‹ Histoire des villes de FranceChapitre 73 sur 137 · LIMOUX. — AL ET · texte numérisé non relu

LIMOUX. — AL ET

commune , leur avènement à l'héritage de Béra trouve dans la parenté une expliration toute naturelle. Quoi qu'il en soit , le romté de Rasez eut encore ses titulaires particuliers , à la mort d'Arnaud, comte de Carcassonne, qui en investit Eudes, son second fils (957). Celui-ci le transmit A un autre Arnaud (1017), sur lequel l’histoire ne nous apprend rien d’intéressant, non plus que sur Raymond I" (1030) , père de Raymond It ( 1059) , qui mourut sans enfants , en 1067. Le Rasez fit alors retour à la branche aînée de la maison de Carcassonne, dont le principal représentant était Ermengarde, femme de Raymond-Bernard, vicomte d’AIbi et de Mmes.

L’histoire politique de Limoux se borne, dans le principe, A quelques faits trèssecondaires que nous allons rapporter sommairement. Simon de Montfort , auquel les habitants prêtèrent sermentde fidélité, en 1209, après la prise de Carcassonne, rasa la forteresse de Flaçan et non point la ville même de Limonx , comme on l’a dit longtemps en faisant une confusion et commettant un anachronisme. Il ne put donc la transférer dans la plaine; mais il nomma capitaine et gouverneur de la seigneurie ung valent homme et sage de son carlier, appelât Lambert de Creiehi , qui prit le nom de l.ambert de Limoux. En 1218, Amaury de Montfort, touché de la lettre affectueuse que les consuls lui avaient écrite , A la nouvelle de la mort de son père , érigea cette ville en capitale de tout le Rasez , et y fonda le couvent de la Trinité. Bientôt pourtant les habitants se déclarèrent pour le fils de leur ancien spigneur, Trencavel, fils de Raymond-Roger, contre le roi de France, Louis VIII , qui les punit en démolissant la forteresse réédifiée par eux sur le Puy (1226). L’année suivante , Pierre , archevêque de Narbonne , les enveloppa dans l’excommunication fulminée contre tous les fauteurs, défenseurs et receleurs cC hérétiques. En 12V0, ils fournirent des troupes A Trencavel pour le siège de Carcassonne : ce qui leur fit perdre, plus tard, toute espèce de droit A l'exemption de la taille, ainsi qu’A la propriété de certains terrains, situés dans la dépendance de la ville et que le roi avait confisqués ( 1255 ). Au commencement du xiv* siècle, les consuls et les plus notables bourgeois de Limoux , séduits par le frère Bernard Délicieux, offrirent la seigneurie de leur ville A l'infant de Majorque, don Ferrand. Le complot ayant été découvert, le commissaire de la cour fit pendre à Carcassonne les coupables, le 29 novembre 1304, veille de saint André. Plusieurs exécutions eurent aussi lieu A Limoux , en 1305. La ville fut frappée d'une grosse amende et privée du Consulat. Le pape Jean XXII , en 1317, y créa un siège épiscopal ; mais il le supprima bientôt , sur les doléances de l'archevêque de Narbonne, pour ériger en cathédrale, et sous la dépendance de celte métropole, l’église Notre-Dame d’Alet, dont il promut l'abbé, Barthélemy, A la dignité d'évêque ( 18 février-1" mars 1318). En 1347, Philippe de Valois, menacé par les Anglais, permit à la ville de Limoux de se clore de murs et de fossés, nonobstant toutes défenses antérieures. Une sédition violente y éclata, vers la fin du règne de Charles VI, A l’occasion de la crue de trois cent mille livres , demandée pour les frais de l'expédition contre les Anglais et le duc de Bourgogne. Le maréchal de Boucicaut, capitaine général du Languedoc, ordonna que les clefs des portes seraient mises sous la maiu du roi , et suspendit les consuls de leurs fonctions pendant quatre années (1414). Sous François I", les compagnies de Na-

LANGUEDOC

varre et du sieur de Bonnanat , cantonnés à Limoux , profitèrent de la captivité du roi pour y commettre toute sorte de violences ( 1525-1526).

