L'ESPRIT DE REVANCHE
« Il ne faut pas croire que rAllemagne est désormais inoffensive. Vidée de revanche y reste très vivace : il ne faut pas que la Belgique s'endonne dans une fausse sécurité. »
(M. Paul Hymkss, ministre des Affaires étrangères, à la Chambre belge. — Février 1921.)
« Il serait vain, en effet, de s'illusionner sur l'état d'esi^t de l'Allemagne. Elle est, dans son immense majorité, avide de revandie et tous ses efforts sont tendus vers ce but. Un de nos confrères, publiait l'autre jour des extraits significatifs d'une lettre env<^ée de Dortmund par « un qui signe pour tous ». Cela suait la haine. Il n'est pas un officier, pas tm commerçant, pas un journaliste qui aille passer huit jours en Allemagne, qui revienne avec ime opinion différente. Tous sont unanimement convaincus que la revanche est dans tous les esprits. |1 faut être sourd ou aveugle pour ne pas le voir et l'entendre. >
(M. André I^efevre. I^e Journal, 26 juin 1921.)
« I^orsque la France aura fêté sa trompeuse victoire, rien ne pourra plus voiler la décrépitude irrésistible de la vitalité française. Nous avons subi une terrible défaite, mais nous avons avec nous les forces naturelles de la vie. »
(Vossische Zeitung, juin 1921.)
Lettre d'un Allemand à un Français.
« Nous n'avons perdu la guerre que par notre malheureuse révolution et par l'aveuglement de la sozialdemokratie. En Allemagne, les nationaux reviendront au pouvoir et leur but est d'en finir avec la France dans le monde. Nos ouvrios aussi pensent de même, et là où il 7 a de la volonté, le moyen se trouve...
« lîpargnez-nous vos tentatives de rapprochement. ^Allemagne ne veut avoir rien à faire avec la France. Nous ne voulons que notre vengeance, et elle sera terrible... !«' Allemand se tait, mais il agit en silence. Et nous avons encore des armes. Nous ne désarmons qu'en apparence...
« Journellement je prêche que nous nous soulèverons bientôt, et notre prière à tous est : « A nous la revanche, à vous le désastre I » (En français.)
« Soyec convaincus que l'Allemagne ne périra jamais et qu'elle se lancera sur son seul et lâche ennemi. I<a mort aux Français
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qui ont toujours troublé la paix en Europe I Notre revandie sera terrible, et nous serons seulement heureux si la France ne respire plus.
« Un qui parle pour tous. ■ (Reproduite par le Temps, le 35 juin 192 r.)
■ IfiL France, ébranlée physiquement et matériellement, craliit dès aujourd'hui la guerre de revanche allemande. Personne ne doute plus que cette guerre éclatera tôt ou tard; c'est aussi sûr que le soleil se lèvera demain. C< n*est pas la ficoncUiaHon et la traiernUi qui seront Vauvre de Vavenir, mais la haine, la violence d'où natira une nouvelle guerre. »
(Ostdeutscher Herold, de Beuthen, 13 septembre rçsx.)
L'esprit de revanche, en , Allemagne, depuis Tinstant où nous avons cessé de le considérer, ne fait que croître et embellir. La terreur des lendemains de Tannistice est singulièrement dissipée, et les différences de point de vue entre les Alliés, leurs lenteurs, la mollesse de leurs moyens de répression, contribuent à ranimer chez le peuple d'outre- Rhin le sentiment qu'im jour luira où il lui sera permis de rendre au centuple, à ses ennemis, les vexations dont il est la victime ». L'idée des représailles futures est comme le Pater de tout germain qui s'en délecte à son lever, à l'heure de son coucher, et à tout instant du jour. Nous ne pouvons, cela s'entend, prêter une oreille constamment attentive à cette sourde rumeur, et, parfois, à ces clameurs furieuses, qui montent de la cuve d'un Reich surchauffé par les orateurs nationalistes, par la presse et par les gouvernants. Ce qu'il nous est seulement possible de faire, c'est de prendre, de cette fièvre de revanche, des témoignages çà et là, dans les circonstances les plus typiques, et sous les formes les plus démonstratives. Sinon, il faudrait s'attabler devant le monceau de journaux, discours, pamphlets, manifestes que produit l'Allemagne, et entreprendre l'œuvre titanique, et toute spéciale, de ne rien laisser échapper, pas im éclat de trombone, pas tm son de fifre, de ce vaste et permanent concert dont le chef d'orchestre invisible, mais partout présent, s'appelle la Haine.
