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SAINT-PONS DE THOMIÉRES

son passade des eaux d'une source vive , formant sous un rocher, d’une élévation t considérable, un bassin vaste et profond où Ton pêche d'excellentes truites. Le seul monument remarquable de la ville est la vieille église cathédrale, construite, ainsi que la plupart des maisons, eu marbre de la vallée, et le plus curieux édifice du département. Saint-Chignnn , sur la rive droite de l'Orb, est pittoresquement assis nu milieu de belles prairies qu'arrose la rivière de Vernozoubre ou Bernazobre. L'industrie de Saint-Poils, outre ses manufactures de draps, dont a parlé Boulainvillicrs, consiste en filatures de laine, teintureries, tanneries, moulins à blé, scieries hydrauliques; et l'on y fait un commerce très-actif des bestiaux que les cultivateurs élèvent en grande quantité dans les prairies, au pied de la montagne. Saint-Pons était , avant la llévolution, la douzième ville de la province qui envoyait aux États son premier consul. L'évêque, suffragant de Narbonne, faisait sa résidence favorite à Saiut-Chignan (Soncli Aniani oppidum Yernodubrense) , et c'est pourquoi on ne le désignait plus dans la langue vulgaire du pays que sous le nom do l' Abesqué de San-Chigna. Le chapitre avait été sécularisé, en 1615, par le pape Paul V.1

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l.ulcva, loteva ou Lodeva, est le nom que les Gaulois eux-mêmes, suivant Pline, donnaient à la ville de Lodève : elle jouissait du droit latin depuis l'an 636; c’était le siège principal des Lutcvani, peuple de la confédération des Volces Tectosages, et on lu qualifiait indifféremment dans les actes publics , tantôt de chMeau , tantôt de cité. Les Romains rappelèrent Forum Ktronii , comme la Carpenloracle des Méminicns ; elle reprit son ancien nom , au moyeu âge, avec une altération assez peu sensible : Leuleva, l.oluba ou Lutuba, et luidovu. Au milieu du v’ siècle , Lodève passa sous la domination du comte Agrippin, qui avait livré Narbonne aux Wisigoths; Thierry, fils aîné de Chlodwig, la soumit ensuite à son père (508) , et Théodorik , roi d’Italie , la conquit sur les Franks, trois années plus tard. En 533, lé jeune Théodebert , fils de Thierry, marcha sur Lodève, qu'il emporta presque sans combattre. L'évêque (car c’était, une des sept villes épiscopales de la Septimanie) dépendit alors du métropolitain de Bourges , jus-* qu'à la rentrée des Wisigoths (585). Il parait, mais le fait n’est pas certain , que Childcbcrt, roi de Paris, l'avait sous son obéissance un peu avant 558, c'est-à-dire vers la fin de sou règne. A la mort de Clotaire lar, le pays de Lodève échut à

I. Gallia christiana. — Zurila , Annales d'Aragon. — Adrien de Valois, IVotitia Galliarum. — Bouluinvilliers, État de la France. — Dom Vaisselle, Histoire générale de Languedoc. — Trésor des Chartes, cart 478. — Archives du royaume, section administrative, E, 1706, 1713 cl 1711. — Dictionnaire de Hcsseln. — Annuaires de l’Hérault.

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Sighebert, roi de Metz (561). Postérieurement , il fut enclavé dans le duché de Marseille, ou Provence nustrasienne , lorsque les trois frères de Charibert, roi de Paris, eurent partagé sa succession (567).

On ignore si Leuwigilde, roi des Gotlis d'Epagne, enleva le diocèse de Lodève à Sighebert : tout ce qu'on peut affirmer, c'est que son fils , Reccared, en chassa les Franks austrasiens (585-586); et, comme le remarque dom Vaisselle, il est certain que Lodève appartint depuis aux Wisigoths, «jusqu'à la destruction de leur royaume par les Sarrasins. » Si les Gotlis d’Espagne, ou les Arabes, ou bien les ducs d'Aquitaine, étaient maîtres de Lodève lorsque Anscmond appela Pépin dans la province (752) , c’est sur quoi l’on ne saurait prononcer historiquement. Toujours est-il que la ville et le diocèse furent définitivement réunis à la couronne, dans la seconde moitié du vnr siècle.

Dès le IVe, il est question dans plusieurs chartes du comté de Lodève, et l'on cite même, comme comte du Lodévois, saint Guillaume, fondateur de l’abbaye de Gellonc. D'après une charte de Charles-lc-Chauve, datée de 814, on soupçonne que les comtes Mtlon et Arvaldus, accusés dans ce titre d usurjiation sur les biens de l'église de Lodève , pourraient bien avoir été comtes ou gouverneurs du diocèse. Au commencement du v siècle, le Lodévois fut compris dans le marquisat de Gothie et eut scs vicomtes particuliers. En 949, on trouve à la fois deux vicomtes de Lodève, ou princes du peuple , Eudes et lleldin ou Ilildin, jouissant d'une partie du domaine du Lodévois, sous la suzeraineté des comtes de Toulouse, preuve évidente que le comté n'avait plus alors de titulaire nominal. Le crédit de l'un et de l'autre influa pour beaucoup sur l'élection de saint Fulcrand , qui, le 4 février 949, prit possession du siège épiscopal de Lodève. Saint Fulcrand agrandit et exhaussa la cathédrale, dédiée à saint Gcniz ou Gcniez, martyr. Heldin, poussé par un sentiment de jalousie, ou peut-être bien dans le seul but d'extorquer au nouveau prélat quelque bonne somme d'argent , lui défendit de dépasser une certaine hauteur dans la construction du clocher; mais Fulcrand le fit bdtir encore plus haut qu'il n'avait résolu. Heldin s'irrita, vint à Lodève et frappa divers impôts sur les habitants. La querelle s'envenima : l’évêque eut le dessus, il emprisonna le vicomte et ne le rendit à la liberté qu’après qu'Heldin eut restitué tout ce que lui et ses prédécesseurs avaient usurpé sur l'église de Lodève, avec promesse de ne plus retomber dorénavant dans de pareils excès.

Au mois d'octobre 975, la cathédrale fut inaugurée par Aymeric , archevêque de Narbonne. Fulcrand , selon l’usage, l'enrichit de son patrimoine et lui assigna plusieurs de ses domaines en alleu. Il introduisit , en même temps, la vie commune parmi les prêtres qui la desservaient. Au vicomte Heldin succéda l’un de ses Ois, Odon ou Eudes, dont la fille et unique héritière, I\'obilie, épousa Gilbert II, vicomte de Carlad, qui vivait au milieu du xr siècle. Adèle, fille de Gilbert et de Nobilie , apporta les vicomtés de Carlad et de Lodève à Bérenger II , vicomte de Milhaud. Celui-ci eut trois fils, dont l’alné, Richard, posséda la v icomté de Lodève avec la meilleure partie de celle de Carlad , et réunit dans la suite ces deux domaines au comté de Rhodez. Ses descendants exercèrent, en qualité de vicomtes, une autorité très-légitime dans tout le diocèse, autorité dont les évêques cherchèrent pourtant plus d’une fois à secouer le joug.

