‹ Histoire des villes de FranceChapitre 94 sur 137 · VI · texte numérisé non relu

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blie en mntière de culte et mi plus terrible épisode de l'histoire politique du midi. C'est là qu'on vit se produire cet éclatant exemple de la disposition des populations méridionales à secouer, par l’activité et l'indépendance naturelle de leur esprit, les mêmes croyances et les mêmes pouvoirs vers lesquels elles sont cependant attirées par un sentiment inné d'ordre moral et de discipline religieuse; étrange contradiction qui a fait à la fois du midi le pays le plus protestant et le plus catholique de la France, et qui y a fondé, sous des influences contraires mais presque simultanées , la première église réformée à côté du premier tribunal de l'inquisition.

Quelles étaient , à l'époque de l'invasion romaine, les diverses tribus gauloises qui habitaient les bords du Tarn , depuis le llouergue jusqu'à son embouchure dans la Caroline? A quelle époque des constructions élevées sur un des points culminants de la rive gauche de ce fleuve avaient-elles donné naissance a la ville d'Alby, au milieu de ce groupe de coteaux aux terres blanches , dont son nom rappelle encore la couleur particulière? C'est ce qu'il nous est absolument impossible de déterminer, les anciens géographes ne nous en ayant rien appris. La tradition de la fondation d'Alby par Galates, fils d’Albius, dix-neuvième roi des Gaulois et contemporain de Moïse, est une fable renouvelée des Grecs dont il faut laisser la responsabilité à l'historien Scipion Duplcix. Il nous semble assez vraisemblable que les habitants primitifs de ce pays se rattachaient par leur origine ou même par les liens d'une commune existence aux tribus du Quercy, et que c’est d'eux qu'il est question dans les commentaires de César sous le nom de Cadurccs E/ciitheriens ou libres. On a supposé aussi , il est vrai , que le territoire d'Alby dépendait des lluleni provinciales, peuples compris successivement dans la Narbonnaise et l'Aquitaine ; mais cette opinion , bien quelle soit à peu près acceptée par d'Anville, ne nous parait point soutenable. Nous trouvons la même incertitude relativement à Alby , avant la fin du IV siècle ou le commencement du \r : c'est alors seulement que la notice des provinces de la Gaule nous révèle l'e istence de Civitas Albien sium, appelée par la suite Albia et Albiga , d'où Albi et Albigeois, comme d'une des villes de l'Aquitaine première. Quant aux équités calnphraclarii Albigenses, mentionnés dans la notice des dignités de l’Empire, nous n'osons dire qu'ils appartenaient aux riches plaines du Tarn : nous laissons d'autres écrivains l’affirmer positivement et nous entretenir avec une très-plaisante assurance du corps de cuirassiers albigeois , cantonné dans la Thracc.

Après la victoire de César sur Arioviste, l'Albigeois subit le sort de la Celtique, dont il faisait partie. Détaché de cette province par l'empereur Auguste, à l'occasion du remaniement de la division territoriale des Gaules, il fut incorpore ensuite dans l'Aquitaine (an de Rome 727). Quand les Barbares eurent accompli la ruine de l'empire romain, le roi Euric s'empara de l'Albigeois en l'année 47 1 de Jésus-Christ. Thierry, fils aîné de Chlodnig, le réduisit en 507; il tomba probablement au pouvoir de Théodorick , roi d'Italie, vers 512, et resta sous la domination wisigothe jusqu'à la conquête qu'en fit Théodebert, fils de Thierry (533). Vingt-huit années après, l'Alhigeois était démembré de l'Aquitaine première, laquelle dépendait du royaume de Metz ou d'Austrnsic, et donnée à Charibcrt, roi de Paris, l’alné des quatre fils de Chlolaire I" (5GI ). Sighehcrt,

