas trace; néanmoins une ancienne charte, existant du temps de Savaron aux archives de la ville, nous montre les États pleinement organisés bieu avant la charte de l’évêque ou du comte Guy, qui n’est que de 1220. Sept bonnes villes y furent représentées et concoururent , avec les deux autres États, à l’entérinement et enregistrement des octrois et privilèges concédés par Philippe-Auguste au couvent de Saint-André. Froissait parle aussi d’assemblées d' États en Auvergne, dès le temps de Charles VI.
En 1358, les Anglais et leurs alliés tiennent plusieurs villes et châteaux forts d’Auvergne et exercent des ravages dans la campagne. Aussitôt les États s’assemblent à Clermont et votent des subsides et des armements pour les repousser; ils s’assemblent encore plusieurs fois pour le même objet, pendant toute la durée de la guerre, en 1359, en 137i et èn 1380. Le procès-verbal de cette der-
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nière session , rapporté par Savaron dans ses Preuves , nous fait connaître que les États furent présidés par mcssirc Pierre, seigneur de Noms, lieutenant du roi et du duc d’Auvergne, et que le pays s'imposa pour vingt-six mille livres qui furent ainsi réparties , cinq sixièmes sur le clergé et la noblesse et un sixième sur les communes , dont quatre mille trois cent trente-trois livres six sols huit deniers pour la part de Clermont. Ces subsides devaient servir h entretenir cent gendarmes et trente arbalétriers, en outre des six x ingts hommes d'armes et des trente arbalétriers qui formaient le pied ordinaire de guerre de l’Auvergne. Nouvelle tenue en 1394. Six nouveaux bourgs, récemment élevés à la condition de villes, envoyèrent des députés aux États de 1480, qui avaient été assemblés pour régler quelques différends survenus entre les habitants des bonnes villes et ceux du plat pays ; le procès-verbal rapporte que dans toutes les affaires générales de la province, on voyait toujours les gens des villes suivre des partis contraires à ceux du plat pays, lequel contrecarrait, à son tour, les projets des villes, sans que jamais, dans le cas de nécessité ou d'embarras, la plaine et la montagne s’entr'aidussent. Les États cherchèrent è créer entre elles un intérêt commun et à les faire contribuer aux dépenses exigées par des travaux d'utilité ou de défense qui les concernaient ,4 la fois , comme voies de communication, conduites d'eaux , force armée, etc. A l'occasion de la Praguerie, de la Ligue dn bien public, de l'introduction de la Réforme, de la Ligue, de toutes les grandes secousses nationales, les États, inquiets du bien du pays, s’occupèrent d’en prévenir les contre-coups; et dans toutes les circonstances, Clermont resta fidèle au roi et tint pour l'autorité centrale. Par les grands privilèges et la protection constante que cette ville avait reçus des rois de France, elle se considérait déjà comme réunie de fait à la couronne ; Catherine de Médicis, en sa qualité de comtesse d'Auvergne , l’y réunit de droit, si on peut appeler droit une confiscation déguisée sous les formes de la justice. Nous ne reviendrons point sur ce qui a été dit à ce sujet dans l'introduction.
L’évéquc Guillaume Duprat ne se vit pas dépouiller de sa ville épiscopale sans tn profond dépit. Ce fut sans doute cette décision .qui le poussa dans le parti des ligueurs, tandis qu’au contraire les Clermontais , contents d'échapper à la puissance turbulente d’un seigneur habitant parmi eux et de voir cette translation de suzeraineté devenir de la part du roi l'occasion de nouveaux privilèges, signèrent, à la maison commune de la ville, une déclaration par laquelle ils juraient et protestaient de vivre et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, sous l'obéissance du roi de France, et de renoncer à toute ligue. L'acte ne portait pas moins de quatre cent trente-six signatures.
Comme ses prédécesseurs, Henri lit combla de faveurs ses chers et aimés échevins, manants et habitants de Clermont, en récompense de leur constante fidélité ; et, afin de se venger en même temps de Riom qui s'était montrée trèsardente dans le parti de la Ligue, il lui enleva le bureau des finances et la chambre des monnaies et les transporta à Clermont. Cela ne fit qu’irriter un vieux levain de discorde existant depuis longtemps entre ces deux villes, au sujet de prétentions communes à la prééminence dans l'Auvergne. Semblable à ces cadets de famille qui veulent se faire croire les aînés, Riom, dans toutes les crises publiques.
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avait épié sournoisement le parti que prenait Clermont pour se jeter dons le parti contraire , et comme Clermont avait pris pour régie de ne se point séparer de ^autorité centrale, Riom s'était jeté dans toutes les aventures publiques. La Praguerio, la Ligue du bien public, la Sainte-Union, l’avaient toujours trouvée prête à seconder leurs folles tentatives. Aussi , pendant que Clermont recevait des rois de France toute sorte de faveurs : exemptions de tailles, privilèges municipaux , etc. , Riom était frappée dans la jouissance de ses droits ; tandis que les rois faisaient des entrées triomphales dans la première ville, iis passaient sans bruit dans la turbulente Riom, et au lieu de s'y arrêter, préféraient aller dîner à une demi-lieue dans quelque bourg sans nom.
Cependant, en 1576, en dépit des édits de Henri III , qui venaient de les déposséder d'une partie de leurs prérogatives, les Kiomois purent croire qu'ils avaient enfin atteint le but si ardemment poursuivi , c’est-à-dire la prééminence sur Clermont. En effet, lors de la convocation des États de Blois, Henri III, soit inadvertance, soit préoccupation involontaire du bruit qu'avait fait Riom, adressa une commission au sénéchal de cette ville, son lieutenant, pour y faire assembler les États du pays, à l’effet d'élire des députés qu'il enverrait à l'assemblée générale. Quelques-unes des treize villes se rendirent à cet appel ; mais Clermont, dédaignant de s'y présenter, et forte de son droit immémorial , convoqua de son côté les électeurs : de manière qu'au moment où les députés de. Riom arrivaient à Blois, ceux de Clermont y arrivèrent aussi. Chacune des deux députations se prétendant la seule légitime, voulut exclure sa rivale ; mais la lutte fut terminée par un édit du roi qui, sans rien préjuger relativement aux droits établis, déclara que les deux députations seraient pour cette fois admises ; un arrêt de 1588 confirma , un peu plus tard , Clermont dans la jouissance de ses anciennes prérogatives. Il est juste pourtant de remarquer qu'il y avait eu déjà quelques convocations partielles d’Étatsà Riom, è Issoirc et à Montferrand, mais pour cause de division entre le pays pendant les troubles, ou dans les cas de raison de fait, comme la maladie du duc d’Auvergne, etc.
C’est à cet exercice constant des libertés publiques, à ce maniement des affaires du pays par le pays que l’Auvergne, dans les xv", xvi« et xvn* siècles, dut ces puissantes familles de juristes, dont la science et le profond sentiment de la justice ont fait sa gloire : les Duprat, les Dubourg, les l'nôpital, les Domat, les Savaron. Parmi ces familles consulaires et magistrales, nulle ne jetait plus d’éclat que celle des Savaron de Clermont, qui comptait ses degrés par une longue suite de charges et de dignités : Jean Savaron, président du siège présidial de cette ville et lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne , eût sud! pour l’illustrer. Ce sage et savant magistrat fut député, en 1614, aux États- Généraux du royaume , et, dès le premier jour, se plaça à Paris à la tête du tiers. Ses discours étaient empreints à la fois de l’énergie la plus ferme et de cette spirituelle . et classique ironie que contractait alors la magistrature dans l’étude des lettres. « Si la noblesse s’était écartée des honneurs de la judiçature a , disait-il dans son (Jiscours contre la vénalité des offices, « était-ce uniquement droiture et générosité de sentiments qui défendent d’acheter ce qui ne doit pas être vendu 7 non ; mais la noblesse est convaincue depuis longues années que l’étude et la science
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affaiblissent le courage ; et d'ailleurs elle se soucie peu de ce qu’il faut acheter fort cher. Elle profère les choses qui dépendent de la générosité du prince, et pour l’acquisition desquelles un remerciement suffit. » 11 ajouta ces paroles , qui * irritèrent au dernier point le premier ordre : « La noblesse s’est retirée ellemême de l’honneur; elle sert le roi à prix d’argent. » Un gentilhomme s’emporta jusqu'à dire qu'il fallait abandonner Savaron aux pages et aux laquais ; mais l’ordre du tiers tout entier, offensé dans la personne de son chef, demanda une réparation, et le roi lui donna une garde d'honneur pour repousser la violence. Quant à Savaron , monté quelques jours après à la tribune, il déclara fièrement aux États, que s'il siégeait en une cour de justice, il avait aussi porté les armes pour le sereice du roi ; de telle sorte qu’il avait moyen de répondre à tout le monde dans l'une et l'autre profession. Cet homme énergique revint une autre fois à Paris pour plaider en faveur de la magistrature de Clermont , que l’évêque refusait d’admettre dans le chœur de l’égiise, à l’exception de lui, président. Pendant son éloquent plaidoyer, dix heures, l’heure ordinaire de la levée des séances , avait sonné ; le président en fit la remarque , se disposant à se retirer ; mais l’auditoire et les juges, sous le charme de sa parole, réclamèrent avec vivacité , et on était déjà fort avant dans la nuit quand l’avocat acheva sa péroraison. Savaron nous a laissé sur les origines de Clermont un remarquable livre plein d’investigations puisées aux meilleures sources, et qui a servi de base à tout ce qu'on a écrit depuis sur la capitale de l’Auvergne.
Ainsi Clermont, ville consulaire et ville d'États, en dehors des agitations de la barbarie et de la constitution de pouvoirs qui se produisirent partout ailleurs eu France , du vr au xvi* siècles , et pendant lesquelles elle eut plusieurs assauts à soutenir, ne fut guère remuée par de grands événements ; mais par cela même on y suit plus à l'aise le travail du développement social. C’est surtout par les faits de son histoire ecclésiastique et parlementaire qu'elle acquiert une individualité asseï tranchée. Les Grands Jours lui donnèrent encore un moment d'éclat , en 1665. L’Auvergne, toute hérissée alors de donjons, de forteresses , coupée en tous sens par des montagnes qui rendaient facile la vie turbulente et audacieuse de mille petits tyranneaux , avait eu surtout à souffrir du relâchement de la justice et des entreprises des seigneurs pendant les licences de la Ligue et de la Fronde. Aussi, la tenue d'une de ces commissions extraordinaires était-elle des plus urgentes. 11 y avait dans le pays une nombreuse famille du nom de Canillac, laquelle n'était qu’une bande de brigands sous les beaux titres de marquis , de comtes et de vicomtes; l’un d’eux, le vicomte de la Mothe de Canillac, et, au sentiment de tous , le plut innocent des Canillacs, fut jugé digne de la corde et pendu, pendant que les autres étaient en fuite ; tous finirent, du reste, par être décrétés du dernier supplice. Un de ces terribles châtelains avait fait de son manoir, à Pont-du-Château, le repaire de douze scélérats, qu'il appelait ses douze apôtres, toujours prêts à se jeter sur les points que leur indiquait ce nouveau Vieux de la Montagne; «et qui catéchisaient », dit un historien, « avec l'épée ou le bâton ceux qui étaient rebelles à sa loi. » Déjà plusieurs fois les Grands Jours avaient été tenus en Auvergne , mais jamâis avec autant de solennité qu’en 1665 , car jamais les fastes du crime ne s’étaient illustrés de plus de grands noms et de
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plus grands forfaits ; plus de douze mille plaintes y furent portées, et pendant leur tenue toute la noblesse du pays était en fuite.
