BEL LAC
dont les habitants avaient reconnu Henri de Bourbon comme roi de France , aussitôt après la mort du dernier des Valois (1589). Henri IV s'y arrêta, au mois d'octobre 1605, en allant de Poitiers à Limoges, et s'y livra, durant quelques jours, au plaisir de la chasse. Le duc de Longueville, à l'époque de la Fronde , ne put s'en emparer, quoiqu'il se fût présenté devant la place à la tête de forces considérables.
Bellac, capitale autrefois de la basse Marche, était le siège d'une sénéchaussée ressortissant au présidial de Guéret , d'une justice royale et d'une maîtrise particulière des eaux et forêts; elle faisait partie du diocèse, de l'intendance et de l'élection de Limoges : les Pères de la Doctrine y avaient un collège. Le premier arrondissement de 1a Haute-Vienne, dont Bellac est aujourd'hui le chef-lieu, renferme environ 82,000 habitants , sur lesquels la ville en compte 3,600. Les habitants s'occupent de la préparation des peaux et exploitent des fabriques de serges , de couvertures de laine et de chapeaux. La ville s'élève sur la rive droite du Vinçon , près de sa réunion avec Ta Gardempe. A quatre kilomètres de distance , on voit, au village de la Borderie, une pierre levée très-remarquable, et , dans le voisinage, les ruines du château de Mortemar, berceau des seigneurs de ce nom. Plus loin , mais toujours dans l'arrondissement de Bellac , est Kancon , ville des Andecamulentes ,. une des anciennes peuplades du Limousin. Rançon n'a guère que 2,150 habitants: on y voit des inscriptions romaines, une lanterne des morts en pierre , et des têtes sculptées. 1
BOUSSAG.
TOUlX-llIMTE-CaoiX. - CHAMBOBT.
Boussac, ou mieux Boussac-le-Château , sur les contins du Berry, du Bourbonnais et de la Marche, n’a guère plus de 900 habitants, quoique ce soit l'un des trois*rhefs-lieux de sous-préfecture du département de la Creuse ; il est vrai que le tribunal de première instance a été établi dans la petite ville de Ghambon , capitale autrefois des C.ambiovieenses , qui donnèrent leur nom au pays de Combrailles, et située dans l'arrondissement même de Boussac, à vingt-deux kilomètres de distance.
Nous n'avons absolument aucun fait historique à rapporter, dont Boussac, ait été l’occasion ou le théâtre. La baronnie de ce nom faisait anciennement partie de la province de Berry, et ressorlissait au bailliage d'tssoudun : elle appartint, dans le principe, aux puînés de la maison de Dcols ; puis elle devint , en 12VV , la pro-
I. Chronique d’Àdomar de Chabannnis. — J oui lie tou, Histoire de la Marche et de la Combrailles. — dictionnaire do Hestudn. — Roimier-C.bat«m*t , Statistique de ta Haute- Vienne.
386 LIMOUSIN. — MARCHE
priété de l'illustre famille de Brosse, d'où elle passa successivement aux Mercœur, aux Vendémc et aux l.oinénie. La ville , bâtie sur .au rocher, au milieu d'une gorge entourée de précipices, au confluent jbi Véron et de la Veüte-Creuse, n'offre, d'ailleurs, aucun monument remarquable* si peti'est son antique château fondé par le maréchal Jean de Brosse, et restauré par lui, dans les premières années du xv* siècle, selon le témoignage de quelques historiens. La position de cette forteresse sur un roc escarpé, ses remparts, ses tours, ses murs de dix pieds d'épaisseur, en faisaient une des places les plus sûres du xv* siècle. On montre encore dans une de ses vastes salles de vieilles et curieuses tapisseries qui servirent, dit-on, à l'ameublement du prince Zizim dans jfijour de Bourganeuf. Les communes de Boussac durent leur affranchissement à .ce même maréchal de Brosse dont nous veiTons de parler. La charte de franchise fut signée , le 26 septembre 1127, moyennant une somme de mille écus d'or et une redevance annuelle d’un boisseau de blé par chaque habitant. Quatre consuls furent chargés d’administrer la communauté. Les habitants de Boussac , dont l'arrondissement compte environ 38,000 âmes , font le commerce des bestiaux et des chevaux; les marchands y sont, attirés par douze foires mensuelles.