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roi d'Austrasie, le posséda à son tour (507), mais il n'y régna pas longtemps en paix, Théodebert , (ils de Chilpérirk , roi de Soissons ou de Neustrie, rapportant la guerre, en 574, dans la fertile vallée du Tarn, y signala sa présence par des actes d'une sauvage barbarie. Sous«Ohildebert , fils de Sighebcrt, Didier, dur de Toulouse, envahit encore l’Albigeois, au nom de Chilpérick, auquel il soumit ce pays (1576). Line bataille sanglante s'engagea bientôt après dans le Limousin, entre lui et le patrice Mummole , général de Contran , roi de Bourgogne ; et ce dernier, ayant eu l'avantage , en profita pour pousser ses milices jusque sur les bords du Tarn. Il y exerça de cruels ravages, et ne s»! retira tout chargé de butin et traînant à sa suite une multitude de prisonniers que pour éviter une rencontre avec Chlodwig, fils de Chilpérick. De 584 à 585, tiondebaud, fils naturel de Clilotaire I", et (ionlrau, se saisirent, l'un après l'autre, du même pays : celui-là, pour en faire une des provinces de son nouvel état; celui-ci, pour y rétablir l'autorité de Cbildebert, roi d'Austrasie. Des deux fils de Childebert, l'allié, Théodebert , roi d'Austrasie, régna, à la mort de son père, sur l’Albigeois (596) , que son frère Thierry , roi de Bourgogne, lui enleva avec la vie, en 612. Enfin, la réunion de tout l'empire mérovingien sous le sceptre de Clotaire II replaça momentanément la contrée arrosée par le Tarn dans la commune condition des autres provinces françaises.

Clilotaire et son fils, Dagobert II, ne voulurent point se dessaisir de l'Albigeois, qui, comme leGévaudan, le Velay, le Vivarais et le pays d’Usez , demeura sous leur dépendance immédiate. Or c'était précisément le temps où l'ancien royaume de Toulouse renaissait dans la personne de Chai'ibert. Ces princes instituèrent un comte ou gouverneur d'Alby, auquel fut confié le gouvernement du pays. Le premier dont il soit parlé dans l’histoire est Siagrius, qui dut son élévation à Clilotaire K : ses frères, Rustique et saint Didier, eurent, comme lui, une brillante fortune. Tous trois étaient nés du mariage de Salvi, chef illustre d'une ancienne famille d'Alby, d'origine gauloise, avec Erchanfrède, noble femme de cette cité. Siagrius épousa une dame de condition de sa ville natale, ayant nom Bertolène; et ce mariage était déjà accompli , lorsque, vers 625, Clilotaire II, pour récompenser ses services, lui donna le gouvernement de Marseille et d'une grande partie de la Provence avec le titre de duc et de patrice. Rustique, d'abord archidiacre de Rhodez et intendant de la chapelle du roi frank, fut nommé évêque de la ville de Cahors, où il périt assassiné dans une sédition (629 j. Saint Didier, plus connu des Albigeois sous le nom de saint G éry, avait été promu à la dignité de trésorier de la couronne par Clilotaire II : ce prince étant mort , il se réunit à Erchanfrède , pour dénoncer les assassins de Rustique à la justice de Dagobert II. Tous furent frappés de mort, de servitude ou d'exil. Les habitants de Cahors complétèrent la réparation en réservant la succession épiscopale de Rustique à son frère Didier. On sait que ce prélat se distingua par ses vertus , sa piété, ses talents, et surtout par une connaissance profonde des lois romaines. A la mort de son père, il avait entrepris le voyage d'Alby. pour offrir ses consolations à Erchanfrède, auprès de laquelle il séjourna pendant quelque temps. Arrivé à un grand âge et prévoyant qu'il lui restait peu de temps à vivre, il fit son testament et se mit en route pour sa ville natale ; mais à peine eut-il franchi

les limites du diocèse d'Alby, qu'il fut pris d'une fièvre qui l’alita et mit fin à ses jours, le 15 novembre 656, dans le lieu appelé WislritingiuM , peut-être l’une des deux localités de In province qui reçurent depuis le nom de Saint -Gèry. Didier laissa à l'église de Caliors tout ce qu'il possédait en ce inonde , vaisselle d'or et d'argent , meubles, bijoux , argent monnayé ; une grande maison sise à Alby, à la charge d'y recevoir les pauvres et d'y pourvoir à leur entretien ; et trente-une seigneuries, terres, bourgs ou villages, dont dix étaient situés dans le Quercy et vingt-quatre dans l'Albigeois, Parmi les bourgs , dont il fit don à son église épiscopale, figure celui de Lautrec dont le nom nous est ainsi révélé pour la première fois'.