A peine la nouvelle que les Grands Jours allaient être tenus en Auvergne parvient-elle à Riom , que la ville se remue , s'agite. Sera-ce à Riom ou à Clermont qu'appartiendra l'Iionneur d'être le siège de cette justice extraordinaire? Les consuls s'assemblent à la liéte, et décident que deux notables partiront aussitôt pour Paris, et tant par eux-mêmes que par tous les personnages qu'ils pourront mettre dans leurs intérêts, feront valoir leurs droits à cette faveur. En apprenant la démarche de ceux de Riom, les échevins de Clermont, se rappelant peut-être le caveant consules de l'ancienne Rome, se rendent, toute affaire cessante, à la maison commune. Pour prévenir l'effet des sollicitations de Riom , on écrira à M. Mège, premier échevin alors à Paris, et à M. Ribeyre, conseiller au parlement. Cela fait, les deux villes attendent dans ta plus grande anxiété le résultat. Le jeune roi Louis XIV n'a eu aucun égard à ces sollicitations, et quelques jours après les échevins de Clermont reçoivent une lettre royale qui établit dans leur ville le siège des Grands Jours. Aussitôt la lettre est lue à son de trompe dans les places et les carrefours avec des monitoires des curés, évêques et abbés, portant injonction à tous les fidèles de se disposer à révéler, sous peine d’excommunication, tous les crimes avec les circonstances qu'ils pourraient connaître. Cette publication, l’idée qu’on se fait de l’appareil de cette justice solennelle, jettent d’un côté le trouble et la crainte, de l’autre l'espérance : tous ceux qu'un scrupule poursuit prennent la fuite. I.es messieurs des Grands Jours se mirent en route : les principaux étaient Nicolas Potier, seigneur de Novion , président ; Denis Talon, avocat général chargé de faire mouvoir et diriger ce corps; Louis- François Lefebvre de Caumartin , maître des requêtes , chargé de tenir les sceaux. M. de Caumartin emmenait avec lui son fils et le précepteur de son fils; ce précepteur n’était autre que Fléchier, alors âgé de trente-trois ans , déjà prêtre, déjà prédicateur connu, mais habitué de l’hôtel de Rambouillet et fort disposé à s'amuser du spectacle des gens de la province et des accidents judiciaires. Il .se fit l’historien des Grands Jours dans un livre écrit au courant de la plume et des impressions, livre plein déjà de voltairianisme avant Voltaire, d’une gaieté et d'un entrain qui pourraient étonner dans le récit d’atrocités inouïes et de condamnations à mort , si on ne savait que cette légèreté était un peu le ton de l'époque, et si on ne se rappelait madame de Sévïgné disant après une foule d’exécutions à Rennes : Depuis quelques jours nous ne sommes plus si roués.
Le 21 septembre, la cour et son cortège fait son entrée dans la ville de Riom, et Fléchier trouve aussitôt matière à observation. « Le monde, » dit-il, o n’y est pas aussi riche qu’à Clermont, mais il y est beaucoup plus poli », et il plaisante sur la rivalité des deux villes qui venait d'être si vivement réveillée. Riom reçut messieurs des Grands Jours avec les honneurs prescrits par Louis XIV; mais le premier consul, en haranguant la cour, laissa percer assez ouvertement le mécontentement de toute la ville. « Ils avaient reconnu », disait-il, « qu'il était juste que les Grands Jours fussent arrêtés à Clermont, parce que venant pour faire justice, ils y trouveraient beaucoup plus de matière, et que c'était un coup de prudence du roi d'appliquer les remèdes là où les maux étaient les plus pressants. » Cepen-
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dant Clermont triomphe; partout la joie, le mouvement, partout un air de fête; lés rues sont encombrées d'ouvriers employés à les réparer, à les nettoyer; ils envahissent le palais où doivent se tenir les séances: les uns démolissent les degrés qui y conduisent de la rue, les autres abaissent le sol de la cour intérieure pour que les voitures de messieurs des Grands Jours puissent y entrer. La foule, qui s'est hAtée de fermer les boutiques pour revêtir ses babils de fête, se porte sur la route de Riom , par où doit arriver le cortège. Clermont n'est éloignée de Riom que par un chemin de deux lieues planté d'arbres, et qui pourrait passer pour une allée ; les consuls arrivent par cette route à la rencontre du cortège, revêtus de cette superbe robe de damas violet et du chaperon rouge dont les a gratiflés Henri IV. Enfin , vers trois heures , le bout du cortège parait : le grand prévôt d’Auvergne avec sa compagnie d’archers ouvre la marche; le chevalier du guet de Clermont le suit avec scs soixante hommes couverts de leurs casaques rouges. I.a cour n’est pas plus tôt à portée, que les adresses, les harangues officielles pleuvcnt par les portières des carrosses. De distance en distance, le cortège s’arrête, et tour à tour les échevins, les juges et les corps de métiers, les élus de Clermont, précédés de leurs huissiers, les consuls de Montferrand, la cour des aides, viennent prononcer en pleine campagne des harangues « remplies pour la plupart », dit Fléchier, « de comparaisons tirées du soleil et de ses rayons, de la lune et de sa douce lumière, des grands et petits jours , ceux-IA propres aux grandes entreprises pour leur durée et leur sérénité , ceux-ci plus favorables à l'exécution des mauvais desseins que des bons. » Enfin , de station en station et de harangue en harangue , la nuit est venue , et les Grands Jours sont entrés dans le palais de la cour des aides , qui leur a été offert romme plus convenable que le Palais de Justice. Les consuls et les échevins reviennent alors accompagnés de valets de ville portant des torches allumées auxquelles sont attachés des écussons peints aux armes de la ville , et armés de rubans de diverses couleurs. Quatre jennes gens couverts de nœuds de rubans roses , aux épaules , aux jarretières, aux souliers , portent devant eux un brancard et une corbeille autour desquels foisonnent les lleurs et les rubans : c’est le vin d'honneur ; il est du meilleur du pays; il y en a douze douzaines et neuf bouteilles. Puis la présentation commence.
Les débats criminels s'ouvrirent, le 27 septembre , et pendant six mois la cour eut à prononcer sur les crimes les plus atroces, sur les entreprises les plus audacieuses: assassinats, adultères, incestes, infanticides. On vit figurer parmi les accusés les personnages les plus considérables de l'Auvergne et des provinces circonvoisines , soit par leur naissance, soit par leur rang et leur fortune, des juges, des prêtres, etc. Un petit nombre d’exécutions capitales eut lieu-; mais beaucoup de condamnations par coutumace furent prononcées. La justice fut vengée , l’honneur et la sécurité renaquirent. Louis XIV, voulant consacrer le souvenir des Grands Jours de Clermont , fit frapper deux médailles et un médaillon allégoriques. Vers la fin de son règne , ce même prince joignit à Clermont la petite ville de Montferrand , distante seulement de huit à neuf cents toises , et qui forme aujourd'hui un de ses faubourgs. Ainsi tout est vanité dans ce monde : Savaron, exaltant la grandeur de sa ville natale, disait qu'entre tous les Clermonts, Clermont en Sicile, Clermont le ltogier, Clermont en Dauphiné , Clermont
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d’Amboise, Clermont en Beauvoisis , Clermont d’Anjou, Clermont en Lodève, seul, celui-ci portait tout simplement le nom de Clermont; en 1731, Louis XIV accolait à cette ville la moitié du nom de Montferrand, et la nommait Clermont- Ferrand. Dans cette réunion , un remaniement et une nouvelle distribution se firent dans l'administration municipale et royale. Des échevins furent choisis en commun par les deux cités; le collège de Clermont fut transporté à Montferrand, et le palais de la cour des aides siégeant à Montferrand transféré à Clermont.
l'n mot sur Montferrand. Cette petite ville s’était formée autour d'un château fort qui avait été assez considérable pour soutenir plusieurs sièges du temps de la guerre avec l’Angleterre ; nous avons vu Louis-le-Gros l'assiéger, en 1121. Le château portait le nom de Montferox du Ferratus, nom devenu depuis Montferrand et donné également à la ville. Montferrand occupait le troisième rang aux États, il avait une municipalité et des consuls depuis le xur siècle. Froissart le qualifiait , de son temps , « ville de grands trésorts et de pillage , riche de foi et bien marchande, où il y avoit de riches vilains à grand foison, la ville où se faisoit le plus pauvre guet du royaume. » 11 était fermé comme toutes les treize bonnes villes de la basse Auvergne ; son enceinte était formée de larges murailles, flanquées de tours rondes et carrées, bordées de fossés ■ de dix-huit pas, remplis par les eaux de la Tiretaine, ruisseau venant de Royal et passant à l'ouest de Clermont et de Montferrand.
Depuis la tenue des Grands Jours de 1665, nous ne trouvons dans les annales de Clermont aucun fait dont on ait gardé le souvenir; mais pouf compléter l'hisloire de cette cité, nous ajouterons quelques mots sur ses environs. Appuyé un jour sur la balustrade d’une fenêtre de la bibliothèque de Clermont, M. de Châteaubriand parcourant des yeux le vaste panorama déroulé devant lui, ces nombreux puys de l'Auvergne , ces plaines fertiles de la Limagne qui viennent pousser leurs végétations jusqu’à l'entrée des rues , disait que la campagne entre de toutes parts dans la ville. Ce mot, dont Clermont est fièrc, est aussi heureux qu’il est vrai. Sans avoir autre chose de commun avec l'illustre auteur des Martyrs, que son admiration pour les belles plaines de la Limagne, nous pouvons, accoudé sur la même fenêtre delà bibliothèque, dire ce que voyait le poëtc.
Au delà de la fontaine de Saint-Allyre, située dans le faubourg même de ce nom , et dont les eaux calcaires ont déjà formé deux ponts avec leur résidu , on aperçoit les sources de Royat, qui fournissent à Clermont, pour ses nombreuses fontaines, les eaux les plus belles du monde; autour d’elles s’est formé un petit village caché sous des arbres touffus , au milieu d une gorge profonde ; la fumée qui s’élève des toits et s’écoule par dessus le feuillage le trahit seule de loin au regard. On aime à se figurer que dans ce nid de verdure vit contente et heureuse une population d'hommes simples , en possession de plus de ressources que de besoins. Ce rêve prend de la consistance lorsqu'on s’y rend en marchant à travers une campagne luxuriante, où murmurent des ruisseaux abondants, sous des arbres magnifiques. Cependant , ce v illage de Royat n’est qu'un séjour affreux ; il faut aux hommes, comme aux plantes, de l’air et du soleil ; les hommes sont ici étiolés et chargés de goitres. Les eaux de Royat semblent avoir été placées là tout exprès pour entretenir d'eau Clermont , qui , se trouvant sur une hauteur.
