‹ Histoire des villes de FranceChapitre 76 sur 137 · AL AIS. — LE VIGAN · texte numérisé non relu

AL AIS. — LE VIGAN

l'importance de son industrie, son rang dans la hiérarchie féodale, tout justifiait la préférence que le duc de Berri donnait à cette ville en la prenant pour centre de ses opérations. Appartenant toujours à la maison de Beaufort, elle avait du reste pour seigneur, en 1398, ce même vicomte de Turenne qui lit la guerre à Louis XII, et dont la fille épousa, en 1393, Jean-le-Maingre, plus connu sous le nom de maréchal de Boucicaut. Son père, sous prétexte d'ingratitude, l'axait déshéritée; mais le roi intervint, et comme elle mourut sans enfants, en 141(5, à son mari revint la jouissance du comté d'Alais, qui passa dans la suite entre les mains de la branche de Beaufort-Canillac.

Les Calvinistes furent.de bonne heure, nombreux et puissants à Alais. Le baron, à leur tète, fit des courses dans le pays. Il tomba, en 1562, sur le château de Qucsac, dont il se rendit maître. Mais à ce jeu, il perdit sa capitale. Alais devint la proie des Catholiques, et François de Cambis ne put y rentrer qu'en 1567; ce ne fut même que pour en être dépossédé encore. Enfin, en 1569, les réformés vinrent de nouveau mettre le siège devant la place, qu'ils se contentèrent cependant de bloquer. Sur ces entrefaites, un renfort leur élant arrivé, ils voulurent l'emporter d’assaut ; mais ils furent repoussés et contraints de décamper après avoir perdu un assez grand nombre des leurs. Saint André, chef des Catholiques, ravitailla la place ; puis, <i la tête de quatre mille hommes, il alla semer l'effroi aux environs d'Alais, parmi les rcligionuaires. Ceux-ci ne tardèrent pas à reprendre le dessus. Deux ans ne s’étaient pas encore écoulés, qu'ils étaient redevenus les maîtres de toute la contrée. Alais était même tombée en leur pouvoir, et, pour la conserver, ils eurent soin d’y établir une très-forte garnison. On ne pouvait guère les en déloger qu'en employant la ruse. C'est ce que comprit le maréchal de Joyeuse. Il fit donc dire au baron d'Alais, de la maison de Cambis, qu’il mettait sous ses ordres un grand nombre de troupes; il lui demanda de les recevoir dans la ville. Le baron d'Alais, flatté de la position que Joyeuse voulait lui faire, accepta ; mais les habitants d'Alais comprirent que leur intérêt ne s’accordait pas avec celui de leur baron. Ils manifestèrent hautement l'intention de ne pas lui permettre de recevoir les troupes de Joyeuse. Le baron insistant, son obstination («usa une émeute dans laquelle le sang fut répandu ( 1572). A qui resta la victoire? on l'ignore. Il semble que ce soit aux satellites du baron. En effet, trois ans plus tard, les réformés eurent encore à assiéger Alais; ils la prirent le 12 février 1575. Quatre ans après, un traité de paix était signé par la reine-mère, au nom des Catholiques, par le roi de Navarre, au nom des Protestants, à qui Alais fut donné pour garantie ( 1579).

La lutte recommença bientôt, terrible, acharnée. Le 5 octobre 1620, les réformés d’Alais s’assemblent en tumulte ; ils tiennent , dans les murs de la ville, un synode national. Tous les membres (pii le composent s’engagent, par un serment solennel , à ne se désunir jamais. Ils s’abstiennent de députer à la cour, suivant leur coutume ; ils se séparent , l'indignation et la colère dans le cœur. Ces sentiments étaient partagés par tous les habitants. Les chapelles et les églises n'offraient plus que des monceaux de cendres et de décombres. La fureur populaire n'avait pas même respecté la religion des tombeaux ; la femme d'un des chefs du parti catholique, enterrée dans Alais, fut exhumée, et son cadavre vi. 63

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train:' sur la claie aux applaudissements d'une population fanatique. Richelieu vint comprimer l'essor de tant de passions. On le voit , à la suite du roi, en 1629, pacifier le royaume, il arrive , le 8 juin , à Galindres, château situé dans le voisinage d'Alais. Cette ville, encore aux mains des protestants, avait naguère pour seigneur un jeune homme de vingt ans, que le duc de Rohan avait fait prisonnier. Au moment où Louis XIII vint mettre le siège devant la place, elle était gouvernée par Mirabcl et défendue par une garnison de deux mille cinq cents hommes. Le •duc de Montmorency commença l'attaque en se portant vers le petit fort, qu'il prit mais qu'il paya d'une grave blessure. D'un autre côté, le roi fit dresser ses batteries. A cette vue , les assiégés demandèrent à capituler. Le roi leur pardonna ; mais il exigea que la garnison sortit , mèches éteintes et drapeaux ployés. Le lendemain il y entra. Il ordonna qu'on détruisit les fortifications. C'était le 17 de juin I,e 27, le cardinal lui présenta les députés des protestants. La paix fut signée de nouveau. Cette fois, elle eût pu durer, mais le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, ayant pris parti pour le duc d'Orléans, en 1632, entraîna dans sa révolte le baron d'Alais, son neveu. Le résultat de cette lutte, personne ne l’ignore : Montmorency porta sa tète sur le billot, et Alais vit son château rasé par les ordres du roi.