Les traditions de la civilisation romaine, l’étude des lettres et le goût des arts s'étaient, sans doute, conservés au milieu d'un peuple du sein duquel il sortait de tels hommes. Alby était depuis plusieurs siècles une ville épiscopale ; on suppose qu'elle recueillit la nouvelle de l'Évangile de la bouche de saint Firmin , disciple de saint Saturnin, apûtre de Toulouse, et que son premier évêque fut saint Clair, Africain de naissance , ordonné prêtre a Rome pour prêcher la foi dans les Gaules, vers le milieu du ni* siècle. Pendant un court épiscopat de trois années , saint Kinnin , à ce qu'on raconte, délivra la ville de la peste, détruisit le culte des idoles et renversa leurs temples : puis , toujouis poussé par une sainte ferveur, il laissa la direction de la naissante église à son successeur Antime, pour aller recevoir la consécration du martyre à Lectoure. Nous ne garantissons point l'exactitude de cette tradition , fort accréditée dans le pays , bien qu'elle repose sur des monuments assez douteux. Vers le même temps, d'après le témoignage de Grégoire de Tours, Alby ou un lieu appelé Vioux ( Yiancium), qui en est peu éloigné, avait eu aussi son martyr: saint Amarant ou Amaranthe y avait scellé la foi de son sang, sous le règne de l'empereur Dèce. Son tombeau, longtemps enseveli à Vioux sous les ronces et les épines, avait toujours été vénéré des fidèles. Un miracle s'y renouvelait chaque jour : les cierges qu'on y déposait s'allumaient d'eux-mêmes spontanément. Saint Eugène, évêque de Carthage, exilé à Alby par Hunneric, roi des Vandales, partagea cette dévotion, à laquelle l'Église devait bientût associer son propre nom. Sentant sa fin approcher, il se fit transporter à Vioux, pour y rendre les derniers soupirs, auprès du tombeau d' Amaranthe.

Le premier évêque de l'Albigeois, sur lequel on ait des notions positives, est Diogéuien, lequel vivait dans le v* siècle. Parmi les successeurs de ce prélat, il en est un , saint Salvi , qui acquit une grande réputation de sainteté. Grégoire de Tours, dont il fut l'ami, nous donne quelques détails curieux sur sa biographie. Saint Salvi naquit dans la ville ou le diocèse d'Alby , d'une famille qu'on ne connaît point, mais qui probablement était une branche de celle du comte Siagrius. La réputation brillante qu'il se fit d'abord au barreau , où il exerça la profession d'avocat, ne put le détourner d’embrasser la vie monastique, vers laquelle il se

I. Lauirec , bâti en partie dans une plaine, en pat lie sur un promontoire élevé, est adossé à un piton abrupt et étroit, qu’on apjiellc Mal-Qusina dans le |iatois du pays, d’un temple de Gérés Éleusine. qui. à ce qu’on prétend , y exista longtemps avant qu’on y eût construit line église placée sous l’ invocation de la Vierge et le château féodal des seigneurs de la vicomté.

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sentait irrésistiblement porté. Regardé comme mort des suites d'une maladie, il revient tout i coup à l’existence pendant la cérémonie de ses obsèques , tombe dans une espèce d’extase , et reste trois jours sans prendre aucune nourriture et sans proférer une seule parole. A la tin , il sort de cette léthargie, la tête pleine des visions admirables que Dieu lui a envoyées et qu’il raconte aux assistants. Cette indiscrétion est un crime dont il se punit en se condamnant à un silencp perpétuel. Cependant, le bruit de sa sainteté l'ayant fait élire évêque, il s'impose une autre expiation ; saint Salvi renonce complètement à lui-même pour se consacrer tout entier à son troupeau. En 576, il court intercéder le patrice bourguignon, Mummole, qui se retire avec une foule de malheureux capturés dans le pays ou dans les murs même d'Alby. Touché de son éloquence, de sa piété et de sou humanité, le patrice lui accorde des remises considérables sur les rançons des Albigeois, et l'évêque d'Alby, entouré des prisonniers dont il vient de briser les chaînes, rentre en triomphe dans sa ville épiscopale.