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En 1157, l'évêque Pierre d'Usez ou de Posquières, obtint, dit-on, du roi Louis- Ic-Jeune la concession des droits régaliens sur tout le diocèse, ainsi que la libre exploitation des inincs d'argent qu'il renfermait. Pignuiol se trompe en lui attribuant l’acquisition du comté de Moutbrun, dont le château, sis à cinq cents pas de la ville, sur une éminence, était, selon dom Vaisselle, « le chef-lieu du domaine a des comtes et vicomtes de Lodève n. Effectivement, en 1167, Gaucelin de Montpeyroux, successeur de Pierre, dans une transaction avec Richard, vicomte de Carlad, tils -puîné de Hugues II , comte de Khudez, reconnut que la moitié de la tour de Monlbiun lui appartenait et qu-'il n'en avait lui-même que la moitié. Pierre n’en fut pas moins un prélat très-considéré, très-riche et très-puissant. Il fit à ses dépens ceindre la ville de murailles; et Gaucelin, dont le goût égalait la science et la piété, se plut à l'emliellir d'un grand nombre d’édifices. Sur la réputation de ce dernier évêque, Louis-le-Jeune, en 1163, lui accorda la faculté d'exploiter toutes les mines qu'on viendrait à découvrir aux environs, ainsi que la justice civile et criminelle. Les coyntes de Rhodez, cependant, conservaient toujours leurs prétentions sur le pays, et en 1173 ils entretenaient encore une garnison à Lodève. Hugues III, l'un de ces comtes, vendit plus tard (1168), pour la somme de soixante mille sols melgoriens, nu successeur de Gaucelin, Raymond-Guillaume, « tout ce qu'il possédait au château de .Montbrun et dans le diocèse de Lodève n. L'année suivante, Raymond-Guillaume, à qui Philippe-Auguste avait confirmé l'octroi de tous les priv iléges dont jouissait l'église de Lodève, institua un maître ou essayeur de la monnaie. Raymond V, comte de Toulouse, se dessaisit, deux ans après, en sa faveur, de tout ce qu’il possédait lui-même dans le pays; et Pierre de Lara, vicomte de Narbonne, héritier d'une portion de la seigneurie de Lodève qu'il tenait des vicomtes de Béziers , lui en fit aussi pleine et entière cession. L'œuvre de ses prédécesseurs fut dès lors consommée par Raymond-Guillaume; il engloba tout le Lodévois dans son domaine, et compta parmi ses vassaux les plus fiers barons du diocèse ( 1191 ). Sou successeur, Pierre Frotier, eut quelques démêlés fort vifs avec les habitants de la ville. Le palais épiscopal fut pris d'ussaut, mis au pillage, et le peuple obligea l'évêque, ainsi que les chanoines du chapitre, à jurer l’observation et le maintien de certains statuts, usages et coutumes qu’ils regardaient comme Contraires à leurs privilèges. Pierre Frotier et ses chanoines furent relevés de leur serment par le pape ; mais le conflit se ranima, et sur le refus que fit l'évêque d'obtem|>ércr à leurs réclamations, les habitants le massacrèrent dans son palais (1201). Le nouveau prélat, nommé Pierre comme lui, punit de mort les assassins et bannit leurs parents du diocèse jusqu'à la quatrième génération ; Philippe-Auguste, en 1210, lui réitéra kl concession du diplême de 1188. Enfin, en 1226, Louis YHI confirma l'évêque Pierre V, dont il avait eu a se louer pendant sa croisade de l'Albigeois, dans la possession des droits régaliens et du comté de Montbrun avec ses dépendances.

Malgré la vente de ce château , les comtes de Rhodez n'avaient pourtant pas renoncé à toute espèce de juridiction sur la ville et le diocèse de Lodève. En 1260, l'un d'eux, Hugues IV, se plaignit de n’avoir pas été consulté sur l'élection faite, l'année d’auparavant, de l’évêque Raymond, qui avait succédé à Guillaume de Casouls, et de n’avoir pas eu, comme c’était son droit, durunt la vacance, la

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garde du palais épiscopal. On l'apaisa en lui reconnaissant dans l'avenir l'exercice de ce droit et en lui donnant mille sols melgoriens. llref, quoique investis, dès le milieu du xn" siècle, des droits régaliens sur tout le diocèse, les évêques de Lodève n’y exercèrent réellement la souveraineté temporelle que dans les premières années du xtn'; et quant au titre de comte de Montbrun, Jean II fut le premier qui le prit en 1372. Le Lodévois ressortissait , au commencement du xiv' siècle, de la viguerie de Gignac, dans la sénéchaussée de Carcassonne. L’évêque fut assujetti , plus tard, à une redevance militaire , comme on peut s'en assurer par la lecture du Roulle du ban et arrière-ban de cette sénéchaussée, convoquée en 1529 , et dans lequel figure Monsieur V evéque de Lodève , comte de Montbrun , pour quatre hommes (Vannes et six archiers.

Les guerres de religion divisèrent, de bonne heure, les habitants du Lodévois. Dès 1560, nous trouvons le chef-lieu du diocèse mentionné au nombre des villes « où les esmeutes et les assemblées croissent de jour en jour ». En 1 562, l'évêque Claude Briçounet défendit vaillamment la place contre lleaudiné, qui fut forcé de décamper. Briçonnet résigna son siège, en 1566, à Pierre de Barraud , et se retira dans la maison de l’archidiacre , pour y jouir en paix de la seigneurie de Lodève et du comté de Montbrun, qu'il s'était réservés expressément. L'année suivante (1567), à la nouvelle des massacres commis à Nîmes par les protestants, il attira chez lui quarante-trois religionnaires, et les y fit égorger sans miséricorde, un dimanche à l'heure de vêpres. Six ans s'étaient écoulés à peine lorsque les calvinistes prirent une terrible revanche. Le vendredi, 4 juillet 1573, Claude de Narbonne, baron de Fougères, pénétra dans Lodève par un aqueduc dont scs partisans secrets avaient fait limer la grille. Briçonnet commandait dans la ville, en l'absence d'Alphonse Vercelli , successeur de Pierre de Barraud. L’intrépidc prélat se fortifia et se maintint, plusieurs jours, dans la cathédrale; puis, toute résistance devenant impossible, il réussit è s'échapper, de nuit, demi-nu, et se réfugia à Saint-Étienne de Gourgucs, à une lieue de Lodève. Les calvinistes saccagèrent les maisons des principaux habitants, celles des chanoines , le palais épiscopal, la cathédrale; profanèrent les reliques des saints, notamment celles de saint Fulcrand, qu’ils brûlèrent dans les rues, et noyèrent la ville dans un torrent de sang. Alphonse Vercelli mourut de douleur à Avignon , en apprenant cette catastrophe: il eut pour successeur René de Birague, élu le 12 octobre 1573.

Ces excès décidèrent bientût les habitants à se prononcer pour la Ligue. Le duc de Montmorency dirigea contre Lodève, en 1584, une entreprise qui échoua : il revint en 1585 sur la ville, qu'il avait fait investir par Chàtillon , l’un de scs lieutenants. Son armée se composait de huit mille fantassins , douze cents chevaux , cl six pièces d’artillerie. Le duc poussa le siège v igoureusement , et entra par capitulation dans la place, le 18 octobre; il perçut alors, en son propre nom, les revenus de l’évêché, et, sur la demande des habitants eux-mêmes, fit raser, en 1586 , le palais épiscopal , preuve évidente que la Ligue n'était déjà plus en faveur parmi eux. Sous Louis XIII , Lodève fut la première ville du royaume qui se déclara ouvertement pour Monsieur, frère du roi. Gaston d'Orléans, venant de la Canourge, d'où il avait été contraint de s'éloigner, se présenta devant ses murs, le 24 juillet 1632. Henri de Montmorency avait eu soin de s’en assurer,

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de longue main, en y envoyant le célèbre prélat Jean Plantavit de la Pauze. Après la défaite de tiaston, les consuls de l.odève allèrent implorer à Montpellier la clémence du roi ; le duc de Ventadour les introduisit auprès de Louis XIII, qui consentit à leur pardonner.

Il y avait à Lodève, avant la Révolution, un bailliage et une recette, et son évéché était suTfragant de Narbonne. Cette ville figure aujourd'hui dans le département de l'Hérault comme chef-lieu de sous-préfecture ; sa population dépasse 10,000 âmes; l'arrondissement en renferme près de 50,000. 1-a ville, bâtie nu pied des Cévennes, au conlluent de fErgue et du Souloudre, occupe un site pittoresque; mais elle est tortueuse et mal percée. Les habitants suppléent par leur industrie à l'aridité du territoire. Les draps de Lodève sont renommés , et ses fabriques de savons , d'huiles d'olive et d'eaux-de-vie , fournissent un aliment considérable au commerce du département. L’église de Lodève remonte a une haute antiquité. Bernard Guidonis, l'un de ses évêques , lui donne pour premier prélat Florus , celui-là même auquel Saint-Flour en Auvergne doit son nom. On remarquait autrefois- dans le diocèse un très-beau monastère de bénédictines, appelé Gorian, et deux abbayes d'hommes, soumises aussi à la règle de Saint-Benoit; e'étaiint Saint-Guillem-du-Désert et Saint-Sauveur, fondées, la première en 804, par saint Guillaume, comte de Toulouse , la seconde, en 980, par suint Fulcrand. Lodève, où est né le cardinal de Fleury , s'enorgueillit de la longue succession de ses évêques , qui , presque tous , ont été des hommes éminents par la piété, l'instruction ou le caractère. Nous ne dirons un mot , en terminant, que de Jean Plantavit , seigneur de la Pauze, issu d'une famille protestante, protestant lui-môme, et d'abord ministre de l'Évangile à Béziers, puis négociateur du pape Paul V près de la république de Venise, et tour à tour aumônier de Marie de Médicis et d’Élisabeth de France, reine d'Espagne. La Pauze avait une érudition vaste et solide : il a écrit un Grand Dictionnaire de la langue hébraïque , et une Chronologie des prélats de Lodève dans la Gaule Karbonnaise , livre dont l'hommage désarma le cardinal de Richelieu, qui l’avait excepté de l'amnistie accordée aux rebelles de 1032. 1 -

Béziers, dont les derniers recensements ont porté la population a 17,216 habitants, est située sur la rivière d'Orb, à douze kilomètres de la Méditerranée. Cette ville appartenait autrefois nu bas Languedoc : elle avait un évêché suffragant de Narbonne, une sénéchaussée et un présidial ressortissant à la généralité

I. ï'Hne. — Grégoire de Tours. — Bernard Guidonis, Sanclorale. — Planlavit de 1» Pauze, CVironologia prœsulum Lodoventium tn Gallià Karbonensi. — L'Art de térifler (et dates. — 1/ahlie de Longerue. — Plganiol. — I)om Vaisselle. — Annuaires de V Hérault .