A vrai dire, cette volonté de se venger, ne l'avons-nous
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pas vue transparaître dans tous les actes de l'Allemagne depuis les premières pages de ce livre ? Ses façons de se dérober n^ sont-elles pas des expressions de cette psychologie dont la doctrine est : « Tout ce qui ne sera pas donné aux Alliés sera conservé à l'Allemagne pour la préparation du grand assaut qu'autorisera, un matin, le dieu du Gott mit uns ? » Pas un geste de diplomate, pas une ligne de journaliste, pas une période de parlementaire à la tribunC;^ pas un mot des communiqués officiels ou officieux, pas une note secrète des organisateurs de l'armée clandestine, des chefs d'industrie, qui ne tendent au même but : « La ruée éventuelle sur la France et le châtiment du plus méprisable des peuples. » Cette vérité établie, est-il besoin d'épiloguer en longs termes sur le fait quotidien? On sait, presque d'avance, qu'au jour de son 73® anniversaire, en octobre 1920, le maréchal Hindenburg dira à Hambourg : « Dieu n'a pas encore abandonné le peuple allemand. On nous a pris beaucoup, mais Dieu nous le rendra. » Il est évident que, le 23 du même mois, à Berlin, pour une remise de rectorat, les étudiants de l'Université défileront « en ordre de bataille», les associations d'andens^^ombattants marchant en tête ; qu'on les verra promener par la ville leurs éperons et leurs bottes à genouillères, leurs dolmans bleus et jaunes, leurs épées, leurs toques à élastique, en forme de camembert. On prévoit ce que sera l'inscription « Victis victi victuri — vaincus par des vaincus, nous vaincrons » sur le socle de la statue élevée aux morts de l'Université berlinoise, par les soins du sculpteur Lederer.
Si l'on célèbre le Sedantag, on sait (octobre) que partout les allocutions seront de feu et de flammes, qu'elles soient prononcées par des grands maréchaux ou de petits bourgmestres. C'est une note déconcertante, dans ce tapage exaspéré, d'entendre, à Berlin, le 25 octobre, le ministre prussien Drews dire «que la nouvelle Université allemande pour les études politiques» ne sera pas animée d'un esprit chauvin, et le professeur Jœckh ajouter que
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« grâce à son école des sciences politiques, la France a obtenu la victoire ». Ce n'est pas le ton, ce n'est pas l'esprit de l'Allemagne « dans les fers ». Elle reconnaît mieux son vocabulaire usuel, sa mentalité native, lorsqu'on lui parle de maintenir à tout prix le régime militaire, lorsque la Taeglische Rundschau imprime, le 2 novembre : « Nous avons le très lourd devoir de ne pas réprimer la haine, cette haine naturelle, saine, parce qu'elle sert à élever notre conscience nationale. » Voilà le beau, le vrai langage !
lyorsqu'en novembre 1920, l'Allemagne entière couvre ses murs des aflSches où l'on peut lire : « Livrez vos armes », on estime, de même, que c'est là ime façon de parler tout à fait nationale. On comprend que l'administration a fait cet énorme étalage de papier pour montrer aux Alliés sa bonne volonté, mais on rit sous cape, parce qu'entre Allemands, on sait fort bien ce que parler veut dire. Chacun s'arrangera à conserver son fusil de son mieux, s'enrôlera dans les Einwohnerwehren, inscrira ses garçons aux btireaux de ces sociétés de gymnastique où tout est militaire. En attendant la guerre des armes, on organisera la guerre économique. L'Allemagne travaillera peut-être longtemps sur sa misère, mais un jour elle sera riche, donc puissante, donc prompte à s'armer et à frapper. L'irrédentisme germanique est la vertu des vertus. On le proclame impérissable, et sacré. En fin décembre 1920, le général Lettow-Vorbeck le glorifie à Cologne, en parlant de la guerre qu'il fit de 1914 à 1918, dans l'Est africain. 3.700 étudiants l'applaudissent à tout rompre. On l'acclame « pour les paroles prononcées et pour celles que certains de ses silences ont laissé deviner ». (Déclaration du recteur de l'Université de Cologne.) Ce qu'il n'a pas dit, c'était : « La Revanche partout, en Afrique et sur le Rhin. » Un socialiste allemand, M. V. Eschbach, dans les SozialisHsche Monatshefte s'irrite du fait, et l'enchaîne à bien d'autres de même caractère: «Les Allemands qui veulent un rapprochement avec la France
