ANNONAY
fit donner l'assaut et fut d'abord vigoureusement repoussé. Mais les catholiques d’Annonay ayant joint leurs efforts à ceux des assiégeants , la brèche fut enflu forcée, et Saint-Chamond , à la tête de ses troupes victorieuses, pénétra dans la ville qu'il livra au pillage. Tous les habitants trouvés les armes à la main , furent passés au fil de l’épée. Saint-Chamond s'étant rendu maître des tours des maisons des religionnaires , lit précipiter en bas tous ceux qui s'y étaient réfugiés. La fureur des soldats n’épargna ni l'ilge ni le sexe.
Quelques jours après celte sanglante exécution, Saint-Chamond, sur la nouvelle de l'approche du baron Des Adrets, décampa furtivement, à la faveur de la nuit , après avoir détruit tous les vivres qui étaient dans la ville, et alla rejoindre à Vienne le duc de Nemours. Après le départ des troupes catholiques, le comte de Crussol, chef des huguenots de la province, donna ordre à Saint-Martin, seigneur de Cournon-Terrail, son lieutenant en Vivarais, de reprendre Annonay, et celuici y entra sons résistance, à la tête de quatre cents hommes, le 28 décembre 1562. Mais il essaya vainement de réduire le clulteau des Céleslins du Colombier où âaint-Chumoud avait, en se retirant, laissé un de ses officiers. A la nouvelle de la prise d'Annonay par les religionnaires, le duc de Nemours se héla d'y renvoyer le sire de Saint-Chamoud. Celui-ci, ayant rassemblé trois ou quatre mille hommes, reprit lu ville par capitulation, lu 11 janvier de l’année suivante, au bout de deux jours de siège. Il fut stipulé, entre autres conditions, que la garnison sortirait avec armes et bagages pour se retirer où bon lui semblerait; que la ville serait préservée du pillage, et que l'entrée en serait interdite à l’infanterie catholique. Mais le perfide Saint-Chamond, sans respect pour la foi jurée, viola la capitulation , et fit passer au fil de l'épée tous les habitants qui sortaient avec lu garnison. Puis, ses troupes se ruèrent dans la ville, la pillèrent, et y commirent les plus effroyables excès. Si l'on en croit les historiens protestants, ils y firent un tel carnage, que le sang coulait dans les rues à la hauteur d'un pied. On raconte que des soldats catholiques, après avoir violé une femme sous les yeux de son mari, lui mirent une épée à la main et la forcèrent a la lui plonger dans le cœur. Quant au sire de Saint-Chamond, avant de quitter la ville, comme s'il eût voulu compléter son œuvre de destruction, il en fit briller les portes, démanteler les tours et raser les murailles jusqu'aux fondements.
Annonay fut une des places que les religionnaires obtinrent en vertu de l'édit de pacification de 1563. Lorsque la guerre civile se ralluma, en 1568, un détachement de l'armée calviniste, composé de sept cents hommes et commandé par Saint-Romain , frère du sire de Saint-Chamond, s'empara d'Annonay, brûla les églises et le couvent des Cordeliers, brisa et vendit les cloches. Saint-Chamond , informé de ce qui se passait , marcha aussitôt , à la tête d'un corps de troupes catholiques, sur la ville , que les calvinistes évacuèrent à son approche ; il y entra après eux , et n'en sortit qu’après l’avoir pillée et incendiée. En 1571, Annonay retomba au pouvoir de Saint-Romain, qui y avait des intelligences. Il releva les fortifications de la place, et, dans la crainte d’un siège, fil abattre les faubourgs ainsi que les couvents des Cordeliers et de Sainte-Claire. Lors de la paix générale, les Annonéens élureid pour leur gouverneur le sire de Peloux, jeune officier, plein de modération et de courage. Ce choix fut confirmé par le
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maréchal de Damville. Durant la guerre que la Ligue avait rallumée (1580), le sire de Peloux réussit à préserver la ville de tout désordre , de tout pillage , et pour y parvenir, il n'épargna ni son argent ni sa vie. Malheureusement Annonay eut encore à subir un autre fléau : la peste y éclata avec fureur dans l'été de 1585, à la suite d’une affreuse famine qui , l'année précédente , avait désolé le pays et réduit les malheureux habitants à se nourrir de glands, de racines et d’herbes sauvages. Pendant les quelques mois que dura ce fléau auquel s'était jointe une autre maladie contagieuse , la ville fut presque dépeuplée et abandonnée; elle se remplit de voleurs qui pillaient les maisons désertes. Le commerce cessa entièrement, et l’on vit l'herbe croître dans les rues et sur les places publiques. Le désordre edt été à son comble, sans le sire du Peloux et quelques généreux citoyens qui avaient eu le courage de rester dans la ville.
Les Annonéens , instruits par leurs désastres passés , ne prirent aucune part aux guerres civiles qui désolèrent le pays dans le xvii* siècle. Ils demeurèrent étrangers à la guerre des Camisards, dont les premières étincelles partirent du Vivarais. La révocation de l'édit de Nantes chassa d'Annonay un grand nombre de protestants, et avec eux l'industrie dout ils étaient les principaux soutiens. A cette occasion les catholiques de ta ville donnèrent un rare exemple d'humanité, de tolérance et de générosité : ils témoignèrent le plus touchant intérêt à leurs concitoyens persécutés, dans lesquels ils ne voyaient plus que des frères ; ils intervinrent en leur faveur, et les aidèrent de tout leur pouvoir. Ils ne craignirent même pas de leur donner un témoignage plus éclatant de leur sympathie : en 1686 , ils choisirent parmi les protestants plus de la moitié des conseillers de la commune : c’était une sorte de protestation contre les cruelles rigueurs de Louis XIV. L'esprit de tolérance qui signala le xviii* siècle, ht renaître l'industrie 5 Annonay; le commerce de la tannerie et de la mégisserie y prit un développement considérable. Il s'y établit de nouvelles fabrications, telles que la teinturerie, la chamoiserie et la papeterie. Cette dernière branche d’industrie, qui est devenue si importante, a pris naissance à Annonay, au commencement du xvnr siècle. On sait que la fameuse découverte des aérostats , qui marqua la fin de ce siècle , est due è des fabricants de papier de cette ville , les frères Montgolfler. Ce fut à Annonay qu'eut lieu, en 1788, la réunion des trois ordres du Vivarais, qui demandèrent la tenue prochaine des États-Généraux. Ce fut encore un député d'Annonay, Boissy-d'Anglas, qui présida la fameuse séance du 1er prairial an m, pendant laquelle les portes de la Convention nationale furent forcées par le peuple et le malheureux Féraud massacré.
Il y avait à Annonay, avant la Révolution , un bailliage pour les paroisses d'une partie du haut Vivarais , et de nombreuses communautés d’hommes et de femmes, entre autres des Cordeliers et des Récollets. La ville portait le titre de marquisat. Annonay, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Tournon, possède plusieurs institutions d'utilité publique : un hôpital , un collège fondé au xvn* siècle, un couvent des dames du Sacré-Cœur, une bibliothèque riche de plus de dix mille volumes, un tribunal de commerce, une chambre consultative des arts et manufactures , une société de statistique , et un établissement d'horticulture et d'arboriculture, un des plus beaux qui soient dans le midi de la France.
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