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de Montpellier; elle est aujourd'hui le chef-lieu d'une sous-préfecture de l'Hérault, le siège d'un tribunal de première instance et d'un tribunal de commerce. L'arrondissement, le second du département, renferme 131,033 habitants.

La ville de Béziers, assise du côté du couchant et du midi, sur la crête d'une montagne escarpée, se développe aux regards des voyageurs, qui arrivent du haut Languedoc, sur les sommets de ces escarpements qu'elle couronne de scs vieux remparts et de ses clochers. Vers le levant et le nord , elle se présente nu contraire comme une mesquine bourgade; et les routes de Montpellier et de Bédarrieux y arrivent par des pentes qui aboutissent à un faubourg irrégulièrement bâti quoique de construction moderne. On pardonne aux bâtisseurs du mov en âge les rues tortueuses , étroites et courtes de cette vieille cité , leurs angles saillants , leurs porches, leurs impasses, leurs issues si dangereuses, que pour garantir les maisons du contact des essieux , on est obligé de les barder de larges bandes de fer. Mais on ne conçoit pas qu’une administration municipale du xix' siècle permette la continuation de ce système barbare , et tous ces empiétements sur une voie publique mal déterminée. Dans cet amas de constructions irrégulières, on est tout surpris de se trouver souvent en face d'bôtels qui ne dépareraient point les boulevards et les places d’une grande ville. Dans la partie occidentale et méridionale de Béziers, la promenade du Fer-à-Cheval, les plateaux de Saint-Jacques, des Capucins, deCantcrdles, de Saint-Louis, du Collège et de la Tour des Badauds offrent autant de belvédères d'ot’i l'on découvre d'admirables points de vue; et s'il se trouve jamais un conseil municipal qui veuille dépenser son budget en belles perspectives, la terrasse construite à mi-côte, par le dernier évêque, sera un joui- le modèle et le point de départ d'une terrasse circulaire, qui, aboutissant d'un côté à la porte Saint-Aphrodise, de l'autre à la promenade actuelle, formera le plus merveilleux boulevard que puisse posséder une ville même du premier ordre.

Du haut de ces plateaux on admire, vers le midi, la vaste et riche plaine de Villeneuve, de Sauvian -et de Sérignan, où serpentent la rivière d'Orb, la roule et le canal d’Agdc, et que termine la ceinture de la Méditerranée dont la nappe azurée, émaillée de voiles blanches, confond au loin ses teintes avec l’azur du ciel. En face des plateaux de Saint-Jacques et de Canterelles est le point d’arrivée du canal qui vient de Toulouse. Ce canal est suspendu sur la hauteur dite de Foncerannes , opposée à celle de lu ville , et ces deux caps, placés à un kilomètre l'un de l'autre, forment la partie la plus étroite de la vallée de l'Orb. De la colline de Foncerannes les barques descendent dans la rivière par une cascade de neuf écluses, dont sept sont contiguës et dont les deux dernières sont plus rapprochées du point de jonction des deux cours d'eau. Entre les deux cascades a été creusé le port de Béziers, que bordent les riches magasins de ses négociants et leurs principales fabriques d’alcool. C'est au sortir des neuf écluses que le canal des Deux Mers entre dans la rivière d'Orb , dont il emprunte un moment le lit pour aller s’embrancher au canal d’Agde sous une voûte de platanes, qui attestent la vigoureuse végétation de ce territoire quand le soleil et l’eau s'accordent pour le féconder. I.es hauteurs de Saint-Louis et de la Tour des Badauds dominent un panorama d'une autre espèce. A droite, et à quarante kilomètres de distance , l'horizon est borné par un des contre-forts des Cévennes; plus loin, en allant vers

le couchant, l’œil s'arrête sur les montagnes de Saint-Pons, qui séparent le bas Languedoc de l'Albigeois. I)e ces hauteurs, en tirant vers la mer, l'horizon s'abaisse progressivement jusqu’à la montagne de la Clappe, voisine de Narbonne et du littoral de la Méditerranée. C’est sans doute cette heureuse situation et ce riche entourage qui ont donné naissance à ce vers que répètent toutes les géographies en brouillant parfois ses dactyles et ses spondées :

Si vellet De us in terris babilare , Biterris.

« si Dieu voulait habiter sur la terre, il habiterait à Béziers ».

-L’histoire ancienne ne dit rien de particulier sur cette ville. Le seul fait avéré et convenu, c’est que le pays appartenait aux Blittères ou Beterres, tribu de la nation des Yolees ; mais il est difficile d’affirmer que Iié/iccs existât comme ville celtique avant que les Romains eussent conquis cette portion de la Gaule. Aucun des auteurs qui ont décrit la marche d'Annibal ne l’a mentionnée ; et comme l'armée carthaginoise a suivi le littoral , depuis les Pyrénées jusqu’à Nîmes , il est probable qu'elle a tourné la forte situation de Béziers. Ce fut un siècle après que les Romains s'avisèrent d'occuper cette position, dont Strabon a remarqué les avantages. Les vétérans de la septième légion y furent envoyés de Narbonne par le gouverneur Fonteius, et y fondèrent une colonie, qui fut ainsi nommée Colonia Seplimanorum. C’est sous ce nom que la désigne Pomponius Mêla, tandis que Pline l’Ancien la nomme Belerrœ Septimanorum; et cette étrange alliance de mots serait lu plus forte preuve de l’existence antérieure de la ville, car ce serait un non-sens que de voir un nom de peuple dans une appellation ainsi placée. Ces temps reculés ne nous offrent, au reste, que des notions incertaines; et le nom même de ce peuple ou de cette cité nous est arrivé avec autant d’orthographes que d’auteurs. Eu voilà quatre qui appartiennent au premier siècle de notre ère, et il n’en est pas deux qui s'accordent : Strabon écrit Binera, Pomponius Mêla Bœtlera, Sénèque Blilerra et Pline Betleræ. Ptolémée, cent ans après, la nomme Baitira ; dans le iv* siècle, Festus Avienus en fait Besara; dans le V, Étienne de Byzance Baiturra ; dans le vin*, Frcdegaire la nomme Beterris. J'oubliais le Bcterrat de l’Itinéraire d'Antonin. Puis arrivent les auteurs du moyen Age, qui l'appellent Beclras, Bedert, Besers, et finalement le nom de Béziers lui reste , d'abord avec un s et puis avec un s.

