I. Communiqué officiel à la presse allemande
Maintenant, il proteste très haut, pour n'être pas immédiatement débordé. Le 13 octobre, la crise ministérielle est virtuellement ouverte, mais il est évident, bientôt, que Wirth succédera à Wirth. Un gouvernement de droite serait obligé de nier en bloc le traité de Versailles et l'ultimatum de lyondres. Dans le vacarme des manifestations, le chancelier travaille à rebâtir un ministère. Au reste, c'est là de l'agitation superficielle. Le Vorwaerts le fait comprendre en bref : « Ce n'est pas M. Wirth qui a perdu la Haute-Silésie, c'est Ludendorff. » L'Allemagne hurle, mais le drame s'achèvera presque en comédie. Il n'est pas que de crier : il faut aussi payer, le 15 janvier 1922, 500 millions de marks-or (le quart de l'annuité de 2 milliards), puis le 15 février (26 % des exportations) et ensuite le 15 avril (500 millions de marks-or) et enfin le 15 mai (26 % des exportations) , sans préjudice de l'avenir. Ce sont là des réalités. Si l'on brisait avec l'Entente, quelles sanctions ne verrait-on pas? Il convient de se donner tm ministère souple, adroit, quoiqu'on prétende casser les vitres. Et le docteur Wirth est le seul homme qui puisse tenir l'emploi. C'est pourquoi la politique de résistance à outrance n'est guère en faveur, le 16 octobre. On cherche le moyen terme, tandis qu'à Berlin, aux élections municipales, les partis bourgeois l'emportent. L'accès de colère tombera : il tombe. Déjà, la Gazette de Rhénanie et de Westphalie est en retard en imprimant : « Il faut appeler tout le peuple aux armes ! » (18 octobre, date de la mort de l'ex-roi Louis de Bavière.) Le Vorwaerts, mieux inspiré, constate : « Nous nous trouvons placés devant un fait inexorable, dont il faut nous accommoder. » Stinnes est plus cynique : il répond à la question : <f Selon vous, après cette décision haut-silésienne, comment tenir nos engagements? » : « Il n'y a qu'à travailler de la botme manière. » Le revirement favorable au docteur Wirth ne s'en accentue pas moins. Le ministère intact se reconsolide alors qu'on le croyait en pièces, la crise est différée, le 21 octobre. Mais comme tout en ce pays
n'est que singularité, en plein apaisement apparent, le' chancelier adresse au président d'Empire la démission du Cabinet ! De tels coups de théâtre ne sont-ils pas la plus belle preuve de Tincohérence allemande, en ces temps d'humiliation et de rage ? Dans l'instant même, le docteur Wirth accepte de former le nouveau cabinet. On garde les mêmes et l'on recommence, ou peu s'en faut : le 27, au soir, les ministères sont ainsi attribués :
Chancelier et ministre des Affaires étrangères : IV" Wirth; Vice-chancelier et ministre du Trésor : M. Bauetr Intérieur : D' Adolph Kœster; Ministre de la Défense : M. Gdssler; Ministre de l'Economie : M. Robert Sohmidt; Ravitaillement et provisoirement Finances : M. Hermès; Ministre des Postes : M. Giesberts; Ministre du Travail : M. Otto Oroner; Ministre de la Justice : D^ Radbruch.
M. Rathenau se retire. Le ministère de la Reconstitution restera provisoirement sans titulaire. Les autres disparus sont Rosen, Schiffer et Gradnauer^ La « déclaration » est mélancolique.
I^ nouveau gouvernement ne s'écartera pas de la volonté qui animait le précédent gouvernement de montrer par ses prestations jusqu'à qud p(^t ses obi^tions pouvaient être remplks. n continuera, par sa volonté, de satisfaire à ses obligations, (^enlever aux adversaireè tout prétexte lorsqu'ils chercheront de nouveau et sans cesse à réaliser l'œuvre de deBtruction qu'est la pabc de Vei^ailles, jusqu'à complet anéantissement économique et politique de l'Allemagne.
