‹ Histoire des villes de FranceChapitre 72 sur 137 · RENNES · texte numérisé non relu

RENNES

Théodulfe, évéque d’Orléans, parle dans le poème qu’il a consacre au récit de sa mission en Septimaoie , d une ville appelée Redde , où lui et son collègue , Leydradc, archevêque de Lyon, se rendirent en venant de Carcassonne (798). La science a fixé , depuis quelques années , la position de cette ville ( d’origine romaine probablement, car on découvre encore aux environs des vestiges d’antiquités) , sur le même plateau, vaste et d'un abord assez difficile, dont une partie est occupée actuellement par le petit village de Rennes (autrefois Régnés), situé dans le canton de Couïza et l'arrondissement de Limoux. Redde | lietlas ou Iteilœi était alors accompagné de deux châteaux et donnait sou nom à une portion considérable du diocèse de Narbonne, le Reddcz ou Rasez (Pagus Rrdensis ou Radensis). Ces deux châteaux existaient encore à la fin du xr siècle , puisque Raymond-Bernard et Ermengarde les comprirent dans l'acte de vente qui assura la suzeraineté du pays à la maison de Barcelone. Toutefois, la ville était déjà déchue singulièrement, sinon tombée tout à fait dans l’oubli. Quant à Limoux (Limosvt ou Limousin , et en langue romane Lgmos), on ne saurait affirmer qu’il eût pris naissance à la fin du vm* siècle; car il n'en est question, pour la première fois, que dans un diplôme de Charlcs-le-Chauve, daté du 30 juillet 854. De laborieuses et savantes recherches ont démontré péremptoirement qu’une ville aussi ancienne que Redde,

1. Commentaires de César. — Histoire de V Académie des inscriptions et belles-lettres , I. XXIX. — Chronique de Jean de Rielar. — Histoire de Grégoire de Tours. — l.e Père Rouges, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Carcassonne. — Bosse, Histoire des antiquités de la ville de Carcassonne. — L'Art de vérifier les dates. — Dom Vaissette, Histoire générale de Languedoc — L’Anonyme Languedocien. — Pierre de Vaux-Sernay. — Sisinoudi , Histoire des Français. — Boulainvilliers, État de la France. — Essai sur le gouvernement de Languedoc, l«ir J.-J. D**’, avocat au parlement, ancien premier consul de Saint-Hippolyle. - — lodoci Sinrrri limerai ium Golliee. — Piganiol. — tixpilly. — Hesseln. — Annuaires île l'Aude.

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couvrait , plus d'un demi-siècle auparavant, le haut de la colline escarpée, baignée par les eaux de l'Aude, qu'on rencontre à quatre cents mètres environ de la plaine où s'élève aujourd’hui Limoux. C'était Plaça u ou Flacian, désigné plus tard dans des actes authentiques sous le nom de Ihbes-huutes de Monlfoit. Presque tous les titres du moyen âge relatifs à Limoux, indiquent en effet Flaçan, et toujours en termes tels, qu’ils témoignent non pas précisément de l’identité de ces lieux, mais de leur union. Nous croyons donc, et la preuve en résulte pour nous d'une lecture attentive des titres rapportés par dom Vaissete, titres longuement étudiés, confrontés et commentés: nous croyons que la ville de Flaçan, bâtie sur le Puy, a été l'origine de celle de Limoux, bâtie dans la plaine. Flaçan fut détmit à une époque qu'il nous est impossible de déterminer (peut-être par les Sarrasins), et les habitants, descendus de la hauteur, s'établirent dans le vallon de l’Aude, qu'un débordement soudain du fleuve les força d'abandonner. Ils remontèrent alors sur la colline et y construisirent une nouvelle ville ( l orner on basli al pueij ) qui fut ruinée comme la première. Par qui et comment? Nous l’ignorons. Toujours est-il qu'étant retournée dans la plaine, cette population errante s’y groupa encore au même emplacement qu’elle avait choisi d’abord et y prit racine; de manière qu’il ne resta plus sur le Puy ( in forlalicio podii) qu’une forteresse à laquelle on continua de donner le nom de Flaçan. La date de ces dernières vicissitudes est fort incertaine, il faut l’avouer : celles qu'on lit dans une chronique romane, qui les mentionne , sont évidemment beaucoup trop modernes ; et une saine critique a fait, en outre , justice de la vei'sion adoptée par les commissaires de Saint-Louis, dans le jugement qu’ils rendirent, en 1255, au sujet des réclamations que la communauté de Limoux avait adressées au roi, pour des terrains confisqués pendant la croisade de son père.

Le Rasez dépendait, ainsi que nous l’avons dit, du diocèse de Narbonne, dont les métropolitains, avant que Charlemagne l’en eût détaché pour l’enclaver dans la marquisat de Toulouse , eurent même grand soin de s'intituler archevêques de Narbonne tt de Rasez. Il comprenait anciennement le Capeir, aujourd'hui renfermé dans le Roussillon ; plus tard , il s'étendit seulement sur une partie du diocèse d'Alet, et sur tout le pays qu'on appela l’OfDcialité de Limoux. Le premier comte de Rasez fut Béra , fils , à ce qu’on pense , de Guillaume , duc de Toulouse, et dans ce cas proche parent de Béra , comte de Barcelone, avec lequel on a eu le tort de le confondre. C'est lui , et sa femme Rumille ou Koinille ( Ux or uiea Romella coin Hissa) qui fondèrent, l'an 813. sur la rivière d'Aude, l'abbaye d'Alet, de l’ordre de Saint-Benoît ( E/ectense beahe Maria monusterium ), et la soumirent à Saint-Pierre de Rome, envers lequel le nouveau monastère fut assujetti à une redevance triennale d'une livre d’argent, en reconnaissance de la protection toute spéciale que lui accorda le pape Léon. Béra eut pour successeurs Argila , son fils , et Béra II, son petit-fils, qu’on présume aussi avoir été comte de Roussillon, de 844 à 846. Le comté de Rasez passa postérieurement dans les maisons de Carcassonne et de Barcelone, qui le possédèrent d’abord par indivis, puis s’en partagèrent le domaine, vers la fin du ix’ siècle. Béra II , è ce qu’il parait, ne laissa point de postérité ; et comme on a de fortes preuves que les comtes de Barcelone et de Carcassonne pouvaient revendiquer avec ceux de Rasez une descendance

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