X. V^ckÊk, t) août
Bbert adresse des félicitations au Congrès, mais il voudrait bien rallier ses a camarades » à un gouvernement de droite qui, seul, peut séduire les capitaines d'industrie et financiers dont on a grand besoin pour ajuster le problème dû sauvets^e financier. £n Saxe, l'esprit révolutionnaire fait rage. « Détruisons Tétat bourgeois et capitaliste, » vient de décréter Fleissner, ministre des Cultes.
Le 20, à Berlin, on tire quatre balles sur Stresemann, leader du parti populaire allemand. Il n'est pas atteint. L'agresseur s'échappe. Simple incident d'ailleurs, et qui survient à l'heure même où Stresemann s'efforce de créer une coalition de gouvernement n'excluant, à droite, que les réacteurs extrêmes et à gauche, que les socialistes indépendants et les communistes : en somme, une façon de « bloc national ». L'affaire n'est encore, à vrai dire, qu'en préparation. Elle est méritoire en son principe, puisqu'elle permettrait de voir enfin les deux Allemagnes se tendre la main. C'est d'une moins vaste envergure que l'illusoire et trop habile projet de solidarité européenne dont le général Ludendorff fait son credo, en imaginant l'union des peuples contre le bolchevisme, et c'est aussi d'un intérêt plus immédiat. S'il réussit, Stresemann aura pour premier soin de renverser Wirth « qui a, dit-il, détruit l'unité du Reich ».
Or, le 23 septembre, un arrangement intervient entre Berlin et Munich, dans l'épineux débat que nous étudierons bientôt, et cette détente, croirait-on, rapproche automatiquement tous les partis dans le même sentiment d'hostilité... contre le traité qu'on oubliait un peu en querelles intestines... Cette éclairde soudaine durerat-elle? Ce qui est certain, c'est qu'on la constate en fin septembre 1921. Certes, on n'est pas revenu au calme plat. Stresemann poursuit son rêve et laisse conter qu'il sera bientôt chancelier. Wirth est toujours un minus habens, un « faible d'esprit ». Il faut le « débarquer ». Mais ce sont là d'ordinaires aménités politiques. Après des ajournements dont nous avons tenu compte, le
Rdchstag va rouvrir ses portes. Le 23, le chancelier fixe sa position à l'égard des Alliés :
I«e programme de mon gouvernement demeure ce qu'il était quand nous avons pris le pouvoir, il y a trois mois et demi. Nous entendons exécuter les obligations de TAllemagne, notamment pour les réparations, jusqu'à la limite de nos forces. £n trois mois, nous avons réu^ à effectuer le désarmement complet, ce qui, dans certaines parties du Rdcli, n'était pas aussi aisé qu'on le pense. Nous avons payé tm milliard de marks-or en espèces. Nous avons également veisé des sommes importantes sous la rubrique des restitutions ou des liquidations diverses. Voilà l'essentiel pour le passé. Voici maintenant pour l'avenir.
I^ Reichstag va se trouver en présence d'tm certain nombre de projets de lois qui créent de lourdes charges fiscales sur la propriété. C'est une erreur de croire, comme le bruit en a couru, que le gouvernement songeait à abandonner ces projets d'impôts directs, afin de ménager les classes possédantes. Toutefois, nous serons également obligés d'augmenter les impôts indirects pour que l'Allemagne soit en état de faire face à ses charges.
Mais ce n'est pas tout Non contents de créer ces ressources nouvelles, nous avons jugé nécessaire de demander une contribution extraordinaire à la fortune du pays, afin de nous procurer l'or indispensable aux réparations. Depuis quinze jours, le gouvernement négocie à cet efifet avec les représentants de l'industrie et de la banque. Nous avons fait appel à leur patriotisme et leur avons demandé d'indiquer euxmêmes de quelle manière il leur conviendrait de fournir aux finances de l'État les devises qui nous permettront de payer en espèces les créanciers de l'Allemagne. I«es industriels et les banquiers ont répondu sans hésitation à notre appd. I^a semaine prochaine, nous nous adresserons également aux représentants de l'agriculture.
Ces négociations ne sont pas encore closes et les opinions diffèrent encore sur les moyens qu'il convient de préconiser. On n'est pas encore fixé sur l'envergure que pourrait avoir l'opération financière qui serait éventuellement décidée. Mais un point est déjà acquis. I^ industriels comme les banquiers se sont dédarés prêt^ à fournir la contributioii envisagée sans délai. Nous sommes sûrs, par ce moyen, de disposer presque immédiatement de sommes importantes, alors que les projets d'impôts ne sauraient fournir des rentrées sérieuses avant un ou deux ans.