Béziers demeura sous la domination romaine jusqu'à l’invasion des Barbares. Deux temples y furent élevés, l'un à Auguste, l'autre à Julie, divinités assez étranges. Une inscription a été retrouvée, qui donne le nom de Julia à cette colonie renouvelée, dit-on , sous le règne de Tibère. Un cirque y fut construit : on en voit encore les vestiges qui servent de parterre à un établissement de bains. Il parait certain que les Sarrasins, les Vandales et les Suèves ne passèrent point par cette ville. Ataulphc la traversa, vers l'an 415 de notre ère, pour aller s'établira Narbonne. Sept mois après, le palrice Constance, qui fut plus tard élevé à l'Empire, reprit la Gaule Narbonnaise, et refoula les Golhs au delà des Pyrénées; mais Béziers ne revint qu'un moment sous la domination romaine. Vallia, second successeur d'Ataulphc, reporta le siège de son royaume à Toulouse, et l’étendit encore jusqu’à Béziers. Pendant cette période , la religion chrétienne s’était étavr. 54

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blie dans la contrée. Vers l’an 245 , un apôtre du nom de Paul prêcha dans Béliers la foi de Jésus-Christ, avec l'intention de s’y fixer ; mais les gens de Narbonne étant venus le supplier de choisir leur capitale pour résidence, il remit les Biterrois sous la direction de son disciple saint Aphrodise, qui en fut le premier évêque. On prétend que le saint arriva dans la ville sur un chameau , et ce chameau a, pendant seize siècles, joué un grand rôle dans les solennités du pays. Un grand chilssis recouvert d'une toile peinte représentait ce quadrupède du désert ; sur cette toile étaient deux inscriptions, la première en latin : Ex antiquitote renascor; la seconde en patois du pays : Sen fosso, c’est-à-dire : nous sommes beaucoup; ce qui avait fait donner aux habitants le sobriquet de chameaux de Béziers. Ce chameau sortait tous les ans, huit jours avant l'Asrcncion, et rentrait huit jours après ; il quêtait pendant cet intervalle pour les hospices, à l’aide de sept hommes enfermés dans cette machine comme les Grecs dans le cheval de Troie. Six servaient à le faire marcher, et le septième faisait aller sa tête et son cou, qui s'allongeait à volonté. Le jour de l'Ascension, cet animal faisait trois fois le tour de la ville , suivi des consuls , précédé de bergers et bergères qui dansaient la danse des treilles, ou qui jouaient du béton. Les jeunes gens suivaient à cheval ou à pied ce bizarre cortège, sur le passage duquel des volées de dragées partaient de toutes les croisées et pleuraient sur la tête des magistrats et des cavaliers, lesquels lançaient à pleines mains dragées et confitures sur les dames qui les assaillaient du haut de leurs balcons. Au troisième tour, le chameau entrait dans l'église des Pénitents Bleus, où le clergé l'attendait ; et là, par les mains de l'évêque ou d'un grand vicaire, se renouvelait le miracle de la multiplication des pains, dont les indigents profitaient pour manger la dragée que les femmes avaient recueillie dans leurs tabliers, ou que les enfants avaient ramassée sous h“s pieds des chevaux , dans la poussière ou dans la boue. C'est sans doute cette distribution de pains qui avait fait donner à cette cérémonie périodique le nom de Canlasch. La Restauration a fait revivre ces vieilles coutumes. Le chameau, qui avait été brûlé en 1793, est ressuscité; et quand le Pactole coule de leurs cuves, les Biterrois renouvellent les saturnales sacrées de Carilasch.

Les successeurs de saint Aphrodise n'ont laissé à peu près que des noms, recueillis dans le G allia christ iuna. Le quatrième, appelé Hermès, présente cette particularité qu'ayant été imposé à son troupeau par saint Rustique , évêque de Narbonne en l'an 452, les Biterrois refusèrent de le reconnaître et réclamèrent le droit d'élection qu'un métropolitain prétendait ainsi leur enlever. On i»rtc à quatre-vingts le nombre dès évêques de Béziers ; mais ce chiffre est inexact et ne peut être rectifié, car depuis 093 jusqu'en 791 , il existe une lacune d’un siècle dans la nomenclature officielle. L'arianisme avait aussi pénétré dans la Narbonnaise, favorisé qu'il était par les rois wisigoths. Saint Saturnin, évêque d'Arles , prit parti contre saint Athanase, évêque d’Alexandrie, qui combattit cette doctrine. 11 convoqua un concile à Béziers, en l'an 3ü6 : saint Hilaire de Poitiers y accourut pour défendre l'orthodoxie de l’évêque d'Alexandrie; mais les ariens l'emportèrent, et le concile de Béziers s'unit aux persécuteurs de saint Athanase.

Pendant la guerre de Clovis contre les Wisigoths, son fils Thierry, averti (pie le duc lbbas, lieutenant de Théodoric l'Amale, amenait une armée au secours

des enfants d'Alarir, passa par Béziers pour aller la combattre à la tète des Francs et des Bourguignons confédérés; mais battu sous les murs d'Arles et sur les bords du Itliônc, il se replia vers les montagnes du Vivarais , et le duc Ibbas rétablit dans Béziers et dans tout le littoral, la domination des Wisigoths. Les Francs y rentrèrent un moment, sous la conduite du roi d'AusIrasie, Théodebert, tils de Thierry ; mais l'enlèvement de la belle Dcnterie, dans un château des environs de Béziers, fut l'unique résultat de cette expédition nouvelle. La révolte du général Paul contre Wamba, ayant fourni aux Biterrois, en 073, une autre occasion de secouer le joug des Wisigoths, ils furent châtiés par l'arrivée de ce prince qui poussa ses avantages jusqu'au Rhône, et n'eurent ni le temps ni la force de seconder l'ambition du duc Loup d'Aquitaine , qui vint à son tour se faire battre à deux lieues de Béziers. Nous arrivons ainsi èr l’apparition des Maures d'Afrique. La ville fut prise, en 725, par Ambiza , successeur de Zaman , dans le gouvernement de l'Espagne, sous le califat d’Hosrham ; et douze ans après, Charles-Martel la puuit brutalement de cette espèce de capitulation , en rasant ses murailles. Le comte Ansemond reçut de Pépin le gouvernement de Béziers. Le comte Adhémar lui succéda, sous Charlemagne, et celui qu'y établit Louis-le-Débonnaire se nommait Arnaud. C'est sous le règne de Charles-le-Chauve,en 845, que le titre de vicomte fut substitué à celui de comte dans la personne d'Antoine, (ils d'un comte Wandrillc, qu’on fait descendre d’Eudes , roi d'Aquitaine, Un Carin et un Kaynard lui succèdent , et celui-ci reçoit du roi Carloman la propriété de deux villages. Ce même Rayuard transmet la vicomté de Béziers à sa liHe Adelaïs, qui , en épousant Bozon , vicomte d'Agde , réunit , en 897, les deux üefs dans la même main. Des ducs de Septimanie, des marquis de Colliie, puissances éphémère d'un temps de désordre et d'usurpation , sont d'abord les suzerains des vicomtes héréditaires de Béziers , qui deviennent enfin les vassaux des comtes de Toulouse. Cette famille ne se prolonge que par les femmes. A la cinquième génération, Garsinde , fille du vicomte Guillaume, épouse d'abord le comte Roger de Carcassonne et ensuite le seigneur d’Anduze. Mais dans le partage qui suit sa mort, les vicomtés d’Agde et de Béziers sont l'apanage de son fils Pierre. Une fille de celui-ci, Ermengarde, les transporte, en 1067, à son époux, Raymond- Bernard , vicomte d'Alby et de Nîmes. Bcrnard-Atton , son fils , se distingue [tendant la première croisade. Mais c'est à tort qu'on l'appellerait exclusivement vicomte de Béziers, puisqu'il l'était en même temps de villes plus considérables , comme Alby et Nîmes.

C’est seulement au partage de la succession de Bernard-Alton , que l'un de ses fils , Raymond , surnommé Trencavel , redevint seigneur particulier de la vicomté de Béziers. Ce Trencavel prit part à la seconde croisade, en 1148; il échappa aux désastres qui la suivirent, et revint en France pour recueillir la succession de Roger, celui de ses frères auquel était échu le comté de Carcassonne. Le vicomte de Mmes, son autre frère, ayant revendiqué, les armes à la main , une partie de cet héritage , les seigneurs et les évêques s'en mêlèrent , et une transaction rétablit la paix dans celte famille. Le comté de Carcassonne, qui lui était resté, lui fut sur-le-champ disputé par Raymond-Bérenger .111 , comte de Barcelone ; et, trop faible pour le défendre , il ne le conserva qu’en l’acceptant comme

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un lief de la part de son ennemi. Mais il ne sortait d’un embarras que pour retomber dans un autre. Raymond V, comte de Toulouse, revendique , en 1153, la suzeraineté de Carcassonne, attaque Ravmond-Trencavel , le prend et le jette dans un cachot. Une rançon de trois mille marcs lui rend la liberté, et la difficulté de la payer ne fait qu'irriter sa vengeance, fl se ligue avec le roi d’Angleterre, Henri II , qui réclame le comté de Toulouse comme ayant appartenu à son épouse, Eléonore de Guyenne, et ne revient de cette guerre sans résultat que pour aller guerroyer sans but contre un vassal du comte de Provence, et pour périr au retour dans une émeute. Un bourgeois de Béziers avait enlevé une mule à un chevalier; celui-ci demanda que le bourgeois lui fût livré, et Trencavel eut la faiblesse d’y consentir. La vengeance du chevalier n'alla pas plus loin qu’à la vanité du bourgeois ; mais tous prirent fait et cause pour l'offensé ; et Ravmond- Trencavel fut poignardé, dans l'église de la Madeleine, par ses vassaux révoltés, en présence de l'évéque qui était venu. pour assister à une réconciliation (1161).