En résumé, le gouvernement allemand voit, dans la nouvelle décision économique que l'Entente lui impose, non seulement une injustice enven le peuple allemand qui est désarmé, mats aussi une violation du traité de Versailles. Il élève contre cette violation du droit la plus solennelle protestation que le droit international donne comme protection des opprimés. C'est uniquement par suite de la menace contenue dans la note des puissances et pour l'intérêt des Allemands de Hdute- Silésie que le gouvernement allemand se voit forcé d'envoyer les délégués prescrits par les puissances sans que cela modifie en rien sa concefrtion 'du droit
z. I^e « valet des téactioonalreB ». — « I^e professeur Radbruch, amioncel» Temps^ a fait, rara avis^ de la propagande socialiste à rUniversité de EUel... M. Koct ter a été, en 1920, pendant quelques jours, ministre des Afbires étran^^es : il a emuite dirigé ea Slesrig la propagande alleauuide pour le plébisdtt* i
C'est la soumission d'un cabinet centre catholique et social-démocratique, soumission qui n'ezdut pas l'étude in peUo d'une politique d'atténuation du traité et de ses conséquences (Londres, Wiesbaden). Le cabinet obtient un vote de confiance de 230 voix contre 132. Ainsi se dénoue l'imbroglio. Pour combien de temps? Déjà les démocrates pr^s^ent la chute avant Noël. « Ce cabinet, dit la Gazette générale de l'Allemagne, préparera l'avènement de la grande coalition qui seule contient les garanties d'une politique ferme et durable. C'est la coalition Stinnes. On verra bien. En attendant, le 30 octobre, la Conférence des Ambassadeurs réunie à Paris considère comme inexistante la protestation allemande.
Quelques jours plus tard, sera tenue, à Washington, la première séance d'tme Conférence mémorable où des nations assemblées s'efforceront de satisfaire à la loi de fraternité humaine, en recherchant les moyens, sinon de supprimer les armements, au moins de les réduire, tant sur terre que sur mer. A la Conférence de Washington — nous le verrons aux premières pages de notre tome III, — la France parlera le langage qui convient, le seul que l'on pouvait attendre d'elle. M. Briand dira notre amour de la paix, mais nos justes appréhensions de la guerre qu'à nos portes mêmes espère un ex-ennemi mal convaincu de sa défaite. Nous n'anticipons point ici sur ces généreuses espérances de novembre 1921, où l'on s'appliqua, sur le sol de la libre Amérique, à concilier les intérêts et les prudences des nations avec le plus beau souci qui puisse hanter la pensée des hommes : la mort définitive de Mars et de Bellone.
Auparavant, nous avons la mission de vérifier, en de nombreuses et complexes rubriques, jusqu'à quel point TÂUemagne, incorrigible, chercha, depuis la Conférence de Bruxelles (septembre 1920) jusqu'à la Conférence de Washington (novembre 1921), à se soustraire à ses obli« gâtions. A ne considérer que la politique intérieure du Reich jusqu'à l'heure de la Conférence américaine, il ne
98 HISTOIRE DES VIOLATIONS DU TlUlTÉ DE PAIX
nous reste plus que quelques faits à noter. Le deuxième cabinet Wirth à peine constitué, Stresemann, chef <Ju parti populiste, parle à Carlsruhe pour demander que les réparations soient ramenées à un chiffre raisonnable. Ludendorff publie son ouvrage Stratégie et politique. Il y prétend que rhomme politique n'est que le pouvoir exécutif du militaire. La guerre o est un phénomène naturel, dit-il, fondée dans Tordre divin du monde. Il faut renoncer à ce vain mot de pacification des peuples. La guerre sera à l'avenir, comme dans le passé, l'ultime raison de la politique. » Voilà l'un des éducateurs de la Germanie impénitente ! On produit, en même temps, les mémoires de feu Bethmahn-Hollweg -où la théorie des belliqueux est confirmée : « Dans presque toutes les questions politiques, le général Ludendorff proposait, non seulement la collaboration, mais encore les décisions du hàut^commandement militaire. » Un autre ouvrage paraît, les Mémoires de Ballin, le directeur de la Hamburg-Ainerika, où il^est dit : « Il est impossible de vaincre l'Angleterre, » Enfin, on annonçait lés Mémoires de Scheidemann, chef des socialistes majoritaires, « grave déposition contre la politique des chefs de la guerre terrestre et navale ».
