‹ Histoire des villes de FranceChapitre 95 sur 137 · AU Y · texte numérisé non relu

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d'un abbé-chevalier, Guillaume Oui rie. ilors des murs de la ville étaient l'église de Saint- Affrique et un établissement de charité , l'hôpital du Vigan, auquel scs recteurs, avec la permission de l'évequc Guillaume Pétri, avaient adjoint une chapelle, à l'occasion des guerres du vicomte Roger 11 avec le comte de Toulouse (1190).

Comment déterminer les droits respectifs du comte, du vicomte et de Tévéque, dans ces temps où les coutumes féodales réunissaient souvent, dans une même main , les pouvoir les plus inconciliables? Ce n'est pas une lèche médiocrement embarrassante pour nous. I.e comte de Toulouse, en sa qualité île propriétaire, particulier de- l’Albigeois, en avait le domaine principal et en occupait diverses places, qui étalent gardées par scs officiers. Ses graduels empiétements avaient mis sous sa dépendance le chef spirituel du diocèse , sans porter toutefois atteinte à la part d'autorité temporelle du prélat suc le comté. I.’évéché d’Alby était devenu un Oef dont le comte disposait à son gré: ainsi, en 1037, Pons I" l'avait donné pour douaire à sa, femme Majore, avec la cité, la monnaie et le marché ( episcopatum Albiensem, et civitutem et monetam, et mcrcatum). Plus tard , il avait transmis ce même évêché à sa nouvelle épouse ; Almodis de la Marche (1040J. Comme comte de Toulouse, il partageait encore avec le vicomte d'Alby le droit et les émoluments de l'élection de l’évéque. L'année 1040 nous en fournit un curieux exemple dans un acte signé par Pons I", ltcrnard-Aton III et son frère, l'évêque Frotaire, comte de Nîmes : tous trois y promettent à un seigneur nommé Bcrnard-Airaard, et à son (ils Guillaume, de vendre à ce dernier le siège épiscopèl de l'Albigeois, après la mort de l'évêque Amelius. Le jeune Guillaume devait recevoir l'évêché en engagement, pendant sa vie, soit qu’il se fil sacrer, soit qu'il fit sacrer un autre en sa place, mais seulement pour la moitié du domaine qui en. dépendait. Il s’engageait, en outre, pour prix de ce marché scandaleux, à payer cinq raille sols aux vicomtes Bernard-Aton et Frotaire, et pareille somme au comte Pons. Quant Amelius mourut, Guillaume ceignit la mitre épiscopale. Les vicomtes d'Alby avaient joui pendant longtemps d'un autre droit non moins singulier : suivant un ancien usage, ils s'emparaient de la dépouille du chef de l'église diocésaine, dès qu’il avait cessé de vivre. Ce fut Roger I" qui, eu 1144 , renonça , entre les mains de l'évêque Rigaud, à ce privilège de spoliation.

Le vicomte possédait dans sa ville d'Alby l'ost et; la chevauchée ; et quand il la visitait, on convoquait à son de trompe, tant en son nom qu'en celui de l'évêque, les hommes qui lui devaient le service militaire. Selon le mémoire envoyé par le sénéchal de Carcassonne à la reine Blanche , en 1252 , le vicomte recevait le serment des habitants ; mais cette assertion est en désaccord avec le dire d'une des personnes qui furent entendues, pendant l’enquête faite en 1229 : ce témoin affirma que la ville, sous l’autorité dos Trencavels, oc prêtait serment ni au comte de Toulouse ni au vicomte d'Alby. Elle y aurait été astreinte seulement, à ce qu'il parait, à l’égard de l'évêque. Bien que la juridiction temporelle appartint au prélat , les juges du vicomte connaissaient du vol , de l’adultère et de quelques autres offenses. L’évêque comptait à Alby , parmi les chevaliers , des vassaux qui obéissaient à lui seul : c'étaient les tltgers , les Gorgols, les Sicards et plusieurs autres familles non moins considérables. Il devait, nous le supposons,

le service militaire au comte de Toulouse, comme il le dut, par la suite, au roi de France. Au nombre des villages et des châteaux sur lesquels son temporel s'étendait, vers 1297, étaient ceux de Marcian et de Kofiac, de la Bastide, de Denat, de Puy-Lanicr, de Mont-Salvi, de Cambun et de Montils. Nous ne pouvons passer sous silence les rapports de dépendance féodale qui s'étaient établis de l’évéque d’Alby à l'archevêque de Bourges , son métropolitain ; nous en reparlerons lorsque, de part et d’autre, on s'efforcera, dans le xiv' siècle, de donner è ces rapports tous les caractères de la vassalité.

On lit,, dans une des pièces de l'enquête de t229, que le vicomte d'Alby concourait avec les chanoines de Sainte-Cécile et les hommes notables de la ville à l’élection de l’évêque. Déjà, dans le siècle précédent, en 1035, Bernard Aton Ht et son frère Frotaire consultaient les citoyens et bourgeois d'Alby , au sujet de la construction d'un pont sur le Tarn. Ces citoyens, bourgeois ou hommes notables étaient-ils dès lors constitués en commune? "S’ils- eussent été administrés par des officiers municipaux," n’aurions-nous pas vu ces magistrats intervenir dans les actes puldirs et notamment dans l'affaire du pont ? Quoi qu'il en soit, la première mention authentique des consuls d'Alby que nous trouvions dans l'histoire, se rapporte à l'année 1252 : le comte Raymond VII en parle dans la déclaration qui dégage les habitants de cette ville de tout ce qu'ils lui devaient en sa qualité de seigneur suzerain Alby avait un viguier, puisque dans l'enquête de 1229 il est question de Pierre Leu , qui y exerçait alors cet office. A lui était probablement réservée la désignation des consuls, dont le choix , en des temps plus rapprochés de nous, appartiendra h l’évêque. Depuis la publication des statuts dressés en 1 191", par le comte Raymond V, le vicomte llogcr, Sirard , vicomte de Lautrec, Guillaume Pétri, évêque d'Alby, et « les barons et notables de l'Albigeois, » on levait sur tout le diocèse un droit qui devait être'consacré aux dépenses occasionnées par le maintien de lu paix. Quand les princes trouvaient un prétexte quelque peu plausible pour enfoncor leur main plus avant dans la bourse du tiers-état, ils ne l'en retiraient plus. Payé aux officiers du comte de Toulouse et de l'évêque d'Alby, cet impêt temporaire s'était changé, comme toujours , en charge permanente. Il consistait en «un septier de grain par charrue et, en dix deniers, monnaie d Alby , pour chaque bête de charge, é ne et il Cesse. » Telle fut l'origine du droit de przade, (pie l'évêque d'Alby leva il son profit jusqu’il la Révolution, et qüi formait une des branches les plus importantes de ses immenses revenus. Quelques villes, le clergé et la noblesse en étaient seuls exemptés. Du reste, la monnaie d'Alby était commune entre le roi , l’évêque et le seigneur de Cordas et de Castelnau de Bonnafous; elle se composait de Haymondcns de divers titres, les uns valant douze deniers forts, les autres douze deniers faibles. L'atelier monétaire, établi d'abord dans le château de Bonnafous, fut installé ensuite à Alby même.

C’était un triste et affligeant spectacle que celui de cette église et de cette so-

1. R. D. G. ComcsTolosæ, universis etc, Noveritis, quoi! nos quiltaviimts et liberavitmis ninu'mo consoles, commnnitalcm et totnm civitalein Albiônscm, de Omni jurameoto, et de omni obligation» quibuscuuiquu, nobis aliquatenus nobis lenebautur. ( Histoire de Languedoc , t. lit, prouves, p. ilô.).

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ciété féodale. Elle avait beau s'entourer de l’éclat des richesses , des raffinements de la civilisation, du preslige des arts, du charme de la poésie, et delà gloire des armes: cette recheixhe ne faisait que la stimuler à de nouveaux excès, que rendre sa corruption plus profonde, que fausser son esprit et que donner un plus grand relief à ses vices. Elle était , sous de magnifiques dehors, gangrenée jusqu'au cœur; on eût dit un malade, avec tous les symptômes d'une dissolution prochaine, revêtant ses plus riches habits de fête. L'anarchie , la guerre et le pillage étaient partout, en dépit des pactes de paix, de la trêve de Dieu et du droit de pezadf. Il eût été difficile de décider qui l'emportait des princes, de la chevalerie,'du clergé ou des moines, pour l’ambition, la soif de l’or, la dureté, l’absence des meilleurs sentiments humains et la dépravation des mœurs. Nous venons de raconter qu'à Alby les maîtres du pays trafiquaient dé l'évêché, au graiid jour, comme d'une marchandise et qu’un jeune seigneur, évêque par la grâce dp l'argent, quittait, sans plus de façon , l'épée pour la crosse. 11 en était de même à tous les degrés de Ut hiérarchie nobiliaire ou cléricale. Un abbé chevalier, ainsi qu'oh l'a vu, s’était cantonné dans l'église de Sainte-Marlianr. Les chanoines de Saint-Salri avaient renoncé à la vie canoniale: chacun d’eux, vivant en particulier des biens de sa prébcpde , les possédait soit par obédience , soit en flef. Les chanoines de l'église cathédrale de Sainte-Cécile avaient aussi abandonné l’existence en communauté. Ils s’étaient fait une vie d'hommes du monde et « s'occupaient bien moins, dit Dom Vaisselle , du service divin que du plaisir et de U débauche. »-L ’évéque d'Alby, Frotard, tic valait pas mieux. A l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, il avait acquis l’évêché à prix d’argent ( 1 066 j , et, comme eux , dissipé les biens de son église en faveur des séculiers. On s'était lasse, il est vrai , de tolérer tant de scandales. Les chanoines de l’abbaye de Saint-Suivi avaient été contraints de rentrer dans le cloître (10 ’iO). Trente-deux années après, le cardinal légat, Guiraud; évéqne d’Ostic , ayant visité Alby ( peut-être pour y tenir un concile), dans la compagnie de Richard , archevêque de Bourges, de Frotaire, évêque de Nîmes, et de l'évêque de Poitiers, tous ces prélats, étonnés du- relâchement de la discipline ecclésiastique, en témoignèrent leur affliction à Frotard. L'évêque d’Alby, touché de leurs remontrâm es, commença par se réformer lui-même. Puis, pour engager leu-dbsnoiues de Sainte-Cécile à restituer les biens de la cathédrale et è reprendre la vie en communauté, il se dessaisit de l’ar-. chidinconc , dont ii s'était emparé , et l'utijt à la mansc de L’église (1072). Les' tqrdives réformes de Frotard ne purent, toutefois, détourner de sa tête un châtiment mérité : le concile réuni à Toulouse, en 1079, l'excommunia et le déposa comme simoiriaque. •