CLERMONT-FERRAND
tir,
en manque totalement. Aussi, dans tous les temps, y a-t-on eu retours pour ret usage; elles alimentaient le fameux aqueduc d'Augustonemctura construit par les soins d'Auguste. Lorsque les Franks l’eurent détruit, les Clcrmontais le remplacèrent par des conduits en bois qui remplissaient tant bien que mal leur office et crevaient ou se pourrisaient souvent. Toute la population de Clermont allait alors avec les cruches et les seaux , chercher de l’eau à Royat. Il parait que, vu l'audace des seigneurs des environs, il s’y commettait des « ravissements de femmes , de lilles et de chambrières » , selon les termes d’une requête adressée, au xvi* siècle, au roi par l’évêque de Clermont, alin d’obtenir l'autorisation de changer les tuyaux de bois en tuyaux de pierre. L’évêque était alors Jacques d'Amboise Jacobus de Ambasta) , frère du fameux Georges d’Amboise. Il existe dans les archives de l'échevinage de Clermont une foute d’actes relatifs aux travaux fait pour les conduits des eaux de Royat, et de comptes de cotisation établis entre les villes et bourgs qui prolitaieut du |>assage des eaux. Maintenant les conduits sont en pierre, et amènent l’eau dans Clermont, à une foule de fontaines qui entretiennent la propreté et la fraîcheur de la ville.
• De Clermont on aperçoit encore le château de Reauregard , le bien nommé , carde sa terrasse l’oeil s’étend à vingt lieues à la ronde et distingue les villes de trois provinces circonvoisines. C’était le palais de plaisance des évêques : Charles de Bourbon le fit lsltir ou rebAtir en 1189, et depuis lors il est devenu le palais épiscopal d'été. C'est là que le vénérable et pieux .Massillon a passé la fin de sa vie ; et les souvenirs de ses bienfaits sont encore aussi vivants au bourg de Beauregard que l’est ailleurs le souvenir de son talent. Marmontel nous dit dans ses mémoires qu’il eut le bonheur de l’y voir; Massillon était alors fort âgé, et l’auteur des Contes moraux raconte d’une manière touchante l'impression qu'il reçut de sa vue et de son entretien. Jamais non plus le village de Beauregard n'oubliera la lettre digne et ferme que ce prélat écrivit, en 17i0, au cardinal de Fleury, alors premier ministre , sur la misère et la gravité des impôts qui accablaient l’Auvergne. Massillon mourut le 28 septembre 17k2, et les habitants du village suivirent la voiture funèbre jusqu'à Clermont, où devaient avoir lieu ses obsèques. Pendant sa vie, lorsqu’il paraissait dans les rues de Clermont, le peuple , au témoignage de D’Alembert , se prosternait autour de lui en criant : Vire noire père!
Ramenons maintenant notre attention sur la ville. Elle a un aspect sombre et triste ; c’est encore une ville du moyen Age , malgré quelques grandes et belles maisons appartenant aux anciennes familles échevinales, ou nouvellement bâties. Fléchier, quand il y vint, trouvait les rues si étroites, « que la plus grande y avait juste», disait-il, «la mesure d’un carosse ». Cette observation est encore vraie de nos jours. La ville a peu de monuments ; les Franks et les Normands détruisirent par le feu presque tous ceux qui restaient de l'époque romaine ; le marteau des démolisseurs envoyés par Louis XIV, après les guerres de la Fronde, joncha le sol des ruines de ces châteaux féodaux qui couronnaient toutes les hauteurs de l’Auvergne. Clermont pourtant s’enorgueillit avec raison de sa cathédrale de Notrc-Dame-du-Port , dont les voûtes remontent au ix* siècle et les gros murs au vi*. Parmi les monuments modernes , l’artiste et le voyageur y remar- VI. 19
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queat avec plaisir une fontaine construite sous le règne de Louis XII , par Jacques d'Amboise, sur la place de l'Évêché , et transférée depuis la Révolution sur la place des Jacobins, dite aujourd'hui place Delille. Elle est en pierre de Volvic, de forme pyramidale, et porte trente jets ; une statue d'homme sauvage la surmonte, et ses côtés sont chargés de bas-reliefs. A l'entrée de la ville on voit un obélisque élevé à la mémoire de Desaix : il est en pierre noire de Volvic, et surmonté d'une urne funéraire ; monument digne, par son caractère, de la glorieuse fortune qu'il consacre.
Clermont ne fut jamais une ville très-industrielle ; elle fait cependant aujourd'hui un commerce assez considérable de draperies, de toiles , de chanvre, de fil, de laines, cuirs, blés , sels, huiles et fromages fabriqués dans le pays. Destinée à devenir une des meilleures places marchandes parmi les villes du centre de la France , elle a déjà une Bourse et sert d’entrepôt au commerce que le Languedoc et la Provence font avec Paris , et Bordeaux avec Lyon. Elle possède quelques raffineries de salpêtre et des tanneries de cuirs. Ses vins, très-estimés dans l’antiquité, ne méritent point la haute réputation que leur ont faite Pline, Pomponius Mêla et Ammien Marcellin. On les emploie, hors du pays, à faire des eaux-de-vie et à donner un peu de couleur aux vins clairets des environs de Paris.
Clermont était autrefois la capitale du gouvernement militaire d’Auvergne, le chef- lieu d’une élection, le siège d’une sénéchaussée, d’un présidial, d’une cour des aides, d’une justice royale, et d’un tribunal consulaire. Son évêché était suffragant de la métropole de Bourges. Outre le chapitre de la cathédrale, on en comptait dans la ville trois autres : ceux de Saint-Pierre, de Notre-üame-du- Pont et de Saint-Gcnez ; les communautés, tant d'hommes que de femmes, y étaient nombreuses : il nous suffira de citer l’abbaye de Saint-Allyre, de l’ordre de Saint-Benoit; celle de Saint-André, de l'ordre de Prémontré, et celle de l’Esclache, habitée par des femmes qui suivaient la règle de Citeaux. Nous remarquerons que le couvent de Saint-Allyre avait toutes les apparences d’une citadelle ; on y voyait une porte de fer, des meurtrières et des mâchicoulis. L’Assemblée constituante, en érigeant Clermont-Ferrand en chef- lieu du départVment du Puy-de-Dôme , ne lui laissa qu'un tribunal de première instance et un tribunal de commerce , pour fixer à Riom le principal siège de la justice. L’ancienne capitale de la basse Auvergne possède aujourd'hui un collège royal, une académie universitaire, une académie des sciences , belles-lettres et arts, et une chambre consultative des manufactures. La population du Puy-de-Dôme s'élève à près de 591,460 habitants; celle de l'arrondissement de Clermont dépasse 176,000 âmes, et la ville môme, en y comprenant Montferrand, en a plus de 28,000.
La biographie de Clermont ofire plus d’un nom illustre ; nous avons déjà mentionné < îrèyoire de Tours , Jean Savaron , Jean Domat , l’auteur des Lois civiles, que Boilcau.appehnt «le restaurateur de la raison dans la jurisprudence ». 11 nous reste à nommer Biaise. Pascal ; Thomas, l’auteur des Éloges; Jacques Delille ; Jean BonneJons, que ses poésies ont fait comparer à Catulle ; Chamfort; le chevalier d'Assas; le baron Des Essards, membre de la Convention nationale; et Dulaure, historien de la ville de Paris. Girard, l'auteur des Synonymes , était de
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Montferrand ; Coût hou , le terrible collègue de Saint-Just et de Robespierre) avait vu le jour à Arces, près de Clermont. Parmi les contemporains le dernier homme célèbre à qui la ville de Clermont s’enorgueillise d’avoir donné naissance , est M. Breschet, naguère membre de l’Institut et professeur à l’Académie de Médecine de Paris ; on lui doit un»! foule de mémoires très-distingués , qui ont fait faire à la science de l'anatomie comparée de notables progrès. M. Breschet était le beau-père de M. Amédée Thierry, qui, dans sa belle Histoire des Gaulois , a retracé avec tant de feu et de couleur la longue et héroïque lutte de l’Auvergne contre la puissance colossale de Rome. '
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\jo province d’Auvergne, sous les Carlovingiens , avait été régie par des comtes délégués de l'autorité royale, mais à peu près indépendants et constamment choisis dans la puissante famille des comtes de Poitou ; elle devint ensuite la possession féodale de cette famille1. Ce fief relevait de l’Aquitaine, et par conséquent des rois d'Angleterre, depuis le mariage d’Éléonore avec Henri II. Peu après, Guillaume V fut dépossédé de son fief par Guillaume-lc-Vieux , son oncle, que protégea le roi de France Louis VII. Cette usurpation fut reconnue et se perpétua. Guillaume V reçut en indemnité un démembrement du comté d'Auvergne , et de lui sortit la branche qui porta le nom de comtes dauphins d’Auvergne.
Guy II, petit-fils de Guillaume-le- Vieux, eut de sanglants démêlés avec son frère Étienne, évêque de Clermont; le roi Philippe-Auguste intervint dans celte querelle; le comte et le dauphin d'Auvergne se mirent sous la protection du roi d’Angleterre, Richard-Cœur-de-Lion. Les guerres se terminèrent par la conquête du comté d'Auvergne , qui devint, presque entier, domaine royal, et cessa de relever de l’Aquitaine et des Anglais. L’Auvergne fut d'abord donnée en garde à Guy de Dampierre , connétable de France, qui en avait fait la conquête pour
1. Géographie de Sti^bou. — OEuvres de Sidoine Apollinaire. — Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne. — Jean Savaron, les Origines de Clermont. — Mathieu, Objets antiques récemment découverts à Clermont ( Annales scientifiques de l’Auvergne , t. XII ). — B. Gonod , Chronologie des évêques de Clermont , et Dictionnaire topographique des communes du département du Puy-de-Dôme. — Aigue-Perse, Biographie des Auvergnats. — Fléchier, les Grands Jours de Clermont. Le manuscrit de Fléchier était reste inédit et presque inconnu jusqu'à ces dernières années, où il a été publié par le savant bibliothécaire de Clermont, M. Gonod.
S. C'est ta première fois que l'histoire des deux capitales d'uue province se trouve ainsi rapprochée, dans notre recueil, de l'introduction générale : il en est résulté quelques répétitions que nous avons cru devoir cependant laisser subsister. Une double considération a pu seule nous y engager contre notre habitude : c'est-à-dire les exigences même du sujet, et le nom de l'illustre auteur de la Notice de Riom.