Quelques traits de la vie de saint Salvi lui furent communs avec Grégoire de 'fours. C'est à ces illustres prélats que Chilpérick Ht successivement lecture de l’étrange discours théologique, dans lequel il s’appliquait à démontrer qu'un ne i levait admettre ni te nom ni la distinction des personnes en Dieu. Les deux évêques accueillirent fort mal les hérésies du roi frank , et peu s'en fallut que saint Salvi ne lui arrachât le manuscrit des mains pour le mettre en pièces. En 580, l'évêque d'Alby assista au concile de Bralnc, en Soissunnais, et s'y éleva généreusement contre l’accusation injuste au moyen de laquelle Frédégonde se flattait de perdre Grégoire de Tours. Cet historien raconte qu'après le concile il rencontra Salvi à l’entrée de la demeure royale, tout encombrée par la foule des évêques qui se hâtaient de prendre congé de Chilpérick. Ixs deux amis s'éloignèrent pour s’entretenir des affaires du temps. Tout à coup Salvi , s’interrompant, dit à Grégoire d'un air inspiré : Voyez-vous quelque chose sur le palais du roi ? — Je n’y aperçois autre chose , dit Grégoire, que la nouvelle couverture que ce prince y a fait mettre depuis peu. — Quoi , vous n'y voyez rien de plus ? reprit Salvi. Eh bien ! moi, ajouta-t-il tristement, j'y vois le glaive de lu colère de Dieu prêt à fondre sur cette maison ! Il ne se trompait point, line maladie contagieuse , ayant tous les caractères de la peste , désolait les Gaules : Chlodobert et Childebert, les deux tils de Chilpérick et de Frédégonde, en furent atteints. La reine pensa que le ciel la frappait dans ses enfants, pour la punir des charges excessives que le fisc royal faisait peser sur les peuples. Elle engagea le roi à jeter au feu tous les râles des impâts des cités. Les deux jeunes princes n'en moururent pas moins l'un après l'autre : la rage de Frédégonde se tourna alors contre son beau-fils Chlodxrig, né du mariage d’Audovère avec Chilpérick. Elle le fit assassiner à Noisi (586). La race mérovingienne, presque entièrement éteinte, ne compta plus guère, à partir de cette époque, que des rois mineurs ou fainéants , et l’ère de sa prospérité finit avec le vi* siècle. L’évêque d'Alby mourut en 58V. La peste, sévissant de nouveau, moissonnait une grande partie des populations du diocèse,- saint Salvi brava tous les dangers pour leur porter les secours de la religion; mais, victime de son aèle, il succomba le dixième jour de septembre.

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La ville d'Alby n'a pas donné seulement deux saints évéques à l'Église ; à la fin du vu* siècle, elle vit naître sainte Sigolène. Issue d'une noble et ancienne maison , Sigolène était restée veuve à vingt-deux ans. Elle sollicita et reçut In dignité de diaconesse, des mains de l’évéquc d'Alby; mais son extrême piété, mal à l’aise au milieu des dissipations du monde, aspirait après une retraite absolue. Sou père, non sans un vif regret, se rendit à ses vieux. Il lui (it bâtir un monastère dans sa terre de Troclar, entre Alby et Gaillac, sur la rixe gauche du Tarn : Sigolène s'y retira avec de jeunes vierges d'une naissance distinguée, dont elle fut la première abbesse. Des miracles répandirent sur sa vie austère un prestige religieux. Le monastère de Saint-Troelar ou de Saintc-Sigolène de lu Grave subsista jusque dans la dernière partie du xiv* siècle , époque à laquelle le pape Urbain V l'unit au collège régulier de Montpellier. Sigolène fut honorée comme une sainte. Elle devint une des patronnes du pays et on lui éleva des églises dans l'Albigeois et dans les diocèses voisins. Du reste, il ne faut pas croire que la foi , en ces temps reculés, se manifestait toujours selon l'esprit de l'Église. Les erreurs des priscillianistes et des manichéens s'étaient répandues de l'Espagne, où elles avaient pris naissance , dans l’ancienne Narbounaise et l'ancienne Aquitaine. L'expulsion des hérétiques, du sol de la Péninsule, avait hâté les progrès de leurs doctrines dans la Gaule méridionale : Marc, l'hérésiarque, d'abord sur les rives du Rhône, et plus tard Priscillicn lui-même, en sc rendant d'Espagne à Rome, s'étaient d'ailleurs personnellement acquis de nombreux prosélytes parmi les populations gallo-franques (187-380). L'esprit de révolte contre les croyances et les formes établies , fermentait donc déjà dans les esprits sous les rois mérovingiens. II se cachera ou ne se montrera que rarement et indirectement au grand jour pendant six siècles ; mais sa force, accrue à la fois par la concentration et l’expansion , éclatera tout à coup au dehors, comme une éruption volcanique ; et celte lave brillante, sillonnant les campagnes et envahissant les villes, ira s'amasser aux pieds des églises et des monastères, qui jetteront le premier cri d'alarme et soulèveront la chrétienté tout entière contre l'insurrection religieuse des Albigeois.