biais, dans oette société si profondément corrompue, i( y avait des hommes honnêtes et indépendants, qui, en perdant leur respect pour les classes hiérarchiques , avaient aossi perdu la foi dans les croyances établies. La conscience humaine,- par une réaction naturelle, ’se raidissait en .eux etprotestait presque à leur, insu contre l'excès du mal et l'abus de l'autorité: mécontents de ce qui était et souffrants de ne plus croire, ils se mirant à la recherche, de quelque chose de mieux. Us ne tardèreht pas à rencontrer sur leur chemin le mauichéisme ct le piisciilianisme , dont les doctrines hétérodoxes avaient toujours compté , dans

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te Midi, de secrets adeptes. Vers la fin du su* siècle, ces hérésies, qn'on eroyail extirpées, s’étaient ravivées dans l'Arménie, puis de là répandues cher les Bulgares , qui en portèrent le germe en Italie. Les hérétiques transalpins , dès qu’ils s'étaient sentis assez nombreux pour aspirer à la propagande , avaient envoyé quelques prédicants dans la Gaule méridionale; et ces missionnaires étrangers, parmi lesquels nous remarquons une femme, qui de l’Orléanais passa dans l'Aquitaine et 1e Languedoc, avaient trouvé ici des frère*, làdes esprits préparés à tes recevoir. Les plus ardents entre les nouveaux manichéens , recherchèrent les honneurs du martyre. Un concile réuni à Orléans, par l'ordre du roi Robert, en fit périr onze dans les flammes , sous tes yeux de ce prince { 1022 ) ; plusieurs sectaires curent bientôt après le même sort à Toulouse; et si d'autres, à Arras, échappèrent au bûcher, ce ne fut qu'en abjurant publiquement leurs erreurs ( 1025'. Le xne siècle s'ouvrit par de nouveaux supplices à Boissons, dont le peuple fanatique brûla deux manichéens, sans attendre ic jugement du clergé (1115). Mais la persécution ne faisait qu'exalter le zèle des hérésiarques , et que susciter parmi eux d’intrépides apôtres. Deux de leurs docteurs s'élevèrent à une grande célébrité, et devinrent les chefs de cette église dissidente et hostile qui se fondait en dehors de l'Église catholique et romaine : nous voulons parler de Pierre do Bruis et de son disciple fleuri , ancien religieux , qui avait abandonné la lie monastique : l'un et l’autre, après avoir prêché avec un succès alarmant dans le Dauphiné et la Provence, portèrent leurs prédications dans la province de Narbonne. Partout leur passage soulevait une tempête. «On a vu par un crime inouï chez les chrétiens « , écrivait Pierre , abbé de Cluni , dans une lettre adressée à Guillaume, archevêque d’Embrun , et aux évêques de Die et de Gap; « on a vu rebaptiser les peuples, profaner les églises, renverser les autels, brûler les croix , fouetter les prêtres, emprisonner les. moines. et tes contraindre à prendre des femmes par les menaces et les tourments. » Celait une révolution , et toute révolution a ses périls. Pierre de Brais expia , par un» mort cruelle , vingt années de propagande : les habitants de la petite viHe de Saint-Gilles , où il s’était retiré avec son disciple Henri , se saisirent de sa personne et le brûlèrent vif , «eu punition des croix qu’il avait brûlées» ( 10VT). Les deux hérésiarques abattaient, en effet, toutes les croix , et les réunissant en un tas, se plaisaient à y mettre le feu ; un vendredi-saint ils imaginèrent même de se servir d’un de ces bûchers pour faire cuire de la viande, dont ils mangèrent publiquement, en exhortant les assistants à suivre leur exemple. :

Le clergé romain reprochait à Pierre de Bruis et à Henri d'afficher . les mœurs les plus dissolues ; « ils dissipaient , assurait-on , au jeu ou avec des femmes do mauvaise vie, l'argent qu’ils extorquaient à la simplicité populaire. » Mais il faut se tenir en garde contre ces accusations d'immoralité qui n’out été épargnée?* à aucun réformateur : on en avait dit bien d’autres, dans ce même siècle, sur le compte du fameux Robert d'Arbrissel, dont l'Église romaine a fait presque un saint. Henri continua de prêcher les doctrines de son maître, et y ajouta ses propres idées, plus absolues et plus hardies encore, sur le baptême des enfants, tes formes matérielles du cqpp, l'adoration de la croix, te sacrifice de la messe et tes prières des morts, toutes. choses qu'il condamnait sans réserve. Pour se soustraire aux

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flammes du bûcher de Saint-Gilles, il s’était enfui dans la province de Narbonne ; de là il se rendit à Toulouse, probablement par l'Albigeois, et s'y arrêta pendant quelque temps. La capitale du Languedoc embrassa ses doctrines, qui, répandues par aes néophytes dans « les pays circon voisins » et dans la Gascogne , y firent détonnants progrès. Toûs les sectaires commencèrent dès lors è prendre le nom d'htnriciens. Le pape Kugène lit étant venu en France sur ces entrefaites, afin d'y prêcher la croisade (liât), conçut les craintes les plus vives sur l'état religieux du Midi. U envoya à -Toulouse, en qualité de légat, le cardinal Albéric, évêque d'Ostie; et le cardinal, pour mieux confondre f hérésie , pria l'évêque. de Chartres, Geoffroy, quelques antres prélats et saint Bernard lui-même, de s’associer activement à sa mission. L'illustre abbé de Clairvaux , quoique les infirmités de la vieillesse lui. commandassent le repos, o'hésita pas à se rendre à l'invitation du légat. Arrêté par une maladie dans les environs* de Poitiers, H recouvra bientôt assez de force pour sc remettre en voyage ; enfin, en suivant la route de Bordeaux, de Bergerac, de Périgueux et de Cahors, il arriva dans ce pays, on , disait-il éloquemment , les églises étaient sans peuple , les peuples sans préires , et les prêtres sans ministère. ■ '

Le légat fut peut-être reçu avec moins d'honneurs, à Toulouse, que l'abbé de Clairvanx. Tous deux firent une rude guerre ft l'hérésie : Hs se flattèrent d'en avoir triomphé parce qu’ils obtinrent quelques conversions; mais , dans toutes les classes , partienlièremeut parmi les principaux habitants, la révolte fuyait encore l’éclat. Les chevaliers s'engagèrent , par de belles promesses, à châtier les henriclens, et le légat, croyant porter lo dernier coup à ccs hérétiques, lança contre eux l'anathème. Il se porta ensuite,- avec son cortège de prélats et l’abbé de Clairvaux, dans les pays, les villes et les châteaux où les doctrines de Henri comptaient le plus d’adhérents : tous les jours saint Bernard prêchait publiquement et faisait entendre cette parole qui avait de l’écho dans le monde entier. Elle échoua pourtant à Verfeil ( Vitedefolium), château situé à seize kilomètres de Toulouse, contre la ferme croyance ou la résolution obstinée de ses cent maisons de chevaliers et de ses habitants ameutés ; la voix du saint ne put dominer les clameurs, et il sc retira, après avoir secoué la poussière de ses souliers, et laissé sa malédiction au château. Souvent sa surprise était grande, de reconnaître que les chevaliers hérétiques avaient encore plus de haine contre le clergé que d'attachement pour leurs erreurs. Du Toulousain on passa dans l’Albigeois. Les doctrines de Henri y avaient été accueillies avec enthousiasme; presque tous les habitants d’Alby les professaient ou les favorisaient ouvertement. On le vit bien i la manière dont celte ville reçut le légat , vers la fin du mois-de juin 1147. Instruit de son arrivée prochaine, le peuple, par dérision; courut au-devant de lui, monté sur des ânes et au bruit des tambours; grand fut le scandale du prince de l'Église qui n’avait jamais été à pareille fête. Trois jours après, cette même foute recevait l'abbé de Clairvanx avec de vives démonstrations de joie ; tant il est vrai qu’on en voulait moins au clergé qu'à ses vices. Saint Bernard, de Poitiers à Toulouse, avait semé sa route de miracles. Il fit pins à Alby, s'il faut en croire son compagnon, GeofTroi , moine de Clairvaux. Le légat avait eu beau faire sonner les cloches de Sainte-Cécile ; c’est à peine si trente personnes avaient assisté à sa pre-.