A dix-neuf kilomètres et au sud de cette ville , on trouve le village de Toulx- Sainte-Croix , tutti sur les ruines d'une ville gauloise 1 Tullutn ) , ruinée par les Vandales, vers l'ail 35k. Trois enceintes en amphithéâtre couronnaient la montagne , au sommet de laquelle était construite l'antique cité ; les murs étaient percés de six portes qui s'ouvraient sur les routes d’Ahun, de Chambon, de Château-Meillant et d'Argcnton. Les débris épars de Tullum couvrent un terrain d'une grande étendue ; les pierres d'Ep-Nelt, qu'on rencontre en allant aux raines de la ville gauloise, et les pierres Jomathres situées sur le mont Itnrlot . sont remarquables par leurs énormes dimensions et leurs formes bizarres. (>t immense entassement de blocs de granit a été l’objet des patientes recherches de plusieurs savants antiquaires : on l'a regardé longtemps comme un monument du culte druidique , mais on s'accorde aujourd'hui K le considérer comme un effet naturel des alluvious. On voit aussi à Toulx des tombeaux et des briques qui indiquent le séjour des Romains.
A huit kilomètres de Boussac, sur la petite Creuse, et au pied de la montagne de Toulx-Sainte-Croix , s'élève le château de Beaufort , lieu de naissance de M. H. de Lourdoueix, l’un des écrivains les plus spirituels et les plus distingués de la Gazette de France. Le nom que porte M. de Lourdoueix est, du reste, celui d'un gros bourg situé près de Crozan , dans l'arrondissement de Guéret. L'Histoire de ta Marche, de. Joullieton, mentionne un sire de Lourdoueix «ramené blessé sur un brancard n, de l'armée qui, sous Charles IX, défendait le Limousin contre les huguenots ; la Chronique de ta Marche parle aussi d'un seigneur de Lourdoueix qui était avec Henri 11’ è Arques. La population du bourg de Sainl- Picrre-de-Lourdoueix déliasse 2,200 habitants. *
I. Joullieton, Histoire de la Marche et de la Combrailtfs. — Tripon, le limousin historique monumental. — Baraillnn , Heckerches sur plusieurs monuments celtiques et romains du centre de la France.
’ AGRICULTURE. — INDUSTRIE. - COMMERCE. — CARACTÈRE. MOEURS. — IDIOME, — ANTIQUITÉS.
Les auteurs de (a Statistique de la Haute Vienne , publiée en 1808'. formaient îles vœux pour l'amélioration de l’agriculture du Limousin et de la Marche : le temps, cet infatigable ouvrier, a exaucé en grande partie leurs vœux. Aux bienfaits dont Turgol avait doté les deux pays , de généreux et xélés citoyens ont ajouté l'immense service d'apporter et d’acclimater de nouvelles méthodes. Chimistes habiles, ils ont analysé les terres, choisi les meilleures sortes d’engrais, distribué convenablement les eaux, perfectionné les instruments aratoires, ainsi que les modes de culture , et fait adopter par leur exemple presque tous les préceptes de l’économie rurale. Aussi la science agricole, longtemps stationnaire dans une contrée dont la vente des bestiaux fait encore le principal revenu, a-t-elle fait des progrès rapides. Grâce aux efforts persévérants de* directeurs de quelques établissements agronomes modèles, les champs du Limousin ont presque changé de face ; les terres jadis arides se sont couvertes de moissons, et l'industrie humaine a créé de verdoyantes prairies dans des localités où l'œil ne voyait naguère que des ajoncs et des mousses.
La Marche et le Limousiu, sauf quelques cantons privilégiés, n'ont pas de plaines proprement dites; de nombreux ruisseaux y coupent, en divers sens, la surface du sol qui ne présente que des vallons et des collines. On sème de préférence les céréales dans les lieux dont la pente facilite l'écoulement des eaux. Le froment ne réussit pas dans tous les terrains : sur différents points on récolte le maïs, le millet, l'orge, la baillorge et l'avoine, aiusi que plusieui-s légumineuses, telles que le turueps, la betterave, et la pomme de terre introduite par Turgot.
