YSSINGEAUX
L'origine d'Yssingeaux est fort obscure. Les Romains en furent les fondateurs, à l’époque où ils dominaient dans la Gaule, et ils lui donnèrent le nom A’icidinago. En 472, les Wisigotbs s'en emparèrent ; les historiens prétendent qu'ils y commirent beaucoup d'excès par intolérance religieuse ; mais comment ne pas accueillir avec la plus grande défiance des accusations contre lesquelles s'élève tout entière l'histoire des populations ariennes'.' Les Kranks su; saisirent enfin d'Vssingeaux, qui , dès 613, fut réuni au domaine de la couronne. Cette ville n'en subit pas moins la conquête des Sarrasins d'Espagne, en 729. Les Normands pénétrèrent aussi jusqu'à son territoire, en 86;'. On le voit donc : la destinée d’ Vs- •
singe, nu, du moins dans ces temps reculés, fut presque constamment orageuse.
On ignore quelles furent les vicissitudes auxquelles elle fut soumise, depuis la tin du ix" siècle jusqu'au commencement du xnf.; on sait seulement qu'elle fut incorporée successivement à l’Auvergne et au comté de Toulouse. Quelles sont les dates précises de ces événements? C’est une question devant laquelle l'histoire est restée muette. Par un travail de critique qu’il serait difficile de placer sous les yeux du lecteur, nous sommes parvenus toutefois à découvrir qu'Yssingeaux fut incorporé au comté de Toulouse avant 1202. En 1229, elle faisait encore partie de ce domaine, et elle fut cédée à Louis IX par le comte de Toulouse, Raymond VII. Le roi plaça Yssingeaux sous la juridiction du sénéchal de Beaucaire et de Mmes.
Quand vinrent les guerres de religion du xvi* siècle, Yssingeaux prit parti contre les ligueurs. En 1593, les États du parti du roi étaient assemblés à Pézénas : les consuls de la ville du Puy ne pouvant pas s'y rendre, Yssingeaux s'empressa d'envoyer à leur place un député qui siégea aux États. Plus tard , en 1621, pendant les guerres qui désolèrent la province, sous le règne de Louis XIII, les religiounaires pénétrèrent un moment danseette ville. u Ceux de Privas, au nombre de quatre cents, sous la conduite de Maçons, raconte dom Vaisselle, se portèrent • 8
vers le Velay et surprirent la ville d'Vssingeaux, où ils entrèrent : mais ils furent si vivement repoussés par le curé , homme septuagénaire , à la tète des habitants , qu’ils furent obligés de prendre la fuite , après avoir laissé plusieurs des leurs sur la place. Les autres furent défaits par Chaste , sénéchal du Velay, et par les paysans du pais qui les poursuivirent; en sorte qu’il n'en retourna que quarante à Privas. » Nous ne trouvons depuis cette époque aucune circonstance dans l'histoire qui rappelle le nom d'Yssingeaux ; tout ce qu’on sait, c’est qu'en 1754, les bandes du célèbre Mandrin exercèrent quelques brigandages aux environs *
de cette ville et qu'elle fournil son contingent d’hommes pour les combattre.
Il est difficile d’indiquer quelle était la situation morale d'Yssingeaux avant 1789; c'est aujourd'hui l'un des deux chefs-lieux de sous-préfecture du département de la Haute-Loire ; sa population s'élève à 7,166 habitants. L'étendue de
YSSINGÜALX.