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sont accusés de trahison. On veut en tout lieu une politique anti- française. » Mais, — vox damantis in deserto, — un cri de ce genre est couvert par les huées. Si, parsdt-il, les jeunes Allemandes rêvent de Paris, « de ses toilettes élégantes, de ses belles bijouteries » (Berliner TageblaU, 2 janvier 1921), les jeunes Allemands ne voient en Paris que le but de leurs futures randonnées. Ceux qui sont enrôlés dans le bataillon de Rossbach, transformé en coopérative ouvrière, frémissent de bonheur en entendant leur lieutenant dire, le 5 janvier : « Le printemps prochain amènera de graves événements, mais notre rude poigne nous permettra de cueillir les lauriers de la victoire. » En Pologne, sans doute? Soit! Ainsi se fera-t-on la main pour de plus fructueuses et de plus larges opérations. Les partis nationaliste et conservateur modéré déposent, le 14 janvier, à l'Assemblée prussienne, une motion demandant que le « catéchisme populaire », rédigé, selon l'ordre du gouvernement d'Empire, sur les clauses et les conséquences du traité de Versailles, soit remis le plus tôt possible aux écoles primaires. Une même rancune jalouse envers nous inspire presque tous les partis, presque tous les Detdsche Maenner, Nous sommes, plus que jamais, r a ennemi du fond des siècles ». Abjurer les fautes de 1914 ? FoUe espérance ! L'Allemagne a été attaquée, elle avait le droit de piétiner la Belgique, de torpiller le Lusitania, événement glorieux que commémore une médaille : convictions irréductibles, chez les agriculteurs, les industriels, les rentiers, les soldats^ On prendra à l'Allemand ses mitrailleuses et ses aéroplanes, on ne lui arrachera jamais l'aveu de ses torts et de ses crimes contre l'humanité. « Germania irredenta », c'est là un mot d'ordre, une foi. C'est le leitmotiv des hymnes, lorsque le 18 janvier 1921, l'Allemagne célèbre le cinquantenaire de la fondation de l'Empire. Les couplets réclament la destruction du traité, l'tmion à l'Autriche, la récupération des « terres volées », la puissance nécessaire du Reich. L'appel aux Princes inspire le refrain*
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Dans les moindres bourgades, des journaux de tous formats et de toutes périodicités, sont répandus : tous apportent au lecteur le stimulant et l'espoir des représailles. Les tracts et les brochures circulent ^ : on trouve toujours des capitaux pour les éditer, pour les faire circuler. En première page, on lit l'appel :
Horchetî... Durch die Nacht Ihr Briider, WélcVein Donnerruf hernieder!
« Stehst Du aufy Germania. »
Ist der Tàg der Roche da?
:Écoiitez ! — Frères, quel est cet appel qui roule comme le tomierre dans la nuit?
« lyève-toi, Germania, »
Tfi jour de la vengeance est-il arrivé ?
Le retour de la France à Strasbourg et à Metz n'est qu'un incident temporaire. L'Alsace et la Lorraine sont des (( pays occupés ». On y portera le vitriol et le fer rouge, quand le moment sera venu. Les Français sont des idéologues : les Allemands ont des vues positives. Parmi toutes leurs industries, celle de la « haine organisée » est désormais la plus prospère. Avec du temps, de la patience et de l'argent, on soulèverait des montagnes. D'innombrables sociétés font des collectes pour les associations patriotiques, leur entretien et leur entraînement militaire. On épilogue sur ce thème : « Depuis le traité de Verdun, en 843, la France et l'Allemagne sont en guerre. L'Europe ne pourra trouver de repos que lorsque l'étemel trouble-paix, la France, aura été anéanti politiquement et militairement. »
On manifeste volontiers devant les hôtels des missions française et anglaise, en criant : « Vive la Revanche! A bas la France ! A bas l'Entente voleuse ^ !» et en chan-
I. Wie die Franxosen hausen am Rhein, Die Bestie itn Weltkrieg, Wir, weisse Shlaven; les journaux satiriques Kladderadatsch, Rick, Ulk, Muletier, Simplieissimus ; toutes les brochures éditées par le cercle Rettei die Ehre (Sauvez l'hon» neur !) ; les organes des Trtue Bunde, des Stahlhelme, ceux des sociétés féminines: Schwarxe Schmach, Deutsche Frauen-Liga, Bund Reinischer Frauen, sans compter de nombreax films dnématographiquee.
