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des droits de sa mère ; mais celle-ci , craignant qu'il ne s'emparât à son préjudice du domaine contesté, lui suscita des obstacles. Elle le désliéiita du comté de Melgueil au prolit d’Ennessinde, sa sœur, femme de Bcnnond de Sauve, et de sa nièce. Douce de Provence. A cette nouvelle , Bertrand se prépare à la guerre ; il achète l'alliance du brave Guillaume VU, seigneur de Montpellier. La lutte dure six mois. Guillaume alors, reconnaissant l'impossibilité de tenir tête à un ennemi tel que le comte de Toulouse, ou persuadé que la justice n'était pas du côté de Bertrand, l'abandonne et reconnaît Haymond pour comte de Melgueil. Bertrand , réduit à ses propres forces , est obligé de limiter (1174).
L’histoire d'Alais, depuis cette époque jusqu'à la croisade contre les Albigeois , est peu fertile en événements ; à l'éclat des actions guerrières succède la lumière plus douce et plus bienfaisante des arts et des sciences. Le troubadour Gauceliu Faidits s'y maria, en 1165. De simple bourg, Alais était devenu une ville. Elle jouissait d une civilisation avancée, lorsque le fanatisme vint changer en déserts ses fertiles campagnes. Prompte à se soumettre au légat d'innocent 111, elle eut pourtant moins à souffrir de la barbarie des croisés, que plusieurs de scs voisines qui lui opposèrent une plus longue résistance. Raymond Pelet , son seigneur, fit hommage, l'année d'après, à Simon de Montfort. Il réunissait entre ses mains les deux parties qui avaient auparavant formé la propriété d'Alais. Mais, à sa mort, cette propriété fut encore divisée entre deux de ses fils : Pierre Bermond et Bernard Pelet , huitième du nom. Le premier fonda la branche des seigneurs de Sauve, le second celle des seigneurs d'Anduse. A la mort de Simon, Amaury, son fils, grâce à l’inimitié qui existait entre les deux seigneurs d'Alais, put conserver quelque temps encore la suieraineté de cette ville. Bernard Pelet, par cela seul que son frère, Pierre Bermond , avait pris le parti du comte de Toulouse, se déclara pour le fils de Simon de Montfort; il lui livra la tour d'Alais appartenant à Bermond, de la portion duquel il lui fit même hommage. Amaury, pour le récompenser, la lui donna en fief. Mais ces arrangements n’eurent pas de durée. Bermond rentra bientôt en possession de son domaine ; il vécut plus longtemps que son frère Bernard. Vers la lin de ses jours, il eut avec ses neveux de vives contestations. le cardinal Courad, légat du siège apostolique, fut obligé de s’en mêler; les arbitres qu'il nomma pour terminer ce différend, rendirent un jugement par lequel Pierre Bermond fut condamné à céder à la veuve de Bernard d'Anduse , et à ses enfants , la moitié du péage d'Alais, avec plusieurs châteaux et domaines. Ses neveux , à leur tour , durent lui céder tous leurs droits, et sur Alais et sur leurs autres propriétés, qu'ils tinrent depuis en fief de leur oncle. Quant au suzerain d'Alais, ce fut désormais le roi de France, auquel Amaury, en 1224 , avait cédé ses prétendus droits.
Cependant qu'était devenu le comté de Melgueil? l’évêque de Maguclonne en jouissait, sous la mouvance du saint-siège. Louis IX, s'imaginant que ce domaine appartenait à la maison d'Alais , pria le pape Clément IV d’éclaircir ses doutes ; et celui-ci , Se fondant sur une fable absurde 1 , répondit à Louis IX que le comté
1. Cette Table, le pontife la tirait du roman intitulé Philomela , dans lequel l’auteur lait assister le pape Léon III et le collège des cardinaux à la conquête de la Narbonnaise sur les Sarrasins (sous Charlemagne).
LANGUEDOC
de Melgueil appartenait bien au siège , et que l'évêque de Maguelonne en jouissait légitimement. Vers rettc époque, des querelles d'amour-propre avaient mis aux prises les seigneurs d'Alais ( 1236). Il s'agissait de savoir lequel des deux aurait la préséance dans les cérémonies. On l'adjugea au seigneur d'Anduse , è cause de l’antique origine de ses droits (1238). L'un des seigneurs de cette ville, Bermond, eut l'imprudence de se liguer avec le comte de Toulouse contre son suzerain. Il éprouva le sort des petits qui se mêlent des querelles des grands. Le roi , après avoir Tait la paix avec le comte de Toulouse, lui pardonna , mais comme les princes pardonnent, c'est-à-dire en saisissant tous scs domaines. Il est vrai qu'en échange il lui accorda six cents livres de rente annuelle (1243). Une partie d'Alais fut donc réunie à la couronne; l'autre resta aux mains de Raymond Pelet. Louis IX avait soumis en partie la ville à la juridiction du sénéchal de Carcassonne et de Beaucaire. L'esprit qui caractérisait généralement ces officiers du roi, c’était l'esprit d’envahissement. Le sénéchal de Carcassonne faisait donc subir toutes sortes de vexations aux seigneurs d'Alais et à la population. Tiburge, veuve de Bernard Pelet, s'en plaignit vivement aux commissaires chargés par le roi, en 1347, de recueillir les plaintes contre ses officiers. Les consuls de la ville se joignirent à elle. On ignore tout de ces magistrats, la manière dont ils furent investis de leur pouvoir, les circonstances qui donnèrent lieu à cette institution , et jusqu’à sa date précise.
Louis IX, quelques années après, alla lui-même en Languedoc et s'arrêta plusieurs jours à .Mais. La vie féodale, si pleine d'énergie, s'éteignait déjà dans cette ville, dont la physionomie commençait à se confondre dans le type banal des pays où la royauté avait étendu sa domination. Nous touchons au moment où les templiers vont expier de leur sang des crimes qu'ils n'ont point commis. Le château d'Alais est leur prison (1307). Leurs juges, ce sont quelques inquisiteurs et des frères mineurs tirés du couvent même d'Alais. On les interroge : ils nient tout. On les sépare : ils font alors quelques aveux ; mais bientôt , n'ayant plus sous les yeux le spectacle des supplices, iis proclament que la crainte seule les a fait parler. On les remet aux fers. L'année d'après, toujours dans le château d'Alais-, on les applique à la torture. Ils font de nouveaux aveux, mais d'une absurdité incroyable. Une morne tranquillité succède à ces persécutions. Dans l'espace de quatre nu cinq ans , la purtie d'Alais qui appartenait à la couronne, change deux fois de mains sans que sou repos soit troublé. En 1347, elle appartenait, par droit d'achat, à Rogier, vicomte de Beaufort, en faveur de qui le roi avait érigé en comté la seigneurie d'Alais. Philippe-le-Bel ajouta à ce privilège celui d’avoir un juge d'appeaux.
Si toutes ces libéralités, faites à Beaufort parce qu’il était frère du pape Clément VI, avaient pu détourner d'Alais le fléau des dévastations auxquelles se livraient déjà les paysans armés par la faim, qu'on appelait Coyricns ou Tuckins, la tranquillité de ses habitants n'eùt pas laissé d'être parfaite. Mais la terreur régnait dans le pays, s Le duc de Berri, dit dom Vaisselle, fit tenir à Alais, par « les gens de son conseil, au mois de septembre de l’année 1382, l'assemblée « des États de la sénéchaussée de Beaucaire , et leur fit demander un subside « pour l’entretien des troupes contre les Tuchins. » La population d'Alais,