•Vil
la ville n'est peut-être pas en rapport avec son importance. Située sur une colline aussi rocailleuse qu’élevée , entourée et dominée par d'autres collines plus épies encore, elle offre un aspect sévère, plus pittoresque qu'agréable; du reste, ces collines étant presque entièrement dénudées, les environs présentent un tableau peu gai et, en quelque sorte, sauvage. L'intérieur de la ville, quoique généralement irrégulier, est parsemé de constructions modernes, propres et spacieuses ; on y voit aussi une église d'une architecture élégante et légère. Il y a peu d’industrie dans l’arrondissement; mais il est fort peuplé; il ne renferme pas moins de 81 ,G6ï habitants. 1
VIVIERS
AfS - U BODBO-SAINT-SaaiOL
Lorsque César arriva dans les Gaules , tout le pays situé sur le versant oriental des Cévennes, auquel on a donné le nom de Vivarais, était habité par les Helviens qui, au rapport de Pline, jouissaient du droit latin, depuis l'an de ltome 630. Leurs limites étaient, au nord et au nord-est, le territoire des Ségalauniens, établis entre le Doux et l'Eyrieu; au nord-ouest et à l'ouest, le sommet des Cévennes et de la Lozère qui les séparaient des Vellaves et des Cabales, clients des Arvernes; à l'orient, le Rhône; au midi, l'Ardèche. Le Rhône, il est vrai, n’avait pas toujours servi de frontière aux Helviens ; mais, l'an de Rome 677, sous le proconsulat de Lépide, gouverneur de la province romaine, s'étant déclarés pour le parti de Sertorius, Pompée, questeur, avant de passer en Espagne, les avait soumis et dépouillés des terres qu'ils possédaient sur la rive gauche de ce fleuve, pour les adjuger aux Marseillais, en récompense de leur fidélité constante à la République.
Les Helviens , cependant , n’avaient point alors perdu leur indépendance : ils étaient restés colonie latine , et libres sous un chef prince de la Cité. L'un de ces chefs, C. Valerius Procillus, fils de C. Valerius Caburus, auquel le préteur de la Xarbonnaise, C. Valerius Flaccus, avait permis de prendre son nom , en lui conférant le droit de bourgeoisie romaine, fut l'allié, l'ami de César, son interprète et son ambassadeur auprès des peuples barbares de la Celtique. Il combattit les Helvètes, à la tête d’un corps de cavalerie auxiliaire dont il avait grossi l’armée du conquérant, et faillit être la victime d’Arioviste qui, feignant de ne voir en lui qu’un espion , le menaça plusieurs fois du dernier supplice. Quatre années plus tard , c’est-à-dire l’an de Rome 702, César, obligé par l’insurrection généralc'de
1 . Histoire générale de Languedoc. — Piganiol. — Grégoire de Tours. — Ch. Nodier et Taylor, Voyage dans la France pittoresque.
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la Gaule de franchir les Alpes en toute hâte, assigna rendez-vous chez les Helviens à une partie des troupes de la province, ainsi qu'aux recrues qu’il avait amenées d'Italie. Lui-méine se dirigea bientôt vers le versant oriental des Cévennes, dont il gravit la cime en se frayant difficilement un chemin à travers six pieds de neige, Discnssâ nire Vl in altiludinrm pedum , et fondit tout à coup suivies Arvemes , accablés par cette brusque invasion. Son frère et son lieutenant , L. César, qu’il avait laissé dans la province avec vingt-deux cohortes, n'était point assez fort pour la défendre. Aussi , quand après la levée du siège de Gergovie, les Arvemes et les Cabales, d'un côté, les Ruléniens et les Cadurces, de l'autre, vinrent y faire des courses, les llelviens se portèrent de leur propre mouvement à la rencontre de l'ennemi ; mais ils furent repoussés jusque dans les murs de leurs forteresses , et leur chef, C. Valerius Donotaurus , frère de Procillus, périt en combattant. Cet échec diminua sans doute la confiance que les Helviens avaient eue jusque-là dans leurs seules forces; cor ils n'osèrent point refuser à Vercingétorix, assiégé dans Alise . un contingent de huit mille hommes.