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le roi: il reçut sans doute quelques grands domaines, mais le comté d'Auvergne ne lui fut pas donné à fief. Son fils gouverna aussi la province pour le roi , avec le titre de connétable d’Auvergne. Plus tard, Louis VIII , par son testament, en fit l’apanage d’Alphonse son fils, comte de Toulouse. Saint Louis confirma cette donation et reconnut à la maison d'Auvergne la possession d'une portion de son ancien fief, sous le nom de comté d'Auvergne. Ainsi l'ancien et vaste domaine de cette famille se trouva divisé en trois seigneuries : le roi ou son apanagiste, le comte et le comtc-daupbin se partageaient ainsi la province.
En outre, l’évêque de Clermont était dés longtemps riche et puissant seigneur, indépendant des trois autres, sauf le lien féodal envers le roi. Sous son pouvoir, la ville avait ses libertés municipales, objet habituel de contestations. Après la mort d'Alphonse, l’Auvergne fut réunie à la couronne. En 1360, le roi Jean la donna en apanage à son fils Jean, duc de Berry, et l'érigea en duché. Riom, qui depuis la conquête de Philippe- Auguste avait été le siège du bailli royal, continua à être la capitale du duché d’Auvergne.
Il résulta du démembrement de la souveraineté qui faisait l'essence du régime féodal , que l'Auvergne eut plus tard une troisième capitale. Le comté de Montferrand, après avoir successivement passé des comtes d'Auvergne à l'évêque de Clermont, puis aux dauphins, puis à la maison de Beaujeu, fut vendu en 1292 à Philippe-lc-Bel, moyennant 600 livres de renie. Dès lors il fit directement partie du domaine royal, et la ville de Montferrand réclama constamment toutes les fois qu’il fut question de la donner à titre de fief. Charles VII y établit un bailliage royal et Louis XI lui transporta la juridiction du bailliage de Cusset, juridiction qui n’embrnssait que les domaines du roi et les causes qui, intéressant les églises, ne pouvaient être portées devant la justice féodale. Henri II créa une cour des aides à Montferrand. Ainsi , cette petite ville, ce faubourg de Clermont, fut pendant trois siècles la capitale du roi , comme Riom était la capitale du duc et Clermont la capitale de l’évêque. Cette diversité de juridiction donna, pour ainsi dire, è l’Auvergne la monnaie d'une grande ville. Dans l'ordre actuel, sous la souveraineté unique et centrale d’un même gouvernement, ces trois agglomérations, situées dans le proche voisinage l’une de l’autre , n’auraient assurément formé qu’une seule cupitale.
De là est résultée aussi cette perpétuelle rivalité de Clermont et de Riom , cette guerre civile qui , heureusement , n’a jamais été soutenue par les armes , mais à grand renfort d’ordonnances royales, d’arrêts du conseil ou du Parlement; car sans cesse il fallait prononcer sur les réclamations et mémoires présentés contradictoirement pour obtenir la préférence dans la création ou le maintien des divers établissements publics; pour être le siège des divers tribunaux ou compagnies de justice et de finance ; pour porter le titre de capitale; pour être le lieu de convocation des États de la province. De là cette plaisanterie auvergnate de Rome et Carthage. La lutte a fini par laisser Riom la ville des tribunaux , et Clermont la ville de l’administration , du commerce et de la garnison.
Avec une moindre illustration historique, une antiquité moins éclatante, Riom est pourtant une ville fort ancienne. Grégoire de Tours parle d’un Épachius de race sénatoriale, le plus noble in vico ricomagensi. On retrouve son nom au
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xi* tiède, dans les guerres des comtes d'Auvergne avec les évêques de Clermont ; puis , sous Philippe- Auguste , lorsque le comté d'Auvergne fut conquis par le roi, elle fut prise par Guy de Dampierre. Riom était alors la principale ville de ce grand lief. « Riom, ville très-riche », disent les chroniques contemporaines. Quarante des plus puissants habitants furent emmenés en otage pour garantir la fidélité de cette conquête nouvelle. Les juridictions royales y furent d'abord établies ; puis elles redevinrent juridictions féodales quand le comté fut donné en Gef ou en apanage. A chaque changement d’apanagistc , l'existeuce des tribunaux, qui avaient successivement pris beaucoup d'importance , et les privilèges de la ville, recevaient une nouvelle confirmation.
Non-seulement tout le gouvernement ducal de l'Auvergne était fixé à Riom, mais les ducs y faisaient leur résidence habituelle. Jean, duc de Berry et d'Auvergne, frère de Charles V, y avait un palais, qui, comme le palais des rois de France dans la cité de Paris, est resté le palais de la justice. Là furent célébrées les noces duduc Jean avec Jeanne, comtesse d'Auvergne, en 1389. C’était une cour brillante, où les grands seigneurs du pays tenaient un état pompeux. On sait encore où étaient les hôtels de Chazeron, de Biol, de Laqueulhe. Sans doute, il y en avait d'autres , ceux-là seuls sont constatés. Le duc érigea en sénéchaussée le bailliage de Riom, en imitation des sénéchaussées du Languedoc dont il était aussi gouverneur. De sorte qu'au lieu d’un bailli supérieur dont rçssortissaient les baillis inférieurs ou les prévôts, il y eut une cour de justice assistant un sénéchal : autre circonstance qui augmenta l'importance de Riom. Des litres de cette époque porteut à trente mille le nombre des habitants de Riom. Il y a probablement quelque exagération dans ce calcul : la ville n’en a maintenant que douze mille, et on ne trouve point traces de rues ou de quartiers qui auraient été abandonnés.
Sous le règne de Louis XI , à l'époque de la guerre du bien public, Jean II, duc de Bourbonnais et d'Auvergne , avait pris parti contre le roi. La ville de Riom, capitale de son apanage , refusa de participer à la . révolte , et ferma ses portes à la garnison que lui envoyait son seigneur. Louis XI l'en remercia par une lettre du 24 avril 1465. Mais le duc de Bourbon parvint facilement à s'emparer d'une ville sans défense, et s’y enferma avec le comte d’Armagnac, le duc de Nemours, le sire d'Albret, le comte de Chabannes, et les principaux seigneurs de sa faction. Le roi arriva avec son armée; comme il allait entreprendra le siège, il apprit que le comte de Charotais , fils du duc de Bourgogne , s'avançait sur Paris à la tête d'une nombreuse armée. Il se hâta de traiter avec le duc de Bourbon , lui offrit de bonnes conditions , et le détacha de l’alliance du duc de Bourgogne. Ce traité, qui fut surtout négocié par Jeanne de France, sa sœur, duchesse de Bourbon, fut signé à Mozat, village qui est comme un faubourg de Riom.
La plus belle époque de Riom fut la seigneurie de Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, le mari d’Anne de France, fille de Louis XI, qui fut depuis régente du royaume, et qui a laissé une renommée d’habileté et d’esprit. Elle habita Riom , et attira autour d’elle non pas seulement la noblesse d’Auvergne , mais des hommes de savoir et de bon conseil , des magistrats à qui elle accordait confiance et qu’elle employait dans ses affaires, se montrant ainsi vraie fille de Louis XI.
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Bayle , parlant du premier Arnault , qui commença à illustrer cette famille , s'exprime ainsi : o II fut attiré à Riom avec plusieurs autres personnes de mérite, par « Pierre de Bourbon. Mnrillac, Dubourg, Duprat, Forget, Uobertet , furent les « principaux officiers et serviteurs du comte et de la comtesse de Beaujeu, puis du o connétable de Bourbon, leur gendre, et furent tous avancés, dans la suite, aux « premières dignités de l'épée et de la robe. Voilà par quel cas fortuit tant d'Au- « vergnats ont paru à la cour de France dans les postes les plus sublimes, sous « Charles Vlll , Louis XII et François 1". Madame de Beaujeu les avait tirés de ■ leur province et leur avait mis la fortune à la main. Sans elle, ils seraient morts « dans l’obscurité ; leurs grands talents ne seraient jamais sortis hors de terre, o Concluez de là que la gloire particulière d'une province, en certains temps, a ne dépend que de ces sortes de patronages. »
Suzanne de Bourbon , Bile unique d'Anne et de Pierre de Beaujeu , épousa son cousin Chartes de Bourbon, le connétable. Ainsi se trouvèrent confondus leurs droits au duché d’Auvergne. Le roi aurait pu aussi le réclamer en retour d’apanage à la couronne, par défaut d'héritier mâle. Suzanne mourut sans enfant : alors commença entre Louise de Savoie , mère du roi , et le connétable le célèbre procès qui le rendit rebelle et transfuge. Si l'apanage pouvait être féminin, la duchesse de Savoie y aurait eu droit comme héritière de Suzanne, sa cousine.
François I" laissa le duché d'Auvergne à sa mère. Depuis sa mort, arrivée en 1531, l'Auvergne n'eut plus d’autre seigneur que le roi. Riom devint alors la capitale de toutes les juridictions royales; le bailliage de Montferrand fut supprimé.
Les guerres de religion du xvi* siècle jetèrent l'Auvergne dans un état déplorable. Pendant plus de vingt-cinq ans , la province fut à peu près livrée à ellemême, sans que l’autorité royale, dans son impuissance, essayât d’y rétablir le bon ordre. Les seigneurs du pays étaient divisés de religion ou de parti ; ils se faisaient la guerre les uns aux autres, comme au temps de l'indépendance féodale. Les châteaux, les bourgs et les villes étaient pris ou repris tour à tour; les habitants pillés ou taxés; les maisons saccagées ; les églises brûlées par les protestants, quand ils avaient le dessus. Les catholiques et les réformés, les royalistes et les ligueurs, assemblaient leurs partisans, appelaient des auxiliaires dés provinces voisines , et se faisaient une guerre acharnée ; de sanglantes batailles furent données. Il y eut des sièges soutenus avec une admirable constance et de sanglants assauts. Clermont et Riom étaient de trop grandes villes et trop bien défendues pour être ainsi assaillies ou soumises. Jusqu'en 1589 et à la mort d'Henri III , elles furent l'une et l'autre fidèles à l’autorité royale, avec cette différence que Clermont était régi par de libres assemblées des trois ordres et par des commissaires qui étaient élus ou se donnaient eux-mêmes cette mission et ce pouvoir ; on levait des impôts, on assemblait des hommes armés, on faisait des expéditions pour véprimer les incursions des réformés , pour délivrer le pays de leurs ravages ou de leur oppression. Pendant ce temps-là, Riom, où siégeaient les délégués de l'autorité royale, agissait sous leur volonté. Les deux villes souffraient à peu près les mêmes maux, supportaient les mêmes charges, mais se gouvernaient différemment.
