LA V AU R
Le fragment qu'on a conservé de la chronique d'Odo Ariberti nous apprend que, dés le lx* siècle, il existait une forêt de Lavaur, Sgluu Vaurcucis , adjacente au pays d'Albigeois, vers laquelle Charles-lc-Chauvc détacha, pendant le siège de Toulouse (841 ), un corps de quinze cents chevaux et de cinq mille fantassins, mille quingenlos équités el quinque millia peilitum , pour V faire le dégdt. On ignore en quelle année fut construit le château de Lavaur : tout ce qu’on peut affirmer, c’est que, dans la seconde moitié du xr siècle, la famille de ce nom était déjà fort ancienne. En 1065, Guillaume et Pierre, l'un et l’autre co-seigneurs de Lavaur, donnèrent à Odalric, abbé de Conques, et à scs moines, l'église de Saint- Christophe, vulgairement appelée A' Afragnio ou de Lavaur, sise dans les dépendances du château , avec tout l'alleu qui appartenait à ladite église. Il y avait à cette époque, en dehors du château, et près de la rivière d'Agoiit, dont le cours sépare l'Albigeois du Toulousain , une autre église dédiée à Saint-Elan ou Alain : on voit , par la charte do donation qu’fsarn , évêque de Toulouse, et scs frères llernard et Pierre, tous trois fds de Guillaume, en firent aux moines bénédictins de Saint-Pons de Thomières, qu'elle était détruite en 1098, et que ceux-ci s'engagèrent non-seulement à la réédifier, mais encore à y bâtir un village. Telle a été l'origine de la ville actuelle de Lavaur, dont les seigneurs furent, au xii” siècle, vassaux des vicomtes de Béziers et de Carcassonne.
Lavaur devint , de bonne heure , un des foyers les plus ardents de l'hérésie des Albigeois. Le cardinal d'Albano, légat du pape Alexandre III, l'assiégea en 1181 ; il y rencontra , d'abord , une vive résistance ; mais bientôt la ville lui fut livrée par Adélaïde de Toulouse, femme de Roger II, vicomte de Béziers. Les deux principaux chefs des hérétiques, Raymond de Baiiniac et Bernard Raymundi, pris à Lavaur, abjurèrent leurs erreurs à Toulouse, où ils moururent chanoines, l'un de Saint-Sernin, l'autre de Saint-Étienne. En 1211, Lavaur fut investi de nouveau par Simon de Montfort. Le domaine utile de la ville et du château appartenaient alors à Guirnude, sueur d'Aymeri , seigneur de Laurac et de Montréal, lequel venait de se réfugier dans la place, suivi de quatre-vingts chevaliers, déterminés comme lui à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les habitants , presque tous hérétiques , partageaient leur résolution, et, s'il faut en croire Pierre de Vaux-Sernay , le comte de Toulouse leur avait envoyé secrètement un renfort sous la conduite de son sénéchal, Raymond de Récald. Cet historien dit, il est vrai, que le comte permit aux Toulousains d'approvisionner le camp des Croisés, où lui-même se rendit vers les derniers jours du carême , afin de se réconcilier avec l'Église ; mais il ajoute que Raymond n'ayant pu rien obtenir des légats , revint à Toulouse et intercepta toute communication entre les habitants et Lavaur, de sorte que la famine ne tarda point à se déclarer parmi les assiégeants.