Auguste, dans la division qu'il fit de toute la Gaule en quatre provinces, incorpora lo pays des Helviens à la Narbonnaise, et les appela Atbrnscs, du nom de leur ville principale , Alba , à laquelle il voulut même attacher son nom d'empereur : Alba Augusta; d’où , par élision , Albaugusta. Cette ville , qu’ Adrien de Valois a eu le tort de confondre avec celle de Viviers ( Vivarium ou l’irnrio), laquelle n'était alors probablement qu’un poste de guerre [castrum), couvrait l'emplacement occupé en partie par le bourg actuel d’Alps ou Aps, sis à deux lieues au nord-ouest de Viviers , et autour duquel on trouve encore aujourd'hui des débris d'antiquités. Pline, en parlant d ’Albn Helviorum, célèbre par la qualité des vins de son terroir, prétend qu'on y cultivait un plant de vigne dont la fleur ne durait qu’un jour. A cette époque, il y avait déjà, non loin et au-dessous de Vivarium, une petite localité appelée Gcntibus , la même , sans aucun doute , qu'on trouve désignée postérieurement , sous le nom de Borgagiates ou Bergoitus , dans les vieilles chartes de la cathédrale de Viviers. Saint Andéol , sous-diacre et disciple de saint Polycarpe, souffrit , dit-on, le martyre à Gcntibus, au commencement du in* siècle, sous les yeux de l’empereur Sévère (208). Le christianisme avait donc pénétré ch; z les Albcnses, et Alhe était peut-être le siège d’un évêché. Toutefois, il serait téméraire de l'affirmer, sur la foi du père Columbi qui , dans son histoire des évêques de Viviers, ne compte pas moins de cinq prélats jusqu'à saint Aulus ou Avolus dont l’existence ne saurait être contestée. Saint Aulus, en effet, fut couronné du martyre par les Vandales lorsque, sous la conduite de Chrocus, ils s’emparèrent d’Albe et la ruinèrent de fond en comble ’»08). Son successeur, saint Auxonne, transféra le siège à Vivarium; mais il n'en garda pas moins le titre d’évêque d'Albe ou d'Alps : titre que prirent aussi, pendant longtemps, ceux qui occupèrent après lui le nouveau siège de Viviers. La translation du siège d’Albe peut servir, du reste, à marquer l'époque vers laquelle la dénomination de Vivarais dut prévaloir insensiblement sur celle d flelvie ou Albie. Quant aux premiers successeurs de saint Auxonne, les documents sont fort incertains à leur égard, et l’on ne connaît guère que leurs noms. Ne manquons pas d'ajouter qu'il serait trop long d'entrer dans tous les détails que les historiens nous ont transmis sur
Digiti:
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les évêques de. Viviers : ou comprend assez que nous ne pouvons ici mentionner que ceux dont une circonstance caractéristique rattache l’épiscopat à l'histoire même de la ville.
Viviers, devenue la capitale du pays, avait été entourée de fortifications, et le Rhône, qui ne s’était point encore retiré, baignait le promontoire sur lequel s'élevait la cathédrale. Quelques auteurs assurent que celte église fut saccagée par Marie, dans le v* siècle; quoi qu'il en soit, elle était sortie de ses ruines, quand l'évêque saint Venance acheva de la restaurer et la dédia à saint Vincent (517-595). Les Sarrasins, auxquels Mauronte, duc de Provence, avait ouvert les portes d'Avignon, s’étant répandus des deux côtés du Rhône, en 73C, pénétrèrent dans le Vivarais, prirent Viviers et pillèrent la cathédrale. Charles Martel y introduisit bientôt des bénéfices séculiers, qu'il créa pour plusieurs de ses compagnons d'armes. Nous ignorons en quelle année : un fait positif, c'est qu’au milieu du vur siècle , le chapitre de Saint-Vincent se composait de vingt ecclésiastiques et de vingt seigneurs laïques, auxquels avait été accordé le droit d'entrer dans le chœur, armés de pied en cap, et d'y conduire leurs femmes. Leurs descendants, malgré la suppression des membres laïques du chapitre par le pape Clément VI, conservèrent même, jusqu'au xv* siècle, la prérogative de s’asseoir avec leurs femmes dans les stalles du chœur, revêtus de chapes et de mitres. En 815, Louis-le-Débonnaire confirma les privilèges de l'église du Vivarais, à la sollicitation de l'évêque Thomas I"; privilèges presque tous obtenus aux dépens des lions Hommes de Viviers {lion i llomines ) , dernier souvenir du ■nunicipe romain, étoulfé par Charlemagne, pendant un court séjour qu'il fit dans cette ville, au retour de son expédition victorieuse contre les Saxons (788). Les évêques réunirent , dès lors , l'autorité temporelle à l'autorité spirituelle ; néanmoins la protection des comtes de Toulouse, auxquels le roi Raoul donna le comté de Vivarais (925-9VV), rendit quelque énergie aux populations opprimées, quelque ressort au pouvoir municipal , et chaque évêque, à son avènement, fut obligé, le jour de l'installation, de descendre de cheval à la porte de la cathédrale et de jurer, avant de poser le pied sur le seuil de l'église, le maintien intact et sincère des immunités et des franchises, tant du chapitre que de la ville elle-même.