Il en arriva que lorsque Henri IV devint roi, Clermont et Riom eurent des
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situations entièrement opposées. Les gentils hommes, qui dominaient à Clermont et qui étaient en bon accord avec la bourgeoisie , reconnurent le roi ; tandis que Riom resta au pouvoir de la Ligue. Jean-Louis de La Rochefoucauld , comte de Randans, se trouvait alors gouverneur d'Auvergne. Il était ligueur zélé , homme de forte résolution , le plus hardi et le plus intrépide de son temps , disent les documents contemporains. Il avait influence et autorité sur une grande partie de la noblesse de la province. La bourgeoisie de Riom et les familles considérables de la magistrature étaient au contraire favorables à la cause royale, et croyaient bien que c'était de ce côté seulement qu'il y avait espérance de rétablir le bon ordre et de jouir enfin du repos. Le comte de Randans, aidé par les prédications passionnées du clergé et l’influence de son frère , François de La Rochefoucauld , évêque de Clermont , suscita les classes inférieures et la populace contre les gens de bien et les notables de la ville. Riom passa cinq années sous la double oppression de la force militaire et des passions de la populace. Les hommes honorables furent emprisonnés .exilés, envoyés au supplice. Plus d’une fois, ils firent donner au roi l’assurance des véritables sentiments de la ville, et tentèrent ou espérèrent leur délivrance ; leurs efforts n'avaient pour résultat que des rigueurs nouvelles et une aggravation de tyrannie. La mort de M. de Randans, qui Tut tué devant Issoire, au combat du Cros Rolland, le 14 mars 1590, ne changea rien à celte situation. L' évêque de Clermont , qui n'avait aucune autorité dans sa ville , vint s'établir à Riom pour y soutenir l’obstination du parti de la Ligue. Jacques de Montboissier, marquis de Canillac, succéda à M. de Randans. Il n'avait pas son ardeur et son audace, mais il était habile; et comme il appartenait à la plus ancienne et la plus puissante maison de l’Auvergne, il se trouvait, pour ainsi dire, le chef naturel des gentilshommes qui ne reconnaissaient pas l’autorité du roi.
Si on ne se rendait pas compte de la situation où était alors le royaume , il serait difficile de concevoir comment la province demeura si longtemps en proie à une guerre civile, qui ne donna jamais à une des factions de succès décisif. Le roi n’avait ni hommes ni argent à envoyer dans la province. Les ménagements qu'il avait è garder lui imposaient la nécessité d'employer des chefs qui le servaient è demi ou même le trahissaient. Il conféra au fils naturel de Charles IX, Charles de Valois, que Henri III avait nommé comte d'Auvergne , le titre et l’autorité de gouverneur et lieutenant général dans cette province. La guerre continua è se faire mollement. Le gouverneur semblait attendre l'événement final de la longue lutte que Henri IV soutenait contre Paris et les chers de la Ligue. Enfin, aussitôt après l'abjuration du roi et son entrée dans la capitale du royaume , les villes s’empressèrent à se soumettre. Riom ne fut pas la dernière et entraîna le reste de l’Auvergne. M. de Canillac venait de mourir : son fils n'hérita point de son obstination. Ce fut lui qui se fit honneur de la soumission de Riom. Il convoqua les notables et leur remontra « que ses prédécesseurs avoient toujours tant « aimé et assisté la ville, comme plusieurs fois feu M. le marquis son père en « avoit fait preuve; que la ville , assurée de cette affection héréditaire, l’avoit prié « et forcé de prendre en main la protection d'icelle, en échange de quoi et de la « fiance qu'on avoit en lui , il vouoit à sa conservation , scs biens , l'assistance de « ses amis et de sa propre vie. » Il ajouta que les Kiomois n'avaient embrassé la
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Ligue que pour défendre la religion, et que Henri étant aujourd’hui catholique, il n'y avait plus de « cause à lui faire la guerre. » « Le plus grand accroissement ' « des misères de la province seroit , » disait-il , « de ne point reconnoltre le roi ,
« dont les affaires prospéroient tous les jours. »
Les Riomois ne furent pas difficiles à persuader; on chanta un Te Deum , on envoya des députés au roi; il les reçut avec la plus affectueuse bonté, les loua de leur franchise et loyauté françaises, de l'affection singulière qu'ils avaient toujours portée aux rois ses prédécesseurs, et des assurances de fidélité qu’ils lui apportaient. Les faveurs accordées à Clermont furent révoquées. Riom recouvra ses tribunaux, qui du reste n'avaient jamais siégé dans une autre ville. Les consuls tirent un long manifeste pour expliquer la longue persistance des Riomois dans la rébellion, et se répandirent en pompeuses protestations de fidélité et d'amour. M. de Canillac, qui avait reçu de fortes sommes et que le roi avait nommé lieutenant générai , reçut solennellement les serments de la noblesse et des magistrats. Dès le lendemain , la ville était royaliste passionnée. Les prêtres et les régents de collège, qui prêchaient ou parlaient encore le langage de la Ligue , furent rigoureusement traités , ainsi que plusieurs habitants trop obstinés dans leur opinion.
Depuis cette époque, le nom de la ville de Riom n'a plus trouvé place dans l'histoire générale de la France. Les progrès du gouvernement monarchique avaient fait de l’Auvergne une province dépendant directement de l'autorité royale. Elle y avait gagné le calme et le bon ordre, mais elle avait perdu beaucoup de ses libertés; il n'y eut plus de convocations des États du pays. La libre concession de l'impêt , sa répartition et la surveillance de son recouvrement ne survécurent point à l’accroissement et à l'extension du pouvoir royal.
Riom avait donc cessé d'être le siège d’un gouvernement, et ne pouvait plus espérer l'importance et le mouvement que lui avait donné la présence d'un prince presque souverain et de son noble entourage ; mais elle fut constamment bien traitée par nos rois. L’illustration que cette ville avait acquise par le mérite , l'habileté, les lumières de ses magistrats, ne pouvait manquer de lui rendre favorable la monarchie du xvi* siècle, où l’autorité royale se combina avec les corps de magistrature, où l’on vit naître et se développer l'esprit judiciaire, désormais élément essentiel d'une constitution qui avait remplacé le régime féodal.
Les établissements civils reçurent de successives augmentations. En 1551, lorsque Henri U institua les présidiaux comme des tribunaux supérieurs, jugeant sans appel un grand nombre de causes, il en fut établi un à Riom. A diverses époques, le nombre des magistrats qui le formaient fut accru. Des noms illustres dans la magistrature se trouvent sur- les listes du présidial de Riom ; on y voit figurer des Arnauld, des Pascal , des Olivier, des IVAguesseau, des Amelot, des ('.ourtin, des Chanut, des Laubespiri, sans parler des familles dont l’illustration ne «'est pas étendue beaucoup au delà des limites de la province.
La tille fut constamment protégée par cette bonne renommée de ses magistrats et de ses citoyens. Dans les luttes qu'elle eut sans cesse à soutenir contre Clermont, devenue plus réellement capitale, plus peuplée et plus riche, Riom fut défendue par ses souvenirs ; elle conserva le présidial et tous ses autres établissements. Un édit de Louis XIII , en 1639, en terminant une de ces contesta-
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tions si souvent renouvelées, motive ainsi la décision royale : « Les rois nos prédécesseurs ont eu en grande estime notre ville de Riom, pour avoir été le séjour ordinaire des anciens ducs d'Auvergne et le principal domaine du pays, et de laquelle sont issus plusieurs grands et illustres personnages tant de l'ordre ecclésiastique que de la justice, dont il y en a encore à présent près de notre personne, de qui la science et la piété sont si célèbres qu’elles sont connues de tout le monde, qu’ils l'ont décorée des premières dignités du pays, y ayant établi le siège de la justice de la province, la recette générale de nos finances, une cbambrc de lu monnaie et le bureau des présidents-trésoriers de France. »
La sénéchaussée d'Auvergne , qui formait le ressort du présidial, était la plus étendue du royaume; un barreau nombreux, savant, honorable, entourait cette magistrature, de telle façon qOe Riom, avec tous ses tribunaux, son présidial qui siégeait en robes rouges, sa population d'avocats et de gens de justice , avait un aspect de ville parlementaire. L'esprit de famille et d'aristocratie magistrale régnait dans la société. Elle a toujours compté des hommes distingués par leur savoir et leur capacité., cultivant ou aimant les lettres, de mœurs graves et de bonnes façons. A une certaine époque de leur existence, les villes comme les personnes reçoivent l'empreinte qu’elles conservent toujours : Riom est inefiaçablement une ville de magistrature, et comme ce n’est pas une grande ville, ce caractère est encore plus unique et plus exclusif.
Lorsqu'on 1800, sous le Premier Consul, les grandes juridictions furent rétablies et qu'on créa les cours d’appel , la bataille recommença entre Clermont et Riom. Cette fois encore, le bon droit des habitudes et des souvenirs l'emporta. Riom a toujours sa cour royale ; c'est ce qui l’anime , c'est ce qui rassemble dans son étroite enceinte un nombre considérable de gens occupés, sérieux , éclairés , renfermés dans le cercle de leurs devoirs et de leurs travaux plus spécialement peut-être que ne l'étaient leurs ancêtres, mais occupant un rang distingué dans la magistrature du royaume ; en un mot la cour royale c'est la vie de Riom. On ne saurait concevoir la ville sans ses tribunaux. Elle a conservé l’esprit de société plus que beaucoup de villes de province; mais l’intérêt de cette société ce sont les affaires, les plaidoiries, les succès du parquet ou du barreau ; dans toutes les classes on s’en occupe et on en parle : lorsque les servantes vont chercher de l’eau à la fontaine , pendant que leurs cruches s'emplissent, elles s'entretiennent de la cour d'assises et de l’avocat qui a bien plaidé.
La ville de Riom a eu de temps immémorial des libertés, privilèges et coutumes municipales. On ne leur a jamais reconnu pour origine des concessions féodales, arrachées par voie de sédition, ou accordées par une raisonnable condescendance. L'Auvergne était devenue tellement romaine, les incursions des Barbares y avaient été si passagères, que probablement l'administration des villes remontait, sans interruption , à l'époque du régime qui s'était établi après la conquête. Une charte d'Alfonse, duc d'Auvergne, donnée en 1271, rappela, mais n’institua pas les formes du gouvernement de la ville, qui avait dès lors des consuls électifs. Les libertés que le seigueur reconnaît sont manifestement les coutumes déjà existantes et forment une sorte de Code civil et criminel. Une ordonnance de Philippe de Valois règle que les assemblées des bourgeois seront convoquées à VI. 20
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son de cloches. Repais Ixiuis XIV, cette constitution municipale avait cessé d'exister; lorsque la Révolution est arrivée, le corps de ville n'était plus composé que d'un maire nommé par le roi, ainsi que le lieutenant de maire, quatre échevins et quatre assesseurs.