Ainsi finit le rôle politique de cette ville. Son évêché, qui ne datait que de 1692 , valait dix-lmit mille livres de revenu ; car c'était un pays riche par l'industrie de ses habitants, qui fabriquaient la soie d'une manière supérieure, ainsi que des cadis, des serges, des ratines. Le commerce de ces objets manufacturés y était môme si considérable , qu'on n'y voyait presque pas de pauvres. Cette prospérité n'a point diminué, depuis, et Alais est encore, de nos jours, une ville aussi renommée par sa situation industrielle que par la fertilité de son territoire. Ces avantages y entretiennent une grande activité. Les rues, garnies de colonnes et d'arcs destinés à mettre les passants à l'abri du soleil , lui donnent quelque ressemblance à une vaste maison mauresque. La cathédrale elle-même porte l’empreinte de l'influence des Arabes sur l'art européen. De la promenade de la ville, on découvre un paysage ravissant. Le Gardon, sur la rive gauche duquel Alais est assise , serpente au loin dans les campagnes , et , dans les mille sinuosités de son cours, il baigne de ses eaux les riantes prairies qui sont comme l’un de ccs cadres immortels dont la nature se plait à embellir 1rs chétives et éphémères créations de l'homme. Alais, chef-lieu de sous- préfecture du Gard, a plus de 12,000 habitants, et l'arrondissement en renferme 79,923.

Un paysage non moins beau, c'est celui que présente la ville du Vigan . située à peu de distance d'Alais, et dont les environs sont semés de maisons de campagne, aussi productives que délicieuses. L'intérieur de la ville est également fort agréable À voir : ce sont des bâtiments pleins d’élégance et de commodité, bien différents de ceux qui la composaient autrefois. Quelques auteurs font remonter l’origine du Vigan jusqu'au temps des Romains : il n'est pas bien sùr , toutefois, que ce soit Ventlomagus, cet ancien bourg de la Gaule Narbonnaise, dans lequel d'autres aut< urs ont voulu voir le berreau de Mi mie. Dans tous les cas, ce château est le de rniei* (pii se trouve sur les nolires de l’Empire. Il ne tient

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aucune* place dans l'histoire, aux premiers temps de notre monarchie, et c'est à peine si , vers le ir siècle , quelques actes font mention de son église , enclavée d'abord dans le diocèse* de Cahors, ensuite dans celui de Toulouse (1081). Plus tard , Le Vigan fut le théâtre de quelques unes de ces scènes sanglantes auxquelles donnait lieu la guerre contre les routiers ( 13ltl ). Malgré ces tribulations, la xille ne laissa pas de prendre, au milieu du xv* siècle, et durant les siècles suivants, une certaine importance. Elle aussi avait fait sa révolution communale , mais on ne sait comment. On peut affirmer seulement que ses consuls avaient droit de siéger aux États de la province. Enfin , un héros digne des temps antiques, vivant au xviii* siècle, vint jeter sur Le Vigan l'éclat d'un nom â la célébrité duquel Voltaire a eu la gloire de concourir puissamment. Laissons donc un moment la plume à ce grand esprit , qui va nous apprendre comment le chevalier d'Assas mourut, la nuit du la au 16 octobre 1760. « Le prince héréditaire de Rrunswirk, écrivait-il au duc de Choiseul, veut surprendre M. de Costries, qui en veut faire autant. On envoie, à l'entrée de la nuit, M. d'Assas, capitaine d'Auvergne, à la découverte; le régiment le suit en silence. Il trouve, â vingt pas, des grenadiers ennemis couchés sur le ventre ; ils se lèvent, ils l'entourent , lui mettent vingt baïonnettes sur la poitrine: Si vous criez, tous /'les mort. Il retient son souffle un moment pour crier plus fort : A moi, Auvergne, les voilà! Et il tombe percé de roups : Décius en a-t-il plus fait? » C'est par cet acte de dévouement à son pays , que le chevalier d'Assas a mérité de vivre éternellement dans la mémoire des Français, l e Vigan lui a élevé une statue sur sa place publique. En honorant ainsi l'héroïsme utile et désintéressé, cette ville ne s'est-elle pas honorée elle-même? Elle est donc plus importante au point de vue des souvenirs que sous le rapport du rang qu’elle occupe aujourd’hui dans le département du Card. Sa population n'est que de 4,909 habitants , et la ville n'a que peu d'activ ité industrielle ou commerciale. L'arrondissement dont elle est le chef-lieu compte 66,241 habitants

