AI: VERONE
d'échauffer les esprits par de nombreuses séances préparatoires, ou les discours se mêlent aux prières. On s'y est occupé de quelques réformes sur le clergé et la discipline ecclésiastique, de la trêve de Dieu et des querelles incessantes des seigneurs; mais l'objet constant de toutes les pensées, c'est la guerre. sainte, et l'impatience ne fait que s'irriter par le silence même qu'on s’impose à cet égard. Enfin arrive le jour de la huitième séance : l’assemblée se tient hors la ville, sur une giande -place, pour que la foule immense de peuple accourue a Clermont puisse y assister. Urbain se montre, suivi de ses cardinaux ; il monte lentement les degrés d'une estrade élevée en son honneur, et s'asseoit sur le trône qu’on lui a préparé. A ses côtés parait l'ermite Pierre, le puissant instigateur des guerres saintes. Il porte encore ce costume bizarre et grossier qui lui a attiré dans les villes et les campagnes un respect superstitieux : le cruciDx et le bourdon à la main, les pieds nus , le corps ceint d’une grosse corde et enveloppé de son froc de rude étoffe. Un frémissement causé par son aspect court dans l’assemblée, et Urbain prend aussitôt la parole.
Le pape reprocha d’abord aux peuples leurs vices , leurs désordres ; parla contre l'adultère, qui était la règle des unions, et présenta les croisades comme un moyen général d'expiation. Venant alors à parler des conquêtes des infidèles, il les montra triomphant partout, maîtres de l'Asie, berceau de la foi chrétienne , maîtres de l'Afrique, la patrie des grands pères de l'Église , un pied en Europe par l'Espagne, et méditant de nouvelles conquêtes. « Et cependant » , ajouta-t-il , « que sont-ils ? des hommes qui n'approchent jamais leurs ennemis , de loin ils bandent leurs arcs , laissant au vent à nous apporter les flèches empoisonnées qu'ils nous envoient. Le poison est leur seule arme, la peste leur seule manière de combattre. Poui vous, peuples heureux , nés dans des régions tempérées, vous saver prodiguer votre sang sans rien perdre de votre prudence : calmes d.ans les camps , lions au combat , c'est avec ce mélange d’ardeur et de sang-froid que vous allez tenter une entreprise dont s'entretiendront longtemps les siècles à venir. O chrétiens ! allez délivrer vos frères , et mettez un terme à vos iniquités. Que l’union règne parmi vous dans ces pays lointains; allez, et déployez dans la plus noble cause ce courage que vous avez trop longtemps tourné contre vousmémes. Que la France marche la première, s'avançant à la tête des autres nations, son nom seul remplira le monde d’effroi. »
U urbain, Français de naissance, et connaissant la langue de l’Auvergne, dut prononcer son discours dans la langue populaire, la seule langue des émotions; et sa parole parcourant les cœurs comme une flamme rapide, fit partir de toutes les bouches le cri immense, universel de IHcx le volt! Diex le volt / Quand les acclamations se furent un peu calmées, le cardinal Grégoire prononça à haute voix une formule générale de confession, et toute l’assistance se prosternant à genoux, se frappa la poitrine et obtint l'absolution. Le concile fut clos le 28 novembre.
Depuis cette époque, de longues années s'écoulèrent avant que Clermont devînt le théâtre d’aucun événement important. En 1262, un tumulte presque aussi animé, mais d'uu bien autre caractère que celui du concile, tenait cette capitale en éveil. Les cloches de la ville résonnèrent soudain; aux coins des rues, la voix des crieurs publics et la trompette des hérauts retentissaient comme si la cité de