Les établissements ecclésiastiques étaient nombreux et considérables à Riom ; le plus ancien était le chapitre de Saint-Amable. Il existait depuis plusieurs siècles, lorsqu'il fut converti en chapitre régulier composé de religieux de l'ordre deâaint- Augustin. En 1548, il fut de nouveau confié au clergé séculier. Il consistait en un doyen, un chantre, un prévôt et dix chanoines. Entre autres privilèges ou obligations, il était tenu de célébrer la messe et de faire une prédication, en pleine rue, le jour de la Fête-Dieu. Il eut un procès avec les Cordeliers, qui avaient sonné les cloches de façon à empêcher le sermon d'étre entendu. Le chapitre de Notre- Damedu-Marturet était séculier et avait été établi au xur siècle ; il avait quelques rapports de subordination avec le chapitre de Saint-Amable. Pierre de Beaujeu et Anne de France, sa femme, avaient fondé le chapitre de la Sainte-Chapelle en 1489. Outre ces trois chapitres, Riom avait quatre couvents d’hommes : les Cordeliers, qui dataient du xur siècle; les Capucins, établis en 1606; les Carmes, en 1643; les Chanoines réguliers de la Congrégation de France, en 1661. Il y avait aussi quatre couvents de femmes : des Carmélites, des Religieuses de Notre- Dame, des Visitandines et des Hospitalières, qui soignaient les malades de l’HÔtel-Dieu.
Le souvenir de ces maisons religieuses est sans doute fort effaré de nos jours; mais lorsqu’elles furent fondées, mais quand elles subsistaient, elles avaient de l'importance pour la ville ; elles y tenaient une grande place; elles avaient de l'influence sur les esprits, sur les mœurs ; elles tenaient aux familles ; et nous ne représenterions pas exactement l'aspect du passé, si nous ne rappelions pas leur existence.
Dès le xn* siècle, Riom avait une école publique, qui môme a quelquefois, dans les titres, été qualifiée d’université ; elle fut longtemps sous l'autorité du chapitre de Saint-Amable. Au xv* siècle, la ville se mit en possession des écoles et elles passèrent dans les attributions municipales. Un grand empressement S favoriser l’instruction, à la porter plus haut, se vit voir à cette époque; on augmenta les appointements des professeurs ; ordinairement iis étaient tirés des écoles de Paris, on en fit même venir d'Ecosse. En 1618, au moment où était fondée la congrégation de l'Oratoire, la ville de Riom lui confia son collège. Les Oratoriens y acquirent une grande considération et beaucoup d'influence. Quand arrivèrent les querelles religieuses de Port-Royal et des Jésuites, Riom était une ville trèsjanséniste.
Les maisons de charité sont aussi anciennes et plus nombreuses que ne le comportait la grandeur de ta ville : l'Hôtel- Dieu fut fondé en 1096, par Guy, comte d'Auvergne, sous le nom d'hôpital de Saint-Accasy ; d'autres maisons existèrent à diverses époques; maintenant on y compte : l'hôpital-générat fondé, en 1656, par M. d’Arbouie, évêque de Clermont, et M. de Palerne; l'hospice des incurables, établi en 1736, sous le titre de Saint-Jean -des- Abandonnés ; l’hospice du Refuge et fhospice départemental des aliénés. Une maison centrale de déteu-
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tion n été depuis trente ans pincée à Riom; elle renferme neuf cents prisonniers.
Riom a donné naissance à un grand nombre d'hommes distingués ou du moins connus dans la magistrature, les emplois publics ou les lettres. Bien avant l'époque des jurisconsultes ou des littérateurs, au v* siècle, y naquit saint Amabie, dont le nom est assurément plus populaire en Auvergne qu'aucun de ceux que nous allons rappeler; c'est le patron de là ville. La principale église est sous son invocation. ltepuis Grégoire de Tours jusqu'à nos jount, sa légende est restée traditionnelle , et aux miracles déjà racontés par le plus ancien de nos chroniqueurs, de siècle en siècle, d'antres sont venus s'ajouter, opérés sur son tombeau et dans son église. Il sortait, disent d'anciens documents, d'une grande et noble génération ; la maison de Chovnnce, qui s'est fondue dans la maison de la Roche-Briant , a toujours réclamé saint Amabie ; elle avait les mêmes armoiries que le chapitre, ce qui ne prouverait rien , car il n’y avait pas d'armoiries au y siècle ; mais le chapitre a constamment accueilli cette tradition , et il a, dès les temps reculés, compté des doyens et des bienfaiteurs de cette famille. Ce qui est certain , selon Grégoire de Tours, c'est que saint Amabie était curé de Riom, et de son vivant honoré pour sa grande sainteté. Un archiprêtre, nommé Juste, a écrit sa vie au xii" siècle. L'abbé Faydit, autre Riomois, a traduit cette ancienne légende; il a cité des miracles plus récents, dont il assure avoir été témoin. l:n autre historien de saint Amabie, du nom de Chevalier, rapporte aussi des procès-verbaux. La fête de saint Amabie, grande solennité pour tout le pays, est célébrée le 11 de juin.
L’honneur d'ètre la patrie de Grégoire de Tours est encore une des querelles entre ltiom et Clermont ; chacune des deux villes cite des passages qui établissent fort bien la probabilité.
Aucune province n’a donné un aussi grand nombre de chanceliers de France que l’Auvergne r Gerbert, précepteur du roi Robert, qui fut ensuite pape sons le nom de Sylvestre III ; Pierre de Flotte, en 1302; Guillaume de Flotte, en 1337; Aycelin de Montaigu, en 1309; un autre Aycelin de la même famille, en 1357 ; Antoine Duprat, en 1514; L’Hôpital, en 1560; mais aucun de ces chanceliers n'était né à Riom. Pierre de Giat, que les historiens écrivent Giac, était de Riom et descendait d'une famille riche et seigneuriale. Il fut d'abord maître des requêtes, puis chancelier de Jean duc de Berri et d’Auvergne, et lui rendit de grands services ; entre autres, il lui amena trente hommes d’armes en Languedoc, où son mauvais gouvernement l’avait mis en embarras et en péril. La puissance du duc de Berri pendant la minorité de Charles VI le üt chancelier de France, en 1383. Il fut, à la même époque, comblé de faveurs ; des domaines considérables lui furent donnés, ainsi que l’hôtel confisqué sur Hugues Aubriot, prévôt de Paris, il se démit de sa charge, mais continua à être considérable et fort écouté dans les conseils du roi. Il mourut en 1407. Son tombeau et ceux de sa famille se voyaient dans l’église des Cordeliers. Il bâtit, sur sa terre de Visgoche, dans une des plus belles positions de la Limagne, un château qu'il nomma Château-Gay. Son petit-fils, indigne favori de Charles VII et accusé par la voix publique de crimes et de sorcellerie, fut assassiné, en 1426, par ordre du sire de La Trémouille et du connétable de Richcraont.
Jean Masuer a été omis dans la plupart des dictionnaires biographiques et mé-
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ritait d’y trouver place. Il naquit au xiv' siècle et fut le premier jurisconsulte de son temps. Dumoulin l’a appelé « le grand et ancien praticien de ce royaume. » Son livre intitule Practicn forensis , était cité comme autorité, avant la rédaction de la coutume. Il fut chancelier du duc d’Auvergne. Dans tous les actes des grandes familles du pays, on voit quelles consultaient Masuer sur les intérêts et le gouvernement de leurs domaines. Il avait un frère, Pierre Masuer, qui fut professeur à Orléans, puis évêque d’Arras- Jean Masuer mourut en 1450.
Antoine Dubourg, qui fut chancelier de France, était fils d’un intendant du marquis de Montboissier-Ganillac. Il fut avocat à Paris et y acquit une honorable réputation. En 1520, il fut nommé lieutenant civil au Chétclet; en 1532, maître des requêtes a en considération de ses bons, vertueux et recommandables services», disent les lettres du roi; en 1534 il présida les Grands jours à Moulins; puis, à son retour, il fut président au parlement de Paris. En 1535, après la mort du chancelier Duprat, il lui succéda dans cette haute dignité. Il ne l’occupa pas longtemps ; en 1533, tandis qu’il suivait le roi, dans un voyage en Picardie, il traversait la ville de Laon, la foule du peuple était pressée et tumultueuse, la mule du chancelier fut effrayée ; il tomba et mourut des suites de cette chute. C’était un digne magistrat. Il eut trois fils, et sa famille continua à occuper une situation considérable. Anne Dubourg, conseiller au parlement de Paris , fut, en 1559, condamné à mort et exécuté, pour avoir embrassé la religion protestante ; son supplice fut le commencement des persécutions, des guerres civiles, et des massacres qui désolèrent si longtemps la France ; il était neveu du chancelier Dubourg, fils de son frère Étienne, contrôleur général des finances à Riom. Il était, dit de Thou, d’une grande science et d’une glorieuse intégrité; il mourut avec un ferme et noble courage.
Gilbert Genebrard naquit vers 1540. La famille du chancelier Duprat le protégea, veilla à son éducation, et l’envoya à Paris pour continuer ses études. Il y devint un des plus savants hommes de son temps, et acquit surtout une rare connaissance de l’hébreu. Sa renommée était répandue dans toute l’Europe. Il fut docteur au collège de Navarre et professeur d’hébreu au collège de France. De riches bénéfices lui furent conférés; il passa de l’ordre de Saint-Benoit, où il était entré dès sa première jeunesse, dans le clergé séculier. Ayant fait un voyage à Rome, il y reçut un accueil flatteur, surtout du pape Sixte V. La dernière partie de sa vie lui donna une autre illustration. Il se précipita passionnément dans les discordes religieuses et civiles, qui divisaient la France; il fut un ligueur violent, servit cette cause par ses écrits et ses prédications. Les sermons qu’il fit contre Henri IV sont mentionnés dans les histoires du temps. Le roi ayant demandé qui était ce Genebrard, on lui répondit : a C’est un moine qui ne peut dire ou écrire un mot qui ne soit une injure. » Le duc de Mayenne l’avait nommé archevêque d’Aix, et le pape Grégoire XIV lui avait donné des bulles. Lorsque la ville eut reconnu le roi, l’archevêque fut obligé d’en sortir. Peu de temps après il publia un livre contre le concordat, soutenant que c’était au pape seul, et non au roi, de nommer les évêques. Le parlement d’Aix déclara Genebrard criminel de lèse-majesté, déchu de son archevêché, et le bannit du royaume. Henri IV lui permit de résider à Semur; et l’archevêque nommé en sa place attendit sa mort pour prendre
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possession. Il mourut en 1597. Sa gloire, comme savant, a presque effacé le mauvais renom de sa vie politique. I.e cardinal de Richelieu, passant à Riom, devant la maison où était né Genebrard, se découvrit en disant : O veneranda domitsf
Jacques Sirmond était né, en 1 5 V7 , d'une famille de magistrats. Il entra dans la compagnie de Jésus ; les jésuites ne comptent pas beaucoup d'illustrations égales à la sienne, li fut un de ccs grands érudits du rvi* siècle, dont les travaux commencèrent à rendre le savoir accessible et à épargner aux hommes d’étude des labeurs immenses. Il a débrouillé la chronologie, donné l'histoire des conciles des Gaules , publié Sidoine Apollinaire et les Capitulaires des derniers Carlovingiens ; il a écrit l'histoire du prédeslinianisme : portant l'ordre et la clarté dans tous les sujets qu'il a traités. Il fut aussi un homme utile à son pays et montra beaucoup de bon sens dans les affaires. Appelé à Rome , par Aquaviva , général des jésuites, il lui servit de secrétaire pendant seize ans, et s'employa avec intelligence et fidélité aux négociations qui amenèrent la reconnaissance de Henri IV par la cour de Rome. De retour en France, il succéda au père Arnoux, aussi Riomois, et fut confesseur de Louis XIII ; il mourut à plus de cent ans, en 1651. Son petit-neveu , Jean Sirmond , fut , à sa recommandation , appelé par le cardinal de Richelieu, et lui servit de secrétaire; il fut surtout chargé d'écrire tous les pamphlets, toutes les réfutations, en un mot, la polémique imprimée, qu’il convenait au cardinal de publier pour éclairer le public ; son style plaisait beaucoup aux contemporains et a, selon Pélisson , contribué au progrès de la langue. Il était historiogrophe du roi et fut un des premiers membres de l'Académie française. Quelle que fût son obéissance au cardinal , elle n'alla point jusqu’à lui sacrifier sa conscience littéraire. C'était lui qui avait été désigné pour écrire la critique du Cid; cette tâche fut transportée à Chapelain. Après la mort de son patron , jl se retira dans sa ville natale , où il mourut en 1649 ; sa famille y a subsisté pendant plusieurs générations.