MENDE

Les Romains donnèrent à une montagne de la (îaule narhonnaise le nom de Wimalensis Wons ; il parait même qu'on l'appelait quelquefois Mimate, ce qui ferait supposer que Mende, bâtie sur une montagne, était déjà fondée en l’année

1. Histoire générale de Languedoc. — Pierre de Marra, Histoire de B éar n. — Gariel , Sériés epiacoporum Magalonensium , elc. — Le Laboureur, Histoire générale de la maison d'.induse. — Archives de l'abbaye de Bonne val. — Catel, Mémoires. — Clément IV, fipitres. — Vie des papes d’Avignon. — VU de Charles VI. —Mercure français. — Vie du dur de Montmorency. — Description de la France , par Piganiol. — Mabillon. — Voltaire, Correspondance générale, t IX. — Biographie universelle.

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G36 de Rome. Quoi qu’il en soit , le pays environnant, célèbre par son excellent laitage, abondait en mines d'argent ', et ce Tut au milieu de ces trésors cachés qu'un pieux solitaire vint établir sa demeure. Les Vandales traversaient alors la France, ou plutôt la ravageaient en courant <376) . Arrivés à Mimatensis Mons, ils trouvent saint Privât. Soit que l'austère et patriotique anachorète eût voulu, à la tète des chrétiens, les arrêter à leur passage, soit qu'il eût osé, seul, braver leur orgueil, on se saisit de lui, on l’insulte, on le frappe , et quelques jours après il meurt de ses blessures. L'Église en fait un saint, la superstition un dieu : son tombeau , disent les martyrologes , opérait des miracles. Ce qu’il y a de certain, c'est que la dévotion des peuples donna la plus grande importance aux lieux où il était mort. Adon semble, il est vrai , parler de Mende comme d'un petit amas de maisons qui , au X’ siècle, méritait à peine le nom de village. Cependant ce fut là qu'à cette époque on transféra le siège épiscopal du Gévaudan, auparavant établi à Javoux. Cette translation eut lieu d’une manière solennelle; on plaça dans l'église les reliques de saint Privât. Les évêques eurent soin, dès l’origine, de conserver à cette église son prestige de sainteté. Ils réprimèrent sévèrement tous les désordres provenant des clercs et des religieux. L’église Saint-Martin de la Canourgue, pour être régénérée, fut soumise à la juridiction spirituelle de l'abbé de Saint- Victor de Marseille , abbaye si célèbre, dans ces temps reculés , par la réforme de scs meeurs (1060).

En 1161, les évêques de Mende achetèrent de Raymond de Saint-Gilles les droits que ce seigneur s'était arrogés sur la ville. Louis-lc-Jeune, peu de temps après, confirma celte autorité. Aldebert III, évêque de Mende, par une feinte soumission, avait obtenu de lui des lettres par lesquelles le roi déclare « qu'il lui accorde , et à ses successeurs , tout l’évêché de Gévaudan avec les droits régaliens; » il ajoute o qu’il veut que son église soit libre et exempte de toute exaction. b Mais ce n’était point l'affaire des seigneurs de la contrée, qui s'opposèrent à ce que l'autorité de l'évêque prît un tel développement. Aldebert réclama auprès de Louis-te-Jeune. Dans une lettre pleine de respect et de bonté, ce prince engagea l’évêque de Mende à supporter avec résignation les tracasseries des seigneurs séculiers , ses voisins ; mais il refusa de mettre sa puissance au service des prétentions du prélat. Aldebert n’eut donc plus qu'à compter sur lui-même. En 1162, il lit élever des murailles autour de Mende, qui, de bourg qu’elle était, s’éleva bientût au rang de cité.

La puissance temporelle de ses évêques grandit dès tors de plus en plus. Guillaume de Peyre, l’un d'eux, ne craint pas de s'attirer la colère du roi d'Aragon, en chassant du Gévaudan le bailli de ce prince; en 1223, le même prélat excite, par ses actions, le juste courroux des habitants de Mende, et il se plaît ensuite à braver leur fureur; mais ceux-ci se révoltent, et Guillaume est chassé. Il rentra plus tard dans la possession de son siège. Il n’en fut ni moins inquiet , ni moins ambitieux. Lors de la guerre des Albigeois, il prolite des troubles de la province pour agrandir scs possessions. Il s'empare, entre autres, du château de Greies; puis, trouvant un acquéreur, il cède, en 1225, ce château et tout le pays de Gévau-

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