On a quelques doutes sur le successeur de Siagrius dans le comté d'Alby : ce fut , à ce qu'on suppose, saint Goéric ou Abbon, élu depuis évêque de Metz (627).

Ce même Goéric parait avoir été oncle ou frère de Bubon qui, après lui, gouverna l'Albigeois, et de sainte Sigolène, sa sœur, première abbesse du monastère de Troclar. Selon Koderic de Tolède , la ville d'Alby aurait , comme celle de Rliodcz, appartenu à Wamba, roi des Wisigoths, en 073; mais les Bénédictins, dans leur savante histoire, ont fait justice de cette erreur ; ils ont démontré que l'Albigeois, réuni avec le Languedoc français aux é ats de Childérick 11, roi de Neustrie, en 670, l'avait eu pour souverain jusqu'à sa mort. Ce qui a pu produire cette confusion , c’est que le pays baigné par le Tarn était devenu , de ce côté, l'extrême frontière de la Gaule et qu'il se trouvait, par sa position même, fort exposé aux entreprises des Wisigoths. Au delà commençait la Septimanie, qui appar- • tenait à l'Espagne, en portait le nom et y était moralement incorporée. L’Albigeois cependant devait bientôt échapper à la domination des rois franks ; en 088, Eudes, duc d'Aquitaine, l'avait déjà ajouté, ainsi que le Lauguedoc français,

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à scs vastes domaines. Vingt-deux années avant ce changement de maître, un grand incendie avait ravagé les murs d'Alhy et probablement consumé la bibliothèque de l'église ; l’évéque Eudon , sans doute à la suite de ces perles récentes, donna ordre à Perpetuus, un de ses prêtres, de transcrire une collection de canons qui fut terminée le 25 juillet de lu quatrième année du règne de CAildériek. Par compensation , Alby échappa heureusement au\ désastres de la seconde irruption des Sarrasins dans les Gaules, quoi que aient pu dire les pères Le Comte et l’agi pour établir l'opinion contraire. En effet, suivant la chronique d'Anuiane, leur commandant Ambiza, après la prise de Carcassonne, se dirigea vers le Rhône et, parcelle voie, pénétra dans les plaines de la Bourgogne (725). Waïfre, duc d'Aquitaine, se vit enlever l'Albigeois avec le Languedoc français, en 767, par Pépin-le-Bref. Ces mêmes provinces échurent l'année suivante à Charles, depuis Charlemagne, lorsque le roi, son père, partagea ses états entre lui et son autre lils Carloman. Charlemagne, monté sur le trône des Franks, confia le gouvernement de l'Albigeois à Aimon (778) , qui, selon toutes les apparences, eut pour successeur le comte Wolfarius, sous le règne de I.ou is-le- 1 lébonnnirc. Ce dernier prince, à titre de roi d'Aquitaine, abolit le feedorum, tribut militaire que les peuples payaient en espèces : l’Albigeois y gagna d'autant plus qu'il contribuait à cet impôt en proportion de l'abondance de ses récoltes en blés et en vins (795). En 812, la peste, compliquée d'une famine, éclata encore dans le pays. Charles-le-Chauve, après avoir réglé les affaires.de la Septimanie, en 819, (tassa par Alby, pour rentrer en France; il y signa le 18 octobre un diplôme qui conférait h Étienne , son vassal , la propriété de plusieurs fiefs situés dans le diocèse de Narbonne. Krmengaud était comte d'Alby au temps de Charlesle-Chauve. C’est lui qui, en 861, réunit les milices de son gouvernement et les distribua en différents quartiers pour le garantir des incursions des Normands.