3. I«a prodigieuse haine que Ton a envers nous ne diminue en rien celle dont TAngleterre est l'objet, non point seulement depuis la dernière guerre, mais depuit
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tant le DeiUschland uber ailes, ainsi qu'il se produit à Munich, le 5 février, par les soins des ouvriers socialistes nationalistes. Ces provocations sont fréquentes, et comme autant de commencements d'exécution du conseil donné, en février, par la DetUsche Zeilung, de recommencer, en Allemagne, les vêpres siciliennes de 1282. 1/)rsque, à Leipzig, le 16 février, on manifeste contre les décisions de la Conférence de Paris, la foule insulte les officiers français, à l'hôtel Astoria, et attache à la potence un mannequin habillé en soldat français, avec cette inscription sur la poitrine : « Pendons toutes les pieuvres ennemies au plus prochain bec de gaz. » Lorsqu'en avril, la question du plébiscite du Tyrol passionne les esprits, on voit, dans les rues des villes allemandes, des groupes épais se former devant des affiches où nous sommes vilipendés, et ricaner en lisant les titres : «"Les bourreaux cravachent et affament la pauvre Autriche. » « Les crimes des Alliés. » « La France sanguinaire, ivre d'impérialisme, satisfait sa haine contre l'Allemagne. » Dans les restaurants, on reproche vertement au sommelier de servir du vin et des cognacs français. On achète à poignées en mai, des cartes postales, vendues dans la rue, et où l'on voit des avions allemands survolant Paris. En juin, lors de la revue de la garde royale par le prince Eitel-Frédéric, à Berlin, on crie : « L'Empereur reviendra et il fera leur affaire aux ennemis du dehors. »
La Grande-Loge nationale des Francs-maçons d'Allemagne, en avril, a publié une profession de foi. Elle a, dit-elle, cessé toutes relations avec la Franc-maçoimerie de l'Entente et se dissocie violemment de certains Maçons allemands renégats, qui, pargdt-il, font des sourires à la Grande-Loge de France. A en croire divers prophètes,
de longues aimées, ainsi que le fait observer, avec tant de justesse, M. Gabriel Hanotaux, historien et anden ministre des Affaires étrangères, dans son ouvrage Le Traité de VersaUln, paru en 1931.
Dès 19x2, le chancelier Kiderlen-Woechter écrivait : c S'il doit y avoir guerre, nous désirons la guerre simultanément avec la France et avec V Angleterre. Dans le fourré de l'histoire, une hahie farouche est aux aguets del' Angleterre. • (Notamment à cause de la rivalité des deux Impérialismes économiques britannique etaUeuand.)
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dès 1924, la France « aura baissé le nezt » : la flotte aérienne allemande, alors, dominera le monde. Aucune occasion n'est négligée de rendre hommage à l'ombre du grand Bismarck. Ses statues sont fleuries, le i^r avril ^. I^es Sozialistische Monalshefte ne résistent pas au plaisir de montrer, en première page, l'ouvrier allemand forgeant, non point la charrue, mais l'épée (numéro d'avril). Hindenburg est « le héros invaincu ». On le lui rappelle en attachant cette inscription sur une énorme couronne suspendue devant sa maison le jour où le navire Hindenburg est lancé, à Erême.
Nous avons parlé du Lusitania : on ne l'oublie pas. On fait tout pour en entretenir Iç souvenir. En avril, on commence à vendre des ceintures on est brodée la scène du torpillage. L'article a beaucoup de succès, jusqu'à Cologne et dans tous les territoires occupés par les Alliés. Dans les musics-halls, le Franzose est un personnage de dérision, un Ochs, un bœuf, un Schwein, c'est-à-dire un cochon. Nous avons vu la solennité des obsèques de la Kaiserin. Les Berlinois y veulent recoimaître le tableau des grandeurs impériales passées, et, en revenant de l'enterrement, ils chantent « la future punition des Français ».
Les « gymnases » sont des pépinières de revanchards. Ddenda est GaUia, y clame-t-on dès le seuil. Le ministère de l'Instruction publique subventionne un comité académique d'instruction physique, de nombreux stades.