La bourgeoisie triomphante se gouverna, pendant deux ans, è l'exemple de tant de communes qui, s’alliant à l'autorité royale , luttaient presque partout en France contre la tyrannie drs seigneurs. Elle se défendit avec une grande énergie contre Roger 11 , fris du vicomte assassiné , que soutenaient les troupes du roi Alphonse d’Aragon , et ne se rendit , après iin long siège , que sur la promesse d’un pardon absolu (1 !(><>). Cette promesse était une perfidie, et la restauration de Roger II fut signalée par le massacre des vaincus. Il est cependant difficile d'admettre, .sur la foi des chroniqueurs, que la population chrétienne fut entièrement égorgée; que les Juifs furent seuls épargnés, et que les femmes épousèrent les égorgeurs aragonais pour repeupler la ville. Quoi qu’il en soit , le comte Raymond V de Toulouse ne souffrit point patiemment une alliance qui affectait sa suzeraineté ; mais cette nouvelle guerre ne dura (pie peu de mois. La paix fut conclue à Saint-Gilles, en 1171. Le vicomte de Béziers épousa la fille de Raymond et renouvela son hommage , comme vassal du comte de Toulouse. Adelinde lui porta en dot le comté de Rasez, les châteaux de Balaguier et de CoufTolens, et le pays de Limoux. Ce fut alors au roi d'Aragon de se fâcher; ballotté ainsi entre deux suzerains qui se disputaient sa foi, Roger II se transportait de l'un à l’autre’, h la moindre menace de celui des deux qu'il venait de trahir.

Un danger commun força bientét les trois contendants h se réunir. L'hérésie des Albigeois avait fait de grands progrès pendant toutes ces querelles. Roger II s'était déclaré leur protecteur, et les chefs de la secte tenaient à Béziers leurs principaux conciliabules. Mais Roger n'était pas plus ferme dans sa croyance que dans sa politique. Le cardinal Henri , évêque d'Albano , l'ayant sommé au nom du pape Alexandre III , d'abandonner les ennemis du saint-siège , cette palinodie ne Hui coûta pas plus que les autres : il n’avait eu d'énergie que pour égorger ses sujets; et, dès que le cardinal légat eut repassé le Rhône, Roger 11 rendit sa protection aux Albigeois. La mort vint enfin, en 1194 , le délivrer de ses perpétuelles faiblesses. Un enfant lui succéda sous la tutelle de Bertrand de Saissac et des évêques d'Alby et de Béziers. La mort de Raymond V de Toulouse rendit celte régence plus facile , et Raymond -Roger -Trencavel atteignit en paix sa dix-huitième aunée. Il épousa alors Agnès de Montpellier qui lui apporta les ché-

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(eaux de Tourbes et de Pézenas. Le malheur suivit de près la nuijorité du nouveau vicomte. Après la soumission de Raymond VI , comte de Toulouse, à la cour de France, Trcncavel seul osa faire tête à l'orage. Il n’avait point hérité de la lâcheté de son père , et il préféra la mort à la honte. L'anathème fut lancé sur lui et sur son peuple; et les croisés se présentèrent, le 22 juillet 1209, devant la citadelle de Béziers. L’évêque Reginald de Montpeyroux supplia vainement les habitants de se rendre , d'abandonner les trente ou quarante mille Albigeois qui s’étaient réfugiés dans la ville. « Nous sommes tous chrétiens, répondit un consul de Béziers, et nous périrons tous avant de nous soumettre. » Cette réponse, apportée au camp tics croisés, y soulève des sentiments contraires. Les fanatiques demandent l'assaut ; les indulgents sollicitent la grâce des vrais catholiques. Tuez-les tous, s’écrie le farouche Arnaud, abbé de Cîteaux; Dieu reconnaîtra les siens. Le siège commence. La victoire hésite : une imprudence des assiégés la livre aux assiégeanls. LTne sortie, poussée jusqu'au camp des croisés , est suivie d’une déroute complète. Les ribauds, les chevaliers, poursuivent les vaincus jusqu’aux portes. Les échelles sont posées, les portes reçoivent pêle-mêle les vaincus et les assiégeants; un massacre effroyable accomplit la parole infâme du légat. Les églises de Saint-Nazaire et de la Madeleine , sont d’inutiles refuges. Les Albigeois sont égorgés au pied des autels. Femmes, enfants, vieillards, tout expire sans défense et dans des flots de sang. Les historiens varient sur le nombre des victimes. Ils vont de dix-sept mille à cent mille. Le moindre est encore trop considérable, et cette journée est une honte éternelle pour la mémoire du légat, de Saint-Dominique , et de tous les illustres assassins qui y prirent part. Ce ne fut pas la dernière.

Trencavcl et sa femme s’étaient fortifiés dans. Carcassonne. Le récit des malheurs de Béziers enflammait le courage de son nbble vicomte : des prodiges de valeur signalèrent sa défense. I.e roi d’Aragon vint intercéder pour son vassal. Il entra dans la ville , il offrit â Raymond-Roger le pardon et la vie s'il voulait abandonner ses compagnons à la vengeance du saint-siège. Le jeune vicomte s'indigna d'une proposition pareille, et les assauts des croisé» recommencèrent. I.a faim et la soif furent pour les assiégés des ennemis plus terribles. Raymond-Roger les soutint encore par ses discours et par son exemple. Il fallut employer la ruse pour le vaincre. Sur la foi du légat , le jeune héros descendit pour traiter dans le camp des croisés. Il y fut pris, chargé de chaînes , et jeté dans un cachot. L’évêque d'Osma, Diégo d’Azébès, eut horreur de tant d'atrocités; il se retira dans sa province eu maudissant les persécuteurs. Mais Dominique resta fidèle au chef de cette croisade impie; on dit même que c’est pour juger Trencavel qu'il inventa le tribunal de l'inquisition , et que ne trouvant point de chevaliers pour-assesseurs, il prit un troubadour et un abbé Folquet, qui, de la plus honteuse crapule , s'était élevé par son fanatisme à la dignité d’évêque. Trencavel mourut subitement dans sa prison. Simon de Montfort fut accusé d'avoir hâté , par le poison , la mort d'un héros dont l’héritage lui était promis.

Les habitants de Béziers ne ratifièrent point la sentence qui dépouillait la famille de leurs vicomtes au bénéfice d'un intrigant hypocrite, d'un tartufe encuirassé. Le roi d’Aragon , qui avait refusé son hommage, entretenait sourdement

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la révolte des Biterrois; et quand Simon de Montfort se présenta, en 1213, ils lui fermèrent les portes de la ville. Le fils de Philippe- Auguste, depuis, Louis VIII, y fut reçu au contraire avec enthousiasme. Un nouveau légat, Conrad, évôque de Porto, en fut chassé en 1219. Ses anathèmes furent méprisés comme lui, et-Raymond-Trencftvel II , fils du héros de Carcassonne , fut proclamé par le peuple au préjudice d'Amaury de Montfort, à qui la mort de son indigne père avait fait passer toutes scs conquêtes ou ses rapines. Lejeune Trencavel, remis par la victoire en possession de Carcassonne (1224) , fit son entrée dans lu chef-lieu de sa vicomté. Mais déjà la puissance française s'avançait vers ces contrées. Louis VIII profita de ces divisions ; Agnès de Montpellier, épouvantée sans doute d'une lutte aussi inégale, vendit au roi de France les domaines de son fils, et le jeune Trencavel fut réduit à chercher un asile à la cour d'Aragon. Les seigneurs de la contrée prêtèrent serment au roi Louis VIII , entre les mains de leur évêque Bernard VI. Quatorze ans plus tard, en 1240, le dernier des Trencavel voulut revendiquer, les armes à la main , l'héritage de son père. Il reprit quelques-uns de ses châteaux; mais Jean de Beaumont, chambrier de Louis IX, accourut avec une armée; et après avoir soutenu vaillamment le siège de Montréal, le dernier vicomte de Béziers fut heureux do pouvoir regagner la Catalogne , à la faveur d'uur capitulation honorable. Il obtint plus tard, de Louis IX, une rente de six cents livres; et au moment de partir pour la croisade avec le saint roi, il signa, le 7 avril 1247, la cession de scs domaines au royaume de France. Pendant cette agonie des Trencavel , avaient eu lieu le second et le troisième concile de Béziers; l'un fut ouvert le 2 avril 1234, par Jean de Burnin, archevêque de Vienne; l'autre, le 19 avril 1246, par Guillaume de la Broun, archevêque de Narbonne, et tous deux, pour achever l'extermination des Albigeois et régler la juridiction et les formes du redoutable tribunal institué par saint Dominique.