Dès 1562, les Calvinistes se saisirent de Limoux, où se réfugièrent bientôt leurs coreligionnaires de Carcassonne, conduits par le ministre Vigneaux. Le capitaine catholique Poinas , forcé d'abandonner la ville, revint en former le siège, le 11 du mois de mai, avec de l'artillerie, dix compagnies de fantassins et sept à huit cents bandouliers, gascons ou espagnols, que lui avait amenés le célèbre Loupian , capitaine de miquelets. Ce n'est pourtant que lorsque le maréchal de Mirepoix eut pris le commandement du siège et foudroyé les remparts avec seize pièces de canon , que les catholiques rentrèrent dans la place, où les introduisit un traître dont la maison était contiguë aux murailles. Ils y firent un butin énorme et se portèrent à d'affreux excès. Les protestants reparurent à Limoux , en 1565, et y tinrent même des assemblées publiques. Alet, d'où ils avaient été chassés en 1575, par les troupes de Laviston, gouverneur de la cité de Carcassonne, tomba de nouveau entre leurs mains en 1577. Ils essayèrent alors d'enlever Limoux aux catholiques; mais ils furent découverts et repoussés, au moment même où, après être descendus, la nuit, dans le lit de la rivière, et avoir dressé les échelles au vieux pont, leurs soldats s'étaient déjà glissés jusqu'au parapet (15 août). La ville, depuis, resta toujours aux catholiques ; le parlement rebelle de Toulouse y transféra le présidial de Carcassonne, en 1589; l'année précédente, le maréchal de Joyeuse y avait réuni les États de la Ligue dans le réfectoire du couvent des Cordeliers; le traité de Folembray put seul le remettre sous l'obéissance du roi (1596).

Louis XIII récompensa les habitants de la fidélité qu’ils, lui gardèrent contre le duc de Montmorency ( 1632) , en établissant une sénéchaussée pour tout le petit pays de Hâtez et un présidial à Limoux (1640). Les consuls furent réintégrés aussi dans l'administration municipale , dont ils avaient été dépouillés successivement par les deux viguiers, Samuel d’Azam et Jacques d'Azam, son frère, partisan déclaré de Montmorency. Le consulat, à cette époque, était électif et annuel ; il se composait de six membres, savoir: un clerc, deux bourgeois, deux marchands, et un artisan ou laboureur, lin arrêt du parlement de Toulouse, en date de 1592, avait chargé les électeurs d'assigner leur rang aux consuls. Cet ordre de choses fut bouleversé par la création des Offices, sous Louis XIV. line ordonnance royale réduisit, en 1705, le nombre des consuls à quatre, et, en 1766, celui des conseillers à douze. Ceux-ci sc renforçaient d'un nombre égal d'électeurs quand il s'agissait de procéder à la nomination des consuls; choisis, le premier, dans la classe des gradués ou nobles taillables ; le second, dans celle des bourgeois vivant noblement ou même des fabricants, qui, au bout d’une année d'exercice, pouvaient être honorés du premier chaperon ; le troisième , parmi les notaires , les procureurs ou les marchands en détail ; le quatrième , parmi tous les autres contribuables. Enfin , les communes ayant obtenu l'autorisation de racheter les charges municipales (1771) , le premier consul de Limoux fut investi, en vertu des dispositions contenues dans les lettres-patentes du roi , du titre de maire , dont il dut remplir les fonctions durant quatre années. A l’avènement de Louis XIV, les habitants de Limoux, sollicités par les frondeurs, déjouèrent tontes les intrigues

IJ MOll X. - AL ET.