Avec Ermengaud Unit la succession des comtra d'Alby relevant des rois de France. Garsinde, fille et héritière de ce seigneur, épousa Eudes, comte de Toulouse, et lui apporta l'Albigeois en dot, ou, du moins, en Ut concéder le gouvernement h Haymond, son fds. Ce dernier se montre à nous comme comte d'Alby, en tenant un plaid , en 878, dans l'église de Saint-Affriqne, sise hors de la ville. Eudes transmit l'Albigeois, avec tous ses autres domaines, à ses successeurs. Guillaume Taillefer posséda en commun le comté d’Alby avec Pons, son frère puîné, lequel fut du nombre des seigneurs d’ontre-Loire qui refusèrent de reconnaître l'autorité de llugurs-Capct. On a de lui une lettre de franchise ou de sauvegarde, datée de 987, au mois de septembre , le 1 1* jour de la lune, te roi Lothaire élan! mort , ta onzième année que Louis , son JUs, commença de régner , bien que Louis V eût cessé de vivre depuis quatre mois et que le dernier prince de sa race fût en prison. ( Data mense septembris, luna xim. rege Lolhario defuncto , anno n. qun filius ejus Ludovicus cm pii regnare.) Pons fit don du village et de l'église de Sainte-Amaranthe et de Saint-Eugène de Aïoux, à Amélius, évêque d’Alby , et aux chanoines de la cathédrale de cette ville. 11 périt assassiné par son beau-fils Artaud , né d'un premier mariage de sa femme. Guillaume Taillefer posséda ensuite l'Albigeois conjointement avec son cousin, Haymond 11, fils de Haymond I", comte de Kouergue ; mais ce comté lui revint tout entier, par

suite de la division qui fut faite de la succession de la maison de Toulouse, entre les deux branches de celte famille (975). Depuis ce temps, l'Albigeois, uni aux comtés de Toulouse et de Rouergue, eut les mômes seigneurs que ces provinces, lors môme que les domaines des descendants de Fredelon subirent de nouveaux partages (1017-1112).

L’institution des vicomtes d'Alby remontait au commencement du x* siècle : le premier fut Bernard, fils d'Aton, vicaire d'Eudes, comte de Toulouse, en 867. Il eut, à ce qu'on croit, deux fils : l'un, Alon I", vicomte d'Ambialet et d'Alby, garda toute la partie septentrionale du diocèse; l'autre, Sicard, eut toute la partie méridionale, avec le litre de vicomte de Lautrec. Bernard II, fils d'Aton 1" et son successeur, réunit la vicomté de Mmes à celle d’Alby par son mariage avec Gauze, vicomtesse du Nemosoz (956), et les transmit l'un et l'autre b son fils Aton II. Un seigneur nommé Géraud, avec l'assistance de ses frères et de ses neveux, assassina, on ignore pourquoi , le vicomte d'Alby et de Mmes. Aton II laissa trois fils, dont l’alné, Frotaire, évôque de Mmes dès 1027, posséda les deux vicomtés et les autres domaines de sa maison, en indivis avec son frère, Bernard III. Vers 1 135, tous deux, de l'avis des seigneurs du pays et des citoyens et bourgeois d'Alby , firent construire un pont qui facilita les communications de la ville avec la rive droite du Tarn, et ne contribua pas peu à la couvrir d'habitations. Bernard III, dans l’acte de fondation, s'intitule proconsul de Aimes et prince d’Alby (proconsulis Acumacensis et princip’s Albicnsis). Raymond-Bernard, surnommé Trencavel, jouit de ces vicomtés aux mômes conditions que son père, Bernard lit , et acquit |e comté de Carcassonne et les vicomtés de Béziers et d'Agde, en épousant Emraengarde, fiUe de Pierre-Raymond, comte de Carcassonne (1061). Bemard-Aton IV, issu de celte alliance, et l'un des plus grands hommes de son temps, réunit dans sa main, de 1074 à 1101, les vicomtés d'Alby, de Mmes, de Béziers, d'Agde, de Rasez et de Carcassonne. Nous ne sgivrons pas plus loin la fortune de cette illustre maison de Trencavel, qui fut dcs'lors,. après celle des comtes de Toulouse , la plus puissante du Languedoc : les actes de Bernard-Aton IV et de ses successeurs appartiennent, d'ailleurs, moins aux annales particulières d’Alby qu'à l'histoire générale de la province. Disons seulement que la concentration de tant de beaux et riches domaines, sous un seul chef, fut de courte durée. A la mort de Bernard-Aton IV, au commencement de l'année 1130, ses Irais fils se partagèrent son immense succession ; l'aîné, Roger, eut en partage les vicomtés de Carcassonne, de. Rasez, d'Ambialet et d'Alby; Raymond-Trencavel, le second, fut vicomte de Béziers et d'Agde ; Bernard , le troisième, recueillit, non sans quelque opposition de la part des habitants, la vicomté de Mmes. Roger étant mort sans postérité, le 12 août 1150, un différend s'éleva entre ses frères au sujet de son héritage : en définitive, Raymond Trencavel céda la propriété d'Agde à Bernard, en forme de compensation, et ajouta à Béziers les vicomtés de Carcassonne, de Rasez et d'Alby.

