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TOURNON. — ÉARGENTIERE. 631
leu enlèvements île. leurs biens et les captures de leurs personnes , et il les exempta des droits de péage. Les corvées y étaient limitées à des réquisitions d'ânes et de chevaux, seulement pendant quatre jours de chaque année. Dans cette mémo charte, Guy de Tournon se déclare vassal du Dauphin de Viennois et en reconnaît la juridiction.
Tournon partagea le sort du Dauphiné lorsqu'il fut réuni A la France. Durant la captivité de François 1", la reine-mère, Louise de Savoie, se rendit dans cette ville (1525). C'est là quelle donna l'ordre aux États de l-anguedoc de se rassembler à Montpellier, pour remédier aux malheurs du royaume causés par la détention du roi. Onze années plus tard ( 1 536) , le jeune Dauphin , fils de François l", vint loger dans le château de Tournon , et il y mourut pour avoir bu un verre d’eau fraîche après une partie de paume. Sa mort fut attribuée au poison. Durant les guerres religieuses du Vivarais, la ville de Tournon fut prise par les réformés , qui en saccagèrent les couvents et en pillèrent les églises. Deux fois ils attaquèrent le château et deux fols ils furent repoussés par une femme courageuse, Claude de Turcune, comtesse de Tournon ( 1567-1570). Cette héroïne, non contente de ce succès , fit jeter dans le Rhône tous les huguenots qui tombèrent sous sa main. En 1574, Henri III visita Tournon; il y descendit par le Rhône, avec un cortège de plus de cent barques, cl y passa la nuit. Pendant le xvi* siècle, l'assemblée ordinaire des États de Languedoc se tint trois fois A Tournon. Dans le cours du même siècle , cette ville eut à souffrir de la peste qui désola le haut Vivarais (1586) ; le fléau y sévit avec tant de violence, en 1628, qu'il emporta en quelques mois environ deux mille personnes : les deux tiers de la population générale.
Après la mort de Just-Louis de Tournon , tué au siège de Philisbourg en 1644 , le château et la terre de Tournon appartinrent successivement aux Ventadour, aux Montmorency et aux Rohan-Soubise. Maintenant le château est devenu la propriété de la ville, qui y a placé , tout à la fois, sa mairie, son tribunal et sa prison publique. Tournon possède un collège, célèbre autrefois : il avait été fondé, en 1536, par Just, baron de Tournon. Des prêtres séculiers furent attachés à cet établissement qui, en peu d’années, prit une extension considérable. Il fut érigé en université sous le règne de Henri II , et dès lors il compta plus de douze cents élèves. Les professeurs ayant adopté les nouvelles doctrines religieuses, le cardinal de Tournon en confia la direction aux Jésuites. C'est le premier collège que les révérends pères aient possédé en France. Après l'édit de
bannissement porté contre eux, en 1596, ils se maintinrent à Tournon, grâce à la protection du seigneur de cette ville. En 1596, le parlement de Paris rendit un arrêt qui enjoignait à ce seigneur de les chasser dans le délai de deux mois. Mais le parlement de Toulouse, blessé de ce que celui de Paris empiétait sur sa juridiction, rendit un arrêt contraire. En 1598, nouvel arrêt du parlement de Paris qui ordonna la saisie des biens du seigneur de Tournon, le priva de l'office de sénéchal d'Auvergne, dont il était pourvu , le déclarant indigne et incapable à jamais de le posséder, et détendit à toutes personnes d'envoyer des écoliers au collège des Jésuites. Le parlement de Toulouse répondit encore à cet arrêt par un arrêt contraire. Enfin, le rappel des Jésuites, consenti quelque temps après, vint
LANGUEDOC
mettre un terme à cet étrange conflit , et l’affaire en resta là. En 1019 , un incendie détruisit tous les bâtiments du collège et la riche bibliothèque qui lui avait été léguée par le cardinal de Tournon. Mais grâce aux ressources des révérends pères et aux revenus du collège , qui possédait des terres et des rentes considérables , ce désastre fut bientôt réparé. L’ordre des Jésuites ayant été supprimé, en 1706, le collège de Tournon fut quelque temps ronflé à des prêtres séculiers ; en 1776, on en lit une école militaire et les Oratoriens en eurent la direction. Depuis 1819, cet établissement n'est plus qu’un collège universitaire de troisième classe. C’est l’édifice le plus remarquable de la ville.