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mièremesse. Lorsque saint Bernard monte en chaire ponr prêcher, l'affluence des habitants est si considérable, que la cathédrale ne pouvant contenir toute cette multitude , elle déborde au dehors. L’abbé de Clairvanx réfute uno à une les erreurs des henrkiens. La démonstration achevée , il interpelle vivement ses auditeurs : Choisîmes, leur drmande-t-ii ,'<?»/« les deux doctrines ! Tout le peuple ivre de sa parole s’écrie « qu’il déteste Terreur et qu:il revient avec joie ù la vérité catholique. « — «Faites donc pénitence, ajoute le saint, vous tous qui avez péché «. Par une subite inspiration, il commande aux assistants de lever 1o main en témoignage de la sincérité de leur retour à la foi ; et presque toutes les mains se dressent aussitôt pour répondre S son appel. Les impressions de la foule ont une fougue pleine d’entrainement, qui la rend accessible à toutes les surprises. La conversion des habitants d'Alby, sans doute très-sincère dans ce premier mo ment, ne fut point durable; car, par la fuite , les bûchers de l'inquisition éclaireront de leurs Iheurs sanglantes cette cité redevenue catholique. Ou reste, saint Bernard remporta une victoire plus réelle sur Henri. Soit qûc l'hérésiarque redouté! la parole éloquente de l'abbé de Clairvau* ..suit qu’il. soupçonnât quelque embûche, il refusa constamment d'avoir avec lui une conférence publique; à mesure que le légat avançait dans le pays avec sa compagnie , le chef des .hérétiques se retirait. Henri tomba au pouvoir des catholiques quelques mois après le départ du saint. Un évêque, auquel on le livra , nous pensons que ne fut celui de Toulouse , le conduisit à Reims , devant le concile présidé par Eugène III (lllft). Le pape lui fit grâce de la vie, et le condamna à être enfermé dans une prison , où il ne survécut pas longtemps â la perle de sa liberté.

Les conciles d’Orléans et de Charroux , réunis vers le commencement -du xii' siècle, le premier par Robert, roi de France, le second par Guillaume, duc d'Aquitaine, étaient les seules assemblées Cléricales qui eussent été expressément convoquées pour réprimer le manichéisme. Dans les autres réunions des membres du clergé romain, on ne s’était occupé de cette hérésie que comme d’une affaire accessoire ; c’est ainsi qu'elle avait été condamnée, en 1149, par le concile de Toulouse, où se trouva le pape Calixte II. Après la campagne spiii-, tuelie du cardinal Alberic dans le Languedoc et la mort du chef des Hem icicns, le concile de Tours fui aussi incidemmen’ appelé à sévir contre le manéchéisme : il défendit aux catholiques, sous peine d'excommunication, soit de donuer protection ou retraite aux sectaires, soit d’avoir avec eux aucunes relations de commerce ou d’intérêt; et il enjoignit, en outre, aux puissances séculières, de les enfermer daBS les prisons , de confisquer leurs biens et de disperser leurs couventieules (1163). L’ évêque d’Alby, Guillaume, reconnaissant le peu de succès qu’avaient eu jusqu'à présent les défenses de l'Église, pensa qu’une assemblée du clergé, qui aurait pour unique objet de combattre -l'hérésie, pourrait conduire à des résultats plus efficaces. U provoqua donc la réunion d’un concile dan» son diocèse, vers la fin du mois de mai 1165, et désigna, pour siège de ses travaux, la viHe de Lombers , dont une partie de la puissante chevalerie et 1» population tout entière étaient dévouées aux henriciens. Cette ville, aujourd'hui si déchue , était alors une des cités les plus considérables de la province. Située vers le sud, à environ trente kilomètres d’Alby, et bâtie, dans une étroite et verte

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vallée, elle avait un château d'une force redoutable, et passait, parmi les geii9 de guerre, pour une des clefs de l'Albigeois. Il n'en est pourtant nullement parlé dans les annales du Languedoc, antérieurement à l'époque à laquelle nous sommes arrivés; elle ne se produit même, par un acte politique connu, que douze années après, ii l'occasion de l'hommage que reçoit le vicomte Roger II pour le faubourg du château de tomber» (1178).

Un grand nombre de prélats assistèrent au concile de Lombers. Outre Guillaume, évéque d’Alby, on y vit un archevêque : Pons d'Arsac, de Narbonne; quatre évêques: Aldebert, de Nîmes; Gnurelin, de Lodève; Gérard, de Toulouse; et Guillaume, d’Agde; quatre abbés de l’Albigeois : Roger, de Castres; Henri, de Gailluc; Pierre d'Ardourel, et un autre, celui de Candeil, dont le nom ne nous est pas connu ; quatre abbés des diocèses de Narbonne, de Nîmes et de Lodève : Raymond, de Saint-Pons; Alphonse, de Fontfroidc; Raymond, de Saint-Guillem ; et Pierre, de Cendras; enfin, beaueoup d’autres ecclésiastiques , parmi lesquels nous distinguerons encore les prévôts des cathédrales de Toulouse et d'Alby et les archidiacres de Narbonne et d'Agde. Quelques princes séculiers siégèrent au milieu de ces représentants de l’Église. Ce furent : Constance, sœur du roi de France, Louis le Jeune, et femme de Raymond V, comte de Toulouse; Raymond- Trencavel, vicomte de Réziers, d'Alby, de Carcassonne et de Rasez; et Sicard V, vicomte de Laulrec , qui épousa sa tille Adélaïde. A la tête de la noblesse parut Isarn, seigneur de Dourgne. Une foule de gens de moindre condition se pressaient dans les rues de la ville , qui n'avaient jamais été si animées. L'assemblée choisit parmi ses membres les députés et commissaires auxquels elle confia le soin de disputer contre les bons-hommes; car c’est sous ce nom et non pas sous celui de henriciens que les hérétiques sont désignés dans les actes du concile. La commission s»* composa des évêques d'Alby et de I-odèvc, des abbés de Castres, d'Ardourel et de Candeil, et d'un ecclésiastique, Arnaud de Beben. L'orateur des Dons-Hommes avait nom Olivier. Gaucelin, évêque de Lodève, interrogea ces sectaires, au nom du chef spirituel de l'Église d'Alby : « Reconnaissez-vous, leur demanda-t-il, la loi de Moïse, et les autres livres saints de l’Ancien-Testament?» — «Non, répondirent-ils : nous n'admettons que le Nouveau, n Gaucelin les pressa ensuite de s'expliquer sur divers articles de la foi ; ils éludèrent de répondre en termes précis, ajoutant, qu'à moins d’y être contraints, ils n'en diraient point davantage. On ne put en obtenir aucune explication satisfaisante sur l'ellicacité du baptême appliqué aux enfants ;Jni sur le corps et le sang de Jésus-Christ et les conditions nécessaires pour les consacrer ou les recevoir avec fruit; ni sur l'iustitution.du mariage, et les rapports qu'il établit entre l’homme et la femme; ni sur la possibilité d'opérer le salut de l’Ame par la pénitence à la fin de la vie; ni sur l'utilité des jeûnes, des marérations et des aumônes considérés comme accessoires de là contritiun du cœur. Ils secouèrent toutefois celte réserve pour s’élever avec force contre l’immoralité du clergé. « Nous refusons d'obéir à des évêques, dirent-ils, qui n'ont aucunes des qualités prescrites par saint Paul ; qui sont des loups ravissants, des hypocrites, des séducteurs et des mercenaires, parés d'habits blancs et d'anneaux d'or ; et qui, en tout, ressemblent aux faux prêtres qui livrèrent Jésus-Christ à ses bourreaux. » On s'émeut 5 ces

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reproches sur les bancs du concile, et de tous côtés partent de vives réclamations et des interpellations plus vives encore. L'archevêque de Narbonne, l’évéque de Nîmes, l'abbé de Coudras et l'abbé de Fontfroide, prennent la parole pour réfuter les sectaires et se laver de leurs reproches. Ces réponses provoquent de nouvelles récriminations. Le débat épuisé, l'orateur de la commission fait connaître la sentence «lu concile. « Moi, Gaucelin, évêque de Lodève, par ordre de l’évêque d’Alby et de ses assesseurs, déclare-t-il, je juge que ces prétendus bons-hommes sont hérétiques, et je condnmne la secte d'Olivier et de ses compagnons, qui est celle des hérétiques de Lombers , quelque part qu’ils soient. » Les sectaires récusent en vain leurs jugea et ne veulent reconnaître en eux que des oppress«'urs. « Ma sentence est juridique, maintient le prélat. Je suis prêt à la soutenir en la cour du pape Alexandre, en celle «le Lmiis, roi de France, en celle de Raymond, comte de Toulouse, et enfin en civile de Trencavel, qui est ici présent. »

