LA VA U R
I.e comte de Voix, Raymond-Roger, surprit, vers In mi'me époque, du côté de Montjoyre, un corps de six mille Allemands qui rejoignaient les Croisés et en fit un grand carnage. On était au mois «l’avril : le siège traînait en longueur, malgré les secours que Pierre de Courtenay , comte d’Auxerre, et les évêques de Bayeux et de Lisieux avaient amenés à Simon de Montfort , auprès duquel étaient venus aussi cinq mille hommes de la Confrérie blanche de Toulouse , qui , trompant la vigilance de Raymond VI, avaient Franchi In Garonne au gué du Basacle. Mais les assiégés avaient tant de ronfiance dans la force de la place , que les chevaliers se montraient armés de toutes pièces sur les remparts. Simon, cependant, réussit enfin à combler le fossé et fit avancer de plus près ses machines. I.'une d’elles, le Cal ou le Gliale [Calas), perça sous ses coups redoublés les murailles dans toute leur épaisseur ; tandis que l'abbé de la Cour-ltieu , vicelégat, chantait, entouré des évêques, le t en i Creator non loin du fossé. Les Croisés pénétrèrent par la brèche, dans la ville, le 3 mai 1211. Le brave Aymeri fut pendu A une potence très-haute : elle s'abattit, et Simon de Montfort, craignant qu’on ne perdit trop de temps à consolider les autres gibets destinés à ses quatre-vingts compagnons d’armes, les fit impitoyablement passer tous par le fil de l’épée. Guiraude fut jetée vivante au fond d’un puits que l’on combla avec de grosses pierres. Quatre cents hérétiques environ périrent dons les flammes , où ils se précipitèrent d’ailleurs avec tout le courage d’une conviction inébranlable. Simon pardonna à un nombre considérable de femmes et d’enfants , que l’un de ses chevaliers avait protégés contre la fureur du soldat , dans le premier emportement de la victoire.
Deux ans après, au mois de janvier, les légats ouvrirent un concile à Lavaur, pour y entendre le roi d’Aragon , Pierre II , dont toutes les sollicitations en faveur du comte de Toulouse demeurèrent inutiles (1213). Le jeune Raymond , lits de Raymond VI , reconquit la ville, eu 1220, sur Amaury de Montfort ; Louis VIII y passa, ainsi qu’à Castelnaudary , à son retour du siège d’Avignon (1220); plus tard, Raymond VII promit à saint Louis de démolir les murailles (1229), et autorisa les inquisiteurs à y faire la recherche des hérétiques ( 1234-1241). Les amendes auxquelles douze des plus riches habitants de Lavaur avaient été condamnés, servirent, en 1255, à la reconstruction de l’église du prieuré conventuel de Saint-Élan, que le pape Jean XXII éleva bientôt au rang de cathédrale (13171. Les États de Languedoc assemblés à Lavaur, en 1359, avisèrent aux moyens de défendre la province contre les Anglais ; le pape Urbain V , en 1368, y convoqua un concile dans lequel on s’occupa du rétablissement «le la discipline ecclésiastique. Lavaur fut ensuite érigé en comté par Louis XI, qui le donna à Jean de Foix-Candale ( 1462 ) , et Charles VIII le réunit à la couronne dès la première année de son règne (1483).
De la fin du xv‘ siècle nu commencement du xvT, Lavaur reçut trois fois dans ses murs le parlement, chassé de Toulouse par la peste (1485-1502-1552). Les Calvinistes s’y opposèrent, dès 1561 , à la publication de l’édit de juillet, et saccagèrent toutes les maisons des catholiques. Le seigneur d’ Ambres, gouverneur de la place, les en chassa pourtant, l'année suivante ; mais ils y rentrèrent, en 1567, et s'y maintinrent, pendant plusieurs années encore, malgré les habitants,
LANGUEDOC
indignés des traitements alTreux qu’ils avaient infligés aux religieux de Saint- François. Aussi Lavaur prit parti pour la Ligue, en 1589, et ne reconnut Henri IV qu’à la paix de Folembray (1595). Le duc. de Joyeuse y avait tenu les États de son obéissance, en 1589, 1590 et 1594. Sous Louis XIII, ce fut la seule ville-maîtresse du diocèse qui résista à toutes les sollicitations des Calvinistes et demeura constamment fidèle au roi (1521-1627). Le château, bâti sur un rocher, fut démoli, en 1623, et les consuls, en 1704, établirent sur son emplacement une promenade publique. Quelques ruines du château étaient restées debout : le roi y nomma un gouverneur jusqu'en 1780.
lavaur, capitale du bas Lauraguais, dépendait, avant la Révolution , de la judicature de Villelongue ; il y avait dans scs murs une justice royale et une recette particulière; son évêché était suffragant de Toulouse, et son premier consul siégeait aux États. Chef-lieu de sous-préfecture du Tarn, cette ville compte aujourd’hui près de 7,000 âmes; elle est située sur la rive droite de l'Agout, au milieu d'une plaine riante et fertile; les farines et les vins constituent les principaux articles de son commerce. L'arrondissement renferme un peu plus de 63,000 habitants. Nous citerons, parmi les anciens évêques de Lavaur, Pierre Dante, qui fut précepteur de François II et ambassadeur au concile de Trente; et parmi les hommes célèbres nés dans la ville ou aux environs, le graveur Dards; les peintres Jeun-Pierre et Antoine Itivals; le médeein Pinel, et les géuéraux Ile y et Ségauvillc. 1
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