Le chanvre est généralement cultivé dans l'une et l’autre province ;dc lin ne l est * guère que dans le bas Limousin , à Brives et aux environs. Le territoire de Brive*' se prête aussi très-bien à la culture du froment, ainsi que celui de Bcllac et de Saint- J union ; mais il ne faut compter au nombre des principales productions des deux pays que le seigle et le sarrasin. Les pacages y ont acquis insensiblement une grande extension : les plus belles prairies bordent les deux rives de la Vienne , depuis Eymoutiers jusqu'à Chabannais; le fourrage en est fait estimé ; il doit à un ingénieux emploi des eaux de source beaucoup do finesse et de saveur. Los prairies artificielles ont pris aussi un développement considérable, et l'on y cultive sur une grande échelle le trèfle, tarsfieirgtkie, le houlquc laineux, le (àrroiicli, la veste et le rav-grass. L'horticulture n’est pas non plus en arrière de ces progrès, surtout à Limoges, dont les jardiniers font un conuneire très-important d'ail , de plants divers, d’arbustes et de fleurs. "
LIMOUSIN. — MARCHE
L'usage de placer des arbres fruitiers au milieu de chaque clôture, pour lui servir d'appui, les a extrêmement multipliés dans la Marche et le Limousin. Les cerisiers, pêchers, abricotiers, poiriers et pommiers de la région basse de cette dernière province portent leurs fruits avant ceux des parties moins tempérées, et donnent de gros bénéfices; il en est de même, pour la Marche, de ceux du canton de Saint-Feyre, près de Guéret. Le châtaignier, qu'on a appelé l 'oranyer limousin, à cause de sa forme élégante, et qui jette en quelque sorte ses fruits aux pieds du cultivateur, auquel il fournit une nourriture savoureuse, ne vient bim que dans les terrains élevés d’environ cinq cent quatre-vingts mètres au-dessus du niveau de la mer : une des singularités de cet arbre est de préférer les expositions septentrionales, quoiqu'il ne se plaise point dans les pays froids. Turgot, persuadé que les récoltes abondantes de châtaignes contribuaient à entretenir l'indolence des paysans du Limousin , aurait voulu que les châtaigneraies fissent place pour la plupart à des terres labourables. Nous n'examinerons point si ce système était bon et s'il eût été d’une sage administration de faire ainsi violence aux aptitudes naturelles du sol.
Le noyer est l'apanage du bas Limonsin ; on en tire beaucoup d'huile bonne à •manger et à briller, qui, par une bizarrerie inexplicable, trouve un débouché très-important dans les lieux même où mûrit l'olive. Les menuisiers de l.imoges et de Paris recherchent ses troncs noueux , dont ils font de très-beaux ouvrages d'ébénisteric. Les fusils de la manufacture de Tulle sont montés sur bois de noyer. Le chêne, le hêtre, l’orme, le bouleau, l'aulne, le peuplier, le charme , le sorbier et le merisier, dominent dans les forêts-; l’aubépine, le houx, le cornouiller, le buis, le genêt et le genévrier, y prennent des propoi-tious remarquables. 11 n'y a plus , du reste, que très-peu de grandes forêts dans le Limousin. L'établissement des fabriques de porcelaines où l'on emploie, d'une manière plus spéciale, le bois de tremble et de bouleau , est une des prinoi[>ales causes de ce déboisement. Toutefois , la Marche est encore assez riche en hautes futaies : on en exporte , dans l'Angoumois, une grande quantité de merrain.
Les vignobles sont devenus rares dans le haut Limousin; toutes les vignes qui entouraient l.imoges ont été arrachées , et l’on n'en rencontre plus qu'à une ou deux lieues, à Isle, Aixe et Vcrncuil. En revanche, les coteaux de la région basse de la province , offrent une succession de vignobles, depuis Juiilac, Lesaillant, •Alassac, Hrives, Meyssac et Beaulieu. Os crus , ainsi que ceux du Ppy d'Arnacet du Glandier, s'améliorent en vieillissant ; ils prennent du corps et de la force : on les vend sans peine dans la Marche et le haut . Limousin, où les marchands les portent , à dos de mulet , dans des peaux de bouc.