Quelques incidents, que nous indiquerons en peu de mots, suivirent le jugement du concile. Les hérétiques, appelant en quelque sorte du clergé au peuple : JiLOulez, s’écrièrent-ils, gens de bien , notre profession de foi! A les entendre , ils pensaient comme les catholiques sur presque tous lés points ; mais quand on les sommait de confirmer ces déclarations par le serment, ils s'y refusaient, alléguant qu'ils n'y étaient point autorisés par les Évangiles et par les Èpilres. Là-dessus s’engagea un nouveau débat au sujet du serment. Guillaume, évêque d'Alby, y mit fin, en $c levant pour confirmer la sentence prouoncée par Gaucelin : Arnaud de Beben et les abbés de Castres, d'Ardourel et de Candeil, remplirent la même formalité en leur qualité de commissaires. Vinrent ensuite, dans l'ordre de souscription, l’archevêque de Narbonne, et les autres évêques, abbés et ecclésiastiques. La liste des signataires fut close par les noms de la princesse Constance , de Raymond-Trencavel, vicomte d'Alby, de Sicard, vicomte de Lautrec, et d'Isarn «le Rourgne. On peut considérer le dernier «anon du concile, qui se réunit dans l'église de Latran, en 1179, comme une confirmation de cette condamnation des henriciens par les évêques du Languedoc. Les Père? de l’assemblée générale de Rome délibérèrent, sous la présidence du pape Alexandre III, dont l’opposition aux novateurs religieux s’était déjà manifestée, en 1103, au concile de Tours. Ils anathématisérent de nouveau ces hérétiques, qui, disaient-ils, « s’étaient tellement fortifiés dans la Gascogne, l'Albigeois, le territoire de Toulouse, et en d'autres lieux, qu'ils y enseignaient publiquement leurs erreurs»; et, après avoir réitéré la défense de leur donner protection ou retraite, sous peine d'excommunication, ils déclarèrent que leurs biens seraient confisquées, qu'ils n’auraient le bénéfice d’aucune oblation , et «ju’on leur refuserait la sépulture parmi les chrétiens. Le penchant secret du clergé pour des mesures plus rigoureuses se décela, d'une manière remarquable, dans le préambule «le ce même canon : «Bien que l'Église rejette les «*xécutions sanglantes, y disait-on, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois des princes chrétiens; et ta crainte du supplice fait quelquefois recourir au remède spirituel. » Le concile qui lut tenu à Montpellier, en 1103, se borna à rappeler ces dispositions pénales contre les sectaires.

Les anathèmes de ces trois assemblées se perdirent dans l’air, comme les

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foudres des conciles qui les avaient procédés, et la contagion du manichéisme n’en continua pas moins de prendre une rapide extension , sous le souffle des prédicants. L’hérésie paraissait même grandir en raison des obstacles et y puiser une force nouvelle; à chaque coup qui semblait l'abattre, elle se relevait plus menaçante. Elle séduisait d’autant plus les esprits que , fondée sur la libre interprétation de l'Évangile, elle ne prétendait pas les astreindre il une règle uniforme; l'unité était dans la dissidence et l’opposition à ce qui existait plutôt que dans le parfait accord des intelligences sur les doctrines nouvelles. Le manichéisme n était pas seulement très-répandu alors dans l'Albigeois, le pays de Toulouse, les comtés de Fois et de Comminges, le Rouergue, l'Agcnois, le Quercy et le Périgord ; il avait de nombreuses ramifications dans la Provence , la Bourgogne, le Nivernais, la Lorraine et les Flandres. Au dehors, il n'était plus confiné, comme autrefois, en Allemagne et en Italie; il comptait des adeptes jusque dans les Iles Britanniques, la Catalogne et l' Aragon. Il avait ses docteurs, ses évêques, et on assure même son pape. Les manichéens se réunirent, à ce qu'on affirme, en conciliabule général, deux années après le concile catholique de Lotnbers ; ils s'étaieut donné rendez-vous à Saint-Félix de Caraman , ville du Toulousain ; les églises dissidentes de l'Albigeois , du pays de Toulouse , de Carcassonne et de la vallée d’Aran, en Gascogne, y furent représentées, et s'y occupèrent de la délimitation de leurs diocèses respectifs. Le chef universel ou pape des sectaires, Niquinla, y consacra l'évéque du Toulousain, Bernard-Raymond (1167). Les historiens signalent une autre assemblée générale des hérétiques , à Pieussan, dans le Rasez; Guillabert de Castres, évêque du Toulousain , y dirigea les travaux d'une ceutaine de leurs principaux prélats, prêtres ou docteurs (1222). Une lettre du cardinal Conrad, adressée à l'archevêque de Rouen, le 2 juin 1223, nous apprend encore qu'ils avaient élu un nouveau pape « sur les frontières de la Bulgarie, de la Croatie, de la Dalmatie et de la Hongrie; » et que ce chef des églises réformées était représenté en France par son vicaire, Barthélemy de Carcassonne, lequel résidait dans le Toulousain, y ordonnait des évêques, et s'y qualifiait serviteur des serviteurs de ta sainte foi.

les hérétiques étaient connus sous les dénominations les plus variées. Par rapport aux pays, qui les comptaient en plus grand nombre, on les appelait bulgares, provençaux, agenois, toulousains , albigeois; ailleurs on les nommait cathares, patarins, henriciens, bons-hommes; le nom de poplicains était particulier aux Flandres. D'autres dénominations, celles de pauvres de Lyon, de vaudois, d 'ariens, de sabbatati ou A'insabbatati , fort usitées dans le Languedoc, nous révèlent un fait important : c’est que, dans l’ancienne Scptimanic, le manichéisme ne dominait pas exchBfvement, et, qu'à ses côtés, la secte des vaudois s’était développée plus tard, avec une puissance égale et peut-être supérieure. On ne commença à comprendre les hérétiques de toutes les croyances, sous la désignation générique A' albigeois, qu'en 1208, au début de la croisade1. Ce fut sans

1. « Unde sciant,» dit Pierre de Vaux-Sornay, dans son Histoire de la guerre des Albigeois, «qui Irrturi sunl.quia pturibus in bujtis operis locis Tolosani et aliarum civitaluin el Castrorinu hirrelici et defensorcs eorum, generaliter Albigenses voeanlur ; eo quod aliœ nationes hœreticas provinciales , Albigenses consuevsrint appellare. (Épitre dodicaloire au pape Innocent III).

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doute en souvenir de la condamnation des henricicns ou bons-hommes par le concile de Lombers. Quoi qu'il en soit , ce nom l'emporta sur les autres et les fit oublier ; par extension, il fut môme appliqué à presque tout le haut Languedoc et aux contrées voisines. L'Église, les conciles , les princes, les croisés , ne dirent plus, en parlant des provinces envahies par l'hérésie, que les pays, les parties, la terre ou la conquête d' Albigeois. Mais quelles étaient donc les doctrines de ces novateurs, qui, sous des noms divers, agitaient si profondément le mondet On ne peut douter qu'il n'y ait eu , dans cette tentative d’émancipation et de reconstitution religieuse et sociale du moyen âge , une analogie intime avec» l'esprit de la réforme protestante au \vi* siècle, et par suite, avec les principes de liberté et d'amélioration morale de l’école philosophique moderne. Celte vérité , qui fait l’honneur du Midi et prouve sa supériorité intellectuelle sur le Nord, ressort du témoignage de tous les écrivains du temps, quoique, sans exception , ils aient été hostiles aux idées des sectaires. Nous n'avons, par exemple, pour juger ceux-ci, que h-s renseignements fournis par leurs ennemis , et nous pourrions dire même, par leurs bourreaux.

Les manichéens croyaient à l'existence de deux principes : l’un bon, créateur des esprits, des choses incorporelles et invisibles; l'autre, mauvais, auteur de la terre, des corps et des choses visibles. De celui-là venait notre âme et sa tendance au bien, de celui-ci notre enveloppe matérielle et la perversité de nos penchants. Quelque contraire à la raison que paraisse d'abord cette explication de la double face du monde et de la double nature de l'homme, on conçoit qu'elle ait séduit des intelligences, pour la plupart dépourvues d'instruction, et qui, fatiguées du doute, cherchaient à se rendre compte des diflicultés, en apparence insolubles, de l'antagonisme du bien et du mal. Est-ce à dire, qu’en exagérant en eux le mépris de la matière, elle ait fatalement porté les manichéens à condamner l'union des sexes par le mariage? Est-ce à dire que celles de leurs femmes, dont la chair succombait, aient ressenti une telle horreur de la maternité, qu'elles s’y soient soustraites au moyen de l'infanticide? II nous répugne trop de croire à une aberration si coupable , et à l'appui de laquelle on ne peut d'ailleurs produire aucun monument écrit des docteurs de la secte. Comment admettre qu'une société nouvelle, qui cherchait à se constituer dans une pensée d’avenir, se soit imposé une règle d’abstinence, qui sapait, à son origine, l’existence même de l'humanité? Nous citerons, au sujet de cette folie invraisemblable, ce que l'abbé Fleury fait observer à l’occasion d’une superstition monstrueuse, qu'on reprocha également aux manichéens, condamnés par le concile d’Orléans, a quelle a tant de rapport avec les calomnies dont on chargeait les premiers chrétiens, qu'elle semble en être imitée. » Par suite de leur croyance à deux principes, les henriciens ne reconnaissaient , dit-on encore, que le Nouveau- Testament , œuvre du bon principe , tandis qu'ils rejetaient f Ancien-Testament , comme une loi émanée de ce mauvais principe, de ce Dieu homicide, qui, au commencement du monde , avait été plutôt le fléau que le père de la race humaine. Ils niaient que Jésus-Christ, le bon esprit, le Verbe du dieu de lumière, eût porté le vêtement réprouvé de la chair et en eût connu les misères et les souffrances : ayant pris seulement l’apparence d’un corps humain , il n'avait pu en

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réalité, ni exister, ni souffrir, ni ressusciter, comme un homme. L'Église romaine était, selon eux, désignée, dans l'Apocalypse, sous le nom île la prostituée de liubylone : ils méconnaissaient son autorité, ainsi que celle de ses évéques et de ses prêtres. Le droit de prêcher l'Évangile était commun à tous parmi eux, et la femme pouvait le revendiquer à l’égal de l'homme. Ils n'admettaient ni le baptême des enfants, ni l'expiation spirituelle pur les flammes du Purgatoire , ni les prières des fidèles pour les morts, ni les sacrements de la confirmation, de la confession et du mariage.