L'Allemagne ne se lasse point de protester contre le partage de la Haute-Silésie^ a Notre protestation subsistera toujours » (Deutsche AUgemeine Zeitung), Le mark baisse de plus en plus. On répète sur tous les tons que sa dépréciation rendra impossible le paiement des réparations : on ne veut pas comprendre que cette crise de l'argent peut être néfaste aux destinées du peuple allemand.
Les droitiers multipUent les intrigues contre le cabinet Wirth. Le 3 novembre, il y a crise ministérielle en Prusse. Les amis de Stinnes vont essayer, en petit, une « répétition générale » de la grande coalition annoncée comme devant succéder au « gouvernement amorphe du chancelier ». Le 9 novembre, la Commission des Réparations arrive à Berlin : elle vient déterminer et essayer de faire
adopter par l'Allemagne les moyens les plus convenables à conjurer la banqueroute qui menace les finances publiques du Reich. Le mark est tombé à rien, et l'heure de nouvelles échéances approche (15 janvier 1922 : 500 milHons de marks-or). La Deutsche AUgemeine Zeù tung risque, à ce propos, une déduction toute personnelle :
Varrivée des membres de la Commission des Répatatîons est une preuve que, du côté 4e TEntente, on commence à redouter ce qu'en Allemagne on avait prédit depuis longtemps, à savoir que la perte de la Haute-Silésie a diminué, dans uqib large mesure, la capacité financière de TAllemagne, capacité sur laquelle est ba$é tout le systàue économique de la France. Certes, dans de nombreux milieux françtûs, on saluerait avec satisfaction une débâcle financière allemande, qui pennettrait de réaliser le fameux rêve : envahir rAllemagne et lui arracher,, d'une manière ou de l'autre, les provinces rhénanes. Cependant, dans les milieux financiers alliés, on se rend bien compte qu'une saisie de la fortune nationale allemande t|e serait pas chose aussi aisée que d'aucuns le croient, ou que la pcise de ^Allemagne en régie dépassexait les forces de la France.
Le 9 novembre, l'Allemagne célèbre sans enthousiasme l'anniversaire de la proclamation de la République. Le 12, le président Harding, à la Conférence de Washington, prononce son discours d'inauguration des travaux. M. Briand, au nom de la France, aura déjà dit aux journalistes américains : « Nous coopérerons de tout notre cœur à la tâche du désarmement. La France, d'ailleurs, a toujours maintenu son armée dans la limite extrême des forces nécessaires à la sécurité de la nation. Mais nous sommes seuls en face d'une Europe désorganisée. Nous sommes front à front avec une Allemagne forte d'une population de soixante-dix millions d'âmes... »
Il nous re^e à reviser sommairement divers faits survenus dans les pays de l'Entente, notamment en France et en Angleterre, depuis le moment (avril) oùnous avons interrompu un examen analogue des réflexes de l'attitude
allemande chez les Alliés. C'est la période où les Allemands transmettent aux Alliés des oiSres plus tolérables que celles de Londres, mais encore très insuffisantes. M. Llo3rd George, alors, se rapproche de plus en plus du point de vue français. La Chambre a accordé un Tote de confiance à M. Briand. Il semble donc y avoir parfaite entente entre France et Angleterre. Mais le vendredi 13 mai, M. Lloyd George déclare aux Communes : « Je ne vois pas la raison qui empêcherait les Alliés d'autoriser l'Allemagne à employer son armée afin de rétablir le calme dans sa propre province » (le territoire contesté de Haute-Silésie). M. Briand répond du tac au tac que si Tordre a été défendu en Haute-Silésie, c'est par la France, que c'est à la Commission interalliée de tracer la frontière germano* polonaise et que le Premier anglais ne peut pas prendre seul l'initiative d'autoriser les troupes allemandes à pénétrer en Haute-Silésie : « Il n'appartient à aucun de nous de donner des ordres à l'autre. » Le discours de M. Lloyd George encourage l'Allemagne dans ses projets séditieux. Elle admire le « réquisitoire anglais » contre la Pologne. Elle recrute des bataillons de volontaires pour aller « mettre l'ordre » en Silésie. Et les troupes de rOrgesch tuent des soldats français à Cassel. Le conflit polono-allemand va-t-il dégénérer en conflit francoanglais? M. Briand rectifie les « vérités historiques » de M. Lloyd George ^ :
