PRIVAS
L'origine dt‘ Primas se perd dans les ténèbres du moyen âge, et l'on ne sait rien des commencements de cette ville, lin lt 10, le pape Pascal II s'y arrêta en allant en Italie et y donna la confirmation. A cette époque, Privas faisait partie des domaines de la puissante famille de Poitiers; elle était regardée comme la capitale de la contrée montagneuse des Bouttières. Au xvt siècle, la force de ses remparts et le courage de ses habitants en faisaient une place importante. O Tut une des premières villes de France qui se déclarèrent pour la réforme; dès 1360, elle embrassa le parti du prince de Condé. En 1374, François de Montpensier, dauphin d’Auvergne, commandant de l'armée royale, après avoir incendié le Pouzin, vint assiéger Privas. Mais cette ville fut secourue par Saint-Romain, un des plus vaillants capitaines des réformés , et le prince Dauphin , repoussé dans deux assauts, malgré la supériorité de ses forces, se vit contraint de lever le siège.
1-cs troubles qui éclatèrent en Yivarais, vers la fin de 1619, eurent pour cause le mariage de Charlotte de Clmmbaud , dame de Privas, veuve du sieur de Chambaud de la Tour-Gouvemet, fumeux chef du parti protestant. Cette dame ayant épousé le sieur de Ch y I i a ne- Lestra n ge , fils aîné du vicomte de Lestrange, catholique zélé, dont elle était devenue éperdument amoureuse, les rcligionnairrs du Vivarais s'alarmèrent de cette union qui mettait Privas, une de leurs plus fortes places, au pouvoir d'un seigneur catholique. Sur ces entrefaites, le sieur île Chyliane-Lestrangc ayant , avec quelques gentilshommes de ses omis , attaqué et dispersé une troupe de protestants qu’il avait rencontrée aux environs de Privas, les habitants de cette ville prirent aussitôt les armes. I.c sieur de Brison avait à se venger du refus de la dame de Chambaml. dont il avait sollicité la main , bien qu’il fut veuf de sa fille : il s’empara donc du château de Privas , prétendant que le gouvernement lui eu appartenait. I.e duc de Montmorency essaya en vain de rétablir la paix entre les deux partis. Le traité, conclu sur ses instances, est rompu bientôt après; les religionnaires se soulèvent de toutes puits, et le comte de La Voultc est obligé, en l'absence du duc, d’accourir à Privas pour désarmer les rebelles. Il mit une garnison dans le château et interdit l'entrée de la ville* au sieur de Chyliane-Lestrangc; mais celui-ci, sans s’arrêter à cette défense et avec l’aide de sa femme, s’empare de Privas. A celte nouvelle, tous les religionnaires du Vivarais et des provinces voisines se rassemblent dans celte ville sous les ordres du sieur de Brison , et bloquent, le château ; il ne fallut rien moins que l’arrivée de Montmorency, à la tôle d'un corps de troupes, pour les faire rentrer dans le devoir.
Après le départ du duc , les hubitants de Privas reprirent les armes , et , sous la conduite de Brison, ils attaquèrent de nouveau le château. Ayant fait sauter la
LANGUEDOC
grosse tour au moyeu d'une mine , ils forcèrent la garnison que Montmorency y . avait laissé*-, à capituler. Une fois maîtres du château, qui menaçait leur indépendance, ils le démolirent. Le maréchal de Bassompicrre, sur l’ordre du roi , accourut à Privas avec un corps de troupes, contraignit Brison à lui livrer la place, et en fit raser les fortifications (1622). Le Vivarois fut alors entièrement soumis. Mais cette paix ue dura pas. En 1629, le duc de Rohan vint soulever de nouveau le Midi. Privas fut une des places du Vivnrais dont Louis XIII entreprit en personne la réduction. Ayant passé le Rhône, le 15 mai , il se rendit devant celle ville, qu'il avait Tait investir la veille par le maréchal de Srhombcrg, et en forma le siège. Le sire de Chabreilles, frère de Brison, y commandait. Mais le duc de Rohan, qui se défiait avec raison de ce capitaine , avait envoyé à Privas Saint- André Montbrun avec douze cents hommes de garnison pour en prendre le commandement. A ces troupes s'étaient joints sept à huit cents hommes armés. I.e nouveau gouverneur n'avait rien négligé, du reste, pour mettre la ville en état de défense , et il en avait fait rele\er les fortifications.
Le 21, Louis XIII, après avoir vainement tenté de corrompre Saint-André Montbrun (il lui avait fait offrir une gratification de cent mille écus), le somma de se rendre ; mais celui-ci répondit fièrement qu'avant d'en venir là , il fallait disputer six mois. Le roi fit alors battre la ville en ruine, et donner l'assaut. L’attaque fut vive et opiniâtre ; on se battit depuis huit heures du soir jusqu'à dix heures avec un acharnement égal. A la fin , les assiégeants furent repoussés et se retirèrent dans leurs quartiers, en laissant cinq cents hommes sur la place. Le lendemain , Saint-André Montbrun , sur les instances de la garnison et des habitants effrayés de ce succès, demanda à capituler. Mais le roi ne voulut accepter aucune condition ; ce qui redoubla la frayeur des assiégés. Une partie d'entre eux résolurent de profiter de la nuit suivante pour gagner les montagnes, où ils espéraient trouver un asile sûr; mais ayant été surpris dans leur fuite, la plupart furent massacrés. Bientôt Tournon-iès-Privas et le fort de Saint-André sont emportés par les troupes royales. Montbrun se réfugie, avec le reste des habitunts, dans le fort de Toulon, situé sur une montagne voisine. Mais dans le désordre et la confusion inséparables d'une retraite précipitée, ils oublièrent d'emporter des vivres ; ce qui les mit hors d’état de résister. Saint-André Montbrun , qui jusque là s'était montré intraitable , se rendit alors au camp des assiégeants pour implorer la miséricorde du roi ; il fut arrêté aussitôt comme prisonnier, avec quelques autres officiers qui l’avaient suivi. Deux jours après, on le conduisit à la citadelle de Valence, d'où il parvint plus tard à s’échapper. Ceux qu'il avait laissés dans le fort de Toulon se rendirent à discrétion. Au moment où les assiégeants y entraient en foule, un des assiégés mit par mégarde le feu à un sac de poudre, dont l’explosion tua ou blessa plusieurs soldats. Les vainqueurs, pensant que c'était une trahison , ou du moins feignant de le croire, firent main-basse sur la plupart de ceux qui se trouvaient dans le fort. Six cents de ces malheureux furent massacrés. Suivant le dur de Rohan , ce furent les soldats du roi qui mirent eux-mémes le feu à cette poudre, afin d'avoir un prétexte pour égorger la garnison , comme on le leur avait recommandé.
Ainsi fut réduite cette place , la plus forte que les religionnaires eussent pos-