Je ne puis vous promettre que l'Allemagne réussira à payer tout ce qu'on lui demande, ajoute M. Wixth avec franchise, mais je puis vous assurer qu'elle s'y efforcera loyalement.
(Ifi PetU Parisien, 24 septembre igai.)
Et le chancelier ajoute :
Je suis très attaqué. Savez-vous de quelle arme on se sert de préférence? On m'accuse de n'avoir obtenu de l'Entente, en compensation des efforts que fait l'Allemagne, aucune contre-partie.
J'ai conseillé à mes concitoyens d'accepter au mois de mai l'ulti-
matum et de réaliser les réparations jusqu'à la limite de nos focoes, en leur représentant que cette politique était la seule qui pût ramener la paix véritable en Europe et nous concilier, dans tme certaine mesure, la bonne volonté de l'Entente. Mes adversaires m'ont répondu tout de stiite : « Vous aurez beau faire, vous n'obtiendrez pas de TBntente, et notamment de la Pranœ, qu'dle change d'attitude à notre égard. > Voilà ce qu'on disait déjà, il y a trois mois» et que l'on répète désormais en affectant de triompher. Chaque fois que l'Entente me refuse une satisfaction ou diffère l'esécution d'une promesse, oomme il est arrivé ces temps derniers pour la suppression des sanctkuis S on en profite ici pour s'en prendre à mon autorité et menacer l'existence de mon gouvernement. Ce n'est pas seulement pour moi-même que cette situation est fâcheuse, mais pour tout l'avenir des relations internationales. Comment voulez-vous que l'on obtienne de l'Allemagne un effort continu et formidable, si elle a le sentiment que, quoi qu'elle fasse, elle sera tenue en suspicion? C'est pourquoi je me permets d'espérer que les gouvernements de l'Entente trouveront à ravenir le moyen de nous témoigner plus de confiance. J'ajouterai qu'étant donnée la situation intérieure de l'Allemagne, et bien que je considère tout retour monarchique comme impossible, il serait sage de se hâter.
MuQÎch un peu calmé» la Sozialdemcdcratie résolument décidée à collaborer avec tous les partis disposés à défendre la République,, la majorité du gouvernement s'élargit aussitôt. I^e tout pour nous est de savoir s'il en résultera un effort plus complet pour exécuter les obligations du traité. Déjà Stresemann a mis dans son programme de « débarrasser l'Allemagne de l'ultimatum de
X. It» levée des sanctions économiques n'a pas eu lieu le i.t septembre, comme on l'espérait en Allemagne. I«a presse a dénoncé ■ l'avidité insupportable de la France^ qui trouble la paix du monde ». I«a Deutsche Tagesxeitung a proclamé que « non seulement le maintien des sanctions marque l'échec de la politique d'exécution, mais que l'attitude de la France à l'égard du gouveniement ^inrth est la pire qtU puisse être prise à l'éi^ard d'un ^and peuple ■.
Or, personne ne saurait plus ignorer que la levée des sanction^ économiques a été f<mnellement subordonnée à la reoonnaiœance préalable du contrôle interallié sur la délivrance des licences et à l'exercice de ce contrôle préalable à la délivrance desdites licences. Comme le Temps l'a expoté, la note du gouvernement allemand, en date du 36 août, n'a pas apporté son adhésion com(>léte à la constitution de cet organisme interallié de contrôle, et c'est le gouvernement allemand seul qui est responsable d'tme' situation de fait qui ne nous permet pas de consentir à la levée des sanctions économiques avant que toutes les conditions que nous ji^eons indispensables, et que l'Allemagne, aux termes mêmes de la décision du (^«seil suprême en date du 13 août, doit accepter préalablement, aient été reniplies.
(Ifi Temps, 28 septembre 1921.)