I^ premier ministre anglais a dit, s'il faut en croire les comptes rendus de la presse, que la Silésie était depuis des siècles tm pays aile-
I. Pour essayer d'expliquer les paroles de M. I4oyd Geocge, VlnirmuigêMtt publie cette dépêche de son corresponâant bcdois :
Bftle, 17 mai (dip. pari.), — ^importance des intérêts privés anglais en Allemagne a été toujours croissante depuis l'armistice. Dés 1919, beaucoup d'objets manufacturés en Allemagne non occupée ont été vendus dans le reste du monde par des tnai^nnm de coanmission anglaises. De grandes firmes britanniques ont racheté des usines allemandes de second ordre, tandis qu'elles prenaient des partldpations considéraUes dans les grandes sociétés. Ce mouvement a inquiété les ADcnasât eux-mêmes» qui ont diendié à se défendre eontxe cette isvMioa économique. A Hambourg, les maisons anglaises de navigation et de commission contrôlent une part impartante du traile. I.eB Anglais, opérant oooBse imori^n de fiimet alkmandes, t>énéflfiicnt, à rimportation et à l'expoctatioa, des tevvois réservée? aux Allctnasds.
L'ALLEMAGNE DEVANT LE TRAITÉ lOI
mand et que la pofmlation polonaise était tonte xécente. Historiquement, une telle affirmation est inexacte : la Silène faisait partie du royaume de Bohême, et, formée d'éléments slaves et germaBiques, ne peut ttre regardée comme spécifiquement allemande. H faut ajouter que ridée des nationalités fondées sur la langue et la rsce ethniques est une idée purement moderne, qui s'est déveloi^iée arec les progrés de riastructioo primaire et de la démocratie.
(1^ Temps. Interview de M. Brland, 15 mai.)
Le Temps ajoute, le 19 mai :
Faut-Il subir indé^oiment la politique de M, JÀoyâ George? N'aurons-nous jamais une politique française à lui opposer? H excelle à diviser. Il dresse les uns contre les autr^ tous les peuples du continent. Ne saurons-nous pas les unir?
Ce même jour, M. Lloyd George dit à l'agence Reuter : 9 Je maintiens les déclarations que j'ai faites à la Chambre des Communes au sujet de la Haute-Silésie. Avec tout le respect possible, qu'il pie soit permis de dire à la presse française que l'habitude de traiter chaque expression d'une opinion alliée, qui ne coïncide pas avec la sienne, comme une impertinence, est très préjudiciable. Si l'on persiste dans cette disposition d'esprit, ce sera fatal à toute entente. » C'est vraiment à regretter qu'il n'y ait pas de censure internationale pour contrôler les libres opinions.
A la Chambre française, pour la séance de rentrée, M. Tardieu élève des critiques contre des décisions prises à Londres par le Conseil suprême : « Nous avons fait à l'Allemagne, dit-il, un cadeau de 75 milliards. Nous avons laissé passer le i®'" mai sans prendre des gages. » (19 mai). Et, parlant des récents incidents franco-anglais, l'orateur d'ajouter : « Monsieur le Président du Conseil, vous avez constamment cédé, » Le 20 mai, l'Angleterre adresse à la France un mémorandum sur la Haute-Silésie. Il y est reconnu que des informations parvenues depuis le 13 mai ont pu modifier les appréciations du gouvernement britaimique, mais on regrette que les troupes frçinçaises ne se soient pas montrées plus énergiques !