Le Limousin renferme , dans les flancs de ses montagnes , de grandes richesses minérales; on y a découvert, en plusieurs endroits , des cristaux d'améthystes, de grenat et d'émeraude , ainsi que des carrières de marbre gris, de seiyventine , de porphyre et de granit. Les carrières de kaolin et de pétunsé de Saint-Yrieix , sont les premières qu'on ait exploitées en France ; elles alimentent les nombreuses manufactures de porcelaine du pays , et celles d'une partie du royaume. Près de Limoges, on rencontre le quartz hyalin, l'améthyste, l'émeraude, le grenat, la tourmaline, l’aclinote vert , l’épidote , le talc, la lépidolithe ; bref, c'est un véritable
eldorado , et la route, eu approchant de Razès , est littéralement pavée de pierres précieuses. On a reconnu quelques atémes d'or dans les fers oxidés du Puy-les- Vignes, de l'argent, en petite quantité, dans la pyrite arsenicale de la Meyrine et le plomb sulfuré de (î langes ; enfin , le plomb , le fer ovidé, le cuivre en pyrites , l'étain, le manganèse, l'antimoine, le titane, le wolfram*, constituent les richesses métalliques du haut Limousin. La partie laisse est moins favorisée, le pyrite de fer et le carbonate de chaux dominent dans son sol primitif qui donne une pierre de taille très-belle pour les constructions. Le pays de montagne renferme un schiste argileux laminaire d'où l'on tire de l'ardoise : la moitié du département de la Corrèze a , pour hase fondamentale, des roches graniteuses mélangées naturellement de silice, d'alumine et de chaux. Quelques indices de mines de cuivre ont été signalés à Saint-Rôbert et Issandon. Il y a des ardoisières à Cravassac, au Saillant et à Juillac ; des gisements de houille à Lapleau, Argentât, Bord et Cublac. On exploite le fer à la fircnerle, à Orgnac et au Clandier. La Marche possède deux mines de houille, l'une, prèsd'Ahun, l'autre, près de Bourganeuf; une carrière de kaolin dans la commune de Janailhac, et une de plâtre* dans les landes deCouzon. Un y trouve également de l'antimoine, de la manganèse, du plomb argentifère, delà terre a poterie, 3e l'argile plastique, de la pierre de taille, du granif, et une espèce de mica , avec lequel on fait le sable- doré des bureaux.
Il existe à Évaux , dans l'arrondissement d'Aubusson, des sources thermales dont on se sert en bains ou en boisson pour rétablir les fonctions de l'estomac et guérir les affections rhumatismales. On nomme la plus grande le l’uils de César. Le bas Limousin se recommande au géologue par plusieurs curiosités naturelles. Nous citerons ici la grotte de Nonards, située dans la vallée du Puy d'Arnar, et ornée de stalactites brillantes qui éblouissent les yeux de tout le luxe des cristallisations; les orgues de Bort , vaste colonnade de rochers basaltiques et prismatiques, la cascade du saut de la Sole, dont Marmontcl a parlé comme d une des plus belles cataractes de l'Europe; les dix cascades de Gimel, d’où la Montané se précipite avec fracas d'une hauteur de plus de cent trente-deux mètres; et celle de Treignac , formée par les eaux de la Vezère, qui, après avoir franchi un mur de rochers abruptes , haut de trente-trois mètres , s'engouffrent dans un entonnoir immense, tout tapissé d'arbustes et d'arbrisseaux. Le spectacle est magnifique en hiver : l'eau, chassée par le vent sur les broussailles, s'y convertit en glaçons, et l’on dirait un véritable palais de cristal.
L'industrie du Limousin et celle de la Marche se rattachent particulièrement à l’agriculture des deux pays, où l'on nourrit, en général, beaucoup de gros bétail et de bestiaux ; bœufs, pores et moutons, la race ovine n’y a qu'une toison médiocre, mais sa chair est très-délicate et très-estimée. Les chevaux du Limousin jouissent , sur tous les marchés de K rance , d'une réputation méritée : on les prise fort pour leurs formes élégantes , leur vigueur et leur aptitude au travail , surtout ceux qui ont été élevés entre Limoges et Pompadour. Les cultivateurs soignent nussi quelques mulets qu'ils vont vendre aux foires de Chalus. Dans le haut et le bas Limousin , les forges à fer dur et mou et à acier, sont placées sur les étangs et les rivières, elles recherchent le voisinage des bois en taillis, de même que les manufactures de porrclaine, dont les principales ont leur rentre h Limoges, vi. 37
J.IMOISIN. — MARCHE.