I,e z«' octobre, les sanctions économiques (urent levées, sous cette condition : l'institutiûii d'un on^anisme de surveillance pour éviter les discriminations dans l'octroi des permis d'importatlan et d'exportatlan dans les pays occupés, t^ gott- ▼ènement aUcmasd a consenti.
l'Allemagne devant le traité 93
Londres ». Â Pforzheim (Bade), le 22, il a, en public, mené le hallali contre le chancelier. Il a prononcé cette phrase sévère : « Je crois que la politique de M. Wirth n'est pas très éloignée de la conception de M. Brzberger. » C'est dire : « I^e chancelier a la volonté de tenir les engagements pris. Il est trop docile. » C'est aussi paraphraser la Taeglische Rundschau : a I^a France dirige le chancelier de l'Kmpire allemand ». Beaucoup pensent donc que le cabinet pourrait tomber à la rentrée du Parlement. D'autres ne prévoient qu'un remaniement.
Le 27 septembre, le Reichstag reprend ses travaux. La terrible catastrophe d'Oppau est à l'ordre du jour\ Le surlendemain, le traité de paix avec les Etats-Unis est adopté. Puis le chancelier reproche à la droite ses incessantes manifestations pipvocatrices. Il condamne les fêtes régimentaires, <c prétexte de manifestations natior nalistes ». Il menace les sociétés secrètes qui rêvent d'tme seconde équipée Kapp. Il conclut : « Notre politique doit s'inspirer de cette pensée : coroment pourrons-nous passer l'hiver? »
C'est vraiment le coup de barre à gauche, le seul côté où le chancelier puisse trouver un appui sérieux. Stresemann échoue en ses manœuvres : c'est une amère surprise, par contre-^coup, pour les partis de droite,Le cabinet sera seulement remanié, en tenant compte que le centre approuve le docteur Wirth. « Nous l'approuvons, a dit le député Beck, d'avoir interdit le jour de Sedan, » Il n'a pour ennemis que ceux dont l'idéal est un chef de gouvernement capable de dire : « Vous n'avez ipas été vaincus. Vous ne paierez rien. » Â vrai dite, ceux-là sont nombreux. Wirth leur fait brusquement face, le 6, en invitant le procureur général du Reich à lancer un mandat d'arrêt pour haute trahison contre Kapp, fauteur de coup d'Btat, et ses complices, von Luttwitz et Ehrardt. Déjà von Jagow,
z. Explosion d'une partie des bâtiments dans les tisines de la Badûehe AnUin, à Oppau-I^ndwigshafen. « I^ Français rendent, dans le plus bref délai, tous les icrrices possibles aux siniitrés. » (Vorwaertu)
l'ancien préfet de police de Berlin, doit comparsdtre devant le tribunal d'Empire, le 27 octobre. Le 10 octobre, on pourrait admettre que l'atmosphère, en Allemagne, s'est épurée. A Wiçsbaden se terminent les négociations Loucheur-Rathenau; et l'état de siège, en Bavière, sera levé le 15 octobre, dit le Moniteur de VEiat bavarois. Cependant, la crise ministérielle n'est pas close. Nous ne pouvons que le constater dans son ensemble, sans entrer dans le détail des p<4émiques de partis. Constatons seulement que, le 9 octobre, le chancelier, en vacances à Offenbourg, demande, en une con^neoce publique, que les sanctions militaires soient levées à leur tour. « Ce n'est pas précisément tme page de gloire dans riùstoire des Alliés. » C'est une affaire de point de vue, mais le ton sur lequel cela est dit, n'a rien de cette francophobie féroce qui inspire les germanistes pur-sang. Mais le 12, toute la modération du chancelier devait être submergée sous le flot de la fureur publique. Wirth lui-même « se fait l'interprète de l'indignatiou générale, du fait que le conseil de la Société des Nations, à Genève, a disposé de la Haute- Silésie d'une façon qui ne répond ni aux résultats du plébiscite, ni aux besoins économiques du pays ^ ». C'est « le crime de la Société des Nations », à en croire les manchettes des feuilles du soir. C'est « la monstrueuse iniquité ». Il est nécessaire que Wirth s'en aille », déduit instantanément l'opinion exacerbée. Il ne peut « rester coUé à son poste » (Deutsche Tageszeitung), Le Journal de Huit Heures aflSinne que les grands industriels, les patrons, les banquiers refuseraient tout concours à un gouvernement qui n'obtiendrait pas la totalité du bassin haut-silésien. Le docteur Wirth n'a à peu près que ce qu'il mérite. N'a-t-il pas illusionné par ses récents discours les agitateurs pangermanistes en leur jurant qu'en tout état de cause, le partage de la Silésie n'était pas tolérable? Il est prisonnier de ses déclarations antérieures.