Le 24, M. Briand définit rintention française :
— A aucoa moment, il n'a été dans notre pensée de donner à la Pologne des territoires allemands. Mais ce ne soBit pas non plus un acte de justice de faire tme discrimination entre les territoires i>auvres et les territoires riches, entre les voix des ouvriers polonais et celles des hauts fonctionnaires allemands. Si les voix polonaises sont dans les territoires industriels et riches, ce n'est pat une raison pour les refuser à la Pologne.
Il constate les divergences d'opinion, mais il est optimiste :
Si l*Kntente devait se briser devant une difficulté de cet ordre, c'est qu'il faudiBit mettre beaucoup de bonne volonté des deux côtés. Ce n'est pas notre opinion, ce n'est certainement pas celle non plus du Premier anglais qui, à I«ondres, le 2 mai, sur le point d'une rupture, disait : « Je ne voudrais pas être l'homme d'État qui aura sur la conscience d'avoir préparé des événements aussi graves *. »
Sur l'accusation de faiblesse qu'on porte contre lui, en ce qui concerne les décisions de Londres :
Certes, je pourrais, dit-il, lancer l'appel de la classe 19 et faire occuper la Ruhr. J'aurais été reçu en triomphateur à mon retour. Mais c'est un genre de propagande que je n'ai jamais cherché.
Son optimisme s'affirme plus net encore, le 25 mai, à la Chambre :
Nous touchons peut-être au moment où le pays va prendre contact avec des réalités; il est plein de foi et de confiance; il ne nous demande pas un optimisme systématique, mais il ne veut pas qu*on enveloppe de bons résulUUs dans un nuage de pessimisme.
Le 26, la Chambre adopte l'ordre du jour ci-après :
I«a Chambre, considérant que l'ultimatum de I^ondres accepté par l'AUemagne représente le minimum de garanties indispensables à notre sécurité et à notre relèvement;
z. I^e 30 mai, au Sénat, le président du Oonsetl soulignera une fois de plus sa pensée :
« Je dis que si un gouvernement, en accord avec ses Alliés, peut arriver avec eux à ses buts, il fait là une politique utile. Devons-nous sacrifier à cet accord nos intérêts nationaux? Non I Nos Alliés doivent savoir qu'il 7 a des points où notre pays doit dessiner et maintenir sa personnalité et qu'il 7 a des cas spéciaux où nous pouvons être amenés à agir sinon contre, du moins sans nos Allife. » HBt le 3 juin, le Timts et le Moming Posi estimeront qu'une éUlimneê franco-brltannique est nécessaire à la paix du monde.
Confiante dans le gouvernement {xnir imposer le droit de la France par le désarmement de l'Allemagne rigoureusement contrôlé et par le paiement intégral de la dette reconnue peu: celle-ci ; pour exiger, conformément aux déclarations du gouvernement, que les sanctions soient immédiatement appliquées en cas de manquement aux obligations de raccord de I^ndres signé par tous les Alliés;
Confiante dans le gouvernement pour assurer, en ce qui concerne la Haute-Silésie, l'exécution stricte et loyale des clauses du traité de Versailles dans son esprit aussi bien que dans ses termes,
Et repoussant tputé addition, pcàsse à l'ordre du jour.
En pleine période de vacances, M. Lloyd George a l'heureuse pensée de donner à la France une compensation. A Thame (comté d'Oxford), il s'exprime ainsi : « Il est inconcevable que deux pa3rs qui ont fait d'aussi énormes sacrifices pour la cause commune et qui, par tant de souffrances, ont marché au triomphe commun, puissent se quereller sur l'interprétation d'une paix qu'ils ont payée si cher... Les grands sacrifices de la France lui donnent un droit spécial. » M. Louis Forest, dans le Matin du i«' août, compare plaisamment le Premier britannique à un habile raccommodeur de porcelaine. La porcelaine, au reste, est fort mal restaurée. Le 8 août, il y a complet désaccord entre la France et l'Angleterre sur la question de la Haute-Silésie. M. Lloyd George, venu à Paris, se dit rappelé d'urgence à Londres, et s'en va. Et le Matin peut écrire : « La France ne demandait qu'tme solution équitable. M. Lloyd George a, par tous les moyens et dans toutes les circonstances, plaidé la cause de l'Allemagne. » C'est l'heure de faire appel à l'optimisme de M. Briand : il aura bientôt raison de toutes les inquiétudes, puisque, — nous l'avons déjà noté, — le 14 août, on s'embrasse à qui nûeux mieux. Le Conseil suprême, une fois de plus réuni, affirme sa volonté de maintenir l'étroit accord entre les Alliés. Le tracé des frontières de Haute-Silésie est, ce jour-là, comme on sait, renvoyé à l'arbitrage de la Société des Nations. « Toute la question sera jugée, de novo, par la Société des Nations, en partant de la base du traité », dit M. Lloyd George aux Communes.