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Saint-Léonard , Saiut-Yricix, Souvint et Bourganeuf. Toutes les > itlos uii peu importantes possèdent des fabriques de couvertures en laine, de gros draps, de desquels, de flanelles, et des filatures de laine et de coton. Nous avons amplement indiqué , dans la notice sur Limoges , les diverses branches de l’industrie de cette ville : fonderies, tréfileries, fabriques de clous, de cire et de liqueurs, cbapel- .ories, imprimeries, papeteries, ébénlstcrics, etc.; nous ajouterons que le cheflieu de la Haute -Vienne étant, par sa position, l'entrepôt central de Paris à Toulouse et de Lv on à Bordeaux , les autres villes do Limousin et de La Marche ne manquent point d’y expédier leurs produits, et participent ainsi à ce commerce de consommation, dans lequel figurent en première ligne. Tulle pour ses armes à feu, Saint-Juirien |K>ur ses gants, Brivcs-la-lJaillarde pour ses truffes, ses volailles Imitées et sa moutarde, Guéret pour son beurre, Aubusson et Fellrtin pour leurs tapisseries, Saint-Léonard, Saint-Yrieix et Bourganeuf polir leurs porcelaines, etc. On fait, en outre, dans la Marche, un grand commerce de cheveux qu’on envoie aux perruquiers de Paris et de Bordeaux ; presque toutes les jeunes filles marchoises troquent leur chevelure contre des étoffes et de* effets d’habillement.
l'n de nos collaborateurs, M. Alexis de Valon, qui, né dans le Limousin, en a observé les mœurs avec autant d'esprit que de fiuessc, parle en ces tenues des habitants de cette province : o Le Limousin , inculte dans beaucoup de scs , parties, remarque-t-il, a, relativement à son étendue, une population très-peu nombreuse. I-es villes , les hameaux soûl fort espacés , et les habitants vivent dans un grand isolement. Pauvres et occupés de leurs durs travaux, ils ne se rencontrent guère que le dimanche et ne se préoccupent pas de ce qui se passe hors de leur cercle habituel. Ils vivent misérablement de pain noir, de galettes de sarrasin, de châtaignes et de pommes de terre. La viande est pour eux chose rare, et l'eau est leur unique boisson , bien que le vin soit peu cher dans le |»ays. Leurs maisons seraient les plus immondes de l'Europe, si n’était la Basse-Bretagne. Toute la famille vit péle-méle, dans une cuisine humide, malsaine , ouverte à tous les vents, au milieu des poules, des chiens, et souvent avec des animaux d'urr plus désagréable voisinage. Il faut attribuer en grande partie, sans nul doute, à celte incurie, à celte mauvaise nourriture, le nombre considérable de maladies qui désolent la province ; les fièvres intermittentes surtout qui apparaissent en septembre et que multiplient encore les brusques variations de la température.
La population est, en général, pâle, chétive, peu laborieuse. Cependant les enfants du Limousin , et particulièrement ceux de la Corrèze, ne font point mentir l'observation, que moins un pays est riche, plus il est aimé de ses habitants : ils adorent leurs montagnes malgré leur pauvreté, etpeut-être à cause de leur pauvreté mémo. I .es jeunes soldats, qui manquaient de pain dans leurs rabanes, meurent souvent de nostalgie à l’armée, où ils trouvent une existence matériellement beaucoup meilleure, et plus d’un conscrit se mutile pour' échapper au service militaire. Ceux qui émigrent et vont chercher fortune dans des contrées plus heureuses, ne perdent jamais l'espérance de revoir leur village; et si riants que soient les bords où l'exil les jette, ils revknnent finir leur vie sous le toit de chaume qui abrita leur enfance. Divisés parfois dans leur pays, ils se rapprochent