On divisait les manichéens en deux classes bien distinctes : les parfaits ou bonshommes, et les simples croyants. Ceux-là, comme ministres de la secte, s'intitulaient fils majeurs ou fils mineurs , c’est-à-dire évéques ou diacres. Ils témoignaient un rigide éloignement pour le mensonge, ne s'engageaient jamais par serment, vivaient dans une parfaite chasteté, affectaient de se vêtir d'habits noil's, et, abhorrant tout ce qui provenait de lu vie matérielle , s'abstenaient de manger de la viande , des oeufs et du fromage. En un mot , leur ministère était une pénitence, un jeûne et un sacrifice perpétuels; et c'est ainsi qu’ils s'élevaient, par la perfection , au-dessus du reste des hommes. Ils administraient ,. à l'aide de l'imposition des mains, le baptême aux néophytes, et aux mourants la consolation. Rien donc n'eût été plus louable que cette existence exemplaire des bonshommes, ajoutent les auteurs catholiques, si elle n'eût pas encouragé les simples croyants à s’abandonner à la vie la plus désordonnée : ces derniers , affranchis des devoirs rigoureux, se reposaient sur la foi surabondante des parfaits, pour assurer le salut commun, et ne se croyaient nullement obligés d'y travailler par leurs propres œuvres : au contraire , ils se laissaient aller sans scrupule au brigandage, au parjure, à l'homicide, à la luxure, et à tous les vices. C'était surtout, prétend-on, le désir d’avoir part aux bénéfices d’une transaction si commode, et la certitude de goûter avec sécurité les plaisirs d'une vie si désordonnée qui, chaque jour, grossissaient les rangs des hérétiques; mais qui ne sent l’artifice grossier de ce tissu de calomnies, et qui ne comprend qu'elles avaient été inventées à plaisir pour perdre les manichéens dans l'opinion des peuples? Quoi, à une époque où le relâchement de la morale de l'Évangile et la dissolution des mœurs du clergé, donnaient aux corrompus les plus grandes facilités pour satisfaire leurs passions, fisse seraient jetés dans l'hérésie par lassitude de a l'austérité chrétienne » et par un besoin effréné de licence? Quoi, le dévouement des Albigeois à leurs croyances , le sacrifice de leurs biens , le mépris de leur vie , leur enthousiasme au milieu de la flamme des bûchers, tout cela n’aurait été que l'inspiration d’une corruption profonde? Quoi, cette vaillante chevalerie, ces bourgeois, ces artisans, qui défendirent si héroïquement leur patrie et leur religion contre les forces supérieures des croisés, n'auraient été qu’im ramas de parjures, d’usuriers, de voleurs, d'homicides, et les catholiques de Béziers se seraient trompés, lorsque, en présence d'une destruction presque certaine, ils se firent un honneur de traiter de tels hommes comme des frères , de s'associer à leur résistance et départager leur martyre? Non! fi y a eu évidemment mensonge de la part des auteurs contemporains, et erreur de la part des historiens modernes, qui, trop souvent, les ont copiés avec complaisance. Quant aux héréti-

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ques ili' la secte des Vaudois, nous ne parlerons de leurs croyances que pour dire qu'elles étaient moins éloignées des doctrines orthodoxes , mais qu’au fond , elles n'étaient pas moins hostiles à l'Église romaine , dont elles minaient toutes les bases, en poussant les peuples à travailler, dans un esprit d'égalité évangélique, à l'établissement d'une société « sans prêtres , sans nobles et sans riches. »

Cet immense mouvement des esprits, qui embrassait l'Europe entière, avait toujours son foyer le plus actif dans le Languedoc. Le comte de Toulouse, Raymond V, défenseur zélé de la foi catholique, voyait l’incendie se développer autour de lui et gagner son propre château , sans pouvoir en ralentir les progrès. Son fils, Raymond était secrètement attaché aux doctrines des manichéens, et recevait leurs docteurs ; il leur témoignait déjà cette vive prédilection , qui lui fit dire, quand il eut hérité de la couronne comtale: «Je sais que je perdrai ma terre pour ces bons-hommes ; eh ! bien la perte de ma terre et encore celle de la tête, je suis prêt è tout endurer! » La plupart des barons de la province, partageant les sentiments du jeune prince, favorisaient les hérétiques ou leur donnaient asile. Nous avons une lettre que Raymond V écrivit dans le mois de septembre de l'année 1177 , au chapitre général de Clteaux. « Cette hérésie a tellement prévalu , » y dit-il , « qu’elle a mis la division entre le mari et la femme, le père et le fils , la belle-mère et la belle-fille. Ceux qui sont revêtus du sacerdoce se sont laissé corrompre, les églises sont abandonnées et tombent en ruines; on refuse d'administrer le baptême; l'Eucharistie est en exécration, et la Pénitence méprisée. Pour moi . qui suis armé des deux glaives, je cherche en vain le moyen de mettre fin à de si grands maux et je reconnais que je ne suis pas assez fort pour y réussir. » La révolution religieuse était, en effet, moralement accomplie , et l'épée seule pouvait rendre à l'église romaine sa vieille autorité. Les nobles et les chevaliers percevaient les dîmes et les confisquaient à leur profit ; à Toulouse, l’évêque Fulcrand , privé de ses revenus, était réduit à vivre en simple bourgeois. Les ecclésiastiques n'osaient plus se montrer en public qu’en dissimulant leur tonsure. Tandis qu'on lie leur épargnait aucune marque de mépris, on entourait les hérétiques de témoignages de respect. Ils avaient des prêches, que la principale noblesse se plaisait à fréquenter, et où Esdarmonde , soeur du comte de Foix, reçut publiquement, un jour, l’imposition des mains (120 V). Ils possédaient de nombreux châteaux, de grands biens et des établissements considérables : presque tous les legs pieux que faisaient les mourants leur étaient destinés et venaient augmenter leurs richesses; et tel était l’intérêt qu'ils inspiraient à toutes classes, qu’on les exemptait des charges onéreuses de la taille, du guet et de la garde.

L'Albigedis, sous le gouvernement de Raymoùd-Trencavel, vicomtede Béziers, d’Alby, de tSreassonnc et de Rasez , était acquis tout entier à la réforme religieuse. Nous nous sommes peu occupés, jusqu'à présent, des actes de ce seigneur, parer qu’ils ont été , pour la plupart, étrangers à notre sujet : nous ne njcntioimons ici ses guerres continuelles avec Rnvmond V, qui le tint prisonnier à Toulouse pendant quelque temps, que pour rappeler qu elles favorisèrent 1rs entreprises de f hérésie ; le vicomte, par politique, autant que par opposition à son puissant suzerain , encouragea les novateurs. Durant sa captivité, il avait dicté un

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testament, par lequel il eoufiait l’administration de l'Albigeois et des domaines du Toulousain et du Commingcs , à Isarn de Dourgne, Hugues de Cessenon et Guillaumc-Aton de Curvale (115i). ltendu A la liberté , il ajouta à cette pièce, quelques années après , une déclaration verbale qui établit Guillaume-Pierre de Béions sou sénéchal en Albigeois, avec pouvoir de gouverner toutes ses propriétés, dont il lui conféra une partie en fief. Un de nos collaborateurs a raconté de quelle manière la vie agitée de Raymond-ïrencavel Unit sous les coups de la bourgeoisie de Béliers, soulevée contre lui par un sentiment profond de vengeance. Il laissa, en mourant, deux Fils , Roger II, son successeur, dans les quatre vicomtés de Béziers, d'Alby, de Carcassonne et de Basez, et Kaymond- Trencavel, son frère, lequel fut simplement apanage, et ne prit jamais le titre de vicomte (1IG7). Roger guerroya presque toujours comme son père, contre Raymond V, comte de Toulouse, dont pourtant il épousa la tille Adélaïde : ce fut lui qui, par politique ou par versatilité, mit, à deux reprises différentes, les vastes domaines des Trcncavcl sous le vasselage d'Alphonse , roi d'Aragon (Hü7 et 1179). Il se montra, en tout temps, très-favorable aux bons-hommes de l'Albigeois, les laissa croître à l’ombre de son autorité , et se Fit peut-être lui-méme simple croyant. Un de leurs docteurs, Sicard, surnommé Cellerier, dogmatisa paisiblement à Lombers, et y inspira aux chevaliers et aux bourgeois de la ville et du chiltcau une telle confiance dans sa supériorité, qu’ils délièrent l’évêque d'Alby, Guillaume , de disputer contre lui. Le prélat accepta ce tournoi religieux , dont les deux Églises s'attribuèrent l’avantage , et qui laissa Sicard en possession de Lombers. Vers le même temps , deux autres chefs des hérétiques, Raymond de Baiinipc et Bernard Raimundi, se tenaient enfermés dans le château de la ville de Lavaur, en Albigeois, un des prêches et une des places fortes de leur secte. Nous ne savons si c'est A l’épiscopat de Guillaume ou A celui de sou successeur Giraud qu'il faut rapporter l’histoire des démêlés de l’évêque d’Alby avec Roger 11; nous n’osons affirmer non plus, comme quelques-uns le racontent, que le vicomte , fort impatient de sa nature , jpiit la main sur le prélat , un jour qu’il s’était permis de blAmer scs sentiments ou ses mœurs : ce qu'il y a de certain , c'est que Roger, A la suite de quelque débat, tint l’évêque d’Alby en prison, et confia aux hérétiques du diocèse la gai de de sa personne sacrée (1178).