Depuis sa réunion à la France, l'histoire de Béziers ne se composa longtemps que de serments piétés à l'avénement des rois, de contingents fournis à leurs armées , ou de leur passage dans scs murs. Philippe-le-Hardi la traversa pour aller combattre le roi d'Aragon ; Philippe-le-Bel y passa dans le même but , et s'y arrêta, en 1304, depuis le 7 février jusqu'au 14; Le pape Clément V s’y montra aussi, en 1305. Six ans auparavant, un quatrième concile y avait été tenu pour la recherche d'un reste d'hérétiques, et pour interdire aux clercs des métiers trop bas. On y célébra la fête de saint Louis récemment canonisé; on empiéta enfin sur le domaine de la politique, en repoussant les prétentions de la ville de Pézenas, qui réclamait une justice royale indépendante de la viguerie de Béziers. Cette viguerie existait depuis les Wisigoths; elle était même héréditaire à l'époque où la maison d'Alby acquit la vicomté par le mariage de Pierre-Raymond avec Ermcngarde. Bernard-Alton concéda une portion de sa justice seigneuriale aux frères Loup et Bernard, viguiers de Béziers; et il permit que, peu de temps après , cette fonction ne fût plus conférée qu'à vie. Les rois de France imposèrent à ce magistrat un tribunal supérieur sous le titre de sénéchaussée. Un même sénéchal réunit les vigueries de Béziers et de Carcassonne , et siégea dans cette dernière ville. Cependant le viguier de Béziers , qui , à l'aide

du quatrième concile, avait triomphé des prétentions des habitants do Pézcnas, fut moins heureux à l’égard de Narbonne. Un arrêt du parlement , du 13 avril 1347, institua dans l'ancienne capitale de la Gaule Narbonnaise, une vigucrie particulière qui fut à toujours séparée de celle de Béziers. Celle-ci avait perdu d'autres procès contre les évêques qui s'efforçaient d’attirer à eux toutes les justices. Déjà, sous les premiers vicomtes, leur juridiction s'étendait sur tous les vassaux de leur église ; et grâce aux libéralités des seigneurs , le nombre de ces vassaux croissait de jour en jour. En 1131 , l'évêque Bermont de Levezon disputa les faubourgs de Béziers à la juridiction du vicomte; et le comte Alphonse de Toulouse, choisi pour arbitre de ce conflit , donna raison à l'évêque en ordonnant aux l'rencavel de délier les habitants de ces faubourgs du serment de fidélité qu’ils lui avaient prêté. L'évêque eut alors son viguier particulier, et ne s'en tint pas à celte usurpation. L'exemple de la cour de Rome était bon à suivre. Deux siècles après, en 13-2B, Ievêquc Guillaume VI de Fredol refusait à Philippe de Valois le serment d'obéissance, alléguant que, tout en reconnaissant les rois, les évêques ne pouvaient prêter serment à aucun seigneur temporel. Ce même monarque ne fut pas plus fort contre Guillaume VII, successeur de ce prélat, lorsqu’en 1336 il visita sa ville. Ajoutons que Guillaume VI ne traitait pas mieux scs ouailles que scs souv erains ; car à propos de je ne sais quel acte qui lui parut un empiétement sur ses droits, il excommunia les Biterrois et leurs magistrats.

Os magistrats s’appelaient consuls. On a vu qu’ils existaient pendant la guerre des Albigeois ; mais l'origine de leur création est incertaine. On sait seulement qu'ils étaient au nombre de sept, et qu'ils étaient nommés tous les ans , le jour de saint André, par quinze électeurs pris dans les citoyens qui avaient déjà occupé cette magistrature civile. Après la réunion au royaume de France, ces consuls prêtaient serment entre les mains de l'évêque et du viguier. Le viguier, à son tour, jurait, à son entrée eu charge , et entre les mains des consuls , de ne jamais attenter aux libertés et franchises de la cité. Le sénéchal lui-même était astreint au même serment, et lorsqu'on 1358, Thibaud de Barbasan, investi de cette charge , refusa de le prêter, ainsi que le juge-mage et les autres juges de Carcassonne, les consuls de Béziers en appelèrent au dauphin do France, qui gouvernait le royaume pendant la captivité du roi Jean ; et le prince obligea le sénéchal de Carcassonne à s'acquitter de ce devoir. Les consuls furent mal récompensés par le ciel de cet acte de patriotisme. Une peste les enlèva tous les sept avec une portion considérable de la population. Il serait au j'este difficile de dire quelles étaient ces libertés et ces franchises. Le consulat en était une sans doute, et des plus importantes , en ce qu’elle était la garantie de toutes les autres. Mais si le vicomte Roger II déclara les Biterrois libres de toute servitude , exempts de prêt forcé, de taille forcée, nous voyons le même seigneur permettre plus tard à deux bourgeois de marier librement leurs filles sans lui demander son consentement. Celte charte spéciale n' est-elle pas un témoignage de servitude pour les autres? Il fait plus : il impose trois livres d'épices à chaque famille, pour payer les frais de ses guerres éternelles. Nous voyons, en outre, les bourgeois de Béziers obligés de suivre la bannière de leur seigneur ou celle de leur évêque, lorsqu'il plait à celui-ci de guerroyer. Pourquoi encore cette profusion de francs-alleux au com-

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mencement même de la réunion , si dés lors tous les bourgeois de Béziers étaient libres?

Un exemple va nous montrer sur-le-champ ce que pouvaient ces libertés et ces franchises contre la volonté d’un despote , et comment le peuple les entendait dans ses colères. Sous le règne de Charles VI , la ville de Béziers prit parti pour le comte de Foix contre le duc de Berry, oncle du roi ; ce dernier étant resté maître de la province , impose une grosse amende aux Biterrois , pour leur apprendre h se mêler des querelles des grands. Les consuls s'assemblent pour en délibérer, le 8 septembre 1381 ; mais le peuple se soulève, sur le simple soupçon de leur acquiescement. Il incendie l’hôtel de ville, étouffe ses magistrats municipaux dans les flammes , et pille les plus riches maisons. Ces crimes ne restèrent pas longtemps impunis. Cent ou deux cents révoltés furent saisis et pendus, et Béziers paya douze mille livres d’amende. Cette forte contribution ne les exempte point des exactions que les agents du dur de Berry font peser sur la province. Parmi ces exacteurs se distinguait un sieur de Bétisac , conseiller et trésorier du prince. Les vols les plus infâmes signalaient son administration,- la province était ruinée au profit du gouverneur; et ces extorsions duraient depuis six ans, quand le roi Charles VI vint la visiter. La clameur publique l’instruit; et les fêtes que Béziers lui prodigue , malgré la détresse de scs habitants, le disposent à faire justice. Il y arrive en 1389, et , suivant les expressions de Froissart , il y reste trois jours en joie et revel avec les dames et damoirelles. Bétisac, qui était allé recevoir le roi à Avignon , et qui l'avait suivi jusqu'à Béziers, n'apprend que par son arrestation , que son procès s'instruisait en secret. Dès ce moment , les plaintes arrivent de toutes parts, de Narbonne, de Pézenas, de Carcassonne. Bétisac montre en vain les ordres du duc de Berry. Des pilleries qui montaient à trois millions de livres, somme énorme pour le temps, et les cris des malheureux à qui on les avait extorqués, prévalurent sur le crédit de l’oncle du roi. Bétisac fut pendu et brûlé sur la place de Saint-Nazaire, sous les fenêtres de l’évêché où le roi s’était logé.