Le II septembre, dans le Temps, M. Poincaré publie de
graves révélations sur les négociations de la paix, acte d'accusation indirect mais formel contre les n^ociateurs du traité. M. Clemenceau, laissant manœuvrer MM. Wilson et Lloyd George, a renoncé à l'occupation militaire permanente de la rive gauche du Rhin, pour le cas de non paiement, en laissant introduire dans le traité le paragraphe final de l'article 429 :
9i à ce moment (au bout de quinze ans), les garanties contre jine agression non provoquée de l'AUemagne n'étaient pas considérées comme suffisantes par les gouvernements alliés et associés, l'évacuation des troupes d'occupation pourrait être retardée dans la mesure Jugée nécessaire à l'obtôition desdites gatanti»».
C'était faire crédit au gouvernement français de 1935. M. Tardieu répond, sans tarder, le 13. Il disculpe M. Clemenceau et râute lé dire de M. Poincaré. « Nous restons aujourd'hui entre deux selles. » Sa conclusion se formule ainsi :
n r^^ulte de ce qui précède que, dans l'état présent des cboses, 14 Frauce a un double titre à prolonger, sans terme actuellement défini, roocupation au ddà de quinxe ans.
Premier titre : la non-etécution des engagements de toute nature de l'Allemagne (ce, en vertu du premier alinéa de l'article 4^9 du traité qui subordonne toute évacuation à « l'observation fidèle, par l'Allemagne, des oonditions du i^ésent traité »).
Deuxième titre : la non-ratification des traités de garantie militaire (ce, en vertu du dernier paragraphe de l'article 429 qui prévoit la prolongation de l'occupation au cas où les garanties seraient jugées insuffisantes et n fortiori si elles sont inexistantes *).
Ifi droit et le fait, c'est que, faute de l'exécution par l'Allemagne de ses engagements et faute de la ratification des deux traités ang^^ et américain, nul — Allemand ni Allié — ne sera qualifié, dans quinze ans, pour réclamer l'évacuation de la rive gauche du Rhin par les troupes françaises. Si nos Alliés entendent à ce moment retirer les leurs^ ce sera leur affaire. Mais ce sera la ndtre de ne pas les suivre — et cela dans le plein exercice du droit que la dairvoyante fermeté de M. Clemenceau a f^it recounaître à la France.
I. A vrai dire, « l'article 429 oe vise que le cas d'agression non provoquée de r Allemagne, il ne vise pas le cas de Bon-paiement Si, en 1935, l' Allemagne ne mcoace pas de nous attaquer, nous devions déguerpir, quand même elle nous devrait encore 40 milliards >. (l^t MaUn^ 15 septemtoe 1921.)
Réplique de M. Poincaré, le 14 septembre :
Renoocer dans quinze ans à toute garantie territorial^, c'est un grave danger, puisque, d'une part, nous perdons ainsi tout gage pour le testant de notre créance et que, d'autre part, le maréclia) Fod» estime que la ligne du Rhin est la seule barrière utilitaire solide. Mais le daiM^er serait plus terrible encore si nous abandonnions la garantie territoriale dans l'espoir d'alliances et si ces alliances n'étaient pas consacrées par les votes du Sénat américain et du Parlement britannique. Nous jurions ainsi l&ché la proie pour l'ombre. Il est donc indispensable, en tout cas, qu'aucun maximum ne soit fixé à la durée de l'occupation avant que les alliances soient définitivement conclues dans les formes lègues et complétées par des accords militaires qui les rendent efifectives. I«a seule manière nette de tenir compte de cette nécessité est de ne fixer, dans le traité avec l'Aflemayie, d'autre terme à l'occupation que l'exécution de toutes les conditions de paix et le paiement de toutes les dettes, et de convenir ensuite avec les Alliés, et avec les Alliés seuls, qu'après le vote des traités d'alliance et la mise au point des conventions militaires, on réduira, s'il y a lieu, d'un commim accord, l'occupation à un délai à déterminer. H est évident que, si l'on fixait dans les préliminaires de paix un terme de quinze ans, on ne pourxBit plus reculer ce terme dans le traité de paix définitif.