X. I^es voyantes se mettent de la partie. Slles annoncent, en mai 192 x, la guerre entre les fitats-Unis et le Japon; en X923, l'insurrectioB du peuple allemand contre ses botureauz, l'obligatian pour la France de retirer ses armées du Rhin, l'invasion du territoire français, la révolte éclatant à la fois en Angleterre et en Italie, qui laisseront faire, impuissantes à intervenir. On apprend, par la même occasion, qu'en 1924, par suite de formidables tremblements de terre, la Grande-Bretagne sera submergée. Alors, l'Allemagne n'aura plus de rivale sur les mers. 1933 verra luire une comète et sertir de la mer une Ile nouvelle : Atlantis. Enfin, en 1930, l'Empire du monde sera partagé entre l'Allemagne, les États-Unis et le Japon.
a. Un peintre expose, Unter dm Linden, un tableau rq>résentant une statue de Bismarck; une Alsacienne et une I^orraine en deuil sont agenouillées aux j^eds de cette statue, qui porte sur son socle l'inscription suivante : « Quand rc^endns-tu? »
(VEclaw, x8 avril X92X.)
des foyers de sports (Sportheim), L'enseignement physique est donné par d'anciens sous-offiders et oflSciers : on court, on marche, on boxe, on nage. Et, admirons, — car une fois n'est pas couttmie, — il y a en Allemagne 1.362 bassins de natation. Les sociétés sportives-universitaires ou autres (Sportgemeinde) sont des milices. Dans les classes, on apprend une géographie toute germanisée. Les noms alsaciens et lorrains, ceux du Slesvig, de Posen, de Dantzig, des coloxdes perdues, restent allemands. Quant aux villes françaises, elles ont le même sort : Besançon- Bizanz, Montbéliard - Mumpelgard, Remiremont - Re mersberg, Lure-Ludersdorf, Nancy-Nanzig, Verdun- Virten, Arras-Atrecht, Boulogne- Boonen, Calais-Kales, etc. L'École supérieure de culture physique, ouverte en novembre 1920 (Deutsche Hochschtde fUr Leibesibungen) , dépend de l'Université berlinoise, elle ne néglige aucun des sports. On lit, dès les premières lignes du programme : « Peut-être parviendrons-nous à prendre la tête des nations, dans ce domaine aussi, » L'auxiliaire du chant scolaire est utilisé dans tout Tex-empire. Les recueils de musique contiennent les hymnes patriotiques de 1813^
X. C'est par le lied que, depuis 1807, la haine allemande a été entretenue antre les Prança^ : Wacht am Rhein^ Rhin allenuMd^ Dâutsckiand Ûbef ailes. Je suis un Prussien, Salut à toi dans le cercle des vainqueurs, De la Meuse à la VisMe, Sous l'itendard noùr-blanc-rouge, etc. I«a chanson toute récente « A apprendre par coeur > a, en 1921, un succès peut-être sans précédent.
« Nous, hommes, qui après dnq années pendant lesquelles nous fûmes... les vainqueurs, nous avons lu aujourd'hui, tremblant de rage, la « paix » qui a été potu-tant la preuve de nos victoires;
c Nous, femmes, qui avons perdu dans les combats, sans profit, bêtement, ce que nous avons enfanté, et dont les maris, dont les chers gûçons gisent décomposés dans la terre;
« Nous, enfants, qui sommes devant des juges sangtdnaires avec des visages vieillis par la faim, nos petites mains prises pour la vie dans des chaînes que nous ont forgées des scélérats saouls de vengeance;
■ Nous tous, nous tous, nous tous, nous jurons par un serment sacré que Dieu doit entendre : comme notre Pater noster, nous graverons mot pour mot dans notre coeiu: la Paix de Versailles.
• Afin qu'à ce jour entre tous les jours où nous nous chercherons pour le contrecoup, nous puissions la redire à la lettre, syllabe par sjllabe, et que nous puissions la dicter, cette paix ! >
Par extraordinaire, on apprend parfois, d'Allemagne, que de tels couplets sont réprouvés, çà et là. Ces nouvelles sont rares, mais il est de bonne impcutialité d'en tenir cOTipte. Ainsi, pour fovunir un exemple précis, constatons-nous qu'en septembre 1921, les parents des enfants instruits, à l'école communale de Kœpenick protestèrent auprès des autorités parce que le maîtrt faisait chanter à ses élèws