Cet acte de justice aurait dû raffermir les Biterrois dans leur lidélité à la couronne de France; l’esprit de sédition en décida autrement. Vingt-huit ans après, en 1418, ils se déclarèrent pour le parti du duc de Bourgogne, contre le Dauphin, qui avait pris la régence pendant la folie du roi Charles VI. Les consuls allèrent même jusqu'à Troyes porter leur hommage aux pieds du duc et de l'infàme Isabeau île Bavière. Ils fermèrent leurs portes à l'armée du comte de Clermont ; ils se donnèrent un chef dans la personne de Colomat de Sainte-Colombe, et détruisirent les faubourgs pour dégager les abords de la place , qui allait pour la première fois entendre tonner l'artillerie. Le siège fut ouvert , le 8 juin 1421 , et dura jusqu'au 16 août, jour où, par la médiation du comte de Foix, fut signée une capitulation aussi perfide que celle dont Roger-Trencavcl II avait leurré ses sujets. Des lettres d'absolution furent signées par le Dauphin; et l'armée de Charles de Bourbon, reçue dans la ville, y montra d’abord une modération exemplaire. Mais le Dauphin y vint, l'année suivante , et après avoir fait trancher la tête aux principaux citoyens, il fit abattre les murailles et priva la cité de scs consuls et de ses privilèges. La couronne le rendit plus dément : devenu roi sous le nom de Charles VII , il permit aux Biterrois de relever leurs remparts, et leur rendit les

prérogative* dont sa vengeance les avait dépouillés. Il prit même des mesures pour repeupler la ville, et y transféra, en 1425, le parlement de Toulouse, dont la peste ravageait la résidence. Deux fois même les États-Généraux du Languedoc y furent tenus pendant le règne de ce prince , qui vint présider en personne ceux de 1437. L'importance de la ville s’accrut de toutes ces solennités. François I" y ajouta l'établissement d'une sénéchaussée , malgré les protestations de Carcassonne; et cette sénéchaussée réunit sous sa juridiction les évêchés de Béliers, d'Agde, 4c Saint-Pons et de Lodève, avec les riches abbayes que renfermaient ces diocèses. Le roi vint, en 1533, recevoir les remerciements de la ville, et les fêtes dont il fut l'objet l'engagèrent sans doute à y retourner. Il y revint, le 17 octobre 1542, avec le Dauphin, et y resta jusqu'au 21 , pendant une nouvelle tenue des États-Généraux de la province.

Trois autres conciles y avaient été assemblés depuis les quatre dont nous avons parlé. Celui de 1279 , présidé par Pierre de Montbrun , archevêque, de Narbonne , et celui de 1299 n'avaient eu d’autre objet que la conservation des privilège’* du clergé. Celui de 1351 , tenu par Pierre de lu Jugie, archevêque du même siège, étendit encore ces privilèges en ordonnant aux curés d’assister aux testaments de leurs paroissiens et de veiller à l'exécution des. legs. Les prêtres battaient ainsi monnaie sur des cercueils; mais cette cupidité générale du clergé romain et du saint-siège ne tarda point à susciter les réformateurs qui , du fond de l’Allemagne et de la Suisse, ébranlèrent la puissance pontificale. Le calvinisme pénétra dans te Languedoc, et les persécuteurs s’y réveillèrent. Les habitants de Béziers ne furent pas les derniers A combattre pour la nouvelle doctrine ; et la ville eut également à souffrir des vainqueurs et des vaincus. Les calvinistes ayant pillé et dévasté les églises, le vicomte de Joyeuse açcourut du Roussillon, à la tête d une troupe d'hommes d’amies, et lit arrêter un ministre protestant nommé Vives, qui, en cherchant à s'échapper, fut renversé sans vie par une balle. La sédition en devint plus terrible. Joyeuse, retranché dans l’évêché, fut obligé de se faire jour lepécà la main; mais il revint en force et chassa de la ville ceux qu'il lui convint d'épargner. Un édit de pacification parut en janvier 15G2, et ne pacifia rien. Jacques de Crussol, lieutenant du prince de Coridé, vint à la tête des protestants de Nîmes, s'emparer de Béziers et ranimer la révolte. Crussol acheva le pillage et la profanation des églises; il fit caracoler son cheval dans la cathédrale, tandis que ses soldats détruisaient les châsses de saint Aphrodise et des autres saints du pays. Le renouvellement de l'édit ne rendit point la paix au Languedoc.

Les cardinaux d' Armagnac et de Strozzi tirent à Toulouse , pour l’extermination des huguenots, une ligue catholique qui fut approuvée par le parlement, et qui servit de modèle à la ligue des Seize. Cependant Charles IX alla se montrer à Béziers, à l'époque de sa majorité, et fut reçu et fêté. comme les autres. On parle même d’une Minerve d’argent remplie de pièces d’or qui lui fut offerte par la ville. Il est bon de dire que ce roi n'avait pas fait encore la Saint-Barthéicmi. Sous le règne d’Henri UI, la guerre du Languedoc changea de caractère. Joyeuse, fatigué de n’être qu'un lieutenant de gouverneur sous le maréchal de Damvitle, * se révolta contre son chef, et, fort de la faveur du nouveau roi, il réclama le gouvernement de la province. On vit alors le descendant du premier baron chré- . vi. 55

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tien s'allier aux calvinistes, sans changer de croyance, et ces calvinistes faire cause commune avec les catholiques contre les partisans de Joyeuse. Damville tixe sa résidence à Béliers, mécontente les protestants, prend et perd des châteaux, et signe un traité de paix avec son rival sans discontinuer ses armements. Sur ces entrefaites arrive l'édit de 1585, par lequel Henri III s'est déclaré chef de la Ligue. Le gouverneur de Béliers refuse de le proclamer. Damville y accourt et approuve son lieutenant. Le parlement de Toulouse punit la ville en supprimant le siège présidial attaché à la sénéchaussée; et le roi destitue le maréchal de son gouvernement, qui est n mis nu duc de Joyeuse. DamviU'e proteste contre sa destitution et continue la guerre jusqu’à la bataille de Coutrns , où son concurrent va se faire tuer. Le gouvernement du Languedoc lui resta en dépit de l'autorité royale dont tout le monde se jouait , et il redevint sujet fidèle! Mais les habitants de Béliers avaient pris leur révolte au sérieux. Leur juge-mage Douzon s'était fait le chef des mécontents. Damville accourut avec des troupes, fit pendre ce juge sur la place du marché, et tout rentra dans l'ordre, jusqu'à l’avénement d’Henri IV, qui donna à Damville, devenu duc de Montmorenci, l'épée de connétable et le collier du Saint-Esprit.

Sous le règne de Louis XIII, Béziers prit parti pour le duc Henri II de Montmorenci; après la chute et le supplice de cet illustre rebelle, les habitants renouvelèrent le serment de fidélité au roi, en faisant des adieux assez froids au duc d'Orléans qui s'était réfugié dans leurs murs. Louis XIII fut bon prince , Il n'infligea aux Biterrois d’autre punition que la démolition de leur citadelle. Il les consola même de cette perte en transférant à Béziers la chambre de l'édit, tribunal créé dans l'intérêt des calvinistes pour protéger leur liberté de conscience , et qui siégeait dans une petite ville de l'Albigeois. Le parlement de Toulouse ayant protesté contre cette translation, tout en l'enregistrant ( 1623 ) , Louis XIII répondit que. Béziers était une ville fort commode pour cette chambre, ce qui ne l’empêcha point de la transférer, six ans après, dans la ville de Castres. Béziers n'en appela point cette fois à la révolte; Louis XIII vint y tenir les Étals-Généraux du Languedoc, en 1032. Après tant de visites royales, nous ne devons point oublier celle d'un prince du théâtre français. Pendant que le prince de Conti tenait à Béziers les États de 1054, il y appela, pour se désennuyer, la troupe île Molière, et c’est là que fut jouée pour la première fois la comédie du Dépit amoureux. Une autre solennité littéraire lui Tut procurée par un édit de Louis XV, qui institua , en 1723 , a Béziers , une académie royale des sciences et belles-lettres, qu’on n essayé de faire revivre sous le consulat de Bonaparte, et qu'on a remplacée de notre temps par une société archéologique.

