‹ Histoire des villes de FranceChapitre 91 sur 137 · ANNONAY · texte numérisé non relu

ANNONAY

L'origine d'Annonay est inconnue. Suivant quelques antiquaires, cette cité existait déjà du temps des Romains, et elle tire son nom des magasins de blé (annona) qu’y avaient établis ces conquérants. Mais, comme on ne trouve à Annonay aucune trace de leur passage, il est plutôt à croire que sa fondation ne remonte pas au delà de l'époque féodale. Quoi qu'il en soit, il n’est fait nulle part mention d’Annonay avant le commencement du ix’ siècle. Les anciens auteurs l’appellent Annoneum et Annoniacum ou Caslrum Annoniaei. Durant les ix’, x‘ et xr siècles, Annonay fut le chef-lieu d’une viguerie ou vicairie, gouvernée par un lieutenant ( vicarius ) du comte de Vienne. Son château et ses dépendances furent successivement possédés par les comtes de Forez , l’archevêque de Lyon , les dauphins de Viennois, les sires de Roussillon , les sires de Villars, les Lévis- Ventadour et les Rohan-Soubise. Ces divers seigneurs octroyèrent aux habitants d’Annonay un grand nombre de droits et de privilèges. Grâce à ces concessions dont les titres (du moins quant aux plus anciens} furent réunis et offerts aux consuls, en 1568, par Achille Gassiou, comme un monument qui leur pouvait être très-utile, Annonay jouissait de plus de liberté que lus autres villes de la province, et les charges féodales y étaient moins pesunles.

I n historien affirme , sans préciser aucune date , et sans s'appuyer sur aucune autorité , que , pendant les guerres des Anglais contre les Valois, les sires de Roussillon, ayant embrassé le parti de ces étrangers , introduisirent leurs troupes

I. Dom Vaisselle, Bieloire générale de Languedoc. — Albert Du Poys, Album du Vivarait, — Annuaire j de l’Ardèche.

LANGUEDOC

dans Annonay; et que, plus tard, le chef de routiers, Rodrigue de Villandrade, vint s’y cantonner, en fit sa place d'armes , et, de là , étendit ses brigandages sur les provinces voisines. La présence et le séjour des compagnies dans le Vivarais ne peuvent être contestés, et, plus d’une fois, sans doute, elles occupèrent et rançonnèrent Annonay. Dès l'année 1363, l'un de leurs chefs , Louis Hobaut ou Rambaut , d’Anse , où il s’était établi , pousse ses incursions dans le Vivarais : au retour d’une de ses expéditions, il est rencontré, tout chargé de butin , entre Annonay et Saint-Julien, par Armand , vicomte de Polignac et cent soixante hommes d'armes. Sa troupe est taillée en pièces et lui-même , fait prisonnier, est conduit à Ville-Neuve d'Avignon , ou sa tête est tranchée et son corps mis en quatre quartiers. l)e 1429 à 1439, c'est le tour de Rodrigue de Villandrade, et ses pillages dans le Vivarais se renouvellent jusqu'au traité de Toulouse, par lequel le dauphin Louis achète la retraite des compagnies , au prix de deux mille écus d'or.

Annonay eut beaucoup à souffrir durant les guerres civiles du x\T siècle. Ce fut une des premières villes du Vivarais qui se déclarèrent pour la réforme. Si l’on en croit Théodore de Bèze, les doctrines do Luther y furent prêchées publiquement, dès l'année 1528, par deux Cordeliers, dont l'un fut brûlé vif à Vienne, par ordre de l’archevêque. Ce prélat fit, en outre, emprisonner vingt-cinq à trente des nouveaux convertis. Le parlement de Toulouse ne se montra pas moins impitoyable que l'archevêque de Vienne ; il condamna au supplice du feu un certain François d'Augi qui s'était rendu de Genève à Annonay pour y propager les nouvelles doctrines. Mais ces rigueurs furent impuissantes à les étouffer. Des prédicatifs du Dauphiné et de la Provence arrivèrent bientôt à Annonay, dont la plupart des habitants avaient déjà abjuré la foi catholique ; ils y tinrent des assemblées et y excitèrent beaucoup de tumulte, t.e parlement de Toulouse , informé de ces désordres, tenta vainement de les réprimer. Les mesures qu’il prit , dans ce but , n'eurent aucun effet ; les troupes envoyées contre les rebelles furent obligées de se retirer. Bientôt, enhardis par la supériorité du nombre, les religionnaires ne gardèrent plus de ménagements; ils abattirent toutes les croix de la ville et des faubourgs, renversèrent les autels, brûlèrent ou brisèrent les images dans les églises, et firent le prêche sur la place publique.

Lorsque le prince de Coudé prit les armes, en 15G2, Annonay se déclara pour lui, et sembla redoubler de zèle pour le rulle nouveau. L’exercice de la religion catholique fut interdit dans ses murs, et des ministres protestants vinrent s'y établir. Devenus entièrement maîtres de la ville, les réformés pillèrent les églises , en enlevèrent les reliques , et appelèrent au commandement de la place François de Buisson , sieur de Sarras. Ce nouveau gouverneur, qui était sous les ordres du baron Des Adrets, n'épargna ni les vexations ni les avanies aux catholiques qui étaient restés dins la ville. Quelque temps après, le sieur de Sarras étant parti pour s'emparer de Saint-Étienne où il avait pratiqué des intelligences, le baron de Saint-Chamond , capitaine catholique, se présenta devant Annonay avec un corps de douze à quinze cents hommes et quelques pièces de campagne , et somma la ville, au nom du duc de Nemours, de se soumettre nu roi. Mais les habitants refusèrent de se rendre. Saint-Chamond attaqua aussitôt In place ; après avoir ouvert, au moyen de son artillerie, une large brèche dans les murailles, il

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