En 1117, l’empereur Conrad III, se prétendant héritier du royaume de Provence, constitua le diocèse de Viviers, c'est-à-dire tout le bas Vivarais, en souveraineté indépendante, dont il investit l’évêque Guillaume, son cousin. Guillaume , qualifié comte de Viviers et jouissant des droits régaliens , étendit sa domination sur plus de trente lieues carrées; il eut à sa solde une armée de quinze mille hommes, et pour vassaux dix-huit barons du Vivarais et du Dauphiné. Frédéric Barberousse, en 1177, déclara dans une de ses chartes datées d’Italie, que l'égliso de Viviers ne relevait que de l’Empire. La puissance des évêques s’accrut ainsi , surtout durant la guerre des Albigeois , d'une manière inquiétante pour leurs compétiteurs et leurs voisins, jusqu'à l'année 1229. Saint Louis, profitant alors de la cession que Raymond VII, comte de Toulouse, lui avait faite du Vivarais, entreprit d'y reconquérir toute l'autorité qu'avaient usurpée les empereurs et dont ils n'avaient pu disposer légitimement en faveur des évêques. Ceux-ci se plaignirent au pape d’être cités au tribunal des officiers du roi de
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France, « où ils étaient muktez lorsqu'ils rerusaient de comparaître, et jugés en matière civile et criminelle. » Le pape Clément IV écrivit à saint Louis pour les défendre (1268), et lui représenter qu'effectivement le cartulaire de l'église de Viviers ne contenait aucune charte « qui ne prouvât qu'elle dépendait de l'Empire depuis des temps fort reculés. » Mais les droits du roi reposaient sur des titres plus sûrs que de vains diplômes dans lesquels, d’ailleurs, on se reportait toujours à d'anciennes concessions des princes de la maison de Charlemagne. Il fallut se soumettre ; il fallut que les prélats et leurs vassaux obéissent, comme sujets du roi de France, au sénéchal de Beaucaire. L'un d'eux, Louis, essaya bien de résister et lança même une sentence d'excommunication contre le sénéchal, Guillaume de Pontchavron , qui était venu recevoir à Viviers In montre Jet gens d'armes du roi (1280). Hugues, successeur de Louis, dut plier et demander merci pour ce coup d'audace. Philippe-lc-Bel n'était pas homme à reculer devant un prélat de son royaume, lui qui devait braver la papauté en face. Toutes les fois qu'il eut à se louer des évêques de Viviers, sa bienveillance ne leur fit point défaut. Tel fut Itaymond de Falgar, qu'il choisit pour un des membres de son conseil et auquel il permit non-seulement d'acquérir le péage et le château de Donzère , mais encore de faire circuler dans le midi la monnaie qu'on frappait , à son coin, au château de Largentièrc (1293). Le petit-fils de Saint-Louis était donc fermement résolu d’accomplir l'œuvre de son aïeul. Le caractère hautain , la volonté inflexible du jeune prince n’étaient déjà plus un mystère pour personne. Aussi l’évêque Aldebert de Peyre s’empressa-t-il de couclure avec lui , à Lyon , le 10 juillet 1305, et Louis de Poitiers , son successeur, ratifia, le 1" janvier 1308, un traité par lequel il fut décidé que le prélat et le chapitre reconnaîtraient la suzeraineté du roi de France sur tout leur domaine temporel et sur celui de leurs vassaux , tant du Rhône qu'aux environs du fleuve ; déclarant que le ressort et la supériorité lui appartenaient, et s'engageant à prêter serment entre ses mains ou celles de l'un de ses officiers. Philippede-Bel leur laissa la haute et la basse justice dans leurs terres; il consentit, en outre, que l'évêque continuât à frapper une monnaie qui, en sa qualité de baron de France, eut cours à Viviers, dans le diocèse et hors du diocèse; mais il lui imposa la condition formelle d'ôter de son sceau les armes de l'Empire et d'y substituer celles de France. Depuis ce traité, rendu définitif par le serment d'allégeance que l'évêque Bertrand prêta, en 1311, entre les mains du chancelier d'Orgemont, le pouvoir des évêques déclina rapidement : il ne leur resta plus que le prestige du passé , basé sans doute sur une illustration réelle, mais bon tout au plus à leur concilier les respects des autres prélats de la province qui , durant presque tout le cours des xvi* et xvii* siècles, leur déférèrent habituellement la présidence des États de Languedoc.