Le comte de Toulouse en était venu A cette conclusion , que le glaive spirituel ne pouvant vaincre l’obstination des hérétiques, il fallait les combattre avec l'épée. Mais, trop faible pour entreprendre seul une guerre sainte , contre ses sujets émanri|)és, il cherchait des alliés au dehors. Tour A tour il sollicita l’appui des rois de France et d’Angleterre, et ces princes songèrent un moment A se rendre en personne A Toulouse, pour en expulser les ennemis de l’Église; toutefois, a pria y avoir mûrement réfléchi , ils comprirent qu’il valait mieux essayer encore des voies de la persuasion. Louis VII cl Henri 11 se concertèrent donc avec le pape Alexandre 1(1 pour envoyer une nouvelle mission dans le Languedoc; leur choix s'arrêta sur Pierre, cardinal de Saint-Chrysogone , légat en France, auquel ils adjoignirent d’abord Guarin, archevêque de Bourges, Jean de Itcllcs-mains, evêque de Poitiers, Rrginald, évêque de Bath, et Henri, abbé de Clairvaux. Plusieurs ecclésiastiques suivirent ces prélats, dont lu compagnie fut, en outre, grossie dans

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la suite, par Gérnud de la Barthe, archevêque d’Auch , Géraud, évêque de Cnhors, et Gosselin , évêque de Toulouse. I.e cardinal de Saint-Chrysogonc et ses acolytes entrèrent dans la capitale de la province au milieu des huées du peuple , qui les appelait apostats, et leur rejetait l'épithète d' hérétiques (août 1178). Nous ne nous occuperons point du succès de leurs travaux dans cette ville, où ils imposèrent la délation aux consuls et au clergé, en exigeant d’eux, sous serment, une liste écrite de tous les sectaires : un seul , Pierre Mauran , hopime considérable par scs richesses, mais affaibli par l’îtge, paya pour tous; convaincu d'hérésie, on le mit en prison, on confisqua scs biens, et on démolit scs chflteaux. Les noms portés sur la liste générale des hérétiques furent enveloppés dans une excommunication collective, que le cardinal de Saint-Chrysogonc fulmina, à cierges éteints, devant Raymond V et les grands du comté. Le comte de Toulouse fit serment de ne point favoriser l'hérésie , et il s'acquitta de sj promesse en publiant une ordonnance qui frappait, indistinctement, les sectaires reconnus et leurs protecteurs déclarés , du supplice du feu et de In peine de la confiscation. Plusieurs furent , en conséquence , brûlés vifs , et allèrent rejoindre ceux de leurs frères, qui, depuis le concile de Lorabcrs , avaient subi la même peine dans diverses parties de la France.

Il était plus diflicile d'atteindre les fauteurs puissants de l'hérésie; le légat envoya Henri, abbé de Clairvaux, et Réginald , évêque de Bath, dans l'Albigeois, pour y exhorter Roger de Béziers, prince du pags, à mettre en liberté l’évêque d'Alby, et à chasser les hérétiques de ses domaines. On ordonna à Raymond, vicomte de Turcnne , et à Raymond de Castelnau , d'accompagner les deux commissaires ecclésiastiques pour leur prêter main-forte. Roger ne se souciant point d'avoir rien à démêler avec pareille compagnie , se retira à l'extrémité de la province , « dans des lieux inaccessibles. » L’abbé Henri et l'évêque Réginald , désespérant d'arriver jusqu'à lui , se tournèrent vers la comtesse Adélaïde , sa femme. La fille de Raymond V était vraisemblablement non moins dévouée alors que son mari à la cause de l'hérésie : elle avait choisi pour sa résidence , Castres , une des places fortes de l’Albigeois, et elle y vivait entourée de sectaires ; la population de la ville et des environs professait les nouvelles doctrines ou en favorisait la prédication. Quoique Adélaïde eût auprès d’elle les gens de sa maison et un corps de troupes, elle ne tenta point de repousser les commissaires. Elle les laissa agir et prêcher en toute liberté à Castres. L'abbé de Clairvaux et l’évêque de Bath, en présence de la vicomtésse et de ses chevaliers, « déclarèrent Roger traître , hérétique et parjure, pour avoir violé la sûreté qu'il devait à levêque d’Alby, et le défièrent , au nom de Jésus-Christ, de la part du pape, et des rois de France et d'Angleterre a (1178).

Ce fut, comme toujours, à recommencer, au bout de quelques années. L’abbé Henri, promu au cardinalat et à l’évêché d’Albano, par Alexandre III, revint dans le Languedoc, en qualité de légat (1180). Homme d'un caractère résolu et d'un esprit belliqueux , il n’avait pas oublié sa déclaration de guerre à Roger II : il tira le premier cette épée de la croisade, qui devait répandre des Bots de sang dans le Languedoc et le couvrir de tant de ruines, lin grand nombre de catholiques,entraînés par sa parole, s'armèrent pour marcher sous ses ordres contre

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le seigneur des quatre vicomtés. Nous n'avons aucun détail sur sa campagne dons l’Albigeois : du château de Lcscure , il se porta vers Lavaur, l'investit et en poussa vivement l’attaque. La vicomtesse Adelatde, qu'il retrouva dans cette place, la lui livra bientôt. Hoger, toujours en guerre avec le comte de Toulouse, ne voulut point compliquer sa position d'un nouvel embarras : il fit sa soumission au légat, lui promit de renoncer entièrement à l’erreur et lui livra les hérétiques de Lavaur. Parmi ces sectaires étaient deux de louis chefs, Raymond de Baimiac et Bernard Raymundi , dont le courage fléchit dans l'adversité : l'un et l'autre se convertirent et embrassèrent à Toulouse l'institution des chanoines réguliers (1181). On suppose, d'après les récits de quelques historiens, que le cardinal Uenri étendit sa mission dans la Gascogne, et qu'il y combattit aussi la révolte religieuse, de la parole et de lepéc; quand il se fut retiré, l'hérésie, temporairement contenue ou refoulée par sa présence , reprit possession du pays. Le vicomte Roger rendit sa faveur aux sectaires, et, peu de temps avant sa mort, donna à l'un d'eux une marque éclatante de sa confiance. Par un codicille du 17 mars 1193, il nomma Bertrand de Saissac, seigneur de la secte des vaudois, son exécuteur testamentaire, et lui confia, pour cinq années, la tutelle de son fils Raymond -Roger, avec l'administration de scs domaines d’Albigeois, de Rouergue, du Toulousain , de Carcasse! , de Rasez , de Lauraguais et de Termenez. Il mourut l'année suivante, ainsi que son beau-père, le comte de Toulouse (1194). Son successeur, Raymond-Roger, le dernier des Trencavcls qui ait possédé les quatre vicomtés, atteignit sa majorité en 1201 , époque à laquelle nous le voyons se qualifier, pur lu grâce de Dieu , comte de Carcassonne , de Béziers , de Rasez et d'Alby.

Les faiblesses de Raymond VI, comte de Toulouse, ont été dépeintes dans l'introduction générale du Languedoc et dans l'esquisse historique sur la capitale de cette province. Il pouvait se rendre maître des destinées du Midi , lui constituer une puissante unité morale et consolider le pouvoir de sa race , en se déclarant le chef de la réforme religieuse, comme il s’y sentait porté par ses sympathies, ses croyances et ses engagements, üomme de guerre éminent, d'une bravoure éprouvée et supérieur à son siècle par scs lumières , mais prince d’un caractère mobile, faible et irrésolu , il chercha sou salut dans une déplorable capitulation de conscience , qui le flétrit aux yeux des peuples, le livra sans défense à ses ennemis et le contraignit à devenir, entre leurs mains, l’instrument de la ruine de son trône , de sa famille et de son pays. Quand il voulut secouer les hontes de son front, relever son corps brisé par un long abaissement et rallier autour de lui ses sujets, sans distinction de croyance religieuse, la perte du Languedoc était irrévocablement consommée : derrière l’armée des croisés, sur laquelle il reconquit bravement sa dignité et ses domaines, il trouva le roi de France prêt è se faire le champion de l’Église, à recommencer la guerre sainte, et h mettre la main sur cette terre tant contestée de l'hérésie albigeoise. Raymond VI, il est vrai, fut rarement favorisé par la fortune. Dans sa lutte contre la cour de Rome, il eut le malheur d'avoir pour adversaire le pape Innocent III , dont l'implacable volonté s'attachait à tout ce qu'elle poursuivait, comme une flamme dévorante. Le nouveau pontife, averti par l'archevêque vi. 71

