SAINT-PONS PE T HOM I EUES
l'observance de sa règle et d'apaiser 1rs remords de sa conscience » (1137;. Un des plus illustres abbés de Saint-Pons de Thomières fut sans contredit le savant et infatigable Frotard, homme également recommandable par la pureté de sa foi et celle de tes moeurs, et auquel presque tous les seigneurs de la Scptimanie confièrent le jugement de leurs démêlés. Frotard fut vice-légat du pape Grégoire Ail dans la Narbonnaise première ; il fit nn voyage à Rome dans l'intérêt de sa communauté, assista à plusieurs conciles, entre autres celui de Plaisance, et reçut , eu ltj'JG, la visite d'Urbain II, (lui célébra même au monastère la fête de saint Jean-Baptiste. Quelques-uns des moines de Saint-Pons s'élevèrent, ainsi que lui, pendant le xil* siècle, aux plus hautes dignités ecclésiastiques, ou jouèrent un grand rôle dans le monde chrétien : nous ne citerons que le fumeux Pons de Melgucil, ablu? de Cluni , lequel s’intitulait orgueilleusement abbé îles abbés, et qui fut ambassadeur des papes Pasclial II et Calixte 11 auprès de l'empereur Henri V.
Nous voici arrivés à. la naissance même de la ville de Saint-Pons. Dans la seconde moitié du xn’ siècle, le monastère avait été mis à sac par Roger H, vicomte de Béziers, durant la guerre que ce prince soutint contre Raymond Y, comte de Toulouse ( 1169). Par sentence arbitrale rendue, le 4 janvier 1171 , au nom de l'archevêque de Narbonne et de plusieurs autres prélats, l'abbé Raymond donna au vicomte deux mille sols mclgoriens et lui céda tous ses fiefs dans le domaine de l'abbaye ; moyennant quoi Roger permit à Raymond de rebâtir le monastère et de l'entourer de murailles. Le 18 février 1318, le pape Jean XXII érigea l’église de Saint-Pons en cathédrale; au mois de juillet suivant, il conféra la dignité épiscopale à l'abbé Pierre Rogier, lequel eut pour successeur Raymond de Roquccor ( 1524). Les seigneurs ecclésiastiques de Thomières ne perdirent, d'ailleurs, en parvenant à l'épiscopat, rien de l'inlluence ni de la réputation dont ils jouissaient déjà comme abbés. L'un d'eux, noble romain, Alexandre Farnèse, promu au siège de Saint-Pons, en 1514, ceignit la tiare, vingt ans pics tard, sous le nom de Paul III (1534). Cependant la ville s'était nécessairement agrandie , et ses habitants avaient dû acquérir certaines franchises. Il parait qu'à l'époque de la guerre des Albigeois, l'hérésie ne put faire parmi eux beaucoup de prosélytes, puisque, dans l'excommunication lancée, en 1222, contre les villes et bourgs du comté de Narbonne qui avaient secoué le joug d’Amaury de Montfort pour se remettre sous l’obéissance de Raymond Trencavel, on ne trouve point cette ville mentionnée, non plus que celle de Saint-Chignan de Vernozoubre, où il y avait une abbaye de Bénédictins, que Bertrand, archevêque de Narbonne, avait unie, en 1103, à celle de Saint-Pons. L’influence cléricale sur ces deui rentres de population du diocèse était donc encore intacte. Néanmoins, dès 1303, nous lisons un acte scellé du sceau de la Commune Thoméricnue, dans lequel « les habitants dudit lieu en appellent au futur concile de la violation de leurs droits par le pape. » En 1308 et 1301 , ils envoient des députés aux États-Généraux du lainguedoc. En 1398, Charles VI confirme et augmente leui-s privilèges. Une lacune existe ensuite dans les annales de Saint-Pons jusqu'au milieu du xvi* siècle. Le premier document authentique où l'on rencontre de nouveau son nom est un diplème de Henri 11, dans lequel le roi, sur la demande expresse des habitants, permet aux consuls de porter robes et chaperons rouges (août 1552). v». 53