La révolution de 1780 trouva cette ville en possession de tous les établissements administratifs et judiciaires que nous avons mentionnés dans le cours de celte notice Ses établissements religieux consistaient en cinq paroisses, six couvents d'hommes, six de femmes, à deux desquels étaient attachés l'hùpital général et l'hospice des Enfants-Trouvés, une succursale de sœurs de la Charité, et cinq confréries de Pénitents, dont l'Empereur autorisa la résurrection, en disant qu'il aimait mieux voir les habitants de Béziers jouer à la chapelle qu a la république. On ne cite qu'une seule journée où le sang ait coulé , durant nos troubles poli-

tiques. Louis XVI régnait encore quami un jeune Biterrois, tué dans une émeute par les employés de la gabelle, fut vengé le lendemain par le massacre de ces employés. I.es idées d'ordre et de progrès modéré ont prévalu dans cette ville sans altérer le caractère d’indépendance qui distingue scs habitants. Elle est le centre d'un commerce considérable qu’alimente surtout l'abondance de ses vignobles ; et cela date de loin, car les vins de Béziers sont célébrés par Pline l'ancien. Dans le moyen Age, cette ville fut le rendez-vous d’une grande affluence de marchands venus de tous les points de la Méditerranée. Des tanneries, des fabriques de verdet et de soie y furent établies ; mais la fabrication des alcools a dominé toutes les autres. La production des vins est portée, nous croyons., dans lout l' agrandissement , à un million d'hectolitres. Toutes les spéculations agricoles se tournent de ce côté, depuis que la rigueur de quelques hivers a fait périr les dixneuf vingtièmes des oliviers qui couvraient les collines de ce pays. Le marché de Béziers est, comme celui de Bordeaux, un des régulateurs du prix des trois-six. Ce marché a lieu le vendredi , et un nombre considérable de bestiaux , qui se maintient entre sept et huit mille, y est amené du haut Languedoc et des contreforts des Pyrénées, pour être embarqué en grande partie sur les deux bateaux à vapeur qui vont , deux fois par semaine, d'Agde à Marseille.

Il ne nous reste plus qu'A mentionner les hommes plus ou moins célèbres qu'a produits cette ville, où un collège de Jésuites, fondé en 1599, a entretenu le goût des études littéraires assez familier aux Biterrois. « A Béziers, » disait M. de Mairan , « nous avons tous de l'esprit , mais ils sont fous, n Le plus ancien de ces illustres est Pierre Pééruc ou Pepesuc , capitaine dont le souvenir est resté dans les traditions populaires. On ne peut préciser à quelle époque il vivait. Nous passons à la période des troubadours que les Trencavels accueillaient avec distinction dans. leur palais. Raymond île Causclm et Mal/re Ermengdud, troubadours du xill* siècle , étaient des Biterrois ; le Bréviaire d' Amour, ouvrage du second, renferme de telles analogies avec l 'Enfer du liante, qu'il est presque impossible d’admellre que l’illustre poète d ltalie n’en ait pas eu connaissance. En autre troubadour du Périgord, Arnaud de Mareuil, appartient à l’histoire de Béziers pour avoir été aimé de lu vicomtesse, mère de Iloger-Trencavel. line femme poète, Azalats de Perliragnes , y parut quelques années plus tard. Étienne Forcadel, jurisconsulte, naquit à Béziers, dans le xvT siècle, et eut l'honneur d’être, préféré au célèbre Cujas, pour une chaire de droit à Toulouse. Il mourut en 1574, laissant , avec ses ouvrages de droit , un volume de poésies françaises. Jean Boscager, autre jurisconsulte , quitta Béziers, lieu de sa naissance, pour enseigner le droit A Paris , où il mourut le 15 septembre 1687.' A la même époque y naquit Jean Barbey rac, neveu du médecin Charles Barbeyrac, et qui alla professer le droit et l'histoire à Genève et à Groningue. En homme , plus justement célèbre , vit le jour dans cette ville en 1604 ; ce fut Pierre-Paul Biquet , le créateur du canal qui a doublé la prospérité du Languedoc. Cet homme illustre a attendu deux siècles la statue en bronze que vient enfin de lui ériger la reconnaissance de ses concitoyens , et qui est un des meilleurs ouvrages dus au ciseau du graud sculpteur David.

Vers les temps de Paul Riquet, l’Académie française recevait , immédiatement

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après ses premiers Quarante, Jacques Esprit , né à Béziers en 1611 , et qui y revint mourir le 6 Juillet 1678. Un académirien plus célèbre était né dans cette ville en 1624; c’était Paul Pèlisson, qui ajoutait 4 son nom celui de Fontanicr, du nom de sa mère. Il apprit, dans les collèges de Castres et de Montauban, le grec, le latin , l'espagnol et l'italien. Après avoir suivi le barreau de Castres, avec quoique distinction , il se fit a à Paris. Son Histoire de l'Académie française le fit admettre dans cette compagnie, dont il était digne par l'élégante pureté de sonstyle.Pélissou mourut le 16 février 1693. Deux jésuites, ses contemporains, honoraient encore sa ville natale par leur savoir et leurs talents ; l'un, le père Cléric , né en 1662, professait le latin dans une des chaires de son ordre, et remportait trois prix de poésie aux jeux floraux ; l'autre, le père Vanière, né en 1663 , publiait son poëme du Pradium rutticum. Jacques Vanière n'était pas né précisément à Béziers, mais dans un village du diocèse appelé Causses. En s'honorant de cette illustration littéraire, à laquelle une souscription vient de décerner un buste , la ville de Béziers n’a fait que suivre la tradition de toutes les géographies , et à ce titre elle aurait pu s’approprier aussi Guillaume Durant! , jurisconsulte du xiv* siècle, que protégea le pape Clément V, et que le Village de Puimisson avait vu naître. Il professa les humanités à Tours et à Toulouse, la philosophie à Montpellier, fut accueilli avec distinction par les hommes de goût de la capitale, et revint mourir 4 Toulouse le 22 août 1739. Des écrivains moins célèbres, de la même ville, y ont laissé un nom, soit en racontant les événements dont elle avait été le théâtre, soit en fouillant dans ses archives ou en explorant les débris de ses monuments pour en extraire quelques matériaux de son histoire. Ce sont Jacques Mascaro, chroniqueur patois du xiv* siècle ; Louis Charbonneau , dont les manuscrits ont fourni des détails importants sur les querelles du maréchal de DamVille et de Joyeuse ; GuibaU, auteur d'un abrégé de l'histoire biterroise ; Pierre Andoque, auteur d’un catalogue des évêques de Béziers et d'une histoire du Languedoc, que celle de dom Vaisselle a fait oublier.

Nous laissons ces noms et quelques autres qui n'ont point franchi les limites du diocèse, pour arriver 4 Jean-Jacques Dorions de Mairan , qui fut 4 la fois secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et membre de l'Académie française. Né 4 Béziers en 1678, cette ville lui dut son Académie, dont il dirigea les travaux par l'intermédiaire de son secrétaire perpétuel, le savant docteur Boulllet , connu par plusieurs Mémoires relatifs 4 la médecine. Une fluxion de poitrine enleva Mairan, le 20 février 1771. Après lui, le nécrologc de Béziers n’a plus 4 citer que deux noms : le grammairien Louis Domairon, né le 25 août 1745, et mort 4 Paris en 1807-, et le comédien-compositeur Gaveaux , ancien enfant de choeur de la cathédrale de Saint-Nazaire , et auteur des partitions du Petit Matelot et de M. Deschalumeaux. Gaveaux , né en 1761 , est mort dans les premiers jours de la Restauration. Enfin quelques Biterrois se sont distingués dans l'état militaire, sans toutefois parvenir 4 une grande gloire ; car il est fort douteux, malgré l'autorité de quelques biographes , que Pons de fMrivière , maréchal de Thémines, ait vu le jour 4 Béziers. Sa famille était de Cahors. Deux lieutenants généraux, au nombre desquels était M. de Gayon, époux de la sœur de Carrion PHsas, appartiennent 4 l'ancien régime, ainsi que le vice-amiral Sarret de Cous-

aergues, quoique ce grade lui ait été conféré par la Restauration; trois autres olïlcjéhi généraux ont élé le produit de la révolution : ce sont le lieutenant général Merle, qui s’esl distingué dans les guerres d'Espagne, et les maréchaux de camp M quel et Vtttlhii. I nc autre particularité qui distingue la ville de Béziers, c’est d’avoir donné 'cinq membres à l'Académie Française. Nous avons cité Esprit, Pélisson et Mairan; la liste actuelle porte le nom de M. l-'lourens et le nôtre.

Nous n'en dirons rien , pas plus que de M. Rosier, qui a obtenu plusieurs succès sur le Théâtre-Français. Il ne nous appartient ni d'apprécier le mérite des vivants, ni moins encore de parler de nous-méme , de qui on a dit bien du mal et beau- •

coup de bien. Quand nous n'y serons plus, on en dira ce qu'on voudra. 1 - ►

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