Comme on le voit, peu de chose jusqu'ici sur l’histoire particulière de Viviers; ce n'est jamais que celle de ses évêques; et à part les faits assez rares que nous avons enregistrés, à peine pourrait-on rappeler deux circonstances dignes de quelque intérêt ; savoir, la consécration de la cathédrale par le pape Célestin 1( ( 17 février 1119), et le passage d'innocent II, en 1130. Les guerres de religion , si pleines de péripéties dans le Vivarais, ne présentent non plus aucun épisode
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saillant, soit à Viviers, soit au Bourg-Saint-Andéol. La première de ces deux villes se range sous la bannière du prince de Cnndé, dès 1562. Le baron des Adrets, forcé d'abandonner le siège de Carpentras, traverse le Rhône, s'empare du Bourg-Saint-Andéol qu'il livre au pillage, et en confie le commandement à Saint- Rémesi.fun des douze barons du Vivarais. Les catholiques, i leur tour, avec deux compagnies, surprennent la place dont ils égorgent le gouverneur. Beaudiné accourt aussitôt de lleaucaire ; il assiège le Bourg-Saint-Andéol , l'emporte d'assaut, le lendemain 12 novembre, et massacre une partie de la garnison, tandis que l'autre s'échappe par le Rhône (1562). la’s habitants de Viviers courent de nouveau aux armes, en 1567, effrayés de l'entrevue que Charles IX et Catherine de Médicis avaient eue à Bayonne avec la reine d’Espagne et le duc d'Allie. La paix de (xvngjumeau est signée ( 1 568 ) ; mais le sieur de Saint-Auban , maître de Viviers, refuse d'évacuer la place. Les catholiques l'y attaquent, se saisissent de sa personne, le conduisent à Saint-Audre-d' Avignon ; et le parlement de Toulouse, après l'avoir frappé d'une amende de six mille livres, en dédommagement des dévastations qu'il avait commises dans la cathédrale, le condamne, en outre, à perdre la tète. En 1572, à la nouvelle de la Saint-Barthélemy, Joyeuse, embarrassé désordres de la cour, veut mettre une garnison à Viviers; mais les bourgeois refusent de la recevoir. Nous sommes en 1376 : Dumvillc, suspect aux protestants, négocie sa réconciliation avec la cour; les hostilités cependant n’ont pas été interrompues dans le Vivarais. Le capitaine Gueydan pénètre par surprise dans le château de Viviers, d'où lé gouverneur, Montnult , ne tarde point â le chasser. Enfin, l'année suivante, au mois de juillet, le capitaine catholique de l.uynes s'assure du Bourg-Saint-Andéol, et Viviers fait sa soumission au roi, pendant que Damvillc opère contre les calvinistes, de concert avec le maréchal de Bellegarde.
A partir de cette époque, nous ne trouvons plus un mot sur Viviers ni sur le Bourg-Saint-Andéol dans les divers auteurs qui ont écrit, en fragments épars, les annales extrêmement confuses du Vivarais. Toute la période si agitée des règnes de Louis XIII et de Louis XIV s'écoule, sans que l'une ni l'autre de ces deux villes joue un rôle soit dans les guerres suscitées par les querelles de Chyliane-Lestrange avec Brisou (1619), et ensuite par l'ambition du duc de Rohan (1627-1629); soit pendant la révolte de Jacques Roure (1070), ou bien dans les différentes émotions calvinistes qui précédèrent et suivirent la révocation de l’édit de Nantes (1683-1709). Au commencement de la Révolution, le voisinage du camp de Jalès, placé sur les confins des deux départements du Gard et de l’Ardèche, causa quelque fermentation parmi les liabitanLx du Vivarais; mais les mouvements séditieux n'y eurent point un caractère aussi grave que dans la Lozère, où les habitants de Mende arborèrent h; drapeau blanc (février 1792). Les troupes de la République curent bientôt dissipé ce rassemblement de factieux ; l'un des chefs les plus hardis des royalistes , Dussaillnrit , prit la fuite ; et l’insurrection , comprimée de toute part, dégénéra en une espèce de chouannerie si insignifiante, qu’elle ne résista pas même à une promesse d'amnistie sous le Consulat (1800).