Nous avons dit que les premiers Arnaud , qui avaient commencé la grande illustration de ce nom, étaient de Riom.
Jean de Rasmaison fut un avocat et un jurisconsulte célèbre, à la On du xvi1 siècle ; il avait fait ses études à Paris , comme c'était généralement l'usage dans les familles distinguées de Riom, et s'était lié d’amitié avec Étienne Pasquier. Us restèrent en correspondance, ainsi qu'on peut voir dans le recueil des lettres de Pasquier. Lorsque Catherine de Médicis voulut établir un présidial à Clermont, la charge de lieutenant général fut offerte à Rasmaison , et Pasquier lui écrivit : « Quitteriez- « vous celte belle qualité d’avocat, en laquelle vous êtes roi en votre ville, pour « entrer sous un nouveau joug de servitude de juge? Il y a trente ans et plus que « vous tenez un des premiers lieux entre ceux de votre ordre, en ce pays, étant « chéri et aimé des grands, respecté du commun peuple, vivant en une honnête « liberté. » Rasmaison écouta ce conseil et resta avocat. Longtemps encore après lui le barreau de Riom avait une situation si honorablement considérée que ses membres ne recherchaient point les offices de magistrature. Basmaison publia deux ouvrages de jurisprudence, qui obtinrent à cette époque un grand succès : Paraphrase sur la coutume d'Auvergne , et Traité des fiefs et arrière-fiefs.
Jean Bonnefons , né en 1548, fut élève de Cujas , à Bourges, et se lia de grande
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amitié avec son fils. Il appartenait à une famille considérable et riche ; il exerça quelque temps la profession d’avocat à Paris; mais il se fit surtout connaître par ses poésies latines, qui eurent beaucoup de succès. Ménage, parlant de lui un siècle après, le compare encore à Catulle. Le président de Harlay le fit nommer lieutenant général au bailliage de Bar-sur- Seine. Il y passa sa vie, occupé des devoirs de sa charge et ne faisant plus de vers. Le recueil de ses poésies amoureuses est intitulé Pancharet. On le réimprime ordinairement avec les Juvenilia de Théodore de Bèze. Il mourut en 161'». Son fils fut aussi lieutenant général à Bar-sur-Seine , et faisait de même des vers latins , mais fort mauvais ; on a de lui un petit poëme en l’honneur du maréchal d’Ancre et une infâme diatribe où il célèbre l’assassinat de ce favori de Louis XIII.
Jacques Durant était contemporain et ami de Bonnefons, comme lui élève de Cujas, comme lui poëtb latin ; ses vers, qui ont été fort loués dans leur temps, ne sont point parvenus à la postérité. Il ne fut ni magistrat, ni avocat, et se retira A sa maison de campagne de Chazelle, d’où est venu son nom latin, Casellius. Il publia des études et des observations sur les auteurs anciens, sous le titre de Variarum lectionum libri duo. On voit qu’il écrivait pendant une maladie épidémique qui enleva une partie de la population de Riom, et reparut à diverses reprises de 1580 à 1588; les tribunaux avaient même transporté leur siège hors de la ville.
Jean Decombe , avocat du roi au présidial , publia en 158V , un Traité des tailles et subsides qui fut alors très- remarqué ; il fut ensuite, comme l’avait été son père, président de la cour des aides de Montferrand , puis president au présidial à Riom. La famille Decombe n’a point cessé depuis trois cents ans d’occuper un rang distingué dans la magistrature d’Auvergnp. Elle y figure honorablement de nos jours.
François Broë et Jean Broë, d’une famille originaire de la haute Auvergne, furent au xvn* siècle des jurisconsultes très-estimés. Le premier, professeur à Bourges , publia un Commentaire sur les Instilutes et deux Traités sur Y Analogie du droit naturel , civil et des gens. Le second , un ouvrage intitulé : Nuptiee jurisconsulti et Philologia. Le nom de Broë a figuré, depuis cette époque, au parlement de Paris et è la cour de cassation.
Antoine Rigaud, dont la famille subsiste entourée d’une juste considération , est aussi auteur d’ouvrages de jurisprudence , qui furent utiles et destinés A l’époque où ils furent écrits.
Pierre Chanut commença par être trésorier de France A Riom ; puis il fut résident et ambassadeur en Suède, de 1645 A 1649, auprès de la reine Christine. Il acquit toute sa confiance : ce fut par ses conseils qu’elle attira Descartes auprès d’elle ; il assista les derniers moments de ce grand homme , et lit rapporter ses restes en France. Après sa mission de Suède , il fut ministre A Lubeck , puis ambassadeur en Hollande. Louis XIV l’appela dans son conseil, et il mourut en 1662. La reine Christine était restée en correspondance avec lui. Lorsqu'elle se résolut A abdiquer, ce fut à lui qu'elle confia d’abord cette volonté, a 11 est diffia cile, lui écrivait-elle, qu’un dessein mêle et généreux plaise A tout le monde. « Je me contenterai d’un seul approbateur. » Chanut est un des hommes les plus
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distingués de la diplomatie française. Wicquefort, dans son livre de l’Ambassadeur, en parle ainsi : « On peut dire que de tous les ministres qui se trouvèrent à « l.ubcck, il n'y eut que lui qui fit ligure : aussi était-il un ambassadeur de pre- « mière classe. », Ses dépêches sont à la Bibliothèque du Roi. Peu de temps après sa mort, on en publia en Hollande un extrait informe et sans nulle intelligence. « On n'y voit en rien , dit encore Wicquefort , ni l’air, ni le génie de l ambassa- « deur. » Il est question d'en donner une édition complète dans la collection des documents de l’histoire de France.
Antoine Courtin, né à Riom, en 1622, était neveu de Chanut, qui le fit venir auprès de lui en Suède. Après le départ de son oncle, il demeura envoyé extraordinaire. Il plut beaucoup aussi à la reine Christine, qui le nomma secrétaire de ses commandements, lui donna une terre , le Ot noble suédois, et plaça dans ses armoiries une pièce des armes de Suède. Il revint en France , après l’abdication de la reine; mais Charles-Gustave, son successeur , le redemanda à la cour de France , et lui écrivit de sa main pour l'engager à revenir. Il suivit le roi de Suède dans sa campagne de Pologne et assista à deux batailles à ses côtés. Ce prince avait une telle confiance en lui , qu'il l'envoya comme son ministre plénipotentiaire à Paris. Après la mort de Charles-Gustave, Louis XIV nomma Courtin son résident général près des cours du Nord. Ce fut lui qui, en 1662, négocia en Angleterre la remise de Dunkerque. Peu après, il se retira des affaires pour se livrer tout entier à la piété et aux lettres. Le second motif de sa retraite n’aurait pas été suffisant, car il n'a laissé que des traités de morale très-médiocres et une traduction de Grotius oubliée depuis celle de Barbeyrac. Il mourut en 1685.
Claude Ignace Prohet fut l'avocat le plus distingué du barreau de Riom pendant le xvii* siècle; il Ot imprimer, en 169k, des observations sur la coutume d'Auvergne, qui curent une grande autorité, jusqu'à ce que parut, un siècle après, le livre de M. Chabrol.
Louis Chaduc, né en 1565, conseiller nu présidial, fut un amateur éclairé des arts à une époque où ce goût, très-répandu parmi les princes et les grands seigneurs, était assez imprévu dans un magistrat de province. Il fit un voyage en Italie et passa quelque temps à Rome ; il était lié avec les savants et les artistes, et rapporta beaucoup de manuscrits, de livres rares, de médailles et de marbres : après sa mort , son cabinet fut acheté par le président de Mcsme , puis par Monsieur, et enfln il a fait partie des collections du roi.
Amable Bourzefs naquit en 1606; son nom n'a pas conservé une grande célébrité , et pourtant il fut un des hommes de son temps qui obtint le plus de succès et qui fut entouré d'une bienveillance plus générale ; il était abbé de Saint-Martin de Core : personne, disaient les contemporains, ne savait autant de choses que lui. Outre la connaissance approfondie des lettres grecques et latines, il avait appris l’hébreu et les langues orientales : il parlait l'italien et l’espagnol ; il était un prédicateur fort distingué et prêcha avec succès devant Louis XIV; il était de l'Académie française. Homme du monde, habitué au commerce des princes et des grands, il parlait de tout avec modestie, clarté et agrément. Rien ne lui était étranger, ni les souvenirs historiques, ni les affaires du moment, ni les intrigues
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de la politique. Il n'avait pas un ennemi et n'usa jamais de son crédit que pour rendre des services. Il a fait quelques ouvrages de controverse religieuse pour la conversion des protestants. Il mourut en 1672.
L'abbé Faydit, né en 1644, fut un homme tout différent. §a vie s’est employée à une critique sans goût et sans finesse, à une polémique injurieuse; il a écrit contre Tillemont, un des hommes les plus savants et les plus estimables de cette époque ; il a fait la TéUmacomanie, indigne libelle contre Fénelon ; il a attaqué Bossuet ; il vint mourir à Riom, où il avait été exilé en 1709.
l)om Toultée, de la congrégation de Saint-Maur, appartenait à une famille distinguée ; il a été digne de l'ordre des Bénédictins dont il faisait partie : sa vie fut modeste et laborieuse ; il a donné une édition de saint Cyrille; il mourut en 1718 à Saint-Germain-des-Prés.
Joseph Archon, chapelain du roi Louis XIV, a publié une Histoire de la chapelle des rois de France; il mourut en 1717. Il appartenait à une famille de magistrature , encore représentée à la cour royale.