Tournon est un chef-lieu de sous-préfecture du département de l’Ardèche : il s’y fait un commerce considérable des vins fins des côtes du Rhône ; on y trouve aussi des entrepôts de bois de construction. Cette ville est traversée par plusieurs grandes routes ; elle a un port commode et bien entretenu , le meilleur qui soit dans le département. Elle communique aver le bourg de Tain, situé sur la rive opposée du Rhône, au moyen d’un lieau pont en fil de fer, terminé en 1825. C’est le premier pont de ce genre qui ait été construit en France. La population de Tournon est de à,4Vl habitants, et l’arrondissement en compte 139,419.
Largenlièrc est une ancienne ville qui doit son nom aux mines d’argent exploitées, dès le x* siècle, au lieu qu’elle occupe aujourd’hui. Les évêques de Viviers en furent les premiers possesseurs. Frédérir-Barberousse leur accorda même , par une charte datée de 1159, le droit de battre monnaie. L’évêque Nicolas des Aulumces, en vertu de cette concession , donna une activité nouvelle à l’exploitation de ces mines, et il fit élever, pour protéger les mineurs, une tour qu’on appela Argentaria. Telle fut l’origine du château et de la ville de Largenlière. Ces mines ne tardèrent pas à éveiller la cupidité des seigneurs voisins; en 1198, Adhémar de Poitiers et Rermond d’Anduze , aidés du comte de Toulouse , forcèrent l’évêque Nicolas d'en partager avec eux le produit. D'après les conventions qui furent faites entre eux, le comte de Toulouse s'adjugea la part du lion , c'està-dire la moitié des revenus. Adhémar et Rermond eurent chacun un tiers de l'autre moitié, de sorte qu’il ne resta à l’évêque que le sixième du produit total. Au temps de la guerre des Albigeois, Bernon de Brabant, alors évêque de Viviers, si; vengea de cette spoliation , en donnant en fief à Simon de Montrort, la moitié de tous les droits et revenus attachés à la terre de Largenlière, et il s’en réserva l'autre moitié (1215). Après la mort de Simon et de son fils Amaury, la propriété entière de cette baronnie revint aux mains de son premier possesseur ( 1218-12il). Bernon donna alors des lois à sa baronnie, et l’exploitation des mines de largenlière prit une extension nouvelle. De nombreuses constructions s'élevèrent au pied du château et formèrent bientôt une ville que Claude de Tournon fit fortifier; ce qui ne l'cmpéelia point, toutefois, d’être, durant les guerres religieuses du Vivarais, prise et saccagée par les protestants. Dans le cours des xvn* et xvm* siècles, les évêques de Viviers la relevèrent de ses ruines; enfin, en 1785, un de ces prélats, Raynaud de Villeneuve, vendit au baron de Brison la terre et le château de Largenlière avec les mines dont l'exploitation avait été complètement abandonnée depuis la découverte de l'Amérique.
TOURNON. — LARGENTIERE.
Oii voit encore aujourd'hui les puits que l’on creusait pour chercher des fllons.
Largentière est située sur un rocher en forme de promontoire, au fond d'uno profonde vallée resserrée entre deux montagnes, et baignée par les eaux de la Ligne. Le lit de cette rivière est encaissé par de hautes falaises et parsemé do rochers; on aperçoit encore sur un de ces rocs escarpés, les vieilles ruines d'un manoir féodal. Au nord, la ville est dominée par son château, masse imposante qui offre la réunion de divers styles d'architecture. Elle est, du reste, mal bâtie; les rues en sont étroites et tortueuses ; mais ses environs sont pittoresques et abondent en sites romantiques. Ioirgeutière possède une église gothique d'une élégance et d'une légèreté remarquable ; on y compte plusieurs fabriques de soie ouvrée, des filatures de soie et des tanneries. Cette ville est, comme Tournon, l'un des chefs-lieux de sous-préfecture de l'Ardèche ; elle a environ 3,000 habitants, et l’arrondissement en renferme 108,838. 1