Arrivée à l'apogée de sa prospérité politique, la ville d'Alby en déchoit ainsi presque aussitôt. Après avoir donné ses seigneurs à la moitié du Languedoc, elle liasse, par un revirement de fortune, sous l'autorité des vicomtes de Béziers; mais elle n'en continue pas moins d’étre une des villes les plus importantes de la

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province au moyen âge. Nul doute qu'elle ne se fût dès lors inégalement développée de l'un et l’autre côté du Tarn. Nous disions tout à l’heure qu'au temps des vicomtes Frotaire et Bernard III, un pont avait soudé les deux bords de la rivière : au delà de son extrémité méridionale, sur la rive droite, étaient d’abord des liabitations trop rares encore pour Cire agglomérées, et, un peu plus loin , la ' petite ville de Castel-Vieil ou de Château-Vieux (Castrum Velus), ainsi appelée d’une antique forteresse dont les murs dominaient le cours du Tarn. C'eût été un faubourg de la ville si celle-ci, assise principalement sur le tertre de la rive gauche, n'avait pas été séparée de son aînée par une distance assez considérable, et qui formait comme une lacune que, peu à peu, des constructions intermé diaires devaient combler et faire entièrement disparaître. Mais nous sommes bien loin du siècle où les deux cités se confondront en une seule et même1 ville. Jusque-là *: Château-Vieux conservera son existence indépendante , ses privilèges et sa communauté particulière. Sur ta rive gauche était Alby, avec ses rues étroites et tortueuses, ses hautes tours, moitié gothiques, moitié mauresques, ses clochers pavoisés de croix , sa magnifique cathédrale , construite en briques et longtemps inachevée, son castel ou château-neuf, contre-partie du castel ou chdteou-vteux de la rive droite, ses lices, enfin , élevées en terrasses , entre les murs extérieurs et les maisons des habitants, et que d'autres générations devaient planter de belles avenues de grands arbres. 11 y avait là, a ne s'y put méprendre, cet air de commandement auquel on reconnaissait les capitales fortifiées de provinces, dans le moyen âge. Quoique le château d'Ambialct, bâti sur le Tarn, à vingt-quatre kilomètres environ d'Alby, fut le chef-lieu politique de la vicomté, les seigneurs de l'Albigeois n’y faisaient pas toujours leur résidence : ils habitaient aussi le château-vieux, dont les historiens ne nous apprennent point l'origine. Aton U commença la construction du château-neuf, vaste assemblage de bâtiments sans harmonie et d'architectures diverses , que ses successeurs achevèrent et qui devint une de leurs demeures ordinaires. .

Alby était donc divisé en deux parties, l’une située au midi , du côté de la vicomté de LautreC ; l'autre au- nord , du côté de la vicomté d'Ambialet ; et il importe d'autant plus de ne point perdre de vue cette division, que chacune des deux parties constituait une seigneurie distincte et dont les comtes de Toulouse, les vicomtes d’Alby et les évêques du diocèse se disputaient constamment la possession. Il est question de Châteauneuf dans le traité de paix de 1142 : Alphonse, comte de Toulouse, s’y désiste, en faveur de Roger, vicomte de Carcassonne, d’Ambialet et d’Aiby, dé ses prétentions sur cette forteresse. Il parait, toutefois, que Château-Vieux continua d’appartenir au comte de Toulouse, puisqu'en 1163, Raymond V le donna en engagement à Uaymond-Trencavel, vicomte de Béziers,

'de Carcassonne, d'Alby et de Rasez, avec les lieux de Torsac, Abirac et Marsac, et les droits et le domaine qu’il avait dans la ville et le faubourg d'Alby, excepté la paix ou le droit de pezade , dont il se réserva la jouissance. Lorsque, en 1167, Raymond, pour punir le vicomte Roger II , fils de Raymond-Trencavcl, de s’ètre mis sous la suzeraineté du roi d'Aragon-, adjugea tous ses fiefs à Roger-Bernard, comte de Foix, et à sa femme Cécile, il eut soin de ne point comprendre dans la donation générale le château-vieux et le faubourg d'Alby. Ce ne fut pas, il est vrai,, vt. 69

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pour le garder longtemps. Le comte de Toulouse engagea bientflt après ce domaine au vicomte Roger, qui reçut, en 1177, l'hommage des habitants, et, en 1181 , le serment des chevaliers de la seigneurie de Château-Vieux '.