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d’Auch, des continuels envahissements de l'hérésie, prit aussitôt des mesures énergiques pour extirper cette lèpre de l'Église. Comptant moins sur l'appui du haut clergé que sur le zèle des ordres monastiques, il éleva deux moines obscurs de Cîteaux , les frères Raynier et Gui , au-dessus de tout l'épiscopat , et leur confia le gouvernement spirituel des provinces ecclésiastiques de Narbonne, d'Aix, d’Arles, d'Embrun, de Vienne, de Lyon, d’Auch et de Tarragone, en qualité de commissaires du saint-siège contre les hérétiques (1198). Raynier fut bientôt après nommé légat apostolique dans les quatre premières provinces ; et quand une maladie lui rendit cette charge trop lourde, il eut pour associé l'archidiacre Pierre de Castelnau, qui prit l'habit de Clteaux dans l'abbaye de Fontefroide (11D9). Dès lors la papauté fut de fait transportée au delà des monts dans la personne de ses légats, et s’y prit corps à corps avec l'hérésie albigeoise. Les frères Raynier et Gui, et tous leurs successeurs immédiats : Jean de Saint-Paul cardinal de Saint- Prisque ( t200); Pierre de Castelnau et son collègue, Raoul, aussi moine de Clteaux (1203); Arnaud, surnommé Almarir, abbé de cet ordre (1204) ; l’évêque de Conserans, qui assista à la catastrophe de Saint- Gilles (1208); l’évêque de Riez, le notaire Milon et le chanoine Thédise (1209); tous ces représentants du sainl-siége furent investis d'une véritable dictature disciplinaire, religieuse et politique dans le Languedoc. Ils eurent des pouvoirs illimités, et pour ainsi dire révolutionnaires, sur les princes, la noblesse, le clergé et le peuple. Ils purent , à leur gré , déposer ou suspendre les archevêques et les évêques d'une foi trop tiède; contraindre les autres à exécuter leurs décrets en matière d'hérésie, et, par conséquent, à se démettre de leur juridiction épiscopale sur les hérétiques; exiger généralement de ces prélats une obéissance absolue et telle qu'Hs la devaient au pape lui-même ; enjoindre à la puissance séculière de leur venir en aide avec toutes ses forces, contre les hérétiques, de proscrire les excommuniés, de confisquer leurs biens et d'user même envers eux de plus grandes rigueurs; frapper les princes ou les seigneurs récalcitrants des foudres de l'Église, mettre leurs terres en interdit, en ordonner la confiscation; soulever les peuples pour la défense de l'Église, et promettre à ceux qui s'enrôleraient sous sa bannière les mêmes indulgences que gagnaient les croisés de la Palestine; enfin, selon les propres expressions du pape Innocent III, ils eurent « pouvoir plein et entier de détruire, d'arracher et de planter, tout ce qui était nécessaire, dans les pays infectés d'hérésie. »

Cet appareil de terreur effraya, mais ne convainquit pas les esprits. Il était d’ailleurs difficile de saisir des hommes qui ne se réunissaient point dans des temples matériels pour prier; leurs églises, à eux, étaient partout, sur la montagne comme dans la vallée, à l’ombre des dômes verdoyants de la forêt comme sous la voûte des deux. A Toulouse, la présence de frère Raoul et de frère Pierre de Castelnau, qui succédèrent aux moines Raynier et Gui, dont les travaux ne nous sont pas bien connus, n’eût d’autre effet que de forcer les hérétiques à s'entourer de mystère; évitant le grand jour, ils tinrent nu milieu de la nuit, res assemblées , où la noblesse , la bourgeoisie et le peuple affluaient pour recueillir la parole des prédicanls. De là, les deux légats se rendirent à Carcassonne, où ils s'efforcèrent de réfuter devant la cour de Pierre d'Arragon, les hérétiques vau-

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dois et leur chef spirituel Bernard de Simorre. lisse rendirent ensuite h Béziers, et y prononcèrent contre l’évêque trop modère de cette ville, la même peine de suspension dont ils avaient déjà frappé l'archevêque de Narbonne , pour cause de négligence dans l’exercice de scs fondions épisropales; mais ni la crainte de l’excommunication ni cet acte de rigueur ne purent engager les consuls bittérois à abjurer- leurs nouvelles croyances et à s’armer contre leurs coreligionnaires (1204). Les évêques de Toulouse et de Viviers furent aussi déposés, l’un pour défaut de zèle, l'autre pour le désordre de ses moeurs (1265).

Cependant les frères Pierre et Itaoul, hommes d’une foi sincère et ardente, étaient pris d'un profond découragement : ils ne trouvaient se dissimuler le peu de succès de leurs prédications, et ils se sentaient surtout humiliés de n'avoir rien à répondre aux reproches des sectaires sur « la v ie scandaleuse des ecclésiastiques». Dans cette triste disposition d’esprit, qui les faisait songer à abandonner leur ministère, ils revirent à Montpellier, Diégo d’Azebcz, évêque d'Osma, et Domingo, sous-prieur de sa cathédrale, qu’ils avaient déjà rencontrés à Toulouse. Ces deux Espagnols n’étaient pas plus étrangers qu'eux nu pays, tous {variant la langue provençale commune alors aux divers peuples du Midi. Ils conseillèrent aux envoyés du seint-siége d'échanger les pompes de leur dignité contre la pauvreté des premiers apôtres; et Diégo d’Azebez, suivi de Dominique, leur donnant l'exemple, ils sortirent , comme eux , pieds nus de Montpellier, et se mirent à catéchiser dans la province, où ils vécurent péniblement, au jour le jour, des, dons de la charité publique. Ils visitèrent ainsi Verfeil ( Yiridefulium ) , où ils disputèrent contre les hérétiques; Cacaman, autre ville dissidente, qui leur opposa un docteur illustre, Guillaume, chanoine de Nevers, et neveu du chevalier Évraud, un des martyrs de la secte; Béziers où, après quiuze jours de prédications, ils se séparèrent , Pierre de Castelnau pour retourner à Montpellier, l'évêque d'Osma et Dominique pour visiter Carcassonne. Les missionnaires espagnols curent, à Montréal, château du diocèse, une conférence qui ne dura pas moins de quinze jours, avec plusieurs chefs des sectaires, Guillabert de Castres , Arnaud Olhonis, Pons Jordani et Benoit de Termes : de part et- d’autre, on avait accepté pour juges , deux chev aliers et deux bourgeois. Ces étranges théologiens , inclinant pour l’hérésie, et n’osant pourtant lui donner raison, demandèrent un délai, afin, disaient-ils, de pouvoir délibérer avec plus de soin sur un jugement qu’ils n'eurent garde de prononcer (juin 1207). Arnaud, abbé de Citeaux, survint à Montréal, avant la fin de la conférence, avec douze abbés et une vingtaine de religieux de son ordre, parmi lesquels étaient Gui, abbé de Vaux-Scrnai, et son neveu, Pierre, l'historien de la guerre d’ Albigeois. On convint de se disperser par bandes, au nombre de deux ou trois, et d'aller ainsi à pied, et sans autre ressource que l’aumône, prêcher dans toutes les parties de la province les plus hostiles à l’Église ; mais la mort, d'autres soins, et le découragement surtout amenèrent, en moins de trois mois, la fin de celte mission, dont Gui de Vaux-Sernai avait été nommé le maître ou le chef. Dominique seul ne se laissa point rebuter par les mécomptes de la prédication. Il établit sa résidence dans le château de Kanjaux, tout cil continuant de catéchiser en divers lieux, et fonda, quelques unnées après, à Toulouse, la première maison de l'ordre des Frérei-Précheurt (1208-1215);

LANGUEDOC

institution que le pape Innocent III approuva, qui eut bientôt des couvent9 dans les principales villes du Languedoc, notamment à Alby, et du sein de laquelle sortit le tribunal de l'inquisition.

La cour de Home était poussée de plus eu plus par la force des choses, à regarder une croisade contre les hérétiques comme le seul moyen de vaincre la révolte religieuse de l’Albigeois. Elle avait invoqué le secours des rois de France, d’Angleterre et d'Aragon ; ce dernier, circonstance qui a échappé à la plupart des historiens , s'était même rendu à l'appel du saint-siège. Pierre II , roi d’Aragon , s'était en effet porté avec ses troupes, en 1205 , dans le diocèse d'Alby, où il avait pris le château de Lescure sur les hérétiques; et Innocent 111 avait autorisé ses légats à lui donner cette conquête en flef, moyennant le paiement d'un cens annuel à la cour de Rome. Mais l’épée aragonnise , rentra presque aussitôt dans le fourreau, et Pierre de Castelnau s'épuisa inutilement en négociations et en anathèmes , pour donner un autre défenseur à l'Église. Le légat s'efforçait de rétablir la paix parmi les seigneurs du Midi, dans l'espoir que Raymond VI, comte de Toulouse, se croiserait avec eux contre les hérétiques albigeois (1206-1207); le sang de ce représentant du saint-siège, assassiné sur les bords du Rhône, près de Saint-Gilles, le 15 janvier 1208, fit plus que ses prédications pour soulever la France catholique. « Sachez, écrivait Innocent III à Raymond VI, peu de temps avant la mort de Pierre de Castelnau , que nous enjoindrons à tous les. princes voisins de s'élever contre vous, comme contre un ennemi de Jésus-Christ; et que nous autoriserons chacun d'eux à retenir toutes les terres dont il pourra s’emparer sur vous, afin que le pays ne soit plus infecté d'hérésie , sous votre domination. » La ligue des seigneurs croisés contre le comte de Toulouse, et la confiscation de ses domaines , fut l'accomplissement de la menace du pape.