L’Assemblée constituante ne forma qu’un département du Vivarais, grossi depuis longtemps de la plupart des communes qui avaient appartenu au Valen-
tinois et nu Diois, situées sur la rive droite du Kliûne, et de toute la partie du pays haut qui n'avait point été comprise anciennement dans le diocèse ou comté de Viviers ; elle l’appela de l’Ardèche, du nom de la rivière qui le borne au sud. I.e Bourg-Saint-Andéol et Viviers figurent aujourd’hui comme chefs-lieu de canton dans l'arrondissement de Privas; ils ont, celui-là un peu plus de 1,300 habitants, celui-ci environ 3,6.10. i.a première de ces deuv villes fait un asseï grand commerce de grains, de farines, d'huiles d'olive, de vins et d'eaux-de-vie, et possède des fabriques et des filatures de soie; toute l'industrie de la seconde, dont la populutiou dépassa 15,000 âmes , au moyen âge , et qui eut sa juirerie, comme Home son ghetto . consiste dans l’exploitation d'importantes carrières de chaux hydraulique, dans l’élève du mûrier et I éducation des ver» à soie. Elles sont situées l’une et l'autre , à près de huit kilomètres de distance , sur la rive occidentale ou rive droite du Ithône. On remarque un beau pont suspendu au Bouig- Saint-Andéol, et Viviers offre à l’admiration du visiteur sa cathédrale gothique. L’évéque, autrefois suffragant de Vienne, l’est maintenant d’Avignon. Il habite un palais magnifique dans sa ville épiscopale, et fait sa résidence d’été au Bourg- Saint-Andéol. Aps, qui dépendit de la recette de Viviers, fait partie, depuis la Hévolution , du canton de cette ville ; sa population s'est élevée peu à peu , de ICO habitants à 1,380.
Au nombre des prélats, presque tous d'une grande naissance, qui ont occupé le siège de Viviers, et parmi lesquels nous comptons treize cardinaux , plusieurs se sont distingués par leurs vertus ou leurs lumières : tels que Jean de Braugny, cardinal et doyen du Sacré-Collégc; Jean de l’Hostel, tombé sous les coups des calvinistes; et Martin de Stratubon que Bossuet honora de son amitié. Deux chanoines sortis de la cathédrale de Saint-Vincent , ont rempli aussi avec éclat la chaire de Saint-Pierre : l'un, V terre Boyer, sous le nom de Clément VI ( 1312- 1352); l'autre, Othon Colonne, sous le nom de Martin V, élu au concile de Constance, en 1 131 . Le diocèse ou comté de Viviers députait chaque année son syndic aux États-Généraux de Languedoc , où siégeaient par tour le premier consul des huit villes de Largentière, Joyeuse, Annonay, Montlaur, le Bourg-Saint-Andéol , Tournon, Viviers et Boulogne. Chacune des douze baronnies du pays avait également par tour son entrée aux États : c’étaient Samt-Reniesi , Annonay, Vogué, Aubcnas, Crussol, Montlaur, Lavoulte, Tournon, Largentière, Boulogne, Joyeuse, Chalançon et La Tourettc. Quant aux États particuliers du Vivarais , connus ailleurs sous le nom d' Assiette du diocèse, ils se composaient des douze barons, y compris le comle-évèque, lesquels présidaient par tour; du bailli d'épée de Vivarais et Valentinois, dont la charge remontait à l’an 1311 ; du grand-vicaire de l’évèque , qui avait la qualité de baron de Viviers ; de deux autres baillis et de treize consuls. 1
1. Commentaires de César. — S'otice de la Gaule, de D’Anville — Sotitia Galliarum «I* Adrien de Valois. — Histoire de C Académie des inscriptions et belles-lettres, I. XXIX. — Jean Columbi , De Rébus gestis episeop. Vivar, — La France selon les décrets de l'Assemblée conslituanle. — Dotn Vaisselle , Histoire générale de Languedoc. — AHktI Du Boys, Album du Vivarais. — Dictionnaire de Hussein. — Les Commentaires du soldat du Vivarais, suivis du Voijat/e du duc de Rohan, et de la Révolte de Roure ; publiés par J.-L. de Laboissiérc. — Le Moniteur Universel-