Jean Soanen était parent des Sirmond, il entra dans l’Oratoire et professa la rhétorique à Riom. De Lyon, où il prêcha avec succès en 1681, il fut appelé à Paris, où il ne fut pas moins bien accueilli. Il fit l'oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse et prêcha devant le roi en 1686 et 1688. Peu d'années après, il fut nommé évêque de Sencz , où il se livra avec une piélé douce et zélée à l'accomplissement du ses devoirs ; mais quand se rallumèrent les querelles du jansénisme, Soanen , qui avait été l’ami du père Qucsnel , épousa cctle cause avec une incroyable passion, il refusa la bulle; il se déclara pour l’appel au futur concile. Sans cesse il quittait son diocèse pour des intérêts de parti ; il était en relation avec les jansénistes dTtrecht. Ses mandements, ses lettres étaient condamnés par le pape. Enfin, le concile de la province d’Embrun fut convoqué, et Soanen fut suspendu de ses fonctions épiscopales, puis exilé par le roi à l'abbaye de la Chaise-Dieu. Il y passa le reste de sa vie, objet de la vénération des jansénistes; on allait en pèlerinage visiter ce martyr de la bonne cause; lui-même signait ses lettres : Jean, évêque deSenez, prisonnier de Jésus-Christ. Comme tous les caractères extrêmes , il ne savait pas se résoudre à rien désavouer dans son parti ; il eut à subir les miracles du diacre Paris et les convulsions ; il mourut en 1740.
Danchet, auteur de tragédies oubliées et d'opéras, que les critiques estiment davantage, était né en 1671 ; il fut de l’Académie française.
Les annales biographiques de la ville de Riom sont moins riches pendant le xvin" siècle; la province commençait déjà à être absorbée dans le mouvement de Paris. Il était difficile qu'une petite ville, animée seulement par le train journalier des affaires portées devant des tribunaux secondaires, conservât celte activité propre , celte progression des esprits, cet avancement des familles qui l'avaient animée pendant deux siècles. On y trouvait encore des hommes considérables, savants, sensés, spirituels ; mais le discernement du souverain ou des ministres ne venait plus les chercher, et n'excitait plus ainsi l'émulation des Itiomois. Les gens habiles étaient devenus plus communs en France; une aristocratie plus nombreuse, plus mêlée aux affaires, plus docile au pouvoir, occupait les avenues où des magistrats de province n’avaient plus accès. La lice n'était pas ouverte à tous,
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comme sous Henri IV, Richelieu ou Louis XIV; c'est qu'alors, outre une cour, il y avait un gouvernement ; depuis il n'était guère resté qu'une cour.
M. Chabrol, dans le savant article qu'il a consacré à sa ville natale. Terme la liste, plus longue que la nôtre, de scs compatriotes célèbres ou du moins connus, par Claude-Ignace Brugière de Barante, mort en 1745; leurs familles avaient quelques rapports de parenté, et bien qu'ils n’appartinssent pas à la même génération, ils avaient vécu ensemble pendant plusieurs années; les travaux de Biugière de Barante n'ont même pas été inutiles à l’auteur de la Coutume <T Auvergne. Il avait passé sa jeunesse à Paris, en grande liaison avec Regnard , Rufresny et Lesage; comme eux, il avait fait des comédies pour le Thédtrc-Italien, sans y mettre son nom ; mais il voyait aussi une société plus sérieuse. M. de Valincourt et M. de Malezieux le traitaient avec bienveillance et l’encourageaient. Ses réflexions sur le Pétrone de Belgrade , publiées aussi sans nom d’auteur, obtinrent dans le monde critique un assez grand succès; on les attribua à plusieurs hommes distingués. A vingt-cinq ans, il retourna dans sa province, occupa une charge de magistrature ; puis la quitta pour le barreau où il eut pendant toute sa vie une grande considération et la réputation d'un homme de beaucoup d'esprit. Son fils, Sébastien de Barante, mort en 1768, n’a rien publié, mais eut aussi beaucoup d'instruction et de capacité; son petit-fils, Claude-Ignace de Barante, que la Révolution trouva magistrat, devint, sous le Consulat et l’Empire, préfet de Carcassonne, puis de Genève. Comme son père et son aïeul , H vécut entouré d’estime, remplissant toujours les devoirs de sa position avec honneur et distinction. Il aimait les lettres ; c'était aussi un héritage de famille, mais il a peu écrit. On a de lui une grammaire et une géographie écrites pour l'éducation de scs enfants , un essai sur le département de l'Aude, un examen des Maximes de La Rochefoucauld et des articles de biographie.
Dutour de Salvert, dont la famille occupe encore un rang distingué, fut correspondant de l'Académie des sciences, Son mémoire sur l'aimant partagea un prix avec celui d'Euler. Il est auteur de quelques autres écrits sur la physique , et d’une vie de Jésus-Christ avec la concordance des évangiles. Il était d’une piété éclairée et très-charitahle.
Les générations successives de la famille de Chabrol ont contribué beaucoup à honorer leur ville et leur province. Guillaume Michel, Bis d'un président au présidial, naquit en 1714, et sa longue carrière, honorablement occupée aux devoirs du barreau et de la magistrature , l’avait conduit à être l'homme le plus considéré, on pourrait dire le plus respecté delà province. Il avait reçu, en 1780, le titre de conseiller d’Élat. En 1784 , il publia son livre de la Coutume d'Auvergne. C'était le fruit du travail de sa vie entière. Aucun ouvrage de ce genre n’est plus complet. Connaissance parfaite de la jurisprudence , comparaison judicieuse des diverses législations , érudition immense et toujours judicieuse des origines de la province et de son histoire , généalogies exactes et sincères des familles ; tels sont les mérites de ce livre. Gaspard-Claude, son (Ils , était lieutenant criminel lors de la Révolution. Il fut élu député de la noblesse aux Etats-Généraux, et siégea à l’Assemblée constituante parmi les hommes modérés du côté droit. Sa conduite fut toujours conforme à ses opinions, sage et constante. Il ne chercha point les honvi. 21
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neurs et les emplois publics sous le gouvernement impérial ; mais ses fils étaient encouragés par lui à devenir serviteurs de l'État. Il est mort en 1815.
Le comte de Chabrol Crouzol a suivi une carrière qui l'a conduit aux plus hauts emplois : successivement auditeur au conseil d’État , maître des requêtes , premier président de la cour royale d'Orléans, commissaire liquidateur en Toscane, administrateur de l'Illyrie, préfet de Lyon, sous-secrétaire d’État, ministre de la marine, pair de France, ministre des finances ; il a, pour dernier honneur, quitté le ministère pour ne pas avoir à signer les ordonnances de juillet. Il est mort en 183fi. Le comte de Chabrol Volvic passa de l'École Polytechnique dans le corps des ponts et chaussées. Il fit partie de l'expédition d'Égypte. A son retour, il fut nommé sous-préfet à Pontivy, puis préfet à Savonc. En 1812, l’empereur l'appela à la préfecture de Paris. Il y est resté jusqu'ea 1830, et sa longue administration a laissé d’honorables souvenirs et des travaux utiles. Il est mort en 1853.
Riom est situé dans la partie de la Limagne la plus agréable, au bas de la dernière pente des montagnes, presque en plaine, sans descendre toutefois au niveau où le sol fut autrefois un marais et en a gardé le nom. Les environs ont un aspect de fertilité, de bonne culture, de richesse. Les prairies sont plantées d’arbres fruitiers ; les ruisseaux qui descendent des montagnes sont bordés de saules. Le paysage n’a point l'aspect grand et presque sévère de Clermont , situé plus haut et adossé aux grandes montagnes; les hauteurs, qui auprès de Riom bordent la plaine à l’ouest, sont des collines fertiles, boisées ou couvertes de vignes. Elles offrent des promenades charmantes , de pittoresques points de vue ; de loin en loin on aperçoit des ruines de vieux châteaux ; Tournoëlle est le plus remarquable.
La ville est bien bâtie ; les rues sont larges et se coupent à angles droits ; mais les maisons sont construites de cette lave grise qu’un voyageur a nommée marbre d’Auvergne, que le temps noircit encore ; de sorte que l'aspect intérieur est assez triste. Une profusion de fontaines, qui versent abondamment une eau limpide, réjouissent pourtant la vue. Une double allée d'arbres entoure entièrement la ville. Elle a, en outre, une promenade vaste qui se nomme le Pré-Madame. Le monument le plus remarquable de Riom est la Sainte-Chapelle, bâtie par le duc Jean, en 1382, pour être la chapelle de son palais. Elle a eu le même sort que la Sainte-Chapelle de Paris. Le palais est devenu le siège des tribunaux, la Sainte- Chapelle en a été une sorte d'annexe, et, advenant la Révolution, on l'a coupée en deux étages pour y loger des archives. Il est à souhaiter que la similitude soit poussée jusqu’au bout et qu'on restaure la Sainte-Chapelle de Riom ; elle est surtout célèbre par ses vitraux, dont on a détruit la partie inférieure, afin de mieux éclairer les bureaux de la Cour Royale , et dont la partie supérieure est masquée par des étagères chargées de papiers. «Je ne connais pas de verrières, dit M. Mérimée, qui l'emportent sur celles-ci par l’éclat des couleurs. »
En disposant l'ancien palais pour sa destination actuelle , on n'a point cherché à lui conserver son caractère. Le respect pour l'architecture des temps passés est encore très-récent , et les conslructions de la cour royale datent de plusieurs années. Saint-Amable , dont la construction fut commencée au xr siècle, est curieux à étudier comme mélange de tous les styles, employés, chacun à son époque,
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aux achèvements ou aux réparations; mais ce n’est pas un monument complet, il n'offre pas un caractère dominant. En 1 190 , le clocher fut renversé par un tremblement de terre, ainsi que les clochers des autres églises. Ce tremblement de terre fut beaucoup plus violent que les autres, qui sont rappelés dans les annales de la ville. Le dernier dont il soit fait mention est' de 1732. On ignorait alors que l’Auvergne était un sol volcanique. Plusieurs années après, M. Guettard, de l’Académie des sciences, revenant de Naples, fut surpris de retrouver des cratères, des courants de lave et tout ce qu’il venait de quitter, aux éruptions près; cette découverte donna aux habitants de Riom des inquiétudes sur leurs Vésuves éteints. Le clocher de Saint-Amable fut reconstruit, après sa ruine du xV siècle, et formait une flèche assez élancée. La Révolution l’a rasé plus complètement que le tremblement de terre; dès que cela fut possible, les habitants de Riom s’empressèrent de relever le clocher de leur saint patron. Cette fois la réparation fut moins heureuse. Le monument n’a plus aucune élégance ; il est lourd et écrasé.
Riom, chef-lieu de sous-préfecture du département du Puy-de-Dôme, renferme environ 10,500 habitants ; la population de l’arrondissement dépasse 153,000 fîmes \