On ne peut fixer l'époque de la fondation de la cathédrale d’Alby. Les auteurs de l'histoire de Languedoc nous apprennent seulement que cette église, dédiée à sainte Cécile, fut enrichie par les dotations de Matfred , vicomte de Narhonnc' (966); de liarsinde, veuve de Raymond-Pons, comte de Toulouse (975); d'Adélaïde, veuve de Matfred, vicomte de Narbonne (977); de Raymond-Trcncavel, le puissant seigneur des quatre vicomtés (1161) ; et de Sicard A binon, simple chevalier, qu’on accusait d'avoir soustrait divers objets précieux du trésor d’Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse (1273). Bâti sur le penchant de la rive gauche du Tarn, le vieil édifice n'était plus en harmonie avec les richesses entassées dans son sanctuaire ni avec les merveilleux progrès de l'art. L'évéque Bernard Castanet, qui prit possession de l'évéché le 17 janvier 1277, entreprit de reconstruire l'église Sainte-Cécile; et il y pourvut si largement, que l'immense vaisseau de la cathédrale devint un des chefs-d’œuvre de l'architecture gothique en France. Il ne se borna pas à créer d'abondantes ressources pour subvenir aux dépenses, il y consacra le vingtième de ses revenus pendant vingt ans. Le chapitre, sécularisé par ses soins, s'imposa le même sacrifice. On renonça au site primitif de l’église pour en poser les fondements , plus haut , près du châteauneuf, dont la masse imposante ét les nombreuses tourelles se confondirent dans le fond bleu de l'horizon avec le corps gigantesque et les lignes majestueuses du nouvel édifice. La cathédrale, dédiée è sainte Croix et à suinte Cécile, avait été commencée en 1282; elle ne fut entièrement terminée qu'en 1512. Les autres églises les plus importantes d'Alby , à cette époque . étaient celles de Saint-Salvi et de Sainte -Martiannc. L'abbaye de Saint-Salvi fut fondée, vers la On du vp siècle, sur l’emplacement d’un édifice beaucoup plus ancien : la belle tour de de son clocher, curieuse par son style arabe , servait , dit - on , de fanal au voyageur perdu au milieu du dédale des anciennes forêts du pays. On gardait précieusement dans son église, reconstruite du xii' au xiii* siècle, la châsse qui renfermait les reliques de l'évêque Salvi ; et tous les successeurs du saint prélat y avaient eu leur sépulture , jusqu'en 1230. Ouillaume^Pierre fut le premier chef spirituel , du diocèse dont le cloître de l'église Sainte-Cécile recueillit la dépouille mortelle. Aux anciens clercs de l'abbaye de Saint-Salvi avaient succédé des abbés qui firent eux-mêmes place â des chanoines réguliers. Ceux-ci Turent sécularisés peu de temps avant la réforme religieuse (1523). Les seuls faits relatif à l'église de Sainte-Martiannc que nous trouvions dans l'histoire, antérieurement ou xiii» siècle, c’est qu’elle fut condamnée par Raymond-Trencavel, en 1167, à donner, le jour de la fête de sa sainte patronne, le repas ordinaire aux clercs de Saint-Salvi; et qu’en 1202,1’évêquc Guillaume-l’ierrc la relira des mains avides

1. Voici co qn\m iit dans une charte «le 1 MU, recueillie par dont Vaisselle cl insérée parmi les Creuve* dç l'histoire de Languedoc, l. 111, p. I5i : « Kgo Wilhcrnius Froli-rii cl ego AVilhermus lo

panitor et ego Kaymundus Golfer, et egq Wiliieruius Jordaui, doinini caslri veterU, elc reco-

gnosdmus quod lu D. Rogcrius vicccomcs Bit (crri!|isii haltes in pignore à comité Tolo>ano melipsos ci Castro m vêtus et fardas ejusdem caslri etc., etc. *

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