Nous n'avons point l'intention de raconter cette guerre fameuse , dont les principaux événements militaires se sont accomplis hors de l'Albigeois; nous en rappellerons toutefois rapidement les points les plus remarquables et les traits les plus caractéristiques. La pensée d’innocent III se dévoila tout entière quand il exhorta les peuples à s'armer pour détruire les hérétiques de l'Albigeois, pires que les Sarrasins: il ne s'agissait de rien moins, disait-il, que de les chasser du pays, afin <fy établir, en leur place, des habitants catholiques. Pour arriver à ce terrible résultat, il écrivit aux évêques d'exhorter leurs diocésains, clercs et laïques, à prendre part à la formation de l'armée catholique ; le clergé, plus particulièrement intéressé au succès de ses armes, dut y contribuer par l'abandon d’un dixième du produit de ses biens; les ecclésiastiques qui s'enrôlèrent dans ses rangs purent engager leurs revenus pendant deux années pour subvenir à leurs dépenses personnelles. Les moines de Clteaux s'étaient fait les trompettes de la croisade qu'ils prêchaient partout , en montrant sur leur robe les taches du sang de frère Pierre de Castelnau : par une campagne de quarante jours, s'écriaient-ils , le croisé gagnerait les indulgences , et assurerait son salut ; outre ce précieux avantage, il obtiendrait, tant qu'il servirait sous la bannière de l'Église, la suspension de tous scs engagements pour dettes ou pour intérêts usuraires. Mais il y avait d’autres mobiles , dont les moines de Citeaux ne parlaient point, et qui agirent plus puissamment encore sur les masses populaires :

ALBY

le plaisir de s'engager dans une expédition lointaine , la perspective d'une vie aventureuse , l'appât du pillage, la curée promise à toutes les passions; et, enfin, la vive impulsion de ce sentiment d’hostilité dont les peuples de la langue d'oil étaient alors animés contre les peuples de la langue d'oc , et qui avait sa source dans l’opposition profonde de l’esprit, des mœurs, du langage et de la civilisation de» deux races.

Une multitude immense d'hommes de toutes les conditions se trouvèrent à Lyon , rendez-vous général de l'armée catholique , sous les ordres d'Eudes, duc de Bourgogne, d'Hervé, comte de Ncvers, du comte de Saint- Paul, de Gui de Beaujeu , comte de Bar-sur-Seine , de Guillaume des Hoches , sénéchal d'Anjou , de Gaucher de Joigny , et d'un grand nombre d'autres seigneurs ; parmi ceux-ci était Simon de Montfort , comte de Leicester , que le duc de Bourgogne avait engagé à servir sous ses enseignes pendant cette expédition , et qui devait bientôt en être le chef, l'âme et le bras. Les ecclésiastiques, à la tète desquels figuraient les archevêques de Koueu , de Sens , de Reims , et les évêques de Bayeux , de Lisieux , de Chartres , deClennont.de Nevers, et d'Autun, arrivèrent aussi en foule avec leurs contingents de croisés. Deux autres corps d'armée , venant du Vélay et de l'Agenais, rejoignirent ces forces sous les murs de Béziers. Le premier, commandé par l'évêque du Puy, le secoud par Gui, comte d'Auvergne , Bertrand de Cardaillac, le vicomte de Turennc, le seigneur de Castelnau de Mont-Ratier, l'archevêque de Bordeaux et les évêques de Limoges, de Bazas, de Cahors et d'Agen (1*209). Plus tard, des détachements de Lombards, d'Allemands, de- Lorrains, de Flamands et de Bretons rejoignirent les bandes françaises, normandes, bourguignones , auvergnates et aquitaines. Nous ne pouvons déterminer à quel chiffre s'élevèrent les forces totales des croisés, leurs rangs étant tantôt réduits , tantôt enflés outre mesure, selon les temps et les circonstances. Pierre de Vaux- Seruay affirme cependant qu'on ne compta pas moins de cinquante mille hommes au siège de Carcassonne; et il est hors de doute que ce nombre fut souvent plus que doublé dans le cours de la guerre. Tous les combattants marchaient un bourdon de pèlerin à la main , comme s’il se fût agi d’un voyage à Rome, et ils avaient une croix sur la poitrine , pour se distinguer des croisés de la Terre- Sainte qui portaient sur l'épaule ce signe du salut. Arnaud, abbé de Cileaux , un des légats de la cour de Rome dans le Languedoc , avait été nommé généralissime de la croisade. Ce prodigieux assemblage de troupes indisciplinées ne trouva point d'armée régulière pour le combattre : la guerre d’Albigeois, contrairement aux règles ordinaires, commença par des sièges , et finit par des batailles. Les églises réformées ne pouvaient attendre aucun secours de Raymond VI, qui avait reçu la croix des mains du légat Milon (22 juin ), et s'était engagé à obéir entièrement , en toutes choses, aux seigneurs croisés, dont il suivait les mouvements , en captif plutôt qu'en allié ; mais elles comptaient sur l'appui des barons et des chevaliers de la province, qui, à quelques exceptions près, leur étaient dévoués, sur les sympathies des populations catholiques dans lesquelles ils trouvèrent souvent de fidèles alliés , à Béziers, par exemple, et sur les villes, les places fortes et les châteaux , où ils s’étaient retirés avec leurs femmes , leurs enfants , leurs ministres et leurs richesses.

LANGl'EDOC.

La politique inflexible des légats suscita inopinément au Languedoc, dans celte situation critique, un défenseur puissant que la fortune des armes brisa presque aussitôt. Raymond-Roger, vicomte d’Alby, de Carcassonne, de Béziers et de Basez, était un prince d'un courage et d’une résolution rares, quoique fort jeune encorp. Après la mort de Pierre de Castelnau , il avait proposé à son oncle, Raymond VI, de réunir leurs efforts pour repousser l'invasion dont ils étaient menacés : tous deux auraient mis de bonues garnisons dans leurs villes , convoqué la noblesse de leurs domaines, et fait un appel à leurs alliés. Mais le comte de Toulouse avait répondu, par sa soumission au saint-siège, à ce projet de coalition , qui seul pouvait sauver le Languedoc ; et son neveu , irrité de sa faiblesse , s’en était vengé en lui déclarant la guerre. Les préparatifs effrayants de la croisade éclairèrent toutefois Rayinond-Boger sur les dangers d'une lutte dans laquelle il serait seul contre tous. L'année pontificale, aprèsavoir passé le Rhône, s’était arrêtée h Montpellier pour s’y reposer quelques jours. Le vicpintc se rendit dans cette ville auprès des deux légats Arnaud et Milon, et les prin de recevoir sa soumission à l'Église : « Si ses officiers avaient favorisé les hérétiques , protestait-il, c’était contre son intention; lui était bon catholique, et avait toujours détesté les sectaires b. Les légats n'en voulurent rien croire. Raymond-Roger, repoussé par eux comme un ennemi de la religion catholique, ne se laissa point abattre : de concert nvrcsrs principaux vassaux de l'Albigeois, du Toulousain, du Rouergue, du Carcassez, du Rasez et du Lauraguais , il se prépara à combattre. Le vicomte ayant pourvu Béziers d'une bonne garnison , se réserva avec ses meilleures troupes la défense de Carcassonne (1209).

On ne peut suivre la marche des croisés à travers le Languedoc sans plonger presque a chaque instant le pied dans une mare de sang. Les troupes commandées par le comte d'Auvergne et l’archevêque de Bourges, débutèrent par la prise du château de Chassaneuil , en Ageziais ; celles que conduisait l’évêque dû Puv mirent d'abord à rançon les villes de Caussade et de Saint-Antonin , la première en Quercy, la seconde sur la frontière de l'Albigeois, et brûlèrent le château de Villemur, dans le Toulousain. I)e son côté, le légat Arnaud avait occupé, avec les siens, le 21 juillet , le château de Scrvian , situé à deux lieues de Béziers. Le lendemain, les trois corps d'armée réunis rampaient devant celte ville, en escaladaient les murs et massacraient sa population tout entière, à la lueur d'un immense incendie. La destruction de Béziers répandit une si grande terreur dons le pays , que cent placrs ou châteaux se rendirent aussitôt aux croisés. Le 1" août, C arwi'e du Seigneur était devant Carcassonne , où l’attendait Raymond- Roger, et le 15, après une défense héroïque , cette place succombait aussi : on y vit Simon de Montfort , comte de Leicester, monter le premier à l'assaut , et marquer ainsi sa place entre tous les chevalière français. Nous avons fait connaître ailleurs les généreux efforts de Raymond-Roger, le guet-apens dans lequel il se laissa prendre par le légat Arnaud, cl sa fin tragique en prison (septembre I2U9). Il laissa un fils, Rnymond-Trcnravcl II , né en 1207, de son mariage avec Agnès de Montpellier ; cet enfant , à peine sorti du berceau , aurait du succéder à son père dans ses domaines de Béziers , de Carcassonne, d'Alby et de Rasez; mais Innocent III avait promis aux chefs des croisés toutes les terres dont ils pour-

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