île» meneurs les plus ardents du parti. Le jeune roi leur écrivit une lettre fort curieuse, dans laquelle il les remercie de leur bienveillance, et les assure à l'avenir de sa gratitude. La reine-régente, en effet, releva le siège du présidial de Limoux (1644), que Louis XIII avait consenti à supprimer, sur les plaintes de celui de Carcassonne; et plus tard, Louis XIV fonda à Limoux un hôpital général ( 1674) , auquel furent réunis, en 1678, les autres hôpitaux de la ville et du district, avec ceux du pays de Termenois. La prospérité industrielle de Limoux était ti son apogée. On n'y comptait pas moins de vingt-cinq fabriques de draps, produisant vingt-quatrins façon de Hollande, des vingt-deuxains montagne, dis seizains et quelques Londrins seconds. Cette prospérité ne lit que s'accroître dans le cours du xvm* siècle, grâce à l'institution des boites; et l’on calcule que la vente des laines, jointe h la main d'œuvre, fit circuler, dans la population, près de quatorze cent mille livres

La sénéchaussée de Limoux renfermait deux bailliages royaux, l'un à Esparaza, dont le bailli était de robe, l'autre à Sault, dont le bailli était d’épée, comine le sénéchal. Cette ville a aujourd'hui un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, une chambre consultative des manufactures, une société agricole et un collège communal ; en outre , elle jouit de cinq foires annuelles très rouîmes. Ses principaux établissements industriels sont des manufactures de draps extrêmement impartantes, des filatures de laine, un entrepôt de fer et des forges ; le commerce y embrasse à la fois les vins, les huiles d'olive, les cuirs et les savons verts. Nous ne dirons rien de la situation pittoresque de Limoux, sur la rive gauche de l'Aude, au milieu d'un vallon charmant, dont tous les voyageurs parlent avec admiration. Quatre jolies fontaines alimentent la ville, où elles entretiennent une grande propreté. L'hôpital civil et l'église paroissiale de Saint-Martin, dont la tour date de 1.433, et ta flèche de 1596; l’ancien palais de justice et l'hôtel de ville restaurés en 1688, ainsi que farc-detriomphe ou porte de la Trinité, peuvent passer pour des monuments remarquables. Les voyageurs ne manquent pas de visiter aux environs la chapelle de Notre-Dame de Marceille, charmante église champêtre et lieu de pèlerinage trèsfréquenté, dont on attribue la fondation aux Bénédictins de l'abbaye de Saint- Hilaire. Alet, que l’abbé Pons Amelii avait fait ceindre de murs et de fossés, à la fin du xip siècle , et dont le diocèse temporel comprenait tout le Rasez , ou Offlcialité de Limoux , et le diocèse spirituel le Capcir, est situé à dix kilomètres de cette ville, sur la rive droite de l'Aude, au pied des Pyrénées, dans un vallon étroit que resserrent encore et dominent de toutes parts de hautes montagnes boisées. Quatre sources , trois thermales et une minérale froide, appelée les Eaux- Rouges, y attirent chaque année un grand concours de malades ou de simples amateurs. On fait à Alet un commerce considérable de bêtes à cornes, dont la laine est recherchée. C'était autrefois le chef-lieu d'une recette. Un de ses consuls assistait aux États, conjointement avec le premier consul de Limoux, et quand on appelait leur voix, on disait Met et Limoux. Chef-lieu d'une des trois sous-préfectures du département de l’Aude , Limoux renferme 6,676 habitants; on en compte dans l’arrondissement un peu plus de 75,680. Alet en a près de 1,300, et Rennes 450. Le maréchal vicomte Guillaume de Joyeuse,

père de François, rardinai et archevêque de Toulouse, d'Anne, de Henri, et A' Antoinc-Scipion , qui portèrent tour à tour le titre de duc de Joyeuse, occupa l'évêché d'Alet jusqu’à la mort de Jean-Paul, son frère aîné. Le plus illustre évêque d'Alet a été Nicolas Pavillon, janséniste, tombé dans la disgrâce de Louis XIV, mais aux vertus duquel Boileau fit une allusion délicate dans son poème du Lutrin. Limoux a donné le jour à Fabre iT Ëghntine, an général Andrieux, à M. Alexandre Guiraud, membre de l'Académie Française, auteur du beau roman de Cètaire; et à M. L.-H. Fonds-Lamothe, dont les excellentes notices sur cette ville nous ont servi à débrouiller le fll si emmêlé des preuves rassemblées par dom Vaissette dans son histoire. 1

-MooWifrow

Page 1