LANGUEDOC
Los guerres de religion éclatent, et dès 1502, après l'échec du prince de Coudé devant Toulouse, Saint-Pons de Thoraières se range ouvertement sous ses drapeaux. En 1567, la ville embrasse encore une fois le parti de Condé. I-es catholiques pourtant devaient y former encore une minorité assez respectable , car le vicomte de Saint-Amans fut forcé d’accoürir, à la tête d’un corps de religionnaires, afin de prêter main-forte aux calvinistes. Il se saisit de la place, dispersa les reliques du martyr et fit raser le monastère des bénédictins, contigu à la cathédrale. Les catholiques étant rentrés, quelques années plus tard, à Saint- Pons , y passèrent tous les |>roteslants au (il de l’épée. I.es huguenots reprirent la ville par escalade, à la fin de février 1577; mais les catholiques, retranchés dans les maisons, réussirent encore une fois à les en chasser. Les religionnaircs se dédommagèrent, l'année suivante, sur Saint-Chignan , où ils tuèrent tout ce qui fit résistance (juin 1578). Damville, devenu duc de Montmorency , et réconcilié avec les calvinistes (1585) , fit de la ville de Saint-Pons, reconquise sur les Ligueurs, une de ses places frontières; il essaya même , pour la mieux garantir contre un coup de main, de cantonner scs troupes à Saint-Lhignan, situé sur la rive droite de l'Orb, dont le cours divisait son gouvernement d'avec celui du maréchal de Joyeuse; mais ses soldats ne purent y tenir contre la mauvaise volonté des habitants. Vers le milieu de septembre, ayant su que le maréchal cherchait, de son cété, à se ménager des intelligences parmi les habitants de Saint-Pons, le duc s'y rendit en toute diligence et y fit construire une citadelle, où il laissa line garnison nombreuse , sous les ordres du maréchal de camp C.olombières , ancien cornette de Beaudiné. Le traité de Folcmbray remit tout le diocèse sous l’autorité du roi (1596). Pierre de Flcyres, dévoué à la famille du connétable , était alors évêque de Saint-Pons : il fut un des cinq prélats du Languedoc que le jeune duc de Montmorency entraîna dans sa conspiration contre le cardinal de Richelieu (1682). Louis XIII pardonna aux habitants, que Pierre de Fleyres avait séduits; mais le vieux prélat, excepté de l'amnistie, fut traduit devant une commission ecclésiastique : il mourut , avant l'issue du procès, le 25 juin-1633.
A la chute de la maison de Montmorency, les évêques de Saint-Pons, seigneurs . justiciers de la ville, eurent recours à l'initiative royale pour étouffer toute opposition dans le conseil de la commune. Louis XIV, leur venant en aide, y fit procébrer d'office, en 1656, par le sieur de Bezons, intendant du Languedoc , au renouvellement de la municipalité ;-cl , en 1661 , sous prétexte de pourvoira ce que l’élection consulaire eût lieu dans les formes, il défendit aux habitants de s’en occuper, jusqu'à l’arrivée du prince de Conli , gouverneur de la province. Dès ce moment , le principe de l'élection étant déjà faussé , c'en fut fait pour toujours de l'indépendance de la commune.
L'arrondissement de Saint-Pons de Thomièrcs, aujourd’hui l'une des trois sous-préfectures du département de l'Hérault, correspond à peu près à la circonscription ecclésiastique d'autrefois et renferme environ 49,000 habitants. Le chef-lieu compte déjà 7,000 âmes, et Saint-Chignan en a 3,540. Saint-Pons s'étend dans la fraîche vallée de Thomièrcs , sur la rive droite du Jaur, petite rivière au cours rapide et rocailleux , qui traverse son enceinte et s'y grossit à