La querelle Tardieu-Poiucaré 3e prolonge dans le Temps du 2 septembre, sur un ton aigre-doux. Qu'il nous suflSse de Tavoir i^diquée et de constater qu'en somme, elle n'avait, dans son ensemble, qu'un fâcheux intérêt rétrospectif.
Le 9 octobre, c'est le discours de M. Briand à Saint- Nazaire : a La France est chic!,,, k Dans cette guerre, ce sont des régimes de paix et des régimes de réaction qui se sont heurtés partout. L'absolutisme est tombé dans la défaite et la victoire est allée aux peu]des de liberté. C'est là qu'est l'avenir ! » M. Briand constate que l'ennemi d'hier commence à remplir ses obligations, que le matériel de guerre est détruit, et que le chancelier Wirth cherche loyalement à faire honneur à sa signature. Ce n'est pas l'opinion de M. Poincaré. (Revue des Deux Mondes, 15 octobre.)
I^ Commission interalliée de contrôle, que préside le général Noilet, vient de nous donner un nouvel avertissement. Non seulement, l'Allemagne n'a respecté aucun des délais que lui a si généreusement accordés le Conseil suprême pour exécuter les prescriptions du tndté de Ver-
fldlks xidativcs à 8091 désannonent terrestre et aérien, mais elle a teconstkn^ sous le nom de pcdlce de sûreté, tonte une armée à l'état poteatld.
I^ matériel qu' Jle a à sa disposition est, pour le moment, très incomplet. ^Allemagne a dû livrer ceux de ses canons et celles de ses munitions qu'il a été possible de découvrir. Biais son industrie est en mesure de se réadapter rapidement aux fabrications de guerre; et, en attendant, la Sicherheitô)olizei tient le pays en haleine et conserve partout les vidlles traditions dn militarisme prussien.
Ce qui se passe en Allemagne est exactement, pour tm observateur attentif, la réédition de ce qui a précédé et préparé, après 1806, la guerre de 18x3.
Au point où nous en sommes, il s'agit de savoir si nous laisserons l'Allemagne revenir tranquillement au militarisme, forme naissante de l'impérialisme bdliquenx, ou si nous l'arrêterons dans cet audacieux retour au passé. H n'y va pas seulement de la sécurité de la France, il y va de la paix du monde.
Devant l'effronterie prolongée de la résistance au désarmement, nos Alliés continueront-ils à ^irder le silence?
Le 18 octobre, la Chambre reprend ses travaux. M. Briand expose sa politique de paix.
Il y a eu des heures où la Chambre a dû choisir entre la politique de la paix et une autre politique — qui n'était pas présentée comme une autre poUtique de guerre — mais qui aboutissait à des opérations militaires dans l'isolement. I<a France a choisi : elle sera appelée à choisir encore. Sans d^te, la politique de coercition dans l'isolement peut toujours être pratiquée. Mais il faut la définir nettement et en énumérer les conséquences, les conséquences financières notamment.
Le surlendemain, M. Briand, président de la Conférence des ambassadeurs, notifie à Varsovie et à Berlin la décision de la Conférence, au sujet du partage de la Haute- Silésie (après avis du Conseil de la Société des Nations) \
Le 21, le président du Conseil parle de Washington où il va se rendre :
S'il se pose là-bas des questions de désarmement, nous dirons ce qui s'est pa^ en 1871, nous montrerons ce qui se serait passé si, à ce